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samedi 12 juillet 2014

Gaza vaut bien une fraise

François, l'ennemi de la finance, n'ayant pas été destitué, goudron et plumes, depuis son communiqué de presse éhonté soutenant l'extrême-droite à l'action sur Gaza, nous pouvons considérer que c'est la France toute entière qui est dans la niche de Netanyahou. Honnêtement, ce n'est pas une surprise. 

Le contraire aurait même été assez hypocrite. 

Voyez ce petit reportage où il est question des fraises trouvées dans nos assiettes : 



Bon. Tout y est. La folie furieuse agro-industrielle. Approuvée validée par le con-sommateur. Abruti par l'air du temps, la propagande, l'ambiance dans laquelle il baigne depuis tout petit, école et télé, je ne ressors pas les phrases de Céline (les pamphlets!) mais c'est pas l'envie qui manque. Allez, je ressors :

Depuis la Renaissance l'on tend à travailler plus passionnément pour l'avènement du Royaume des Sciences et du Robot social. Le plus dépouillé... Le plus objectif des langages c'est le parfait journalistique objectif langage Robot... Nous y sommes... Plus besoin d'avoir une âme en face des trous pour s'exprimer humainement... Que des volumes! Des arêtes! Des pans! Et de la publicité!... Et n'importe quelle baliverne robotique triomphe! Nous y sommes...
D'où lui vient ce goût-catastrophe ? Avant tout, surtout de l'école, de l'éducation première, du sabotage de l'enthousiasme, des joies primitives créatrices, par l'empesé déclamatoire, la cartonnerie moralistique.
Et caetera.

Et Robespierre, aussi :

La plus grande partie de nos concitoyens est réduite par l'indigence à ce suprême degré d'abaissement, où l'Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné.

Un homme très dangereux comme vous voyez. Bref! Il faut vraiment s'ennuyer sacrément dans la vie pour se poser les questions qu'il faut se poser. Ou plutôt, avoir une expérience de l'ennui. Savoir ne rien faire. Penser avec ses pieds. Divaguer. Pérégriner. Combattre les Géants! les Moulins! Rêver de Dulcinée! Chevaucher Rossinante...

Quelqu'un d'occupé... Coupe du monde de foot et Hollywood, robotisé métro-boulot, n'irait jamais se prendre la tête avec de pareilles têtes d'épingle. Sic transit gloria mundi, amen. Il est 9h. Voilà déjà quatre heures que je n'ai rien à faire. Tout se passe quand il ne se passe rien, c'est comme les films de Bela Tarr. Je ramène à ma fraise.

La folie furieuse agro-industrielle : on mange du pétrole. Claude Bourguignon pose donc la bonne question : "quand il n'y aura plus de pétrole, on va manger quoi?" mystère. Nous dépendons, jusque dans notre alimentation (dégénérée), du pétrole. C'est ni plus ni moins ce qui justifie la destruction du Moyen-Orient. Voilà pourquoi nous bombardons, nous formons et armons des terroristes, etc. L'impérialisme fait rage. Des tonnes de confiture par-dessus.

Pour manger de la fraise espagnole, il faut avoir la main sur la Mésopotamie ; et, il faut pouvoir exploiter la misère roumaine, marocaine, etc. pour trouver de pauvres hères acceptant de les ramasser pour 3 euros de l'heure. Et pour avoir envie de manger de la fraise plastique espagnole ou de la fraise belge à Noël, il faut que le Système nous ait sacrément sapé le moral, de l'autre côté. Tout cela est bien huilé. Céline encore :

Nos sociétés croulent sous les richesses matérielles, mais elles crèvent de pauvreté spirituelle. Le fanatisme objectiviste nous tue. […] Le Communisme doit être folie, avant tout, par dessus tout, Poésie.
La Poésie, on la trouvera plus sûrement dans la joie de débusquer une fraise des bois au mois de juillet, que dans les élevages de poulets à bec mutilé.

Attention, bonus! Y en aura pour tout le monde. Le Capital se fout de la couleur de peau. Le Capital est anti-raciste. Quand il s'agit d'exploiter, que l'exploité soit roumain, marocain ou espagnol, rien à foutre! Les Palestiniens, les Irakiens, les Syriens, les Libyens massacrés? des "dommages collatéraux". Aucun souci. Je m'étonne (tu parles!) en revanche que les associations antiracistes, elles, ne dénoncent jamais pareil état de fait.

