dimanche 23 octobre 2011

Et le vingt-neuvième livre est...

Ivan Levaï a paraît-il écrit un superbe livre pour défendre DSK et Anne Sinclair. Superbe du point de vue peut-être de DSK et Anne Sinclair. Du notre, on aurait plutôt envie de réagir à la NDA : "Ras-le-bol !" Mais vraiment. Halte-là.

Mais voilà que Nabe se lance dans la bataille. Le titre laisse supposer, à lire entre la ligne, qu'il soutient l'ami DSK légèrement plus modérément. La modération est certes le style bien connu de Nabe. L'enculé. Un titre pareil, un thème pareil (ras-le-bol) et le parti-pris de faire parler DSK à la première personne, le compte donne trois sources de stupéfaction, mais aussi de scepticisme, et encore de méfiance. Et comment Nabe va-t-il se tirer de là ? C'est donc circonspect que je m'attaque à ce court roman. Et celui qui a claqué : "on entre dans un auteur comme dans une cathédrale", a doté l'antichambre d'escaliers, avec des marches de plus en plus hautes : il faut du temps pour écarter les inquiétudes. 

Il nous laisse le temps, oui, de nous y faire, on est encore dans le 28e, non-écrit, et on se demande comment celui-ci pourrait-il être écrit par DSK ? On comprend vite ce que le narrateur a de nabien (d'ailleurs : Nabe, L'enculé, lit-on bien entendu sur la couverture). C'est pourquoi ce livre a dû être beaucoup plus facile à écrire que L'homme qui arrêta d'écrire. Par ailleurs, le héros du livre, s'il passe à la moulinette, gagne au passage une bonne dose d'empathie, de sympathie même, de la part de l'auteur. C'est que la moulinette à laquelle il passe, c'est la sienne propre, son dossier est suffisamment lourd pour qu'il n'y ait pas à en rajouter. La cour est pleine. "Directeur du FMI" suffit à convaincre de revêtir une combinaison anti-radiations avant de l'approcher. De plus, Nabe adopte la version Diallo comme vraie, et ces faits avérés condamneraient et ô combien ! leur auteur. 

Mais pire que DSK : son entourage. C'est ce qu'entend démontrer la littérature de Nabe, qui fait de "l'enculé" un gros bonhomme, mais de sa femme, ses avocats, ses amis, ses collègues politiciens, un terrible et furieux gang de requins complètement marteaux capables de faits et gestes écœurants "à faire vomir les volcans" (Bloy) sous-marins, ce qui s'est d'ailleurs produit. 

Baby come back par LLP
En fait, on s'en fout de DSK, mais c'est l'oligarchie mondialiste qui est littéralement, littérairement insupportable. C'est elle qui est à condamner. Pas l'un de ses membres. C'est le crime, pas le criminel. Qu'en pense Ivan Levaï ? Quel était le livre à écrire sur cette affaire ? Qui pouvait l'écrire ? Nous qui combattons le crime en venons à comprendre le criminel ; eux qui défendent le criminel en viennent à oublier le crime.

Je termine par quelques mots sur le style nabien, de retour donc... qui donne manifestement envie de vomir à quelques-uns, et qui provoque les éclats de jubilation et de rire chez d'autres (la tentative de lettre de démission du FMI, le slogan de sa campagne présidentielle, la découverte de Nafissatou Diallo par "le monde entier", etc.) Le roman monte monte et termine en délirante campagne présidentielle, assurément plus drôle que celle que nous vivrons, même si la réalité dépasse parfois la fiction. Précisément...

Un beau livre (magnifiques papier et couverture sans code barre, ce ne sont pas des détails).

lundi 17 octobre 2011

L'anarchisme intellectuel

Ce soir, je repense à Bernard-Lazare. Bernard Lazare en fait, ou même plutôt Lazare Bernard. Mais moi, c'est à Bernard-Lazare que je pense, parce que c'est Péguy son ami qui en a fait un personnage, ainsi orthographié, qui compte dans mon Panthéon. Une six-cent quatorzième accusation de : prétention, arrogance, mépris, ne rayez pas les mentions toutes utiles, n'y est sans doute pas pour rien. Ce que j'écris est violent, trop violent. Vous me direz : si on te le dit autant, ça doit être un peu vrai, et même complètement. Et encore suis-je certainement en-dessous avec mon estimation... Pourtant, je prétends que c'est injustifié. Je le prétends... Ah, je dois être prétentieux finalement. 

Reprenons. Péguy raconte. Il raconte Bernard-Lazare. Et il raconte l'Affaire Dreyfus. Il dit moult choses passionnantes, lisez Notre jeunesse (pp. 183-186 en l'occurrence). Mais il dit aussi, il dit surtout, pour ce qui me concerne ce soir, l'anarchisme intellectuel de Bernard-Lazare. Bernard-Lazare était dreyfusiste. Il s'est consacré à faire éclater l'innocence de Dreyfus. Mais tout autant, il s'est opposé à la dégradation de cette morale, de cette mystique, en politique démagogique de la part des dreyfusistes. Lui cherchait la Vérité. Ce qui lui valut les foudres de tous les partis, les balles de tous les camps. 

