Affichage des articles dont le libellé est Jarry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jarry. Afficher tous les articles

mardi 10 février 2009

Salaam aleikum

Ce blog me pose problème. Je ne sais pas quelle direction lui donner. En même temps, c'était quelque part le but que ne pas avoir de direction. Mais à force de faire chemin vers ici, là et ailleurs, ainsi que nulle part, quelques persistances se sont révélées qui me donnent envie d'aller plus loin. A force de réfléchir à cela, j'en suis arrivé à la conclusion suivante :

1/ c'est très bien d'avoir ce blog où je peux parler de tout et n'importe quoi sur des tons très différents, et qui me permet de suivre malgré tout mes errements. Je le vois comme une première mémoire de tout ce que je découvre qui m'intéresse, qui m'interpelle, me passionne, me fait réfléchir. Je peux ainsi creuser un minimum, au lieu de voler de Spinoza en Buika en passant, en plus de la Lorraine avec mes gros sabots, par Antonioni, Piaget et Alfred Jarry. Il m'est très utile d'écrire ces petits billets qui entrent dans les différentes catégories de ce blog. Et je me rends compte que je n'ai écrit jusque-là que le dixième ou le centième de tout ce qui m'a percuté et/ou influencé en un an.

2/ mais enfin, ça ne me suffit pas, et j'aimerais écrire quelque-chose de plus personnel, qui me soit propre, avec mes mots, mes thèmes. Je m'en sens à la fois capable et incapable. En tout cas je pense qu'il est temps d'essayer. La principale crainte qui m'habite est évidemment de faire du sous-Untel (il y a 4 ou 5 Untel qui me hantent), et je crois que ce sera nécessairement le cas au début. Meiner Meinungnach, je saurai vérifier si j'arrive à m'en défaire avec le temps (et avec le temps, va, tout s'en va, n'est-ce pas Péronnelle ?).

L'identité d'un petit frère à ce blog est donc en train de mûrir.

Et c'est ainsi que l'eau c'est la vie - Aman Iman comme disent les Touaregs.

lundi 12 janvier 2009

Le possible est plus riche que le réel ?

C'est Ilya Prigogine qui disait "le possible est plus riche que le réel". J'aime beaucoup cette phrase. Allez, je jette en pâture quelques noms, quelques commentaires peut-être, dans le seul but de ne pas les oublier d'ici à ce que je puisse me pencher plus sérieusement sur leurs cas.


Commençons par le dvd Cinéastes à tout prix de Frédéric Sojcher. Ce documentaire est consacré à trois cinéastes belges, quasiment privés de moyens, et qui tournent en Don Quichotte du cinéma. Ils sont parfaitement mégalos, et peut-être un peu psychopathes... et c'est ça qu'est bon, comme on dit. Ils s'appellent Max Naveaux, Jacques Hardy, et surtout Jean Jacques Rousseau (sans tiret, et ce n'est pas un pseudonyme), cinéaste de l'absurde par excellence dont Le diabolique Docteur Flak par exemple débute par un écriteau "20 ans après" ! Ce n'est que surréalisme, delirium tremens et créativité débordante. Et, que ça ait quelque chose à voir ou non, que ce soit surréaliste, pataphysique, ou quichottesque, je crois utile de parler de toutes ces choses grandes et magnifiques à découvrir., celles qui prouvent, comme le disait Albert Aycard, que la réalité dépasse la fiction.


La musique inaudible (si ce n'est par les chiens) de Michel Magne ; l'institut des mécontents (une fois qu'ils y entrent, les voilà contentés !) ; Le Petit Silence Illustré, la revue lancée par Jacques Sternberg, la seule revue qui n'a "strictement rien à dire" ; le catalogisme de Léon Bopp, philosophie de l'omnipotence ou logique qui englobe toutes les logiques existantes ou non - c'est pourquoi il termine toujours ses phrases par "etc.", cet etc. prouve à quelles tâches immenses il s'attaque. Et que dire de Cami, "plus grand humoriste in the world" disait Charlie Chaplin (excusez du peu) et de son M. Rikiki ? Résumons-nous : plus on avance, plus on recule. C'est tous azimuts qu'on a envie de s'élancer, pour combler ses considérables lacunes culturelles. C'est bien ce qui est effrayant.


