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vendredi 19 septembre 2008

Le hasard et la nécessité - Jacques MONOD

Pour le biologiste, la nature est objective, ce qui est le fondement indémontrable de la méthode scientifique ; il faut alors séparer l’éthique porteuse d’un projet de la connaissance centrée elle sur l’objet. Ainsi, une « ancienne alliance », « animiste », doit être rejetée au profit d’une nouvelle alliance qui mettrait fin à l’illusion du dualisme. Pour ce faire, la biologie doit résoudre une évidente contradiction épistémologique dont la base serait la téléonomie : l’œil en tant qu’organe naturel répond bien au projet de capter l’image. Donc l’objectivité oblige à reconnaître la téléonomie comme principe de fonctionnement du vivant. Mais pour Monod, la téléonomie découle de l’invariance (conservation de l’espèce et transmission du patrimoine génétique), alors que d’après lui, les animistes posent que c’est la téléonomie qui impose l’invariance.

Monod fait de l’animisme une étape de l’évolution au sens darwinien des idées de l’Homme : religion, philosophie jusqu’au marxisme inclus et l’évolutionnisme finaliste (Spencer). Monod explique que la téléonomie observable à un niveau macroscopique est causée par les invariances microscopiques (traduction de l’ADN) irréversibles. C’est ce qui permet de comprendre la diversité des êtres vivants alors mêmes que les machineries chimiques qui les composent sont peu ou prou les mêmes. « Il s’ensuit nécessairement que le hasard seul est la source de toute nouveauté dans la biosphère. » Et ce n’est qu’ensuite que la téléonomie assure la stabilité des formes dans la biosphère. Ce qui pose le problème de ce qu’il nomme les frontières : l’origine des premiers systèmes vivants et le fonctionnement du système le plus téléonomique qui soit (le SNC de l’Homme). Ce qui ouvre donc une conception nouvelle de la complexité de l’héritage génétique et culturel, de l’expérience personnelle, qui se regroupe pour définir l’individu que nous sommes.

L’exigence d’explication est universelle, avec une fonction d’apaiser l’angoisse de trouver un sens à l’existence, c’est pourquoi la science objective qui a finit par s’imposer aux sociétés modernes mais en suscitant toujours l’hostilité car elle s’affirme comme seule source de connaissance et appelle à une refondation éthique.

mardi 19 février 2008

Les sacralités républicaines

Sarkozy, d'une manière pour le moins surprenante (et pourtant prévisible pour peu que l'on ait porté attention à ses écrits), bouscule violemment un équilibre qui pourtant tient bien debout et qui a mis longtemps justement à acquérir cette stabilité, je veux parler de la laïcité. Cependant, au-delà des absurdités proférées (l'histoire de France revue selon la légende dorée du catholicisme, notamment, mais pas seulement) se pose la question d'une laïcité adaptée au XXIè siècle. En effet, n'en déplaise aux nouveaux clercs défenseurs inconditionnels d'une "laïcité à la française", seul modèle pur et parfait, universel et éternel à lui tout seul, la laïcité est une construction social-historique et comme telle, évolue ! Il ne s'agit donc pas canoniser Voltaire et de fermer le modèle sur lui-même, de le sacraliser, mais au contraire de penser les nouveaux problèmes qu'il rencontre et pouvoir y apporter des réponses adaptées : que l'on pense notamment à l'autonomisation de l'individu par rapport à la médecine et à l'école - les deux institutions qui, précisément, ont porté la laïcisation - pour se convaincre de la nécessité d'une réflexion renouvelée ; sans parler de l'évolution du paysage religieux du pays ni du rapport, en général, à la religion. Voici donc une introduction aux impensés de l'histoire du modèle républicain sur les 2 derniers siècles.