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mardi 22 décembre 2015

Le peuplier, le gui, la grive - une Internationale biologique

Solstice d'hiver
La dissémination du gui! En voilà toute une histoire. Aujourd'hui, nous célébrons, enfin je ne sais pas qui, le solstice d'hiver. Le jour le plus court de l'année. Les suivants allongeront. Les feuilles déchues repousseront. Enfin, ce ne seront pas les mêmes feuilles, mais ce seront les mêmes malgré tout. Allez comprendre la Nature! J'ai essayé, si je peux mentir un peu, de me baigner deux fois dans le même fleuve. Hé! bien figurez-vous que non! on ne peut pas. Au même endroit! exactement... mais non, c'était raté. 

S'il manque les feuilles, on repère les parasites. A la tête des arbres qu'ils sont... et surtout sur les peupliers. Est-il utile que je vous donne le nom latin de peuplier? Populus. Peuple! Parasite du Peuple en sa tête... c'est sa place au Kapital, sa définition. Je ne suis pas totalement juste en les traitant de parasites les Kapitalistes. Une délégation de guis s'est également plainte auprès de moi. Le gui n'est qu'un hémiparasite, ce qu'il prélève ne tue pas son hôte, le gui sait capitaliser et faire fructifier sur les matières premières qu'il dérobe. Le Kapitaliste, lui non plus, n'a pas intérêt à détruire la populace qui le nourrit. 

C'est la dissémination qui m'intéressait. Comment le gui fait-il pour sauter d'un arbre l'autre? Il est là un peu comme un con, il faut bien le dire. Les séjours aux Seychelles et compagnie, quand t'es gui, c'est compliqué. Mais le gui bénéficie d'agents qui s'ignorent, d'idiots utiles comme dirait l'autre. Les oiseaux. Nous ne savons que trop, en effet, que les oiseaux sont des cons. Qu'ils sont donc cons! pleurait le grand Chaval noir! Les grives les fauvettes les mésanges rivalisent de connerie! Rendez-vous compte : les grives draines mangent les fruits du gui, et vont rejeter les graines au grand large, loin mais loin... survoltées qu'elles sont par leur repas, elles volent voyagent migrent et déportent le gui à des kilomètres à la ronde. Et les fauvettes à tête noire? alors elles! elles ne savent pas manger le fruit en entier et le décortiquent sur place, sur la branche parfaitement! laissant ainsi une graine, juste voisine du gui mangé, prête à éclore car la fauvette a fait là où on lui a dit de faire. 

Qui est "on"? Personne. Et c'est ainsi qu'Allah est grand. Je repense toujours à Vialatte à cette période de l'année. C'est ainsi, il reviendra aussi éternellement que le solstice d'hiver. Pourquoi la dissémination du gui? 

Le gui a nécessairement conscience du peuplier, il a nécessairement conscience de la grive draine. Il ne peut en être autrement. Pourtant, il est impossible que le gui ait conscience du peuplier, ait conscience de la grive draine. De même la grive draine ne comprend strictement rien à ce qu'elle fait. Elle mange, point. Et cependant, etc. Si j'étais peuplier, j'y verrais un complot. Mais je ne suis pas peuplier. Le peuplier croît. Le peuple croit. Et réciproquement. Mais il n'y a pas de complot, ou alors de Dieu donc la Nature. Auto-organisation!

Nous, de l'espèce homo sapiens, sommes malgré notre prétention à la rationalité, parfaitement idiots. Du moins devrions-nous le rester (seuls les Idiots sont dignes d'intérêt). Disons stupides. On pense. Mais sans les pieds. Autant dire qu'on ne comprend rien. C'est important de le savoir. A partir de ce moment-là, en effet, on met en question ce que l'on pense, on envisage un autre point de vue. 

Voici donc 2015 qui s'achève. On nous apprend qu'un million de "migrants" est arrivé en Europe cette année. Le million! le million! Je remplace. Un million de déporté-e-s! et je répète : de déporté-e-s. Les gens se déportent! Sans déporteur officiel, c'est pratique. Un million, donc! Et surtout un, Aylan de son prénom, dont la photo horrible a été instrumentalisée jusqu'à la nausée, afin de parachever l'inversion totale du sens de ce qui se passe, vu du point où je me trouve : l'Occident est le criminel des criminels. 

Pour quelques plants de guis là-haut sur les cimes, un Empire, entraînant son peuple soi-disant consentant par les cheveux, détruit le reste de la planète afin d'en pomper la sève, causant la mort de millions de peupliers-bougnoules, et la déportation d'autres millions de peupliers-bougnoules, que les peupliers-occidentaux sont priés d'accueillir à bras ouverts (le contraire serait fasciste) à condition bien entendu que les peupliers-bougnoules cessent d'être bougnoules en coupant barbe et déchirant voile. 

Et c'est ainsi qu'Allah est grand. Comment ne pas voir que tout conspire? car tout conspire. La bombe de l'OTAN et la kalash de DAESH produisent les mêmes effets, strictement. Il est sans importance aucune que les têtes pensantes de l'un et de l'autre en aient conscience ou non. C'est bien celle-là, la fonction de l'accusation, véritable TASER idéologique, de "théorie du complot". Utiliser quelques maniaques obsessionnels, pour décrédibiliser tout changement de point de vue, et empêcher de remarquer que tout conspire. Les complots individuels sont dérisoires et ridicules. Ils ne font pas l'Histoire. C'est l'Histoire qui les faits, qui les rend possible. 