Il me reste 300 pages à lire pour finir le premier tome des Chroniques de Vialatte. Je profiterai de l'occasion pour lire une petite rafale d'Alfred Jarry, l'inventeur de la 'Pataphysique dont un collège s'est investi en son honneur en 1948. La richesse de ce mouvement, dégagé dans tous les sens du terme dégagé et du terme sens, comme disait l'autre, est sans limite, semble-t-il. La 'Pataphysique est la science du particulier quand il ne saurait y avoir que science du général ; la science des solutions imaginaires. L'absurde y a certes toute sa place, mais ce n'est pas la négation du sens qu'elle pointe du doigt, mais sa surabondance. Tout vient du principe épicurien de clinamen, que les théoriciens du chaos n'ont fait que redécouvrir. C'est l'infime déviation des atomes qui permet au monde d'exister et à l'homme de n'être pas entièrement déterminé. Une notion dérisoire, une aberrance infinitésimale élevée au rang de Principe !Quelques pensées pataphysiciennes :


Alors qu'un gradé lui ordonne de balayer la cour de la caserne, Alfred Jarry répond : "Dans quel sens ?"


"Tout ce que je ferai sera de trop" Julien Torma


"C'est une grande science que de modeler son âme sur celle de sa concierge" René Daumal


"Le courage consiste à rester chez soi, face à la nature qui ne tient aucun compte de nos désastres" Joan Miro


"De deux choses lune / l'autre c'est le soleil" Jacques Prévert





La peinture de Jean Dubuffet, l'oeuvre d'Umberto Eco... mais enfin comment s'en passer ? Eco, par exemple. Et sa cacopédie : somme du savoir négatif ou somme négative du savoir, qui se propose d'étudier l'histoire de l'argiculture antarctique, la psychologie des foules en terres sahariennes, les techniques du tiers inclus, l'urbanistique tzigane ou la phonétique du film muet... avec de nouvelles disciplines telles la tétrapilectomie (art de couper les cheveux en quatre) ou la luthomiction (l'art de pisser dans un violon). Etonnant, non ? Allez, je raccroche, il y a Benoît Poelvoorde et Marc-Edouard Nabe chez Taddeï... A propos de Nabe, quand même... je suis sur le point de finir Les Nègres de Jean Genet, je ne saurais trop vous le conseiller tant le racisme, non ethnique mais culturel, social, y est laminé avec ironie, dérision et talent (dont manquent généralement les antiracistes primaires, dirait probablement Desproges).


Cornegidouille, j'aurais voulu parler de Choron dernière, du Matricule des anges, du blog de Dror... Bah, qu'en dire ? Simplement que si les altermondialistes demandent toujours un autre monde, celui-ci ou ceux-ci même, existent d'ores et déjà et qu'il suffit d'éteindre la télé et de s'échapper du discours dominant pour satisfaire sa curiosité...

vendredi 2 janvier 2009

Le progrès ne connaît plus de limites


Ah ! Cornegidouille ! De par ma chandelle verte ! Merdre ! J’ai parlé trop vite. Pas reçu le Tome 2 des Chroniques de Vialatte. Je crains ne pouvoir mettre la main dessus de sitôt. Si ce n’est en occasion, et encore. Mais je l’aurai, dussé-je, selon le mot de Don Quichotte, aller jusqu’au fond du ventre de la baleine dans laquelle il est caché !

J’ai du temps pour le trouver, car il m’en faudra encore pour terminer le Tome 1 ; et puis mille folies sont à lire, je ne serai pas pris dans la spirale du néant littéraire, non plus que je ne cèderai aux sirènes des plus sinistres têtes vides de gondoles. Et puis de toute façon, « il est urgent d’attendre ».