Pas de SOS Racisme dans les parages. On les appelle, on lance des SOS! rien... une bouteille à la mer sera plus certainement trouvée. Ne jamais démonter les processus, les structures économiques et sociales, mais toujours et uniquement faire de la morale. Autrefois, on appelait ça des curés, et, avec l'esprit mal tourné, des tartufes. Exploiter des milliards de personnes, mais sans "inciter à la haine" par pitié.

Bernanos aura le mot de la fin :

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n'est pourtant qu'en vous, imbéciles !

dimanche 27 octobre 2013

Sonate d'automne dans les Bauges II

N.-D. de Bellevaux sous la Lune
D'abord la musique.





Pécloz, Armène


Et puis schve-schve... schve-schve. Oh! je sais ce que vous allez dire. Mais on n'imagine pas ce que peut donner un schve couplé en 4. Ce son des feuilles mortes fraîchement tombées sur le sol, maltraitées encore par les séries de 4 pas de tous ces randonneurs scrupuleux - droite, gauche, droite, gauche... J'en étais là, pas pour longtemps puisqu'il faut toujours avancer, j'en étais là en pensant par mes pieds au titre de l'article. Sonate II (Sonate I ici). 


Le Pécloz en descendant de l'Armène

Je suis anti-américain, vous le savez bien, puisqu'il n'est pas né celui qui me fera boire du Coca, chanter les louanges de Monsanto, j'en passe en me questionnant sur le temps écoulé depuis le dernier film hollywoodien que je suis allé voir. Il n'en faut pas plus pour être anti-américain primaire. Posant le pied suivant à terre, c'est Philippe Val qui vient à mon esprit, l'âme tranchante qui m'habite, un peu merle moqueur. L'effroi s'empare de moi. Si Val a raison, étant donné mon anti-américanisme avéré, je suis antisémite. Horresco referens! D'après Val, USA = cosmopolitisme = juifs. Bon. Yabon Coca. 
Je note la subtilité du raisonnement, sans m'en étonner, puisqu'un intellectuel du centre-gauche comme Val ne peut que ça, être subtil. D'ailleurs, c'est un voltairien, autant dire que ses paroles sont Lumière. Il cite Nietzsche et Spinoza tous les matins au petit-déjeuner! Il va sans dire que faut pas être con pour comprendre le conatus.


Mont-Blanc depuis le Pécloz, un âne sur la tête, supposé annoncé la pluie pour demain, validé par Météo France (n'en jetez plus)

Je me sens mal embarqué, mais je pose l'autre pied. L'horreur! quand le raisonnement du sieur Val me paraît corroboré par d'autres faits. J'apprécie Siné, "ordure antisémite" d'après Asko-copain-Val. J'aime beaucoup Dieudonné, "ordure antisémite" d'après Siné. De là : Dieudonné = (ordure antisémite)². Et Céline! (ordure antisémite)^3. Et Lars von Trier qui "comprend Hitler"... l'affaire est pliée.


Montée en forêt

Alors, pour me racheter, si c'est Dieu possible, je rends hommage à ces grands films que je n'ai pas vus, mais qui furent assez grands pour mériter une suite. Je ne les cite pas, vous les connaissez mieux que moi.


Force chocards, moult chamois

Donc, Sonate d'automne dans les Bauges II, le retour. Imagine-t-on Sonate pathétique II ? Satantango II ? Les chants de Maldoror II ? Je dérape encore... ce sont ces satanées feuilles jonchant le sol légèrement humide. A chaque fois que je pose le pied gauche, je pars en vrille. 


Roche Torse

C'est quoi la gauche ? Voici une petite historiette, toute petite, un petit dialogue de rien du tout. Pour cette fois.
- type du centre-droit : Ah voilà! on a découvert des mines de phoslyxium au Congo, il faut les coloniser!
- l'emmerdeur : euh? oui? d'accord, c'est très bien le phoslyxium (encore que, si on réfléchit bien...) mais c'est pas très gentil pour les Congolais
- gusse du centre-gauche : c'est tout à fait exact, oublions le phoslyxium (tu parles) mais colonisons quand même le Congo, pour leur apporter la Démocratie, les Droits de l'homme, la Civilisation, les Lumières
- l'emmerdeur : ah! c'est tout à fait altruiste, me voilà rassuré!