Bon. Péguy : 
"Il faut penser que c'était un homme, j'ai dit très précisément un prophète, pour qui tout l'appareil des puissances, la raison d'Etat, les puissances temporelles, les puissances politiques, les autorités de tout ordre, politiques, intellectuelles, mentales même ne pesaient pas une once devant une révolte, devant un mouvement de la conscience propre."

Mais le dire, ce n'est pas suffisant. Il faut le faire comprendre. Alors Péguy image :
"On ne peut même en avoir une aucune idée. Nous autres nous ne pouvons en avoir aucune idée. Quand nous nous révoltons contre une autorité, quand nous marchons contre une autorité, au moins nous les soulevons. Enfin nous en sentons le poids. Au moins en nous. Il faut au moins que nous les soulevions. Nous savons, nous sentons que nous marchons contre elles et que nous les soulevons. Pour lui elles n'existaient pas."

Je continue, tant Péguy est clair : 
"Il ne les méprisait même pas. Il les ignorait et même plus. Il ne les voyait pas, il ne les considérait pas. Il était myope. Elles n'existaient pas pour lui. Elles n'étaient pas de son grade, de son ordre de grandeur, de sa grandeur. Elles lui étaient totalement étrangères. Elles étaient pour lui moins que rien, égales à zéro. Elles étaient comme des dames qui n'étaient point reçues dans son salon."

Il les affrontait sans même se rendre compte qu'il les affrontait. Encore :
"Il avait pour l'autorité, pour le commandement, pour le gouvernement, pour la force, temporelle, pour l’État, pour la raison d’État, pour les messieurs habillés d'autorité, vêtus de raison d’État, une telle haine, une telle aversion, un ressentiment constant tel que cette haine les annulait, qu'ils n'entraient point, qu'ils n'avaient point l'honneur d'entrer dans son entendement."

Voilà. Voilà... Ainsi donc, on lui asséna : "Vous voyez, mon cher ami, la Cour de Cassation a jugé contre vous.", à propos de l'Affaire des congrégations. Comme le raconte Péguy, les dreyfusards devenus combistes faisaient les malins. Mais voici la réaction de l'Anarchiste :
"Il faut avoir vu alors son œil pétillant de malice, mais douce, et de renseignement. Qui n'a pas vu son œil noir n'a rien vu, son œil de myope ; et le pli de sa lèvre. Un peu grasse. - Mon cher ami, répondit-il doucement, vous vous trompez. C'est moi qui ai jugé autrement que la Cour de Cassation. L'idée qu'on pouvait un instant lui comparer, à lui Bernard-Lazare, la Cour de Cassation, toutes chambres éployées, lui paraissait bouffonne. Comme l'autre était tout de même un peu suffoqué. - Mais, mon garçon, lui dit-il très doucement, la Cour de Cassation, c'est des hommes."

Il est des gens en effet qui ont besoin de la Cour de Cassation pour porter des jugements moraux. D'autres, non - ont l'anarchisme de s'en passer :
"Non jamais je n'ai vu une aisance telle, aussi souveraine. Jamais je n'ai vu un spirituel mépriser aussi souverainement, aussi sainement, aussi aisément, aussi également une compagnie temporelle. Jamais je n'ai vu un spirituel annuler ainsi un corps temporel. On sentait très bien que pour lui la Cour de Cassation ça ne lui en imposait pas du tout, que pour lui c'étaient des vieux, des vieux bonshommes, que l'idée de les opposer à lui Bernard-Lazare comme autorité judiciaire était purement baroque, burlesque, que lui Bernard-Lazare était une tout autre autorité judiciaire, et politique, et tout."

Ah, ça pose. Et de conclure : 
"Quand l'autre fut parti : Vous l'avez vu, me dit-il en riant. Il était rigolo avec sa Cour de Cassation."


Je laisse ici Péguy et Bernard-Lazare. Je reprends mon fil. Ce que j'écris est violent, trop violent. Je prétends que cette interprétation, fatale, provient de ce que j'écris naturellement, sans m'en rendre compte, contre ce qui est humain, trop humain. Ce sont là autant d'autorités que je ne reconnais pas, sans même que je veuille ne pas les reconnaître, je ne les reconnais pas au sens que je ne les repère pas, je ne sais pas qu'elles existent, je ne sais pas que je les perturbe. Je cherche, je cherche la Vérité. Avoir raison ou avoir tort ? C'est à la fois la seule chose qui compte, et ce qui n'a strictement aucune importance. Je m'explique. 