Vous parlerais-je en attendant du premier tome ? Oui. C’est que j’en suis à la chronique 81, autant dire que j’ai lu 80 chroniques jusque-là, étalées du 9 décembre 1952 au 22 juin 1954. Et puisque le calcul vous manquera jusqu’à vous empêcher de dormir ; et parce que vous ne savez probablement pas calculer un pourcentage, je le fais : 8,91 % des Chroniques font désormais partie de ma misérable culture. Mais pourquoi, direz-vous, cet ahuri parle-t-il en chiffres de ce qui ne saurait être quantifié ? Pourquoi ne pas en louer la Qualité, ce qui en est inestimable ? Par dérision. Par vialattisme. "Notre époque est friande de chiffres. A juste titre" (quel sens de l'ironie !)

Comment mieux parler de ce livre que tel que je vais le faire ? C’est un pavé aux dimensions extraordinaires à elles-seules, jugez plutôt :13 cm de largeur, 20 cm de longueur, et 3 cm de hauteur, s’il m’est permis de faire confiance à mon double décimètre. N’étant pas fort en calcul mental, je laisse le soin à ma calculatrice de révéler l’impensable : ce livre a un volume de 780 cm3 ! Je ne vous sens pas convaincus ! Que direz-vous alors quand vous saurez que c’est équivalent à 800 g d’eau de mer ! Ahurissant, non ? Prélevez 800 g d'eau de mer dans l'Océan Pacifique (il y a déjà assez de Paix dans le monde), que cela change-t-il ? Rien. Prenez 780 cm3 de Vialatte, que cela change-t-il ? Tout.

Poursuivons. Aussi grandiose que cela puisse paraître, ce livre est blanc. Et il y a un dessin de Chaval sur la couverture. Chaval, qui n’était pas un con, puisqu’il s’est suicidé. Chaval, qui n’a pas eu de chance, puisqu’il a fait ça en janvier 68, quel oiseau (rappelons que pour Chaval, Les oiseaux sont des cons) ! Bref, ce Chaval de trait ne manque pas d’air et il a le chic pour illustrer à point ce livre d’un dessin qui n’est que Bienséance dérisoire, quichottisme de salon, et absurdité ultra-signifiante… vous pouvez le voir dans ma note précédente et ici-même. Et c’est tout dire. Et c’est pour cette raison que je préfère dire autre chose, le contraire même de ce que je voudrais dire. Car c’est en lisant Vialatte qu’on se rend compte qu’il est proprement stupéfiant que le livre que je viens de refermer pour écrire cette note (je n’ose évidemment dire chronique), alors qu’il devrait logiquement s’enfoncer dans le bureau sur lequel je l’ai posé, reste dessus bien sagement, comme si sa maman l’avait parfaitement éduqué dans son enfance. Seulement, que sais-t-on de son enfance ? A-t-il seulement eu une enfance ? Rien ne le prouve. Tout prouve même le contraire. L’ordre, les lois de la physique, la cohérence, voilà bien ce qui est naturel sans quoi aucun anarchiste en mon genre ne serait là pour s’en étonner. Le livre repose sur le bureau, et c’est bien là ce qui est chose la plus terrible et la plus magnifique qui soit.

Il me faut enfin commencer cet article, c’est-à-dire lui donner une fin et, comme je n’ai pas confiance en ce que je viens d’écrire, bien que ce soit à mes yeux le meilleur article que j’aie pu écrire ici, je vais dire ce que sont ces Chroniques. Ce ne sont que choses grandioses et magnifiques, paradoxes qui coulent de source, chinoiseries qui varient avec les peuples, progrès qui fait rage, directeurs de prison qui s’évadent, malades qui meurent guéris, logiques invraisemblables et invraisemblances logiques, lenteur de la vitesse, je vous en passe… C'est le bon sens qui coule dans ses veines cependant que le non-sens coule dans ses artères ; et dans son cœur, ce n'est plus que champ de bataille entre les deux ; et pour le lecteur profusion de sens !