Rassuré... un pas de plus... pas rassuré pour un sou, l'emmerdeur... Centre-gauche et centre-droit rivalisent heureusement d'astuce pour le canaliser. Celui-là, il faut qu'il paraisse être réactionnaire, névrosé, paranoïaque, conspirationniste, négationniste, fasciste, intégriste, etc. faut pas qu'il bouge! pas du tout!



Bauges automnales


L'Empire du moindre mal, c'est quoi? Vous le voyez le lac en surfusion? Renseignez-vous! il n'est pas gelé, il est prêt à l'être d'un coup d'un seul au moindre mouvement de l'eau. Ça y est? Vous les voyez les cavaliers dans le lac? Aucun ne doit bouger. Pas le moins du monde, aucun... absolu. Le moindre con qui bouge la jambe, la patte, c'est fini... tous prisonniers des glaces... tous foutus.



Trélod, Arcalod




Et nous, nous pensons être dans ce satané lac, pétrifiés de peur à l'idée d'être pétrifiés de glace, au moindre mouvement. Alors que... schve-schve... schve-schve... il faut poser les pieds, l'un l'autre l'un... Et caetera.
Descente en forêt
Et on termine...


Rideau - retour

vendredi 27 septembre 2013

Texte, prétexte, contexte - l'éducation du populo

Il y a les bons auteurs et il y a les mauvais auteurs. Les bons auteurs, ce sont des ordures mais ils écrivent le Bien. Les mauvais auteurs, ils écrivent bien, mais ce sont des ordures.

Une nouvelle fois le cas Céline sur la table, et comment ne pas se lasser? Évoquer Céline, et regarder le tournant, on vous y attend. C'est fatal. Il y a des degrés, mais on vous y attend. C'est inévitable. Faut pas en faire une référence littéraire, c'est une ordure. 

Tôt ou tard, mais plutôt tôt, on vous fera le coup de l'antisémitisme. C'est insupportable. Les plus anars estimeront qu'on peut lire Céline à condition de placer 300 pages de préface sur les heures les plus sombres de notre histoire. Les cheveux poussent à l'intérieur de la tête. 

Dans ses pamphlets, le génie de Céline bing ! bang ! éclate de toutes parts, direct à l'intérieur de la tête de l'insensé(e) tenant l’œuvre entre les mains. Jamais personne n'a écrit comme ça, ni n'écrira comme ça. Mais! c'est antisémite blabla. Et alors ? Ce que Céline pensait, lui avait à l'assumer, à y faire face, il est mort, on ne peut plus le lui demander, l'affaire est classée. On s'en fout, qu'il ait été le plus grand antisémite de tous les temps. On est quand même libre de ne pas le devenir, rien qu'en le lisant. La grande peur des bienpensants! (je joue avec le feu, là). Que le populo se laisse influencer par de mauvaises lectures. Parce qu'il a été antisémite, il faudrait le ranger au placard. 

C'est la même avec tout ce qui dérange l'Ordre Moral. Prenons Rousseau. On est bien obligé de l'apprendre à l'école, mais passé à la moulinette démocrateuse. Que reste-t-il du texte de Rousseau? Rien. Et le médiacrate n'oubliera pas de rappeler qu'il a été un homme détraqué, qu'il a abandonné ses enfants, peut-être même les a-t-il mangés, que son fils s'appelle Robespierre et son petit-fils Staline, et caetera! Au prétexte que Rousseau écrivait contre l'Ordre Moral, son texte est passé par pertes et profits. Rousseau, il écrit bien, mais c'est une ordure : tu as compris populo?

Au contraire, prenons Voltaire. En voilà un qui a été utile à l'Ordre Moral moderne comme le vent au moulin. Vive le despotisme éclairé, le >>centre-gauche<< et tutti quanti. Voltaire, c'est magnifique : la philosophie, le Progrès, la tolérance (la tolérance!), les Lumières (les Lumières!). Ah! En revanche, il était détestable en tous points, menteur, négrier, enfin je ne fais pas la liste. Voltaire, c'est une ordure, mais il écrit le Bien : tu as compris populo? Le reste? à remettre dans le contexte. Passez, muscade!