Je répète à longueur de journée à des enfants qu'ils ont le droit de se tromper, que ce n'est pas grave d'avoir pensé quelque chose qui s'est avéré, si j'ose dire, faux, que c'est en se trompant qu'on avance, à la condition tout de même d'en avoir conscience et donc de toujours chercher à vérifier ses idées. On se trompe en permanence. Nous ne sommes qu'humains, trop humains. Il n'y a aucune honte à avoir eu une idée fausse. Il suffit d'avoir en tête qu'on peut se tromper, et de rester ouvert à toute contradiction. Donc : si j'ai raison, je n'en tire aucune gloire, aucune prétention ; et si j'ai tort, je n'en souffre pas, je ne me dénigre pas. Ce n'est pas à la charrette des erreurs qu'on juge un homme. De mon point de vue, je peux donc démontrer que quelqu'un a tort, et ce faisant je n'imagine pas, c'est hors de mon entendement, lui porter atteinte. Soit ma démonstration est valide, et il n'a qu'à se ranger à mon avis sans honte aucune, soit elle ne l'est pas il n'a qu'à en démontrer l'invalidité, et c'est moi qui aurai appris quelque chose. J'ai eu tort, aucune importance ; j'ai eu raison, aucune importance.

La seule chose qui compte est alors de chercher à savoir si ce que j'écris est vrai ou faux. Je prends un exemple.

Si on me demandait mon avis sur le mot programme, appliqué à l'être humain (programme politique, programmes de l’Éducation nationale), on penserait à la lecture de ma réponse que j'assimile tout homme politique et tout enseignant à un nazi en puissance. Parce que, effectivement, l'utilisation de ce mot démontre selon moi une extravagante négation de la liberté qu'un individu est en droit d'exiger. Pro-gramme : la lettre avant. Tout est fixé à l'avance. C'est catastrophique. Mes mots seraient assurément ultra-violents. Mais elle n'est pas destinée à d'autres gusses que moi, je suis tout autant ciblé par cette flèche empoisonnée. Je les applique tous les jours, ces programmes. Je ne me situe évidemment pas au-dessus, je suis dedans. Je n'attaque pas untel ou untel, je ne fais pas la leçon à des enfants ou à des ignorants. Je considère que nous nous trompons collectivement. C'est un appel, pas de la prétention. Que des personnes, beaucoup de personnes, des centaines, des milliers de personnes, des personnes intelligentes et compétentes, aient réfléchi, donné d'eux-mêmes, dépensé beaucoup d'énergie, de passion, de temps, tout, pour élaborer des programmes éducatifs, des programmes politiques, ça n'entre pas dans ma considération. Je ne me sens pas meilleur que ces gens-là, j'ai simplement un avis différent. Je ne vois pas où est la prétention là-dedans. Je m'attends, quand j'argumente une prise de position, à ce qu'on contre-argumente, pas à ce qu'on rétorque que je suis prétentieux parce que beaucoup de monde intelligent est contre moi. A-t-on répondu à Galilée qu'il était prétentieux parce qu'il ne pensait pas comme l'Autorité ? Oui. Je ne suis pas Galilée, mais on me fait le même type de réponse.

Opposer une autorité, un nombre, à une argumentation factuelle, c'est incongru, à mes yeux. Je me sens comme le Bernard-Lazare décrit par Péguy. La Cour de Cassation ? C'est burlesque, bouffon ! Je me fous qu'elle valide ou invalide mon argumentation. Je veux savoir si celle-ci est vraie ou fausse. 

Opposer des personnes, blessées, vexées, à une argumentation factuelle, c'est incongru, à mes yeux. C'est du sentimentalisme. La maladie du temps. Il ne faut pas dire la Vérité, il faut être gentil avec tout le monde. 

Conséquence de quoi, je ne peux plus penser que le sarkozysme est une plaie, parce que cela revient à insulter les membres de l'UMP et leurs électeurs. Comme si ces gens-là étaient définis, ad vitam aeternam, par leur adhésion au sarkozysme. Sarkozy lui-même ne peut pas changer d'avis, se dire qu'il s'est trompé, qu'il n'aurait pas du faire telle ou telle chose, il est impensable qu'il juge un jour sa présidence négative pour la France, impossible : il est ce qu'il a fait, il n'aurait pu faire autrement, c'était dans sa nature à laquelle il ne peut rien changer d'avoir fait tout ce qu'il fait, il n'avait aucune liberté individuelle à exercer, c'est une marionnette, un esclave (de quoi ?). Son électeur lui aussi ne peut absolument pas se remettre en question, se dire qu'il a fait un mauvais choix, changer de camp, d'opinions, évoluer... Impossible. 

Je ne sais pas pour les autres, mais moi je me sens capable de changer d'opinion, d'avis, d'évoluer. Alors je ne vois pas en quoi une idée que je peux avoir, un moment dans ma vie, peut me définir au point que le jour où cette idée est critiquée, violemment critiquée, je me sente menacé dans mon estime de soi. Je crois bien ne jamais m'être vexé. C'est un sentiment qui m'est étranger. Je le néglige chez les autres, je l'ignore, j'ignore qu'il est chez les autres. Je suis mon propre souverain, mon propre accusateur. Je suppose que les autres le sont également, ce en quoi je me trompe manifestement. Jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire, je vois là les raisons expliquant qu'on interprète mes écrits de la sorte.

mercredi 12 octobre 2011

Se passera-t-il quelque-chose ?