jeudi 25 décembre 2008

Alexandre Vialatte remonte à la plus haute antiquité


Querellus editoriam, ça va comm’ sum. "Cessons de chercher querelle à l’éditeur", disait déjà Pline l’Ancien il y a près de deux mille ans. Rarement, au cours de l’histoire du monde, une profession aura été autant controversée que celle d’éditeur. Aujourd’hui encore, on accuse des éditeurs, et tous les éditeurs d'ailleurs, d’exploiter les auteurs. Dieu merci, ce n’est pas l’avis de tout le monde. À la question : "Les éditeurs sont-ils un mal nécessaire ?" 100 % des maquereaux de Pigalle interrogés répondent : "Oui, bien sûr. Si y a personne pour les pousser au cul, les livres, y restent dans la rue au lieu de monter dans les étages." ainsi Pierre Desproges entamait-il son réquisitoire du Tribunal des flagrants délires contre André Balland.
J'avais bien envie, il y a quelques jours de cela, de le prendre à contrepied et de chercher querelle à l'éditeur. Je souhaitais en effet me procurer les Chroniques de la Montagne d'Alexandre Vialatte, auteur, comme il le dit lui-même "notoirement méconnu" que le même Desproges citait avec tant d'admiration ("Si vous n'êtes pas capables de vous passer d'un épisode de Dallas pour lire les chroniques de Vialatte") qu'il m'a donné l'envie de la découvrir. Or, croyez-le ou non (oui vous le croyez), mais il est très difficile de trouver en librairie des livres de cet énergumène ! Même à Clermont-Ferrand, lieu de vialagiature théoriquement éminent puisque c'est bel et bien le journal auvergnat qui hébergea les 900 chroniques en question. Ubuesque, non ? L'occasion de se reporter sur Alfred Jarry ? Ces chroniques sont éditées désormais chez Robet Laffont dans la collection Bouquins en deux volumes, mais ne sont plus disponibles (si ce n'est le tome 1). Allai-je devoir me contenter de la satisfaction d'avoir déjà lu du Vialatte, sans le savoir, puisque c'est lui qui traduisit Le Gai Savoir et Ecce homo de Nietzsche ? Non : un dernier exemplaire du tome 2 était en circulation sur chapitre.com, j'étais sauvé et c'est ainsi qu'Allah est grand, aurait dit Vialatte.
Voilà, je n'ai fait qu'entamer cette lecture qui s'annonce au long cours : 2000 pages pour 898 chroniques. Mais après seulement 1,11% de lu (10 chroniques, refaites le calcul, c'est très intéressant), je suis déjà estomaqué. Il est évident que tout adorateur invertébré (et vertébré aussi, pourquoi pas) de Desproges devrait lire Vialatte, la filiation est assez claire. Le style est juste exceptionnel, le choix des mots stupéfait à chaque détour de phrase. Dégagé dans tous les sens du mot dégagé et du mot sens, comme dirait n'importe quel inéminent pataphysicien, Vialatte ne parle que de son époque au moyen de romans, ou tout ce qui a trait à l'art et à l'humain. Les sentences sont miraculeuses.

"Où allons-nous si Ferdinand Lop se met à offenser la grammaire ! Nous n'y allons plus, nous y sommes. C'est une époque extraordinaire. J'oubliais en effet de dire que l'almanach Vermot nous apprend qu'on a trouvé en Tchécoslovaquie, à Petovice exactement, des mammifères amphibies à trois yeux ! Le progrès fait rage ! Et c'est ainsi qu'Allah est grand." Chronique n°9, 3 février 1953

Etonnant, non ?

Et ceci alors qu'il parle des lapins d'Henri Pourrat, lequel les élève en dehors du clapier qu'il leur a construit : "Les lapins s'ébrouent dans le jardin, font mille folies dans la carotte, commettent des crimes dans la luzerne ; et s'ébattent dans le chou quintal avec une naïveté charmante. Ils se jettent dans les jambes du facteur. Jamais ils ne sortent par la porte ! Un jour, ils sauteront d'eux-mêmes dans la casserole ; on s'étonne des progrès de la civilisation." Chronique n°2, 16 décembre 1952

Je vous en reparlerai...