Jetez le puzzle en l'air, il retombera chaque pièce à la bonne place. C'est garanti. Le peuplier, le gui, le grive. 

Peupliers de tous les pays, unissons-nous! 

vendredi 2 janvier 2009

Le progrès ne connaît plus de limites


Ah ! Cornegidouille ! De par ma chandelle verte ! Merdre ! J’ai parlé trop vite. Pas reçu le Tome 2 des Chroniques de Vialatte. Je crains ne pouvoir mettre la main dessus de sitôt. Si ce n’est en occasion, et encore. Mais je l’aurai, dussé-je, selon le mot de Don Quichotte, aller jusqu’au fond du ventre de la baleine dans laquelle il est caché !

J’ai du temps pour le trouver, car il m’en faudra encore pour terminer le Tome 1 ; et puis mille folies sont à lire, je ne serai pas pris dans la spirale du néant littéraire, non plus que je ne cèderai aux sirènes des plus sinistres têtes vides de gondoles. Et puis de toute façon, « il est urgent d’attendre ».

Vous parlerais-je en attendant du premier tome ? Oui. C’est que j’en suis à la chronique 81, autant dire que j’ai lu 80 chroniques jusque-là, étalées du 9 décembre 1952 au 22 juin 1954. Et puisque le calcul vous manquera jusqu’à vous empêcher de dormir ; et parce que vous ne savez probablement pas calculer un pourcentage, je le fais : 8,91 % des Chroniques font désormais partie de ma misérable culture. Mais pourquoi, direz-vous, cet ahuri parle-t-il en chiffres de ce qui ne saurait être quantifié ? Pourquoi ne pas en louer la Qualité, ce qui en est inestimable ? Par dérision. Par vialattisme. "Notre époque est friande de chiffres. A juste titre" (quel sens de l'ironie !)

Comment mieux parler de ce livre que tel que je vais le faire ? C’est un pavé aux dimensions extraordinaires à elles-seules, jugez plutôt :13 cm de largeur, 20 cm de longueur, et 3 cm de hauteur, s’il m’est permis de faire confiance à mon double décimètre. N’étant pas fort en calcul mental, je laisse le soin à ma calculatrice de révéler l’impensable : ce livre a un volume de 780 cm3 ! Je ne vous sens pas convaincus ! Que direz-vous alors quand vous saurez que c’est équivalent à 800 g d’eau de mer ! Ahurissant, non ? Prélevez 800 g d'eau de mer dans l'Océan Pacifique (il y a déjà assez de Paix dans le monde), que cela change-t-il ? Rien. Prenez 780 cm3 de Vialatte, que cela change-t-il ? Tout.

Poursuivons. Aussi grandiose que cela puisse paraître, ce livre est blanc. Et il y a un dessin de Chaval sur la couverture. Chaval, qui n’était pas un con, puisqu’il s’est suicidé. Chaval, qui n’a pas eu de chance, puisqu’il a fait ça en janvier 68, quel oiseau (rappelons que pour Chaval, Les oiseaux sont des cons) ! Bref, ce Chaval de trait ne manque pas d’air et il a le chic pour illustrer à point ce livre d’un dessin qui n’est que Bienséance dérisoire, quichottisme de salon, et absurdité ultra-signifiante… vous pouvez le voir dans ma note précédente et ici-même. Et c’est tout dire. Et c’est pour cette raison que je préfère dire autre chose, le contraire même de ce que je voudrais dire. Car c’est en lisant Vialatte qu’on se rend compte qu’il est proprement stupéfiant que le livre que je viens de refermer pour écrire cette note (je n’ose évidemment dire chronique), alors qu’il devrait logiquement s’enfoncer dans le bureau sur lequel je l’ai posé, reste dessus bien sagement, comme si sa maman l’avait parfaitement éduqué dans son enfance. Seulement, que sais-t-on de son enfance ? A-t-il seulement eu une enfance ? Rien ne le prouve. Tout prouve même le contraire. L’ordre, les lois de la physique, la cohérence, voilà bien ce qui est naturel sans quoi aucun anarchiste en mon genre ne serait là pour s’en étonner. Le livre repose sur le bureau, et c’est bien là ce qui est chose la plus terrible et la plus magnifique qui soit.

Il me faut enfin commencer cet article, c’est-à-dire lui donner une fin et, comme je n’ai pas confiance en ce que je viens d’écrire, bien que ce soit à mes yeux le meilleur article que j’aie pu écrire ici, je vais dire ce que sont ces Chroniques. Ce ne sont que choses grandioses et magnifiques, paradoxes qui coulent de source, chinoiseries qui varient avec les peuples, progrès qui fait rage, directeurs de prison qui s’évadent, malades qui meurent guéris, logiques invraisemblables et invraisemblances logiques, lenteur de la vitesse, je vous en passe… C'est le bon sens qui coule dans ses veines cependant que le non-sens coule dans ses artères ; et dans son cœur, ce n'est plus que champ de bataille entre les deux ; et pour le lecteur profusion de sens !