Les 17% de l'ami Montebourg sont une drôle de surprise. Au moment où Jean-Claude Michéa publie Le complexe d'Orphée. Interdiction de se retourner... Le simple fait de parler de "démondialisation", à la suite de Jacques Sapir, et Emmanuel Todd, équivaut à réveiller un immense volcan. A partir de ce jour, on peut de nouveau penser. Nous le faisions, nous, de notre côté. Nous n'espérions rien des politiciens. Peut-être sommes-nous si proches du mur que penser leur redevient possible. 

Montebourg pose dans sa lettre trois questions, aux impétrants. Aux impétrants. Il fallait le faire - prononcer ce mot. Todd pense que Aubry ou Hollande, bien qu'hostiles idéologiquement, seront obligés, contraints de se gauchir et de répondre en actes à ces questions, à défaut d'y répondre en paroles. Je suis sceptique. 

Il y en a un autre, l'ami Mélenchon, qui lui a répondu en paroles. En effet, sur ces 3 (4) points, il me semble qu'ils sont sur la même longueur d'onde. Il me semble que l'ami Dupont-Aignan (qui a répondu lui aussi) le serait aussi. Que l'ami Chevènement, aussi. Et ça fait beaucoup d'amis. Ajoutons donc l'ennemie Le Pen. De toute façon, nous n'avons pas besoin d'être amis, ni d'être d'accord. Paulo, Paul Ricoeur
"Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité, d’associer à parts égales, chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage."

Ah oui, Franck Lepage a raison de dire que cette définition de la démocratie, c'est autre chose que : "aller voter". Michéa encore pour la façon que nous avons (pas moi parce que je m'en fous) de désigner les équipes de France : "les Bleus" a remplacé "les Tricolores". Les trois couleurs du drapeau tricolore symbolisait l'unitas multiplex, quelque part (et même ailleurs), les divergences, les contradictions, les conflits qui traversaient la société française pour la constituer. Aujourd'hui que nous appelons notre régime "démocratique", nous n'avons plus qu'une seule et unique couleur (bleu), symbole de la fausse alternance unique que le Spectacle politique nous offre. Un coup PS, un coup UMP. Mais le premier n'est pas socialiste, le second n'est pas populaire, les deux sont oligarchiques. 

Alors, se reconnaître divisés. Il faut bien commencer. Se reconnaître, déjà. Liquider cette idée selon laquelle toute personne parlant du peuple serait populiste et démagogue. Les démocrates actuels sont des démocrates sans peuple, ce qui ne manque pas de piquant. Nous existons, en tant que peuple, en tension, mais comme peuple, qui doit se déterminer dans et par l'expression de ces tensions. De là une possible reprise de contrôle démocratique de nos politiques économiques et sociales.

Amis et ennemis de droite et de gauche, et on sait depuis 2005 que ces amis et ennemis sont majoritaires, il est possible de demander tous ensemble une Constituante. Tout le reste, toutes les autres questions, sont secondaires et relatives à ce préalable. Ces amis et ennemis de droite et de gauche semblent avancer chacun dans son appareil vers 2012. Ils pourraient se rassembler pour désigner un candidat inconnu (ou la chèvre Biquette) dont le rôle et unique rôle serait de convoquer une Constituante par tirage au sort et de démissionner immédiatement. Ça semble peu probable. Je vois là la condition à laquelle je pourrais avoir envie de voter en 2012. Sinon, on attendra l'apocalypse.

jeudi 6 octobre 2011

Nous les nazis

Voici un article sans ambiguïté, sans ambiguïté aucune, et disons-le : doublement sans une seule ambiguïté. L'ambiguïté devient un très court chemin vers le commissariat - vers la Kommandantur. Gloire et louanges ont déjà été chantées en l'honneur de Lars von Trier, en ces Terres, pour son Œuvre, mais aussi et plus récemment pour ses propos "provocateurs", "ambigus" et "pro-nazis". Le voilà entendu par la police danoise, avant que la française ne prenne le relais ? 

Il nous faut être honnête, cette accusation est tout à fait logique. Il le mérite. Nous le méritons, nous tous, nous les nazis. C'est vrai. Les masques doivent tomber, nous sommes nazis. Nous partageons une sensibilité, une politique, une philosophie, une mystique en réalité, profondément républicaines, démocrates, humanistes.

A ce titre, il est implacable, nécessaire, et fatal que nous soyons, par la radicalité de notre opposition à tout fascisme... Il est sans appel que nous soyons frappés par la loi des démocrates, des républicains, des humanistes ; des "démocrates", des "républicains", des "humanistes". 

Nous haïssons le pouvoir, les pouvoirs, la domination, les dominations, les fascismes de tous genres, pas seulement le poussiéreux vingtiémiste, non ! tous, tous autant qu'ils sont. Nous en décelons les germes non pas dans la méchanceté, la vilénie, la monstruosité de quelques dictateurs manipulateurs, non pas dans l'ignorance des masses passées, ignorance que nous aurions vaincue, nous modernes à l'abri des virus des "heures les plus sombres de notre histoire", à la modeste condition d'en célébrer la Mémoire ; nous les décelons au plus profond de la pensée moderne, des modes de vie industriels, des autoroutes de l'information, de l'abaissement de la mystique démocrate en politique démocrate.

Notre mystique nous pousse à mener le procès de la modernité. Nous pensons que si notre régime s'appelle "démocratie", c'est parce qu'il n'est pas une démocratie. Son système, autrefois appelé "gouvernement représentatif" (compris comme le contraire de la "démocratie"), nous le voyons oligarchique. Autant dire dégénéré. 

Nous avons un niveau d'exigence largement supérieur, ô combien ! au lamentable et pathétique (pathologique) spectacle que notre politique nous offre. Athées, nous parlons Dieu. Anarchistes, nous parlons Morale. Dieu est mort, donc l'Homme aussi. Être ou ne pas être Surhomme. Voyez ! Voyez ! le carré de l’hypoténuse, c'est géométrique, ils doivent nous prendre pour des nazis. Il ne peut en être autrement. 

De notre point de vue, nous sommes intouchables quant à ces questions. Notre obsession est la Question humaine. Le Langage. Le Sens. La Littérature. L'Altérité. C'est nous, avec nos obsessions, qui sommes les premières cibles du nazisme, de toute dictature. Nous n'avons pas à les combattre, à affirmer les combattre. Notre existence suffit. Demande-t-on à la souris de prouver qu'elle veut échapper au chat ? Nous n'avons pas ce temps-là à perdre. Vis-à-vis du fascisme, nous ne souffrons aucune ambiguïté. 

Nous pouvons donc dire : "Nous, les nazis". Qui cela peut-il déranger ? Le pouvoir en place. Ça tombe bien, c'est lui qui nous dérange, qui nous vole nos mots, nous aliène, et qui organise notre abandon volontaire de liberté. C'est lui, oui, pas de loqueteux épouvantails. Nous qui sommes démocrates, sommes dérangés par les "démocrates". Il est juste que nous les dérangions quelque peu en retour. Pour eux, il est extrêmement important que nous soyons démagogues, populistes, antisémites, extrémistes, apologistes du terrorisme et du fascisme, mais encore névrosés, dépressifs et pessimistes. Ces accusations sont si grotesques que nous pouvons les accueillir gaiement comme quelques ridicules gouttes d'eau tombant dans le brasier ardent de Thérèse de Lisieux. 

Alors oui, amis journalistes tolérants démocrates et professeurs de leçons de maintien, oui nous aimons le romantisme allemand, oui nous aimons Louis-Ferdinand Céline, et non nous n'aimons pas le régime que vous défendez. Le formidable raccourci que vous prenez, depuis ces constatations jusqu'à l'ami Hitler (je dis l'ami... comme notre maître le Mahatma Gandhi l'a fait : lui offririez-vous un séjour en prison supplémentaire ?) nous honore. Je répète : nous honore. Ce raccourci insensé ne saurait en effet nous salir de l'ignominie et de l'horreur nazie ; il nous décore en revanche comme opposants, comme résistants à votre pouvoir, à votre fascisme au sens de l'ami Pier-Paolo Pasolini des écrits corsaires. 

Je le sens, une dernière levée d'ambiguïté est de mise. Nous ne vous accusons pas, nous ne vous comparons pas, malgré la provocation de certains mots employés. Nous ne nous exonérons en rien, d'ailleurs, de nos flèches. Nous ne faisons pas de vous les nazis que vous voulez faire de nous. Nous disons simplement que notre lutte est perpétuelle, bien que les acteurs changent ; nous luttons contre le crime, pas contre les criminels. Vous avez, de notre miroir, enlevé la poussière, aurait rappelé Rûmî (sur lui la Paix), alors que vous pensiez nous offenser. Est-ce dur à avaler ?

dimanche 18 septembre 2011

Le Maître

Rappel : il perd son premier match à Roland Garros, diminué physiquement (sans que personne ne l'ait su ou n'ait pu l'imaginer), et contre Soderling (qui n'est pas son meilleur ami), et avant de quitter le tournoi, il va saluer un par un tous les membres du personnel du Central.

Aujourd'hui, il écrase Tsonga après avoir fait de même de Gasquet vendredi, pourtant tout épuisé par son échec tardif à l'US Open. Et, après avoir serré la main de son adversaire, et avant d'aller fêter la victoire avec ses coéquipiers, il va donner l'accolade au cordeur français qui prend sa retraite, et serrer la main de tout le clan tricolore

C'est quand même ahurissant. Il me ferait presque douter. Grand !

samedi 10 septembre 2011

Bzzzzz

Un bourdon femelle car avec du pollen, les mâles ne font rien - "Nature en beauté"


Je vous dis : abeille. Vous répondez : ruche, miel, Maya peut-être. Non !... faux ! nul ! zéro !

Comme je suis généreux, je ne vous mets pas 0, mais vous donne 1. Pas 1/20, mais 1/1000. C'est mieux que rien, pour la molécule de glucose que vous avez du casser pour fournir l'énergie de donner la réponse.

1/1000. C'est peu. C'est confondant et ça interdit. En mille : ça remet en place. Au lendemain, on commence à remettre en ordre. On a ouvert le dictionnaire, mais les pages sont mélangées. Mais la veille, le dictionnaire encore fermé, on ne sait même pas qu'on vaut 1/1000, on pense savoir, connaître, être dans son bon droit. Rien de plus faux. Notre ignorance est abyssale. Je le sais. Je crois même le savoir trop (et c'est, de mon analyse, ce qui me vaut d'être vu comme arrogant ou méprisant par beaucoup de lecteurs). Je le sais, c'est si souvent vérifié, c'est un gouffre qui s'ouvre chaque jour.
Aujourd'hui est le jour des abeilles. Qu'ont ces petites bestioles d'intéressant pour l'être humain ? Elles font le miel. Oui, et quelles en soient remerciées ! C'est entendu. Mais, c'est une espèce, une seule espèce, une espèce sur mille, qui fait du miel : l'abeille de ruche. L'abeille, les abeilles, ce sont donc encore 999 espèces, dont personne n'a rien à foutre. Il y en a des grandes noires (xylocopes), des toutes petites (lysoglissiums ?), des collètes du lierre, enfin c'est une diversité insondable. Tout le monde en ignore l'existence. Encore n'est-ce pas tout à fait vrai, jugez plutôt :

L'Union Européenne a calculé que faire le travail de pollinisation, l’œuvre des abeilles, reviendrait à 14 milliards d'euros par an. Ah. Comme les abeilles sont en train de mourir, elles prennent cher - et c'est leur disparition qui nous coûterait cher à nous. Monsanto et d'autres amis financent moult études pour "démontrer" que la disparition des abeilles est due à diverses causes. Laissons ces conteurs noyer les poissons (ça, c'est inoffensif, à la lettre), et avançons, nous, l'hypothèse des pesticides et de l'agriculture dégénérée (cf. les articles à propos de Claude & Lydia Bourguignon). 

J'apprends par exemple ce jour grâce à une journée menée par l'association Arthropologia que les syrphes, ces mouches qu'on prend pour des guêpes ? mais qui sont capables de faire du vol stationnaire, ont besoin de pucerons pour leurs larves et de nectar pour elles, pour aller chercher des pucerons. Si on a des champs gigantesques de salades, les pucerons pullulent. Mais si, aux alentours, il n'y a pas de fleurs pour donner du nectar à ces syrphes, celles-ci ne viendront pas manger les pucerons. Alors l'agriculteur met des pesticides, tous les 15 jours, pour liquider les pucerons. Bon. C'est toute une connaissance, perdue. Comme celle d'utiliser les plantes qui nous entourent, mais on les piétine sans les connaître. J'apprends aussi que la cramaillotte, la confiture de pissenlit est excellente. Étonnant, non ? Que le plantain est un antihistaminique puissant. Enfin c'est sans fin. Deux illustrations encore : le ricin que l'on trouve dans tout parc est mortel, à dose de deux graines pour les enfants, quatre pour les adultes (barème poelvoordien)... il n'y a qu'à se servir pour empoisonner son voisin ; l'amarante aux propriétés nutritives exceptionnelles était largement cultivée en Amérique pré-colombienne, liquidée par les colonisateurs qui voulaient imposer le christianisme et donc se débarrasser des rites solaires en vigueur pour lesquels l'amarante était utilisée... c'est ainsi ce que l'on nomme une civilisation.

D'ailleurs, j'ai lu en même temps Pour en finir avec le jugement de dieu du cher Antonin Artaud. Le bougre et ses Tarahumas est dans le ton.

Les abeilles meurent, pas seulement les abeilles de ruche, pas tellement elles, surtout les abeilles sauvages. Celles que personne ne connaît, et dont tout le monde se fout. Mais, et j'en fus fort ébahi, elles peuvent aussi trouver refuge à la ville. A la campagne, c'est foutu, c'est pesticide à volonté. Mais en ville, on y met des fleurs, beaucoup de fleurs, pour chaque période de l'année, et elles trouvent donc facilement de quoi se nourrir, plus sainement (car les fleurs en question reçoivent beaucoup moins de pesticides que les champs de l'agriculture intensive) qu'à la campagne. Un comble ! 

Toutefois, ces petites bêbêtes qui nichent pour les unes sous terre, pour les autres dans des tiges creuses, pour les dernières dans du bois, ne trouvent pas en ville d'habitat. Un comble aussi. Mais le marché de l'immobilier est en hausse pour tout le monde. C'est pourquoi il faut leur aménager des maisons. C'est toute l'idée du Projet Urbanbees.

Moralité : c'est tout étonnant de tenir entre ses doigts des abeilles, des bourdons, de les sentir vibrer, bourdonner. De vérifier leur absence totale d'agressivité, aussi.

mardi 6 septembre 2011

Retour en Melancholia

Combien d'entrées pour Melancholia ? Je n'en ai idée. C'est un film omis. Il faut les bandelettes pour trouver l'homme invisible qui l'a vu. Encore a-t-il bénéficié de la stupidité de nos amis censeurs, toujours prêts à porter l'esprit Courbertin, partout où ils passeront, toujours plus haut plus fort plus loin dans la bêtise.

Il s'est pourtant trouvé quelqu'une influencée peut-être par mon premier article sur la question, pour l'aller voir et m'en rapporter quelque commentaire. J'en fus tout ébahi. Et s'ensuivit une discussion tout à fait déroutante dont je profite pour revenir placer quelques banderilles misonéistes, quelques variations sur le thème de Melancholia le dernier film en date de Lars von Trier.

Nous, les nazis, dirait-il goguenard, nous n'aimons pas la modernité. Le lecteur de ce blog - ce singulier ne sous-entend pas une généralité, un type, archétype, mais plutôt la grande solitude de celui-ci - l'aura compris. Je me sens de la même famille que Lars von Trier, de la même famille j'allais dire de pensée... non... de mystique ?... Une famille hétéroclite, pour le moins, cosmopolite et incongrue... à tel point que personne n'aurait l'idée de la voir comme une famille. Moi oui. De Nietzsche à Gandhi, de Tarkovski à Bernanos, de Nabe à Dieudonné, de Beethoven à Ali Reza Ghorbani, de Jésus à Rûmî... Étonnant, non ? Van Gogh ?! dont la reproduction de tableaux dans un bureau étatiste a perturbé toute ma matinée. Bela Tarr - que je l'attends ce Cheval de Turin !... Je n'en fais pas la liste, le lecteur, encore lui toujours le même, la connaît. La clé, la clé, celle qui ouvre la porte de Éden familial, personne ne l'a aussi clairement donnée que Charles Péguy, à ma connaissance. Socialiste - mystique, catholique - mystique. Je dis "aussi clairement" : c'est on-ne-peut-plus faux. Prononcez mystique aujourd'hui, et enfuyez-vous en courant car un témoin auditif aura certainement alerté les autorités sanitaires. Prononcez socialiste aujourd'hui, prononcez catholique aujourd'hui, il est acquis, démontré, certifié, assuré que personne, personne je dis bien personne ne comprendra par là ce que Péguy désignait alors par ces mots. A moins d'avoir lu Péguy, à moins de l'avoir bien lu. Vous conviendrez que ça limite. L'ayant lu, et je l'espère bien lu, vous pourrez vous reportez à mes délibérations sur la question, si cela vous chante (ici ou ).

Sinon, passons à Melancholia. Vous savez quels furent mes brefs mots, si je peux vouvoyer mon lecteur. Quelle ne fut pas alors ma stupéfaction d'apprendre que Lars von Trier était le "Houellebecq du cinéma", et un "grand morbide". Pour un nabien, l'attaque fait mouche. Mais à la mouche, c'est un Grand-Duc qui répondra, dans un combat acharné. 

Ici, je dois avertir le lecteur, parce que certains ont la manie de lire des articles sur les films qu'ils vont aller voir (?), et n'aiment pas que des pans de l'intrigue soient dévoilés. De toute façon, les films que j'aime n'ont que très rarement une intrigue. Il ne s'y passe rien. Mais c'est justement tout l'intérêt. Tout de même, lecteur, si tu es dans ce cas, fais demi-tour, et reviens dans quelques temps.

Comment je comprends Melancholia
Une femme, Justine, est quelqu'un de profondément vivante (elle le tient paradoxalement de sa mère qui n'a pourtant pas fait tout le chemin que fera Justine, elle en est restée à l'aigreur) et assurément brillante. Jusque là tout va bien, pour elle, elle nage dans le sens du courant. Pourtant, la concrétisation, à tous points de vue et simultanément, va tout casser - non ! va tout révéler... L'imposture ! l'illusion ! la duperie ! l'inversion de toutes les valeurs ! Ce qu'elle prenait en apparence et en inconscience pour du bonheur, du projet, de l'avenir, de la vie... en était l'exact contraire. Cette cérémonie, ce mari, ce patron, cette famille, ces amis, tout est faux, tout est mou, tout est creux, tout est décadent, dégénéré, tout morbide. Morbide, c'est le mot clé, en effet. Malsain, pathologique, qui porte la maladie. 

Prenant conscience, désormais, de cette inversion - d'abord elle ne comprend pas, puis elle rejette, elle en subit le contre-coup, et, enfin, enfin ! accède à la sérénité, c'est elle, Justine, qui passe pour malade, mélancolique, dépressive, désespérée, fataliste. Prenant à bras le corps sa liberté, c'est elle, Justine, qui est infantilisée. 

C'est dire... Lars von Trier filme ce mariage, de toute évidence, comme image, symbole, comme métaphore d'une décadence. Son propos n'est pas de dénoncer l'abrutissement de quelques milliardaires, ce qui serait somme toute un problème bien marginal à l'échelle de l'humanité. Non, c'est une enflure, une caricature, un portrait à charge, il enfle la vie moderne, la vie de l'être humain moderne, pour en dénoncer ce que cet être humain moderne lambda ne voit pas dans son quotidien, puisque c'est son quotidien, habituel, normal, naturel dirait-il franchement. 

Ce que Lars von Trier nous dit : voyez ce mariage, voyez cette décadence, ces personnages grotesques, ridicules, caricaturaux, morbides et dégénérés, voyez-les, et insultez-les bien, mais, comme dirait Rûmî, n'oubliez pas d'enlever du miroir qui vous fait face la poussière, car c'est vous que vous regardez, que vous insultez. C'est vous qui roulez dans cette putain de limousine trop grande pour une route sinueuse. Pas eux. Pas eux, seulement. Vous. Nous. Nous tous. Pas d'innocent. Tous matérialistes, modernes, bourgeois. C'est ça le crime.

C'est bien... d'accord... de ne pas manger tous les midis au Mcdo, et de ne pas acheter le i-pod ZX27 en ayant campé devant le magasin. On trouverait, et certainement beaucoup parmi les plus riches (mais pas seulement...) des comportements tellement aliénés... C'est déjà bien de ne pas tomber dedans. Ce n'est pas suffisant. C'est loin d'être suffisant, et même, c'est pire encore de ne pas tomber dans ce panneau-là, et de ne pas voir qu'on est tombé dans un panneau bien plus grand. A mon sens, ce n'est pas très glorieux que quelques milliardaires célèbrent de tels mariages déglingués et morbides. Il est pourtant tellement plus grave, combien plus grave, terrible ! que nous tous, des milliards de bovins, nous allions faire nos courses à Auchan. 

Elle est là la grande victoire du modernisme, du matérialisme. Tout le monde y donne, mais une petite extrémité trop voyante permet à l'immense majorité de ne pas même se douter qu'elle vit sur les mêmes fondamentaux, le même paradigme que ces brebis galeuses désignées. On nous fait le coup du juste milieu. Le coup de la tolérance. Le coup du sentimentalisme. Le coup aussi de l'optimisme. On nous fait le coup du : il y a du bon et du mauvais partout, il y a des gentils et des méchants partout. 

Qui est vivant ? Justine. Qui est morbide ? Claire, tous les autres. Qui reproche de la morbidité à qui ? Claire, tous les autres, reprochent de la morbidité à Justine. Transfert classique. Toutes les valeurs ont été perverties, inversées. Ceux qui vivent dans l'illusion, dans une ambiance morbide reprochent à celle qui, vivante, et libre, forte, nietzschéenne, leur montre ce qu'ils sont eux. 

C'est Melancholia qui viendra détruire toute vie. La mélancolie... la complaisance envers cette vie morbide qui s'ignore. Quand Justine sereine, sage (cf. la citation-mère de ce blog) dit ses quatre vérités, assène la Vérité à Claire, c'est extrêmement violent, extrêmement. Je crois, aussi violent que tous ceux qui ont joué ce rôle de prophète. L'intolérance est indispensable à la propagation de la vérité. Partir dans du sentimentalisme, parce que Claire est gentille, elle se démène pour sa famille, pour sa sœur, elle fait ce qu'elle peut, elle ne mérite pas d'être "insultée", cela revient à estimer qu'elle mérite de mourir dans sa voiture de golf espérant échapper à une planète... Lui ayant dit la Vérité, Justine lui offre une mort, dans la cabane magique, plus belle, plus digne, plus aristocratique, noble, meilleure. Bien entendu c'est violent à encaisser, mais c'est la vie. Et la première source de morbidité, c'est la négation de la violence.

Je précise ici, je m'en sens obligé, malgré mes nombreux radotages sur le sujet (dernier en date) : l'intolérance ne vise pas ne vise jamais une personne, laquelle bénéficie toujours et quoiqu'elle ait commis de la jurisprudence Jésus Christ : "pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font".  Ce qui est haï, c'est le Mal, c'est le crime. Le criminel lui ne subira aucune flèche, il n'est pas défini par son crime, il peut se repentir, marcher sur le chemin de la rédemption ; et, nous sommes tous criminels.


A la suite de quoi, on ne peut comprendre le film comme fataliste, comme une résignation, du sans espoir. C'est le contraire. L'ennemi est identifié, c'est la mélancolie, c'est la complaisance envers la morbidité. Chaque spectateur n'a plus qu'à se révolter, dans sa vie, dans son quotidien, contre tout ce qui l'aliène, et se libérer de ces pesanteurs modernes, matérialistes, démocratiques, sentimentalistes et tolérantes. Oh ! la tâche est immense, est infinie. C'est un chemin, un chemin boueux sur lequel on ne progresse que pas à pas, parfois même sur place, parfois encore à reculons, les obstacles sont légion. Peut-être seuls quelques-uns en sont capables, pour écrire un Zarathoustra, pour conduire une marche du sel. Mais, la résignation est impossible !...