Céline n'avait-il pas dit :
Je suis ! tu es ! nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ! » Jamais on dira ces choses-là. Jamais ! Jamais ! Pourtant la vraie Révolution ça serait bien celle des Aveux, la grande purification !

Mais la Bienpensance a des lunettes à filtres. Un rouge qui leur permet de regarder les dissidents : ils ne savent voir que leurs travers ; un bleu qui leur permet de regarder les bienpensants : ils ne savent voir que leur grandeur. De grands tartufes...

Vivement le permis de lecture à points.

Lexique de combat #1 - pérégriner

Vous vous souvenez du mot mot. Je ne puis croire l'inverse!... Vous vous en souvenez. Vous... je! me dis qu'à ce rythme, mon dictionnaire désordonné va mettre du temps à voir le jour, et sans mots, pas de combat, et alors, horresco referens! la victoire de l'adversaire sans coup férir. Abandon pur et simple, déclaré forfait... Pourquoi diable ne suis-je pas plus efficace, rapide, pragmatique, coubertinien, moderne!

On ne combat pas l'aliénation par des moyens aliénés. Ah! oui, ce langage, tout droit sorti de films situationnistes des années 70, qui l'entend? Aujourd'hui la lutte, c'est le pouvoir d'achat, le ras-le-bol fiscal, du concret quoi. Je m'excuse donc. Et je me défends : puisque je n'aime pas l'efficace, je ne vais pas me reprocher de ne pas l'être. Alors, soit... 1 mot au dictionnaire tous les 2 ans, c'est déjà ça - Hoppipolla.

Le mot du jour, comme le titre ne l'indique pas, est randonner. Vous aurez remarqué que je me sers de ma tête pour marcher et de mes pieds pour penser, je le raconte. Autrement dit, et officiellement dit, je randonne. Je vais même plus loin, étant licencié de la Fédération Française (achtung!) de Randonnée Pédestre. J'extremise le geste en suivant leur programme de formation à l'animation de randonnée. 

Une fois rentré de formation, je m'interroge : d'où vient donc ce mot de randonnée? Pourquoi lui et pas un autre? Je cherche. 

Et je trouve, dans le Trésor Informatisé de la Langue Française (achtung!), pour le mot randonnée :
A. CHASSE. Circuit plus ou moins long que fait un animal qui, après avoir été lancé, se fait chasser dans son enceinte avant de l'abandonner.

Quelle surprise! Pour en savoir plus, je vais au verbe, puisque nous savons qu'au commencement était le verbe, c'est écrit. Et, randonner, au XIIe siècle, qui est le siècle de référence, au même titre que tous ceux qui précèdent la naissance de Voltaire, signifiait "courir impétueusement". D'une surprise l'autre. La vitesse, la violence sont dedans. Pourquoi? rand, de la famille germaine du rennen, "courir".

Il y a finalement quelque'chose qui me plait là-dedans. J'en viens au mot pérégriner, faire un long voyage, un pèlerinage, être à l'étranger. Aller par monts et par vaux, battre la campagne... ne manquent plus que Rossinante, Sancho Panza, et le heaume de Mambrin. L'activité du Chevalier à la Triste Figure, en mille... penser avec les pieds. Être un étranger, en fin de compte. Traqué! chassé! n'ayant plus comme solution que de courir impétueusement. Voyez comme je retombe sur mes pieds...

Excusez-moi, je ressers Céline :
à quoi servaient les croisades?... ils se transposaient!... depuis ils se font éjecter, de Passy, de leur seizième étage, par super-jet conditionné, direct Golgotha... sept minutes... photographiés aux "Oliviers"... Monsieur en Joseph... Madame en Marie... les enfants, anges évidemment... retour avant l'apéritif!... depuis que chaque homme moteur au cul, va où il veut, comme il veut, sans jambes, sans tête, il n'est plus qu'une baudruche, un vent... il ne disparaîtra même pas, c'est fait...
Pérégrin révolutionnaire.

samedi 8 décembre 2012

Vive Mademoiselle France !

les oiseaux sont des cons
Me voici chargé de tester ma patience devant un spectacle, que dis-je ? devant le spectacle, que dis-je ? devant le Spectacle par excellence : l'élection de Miss France sur TF1. Chacun de ces mots est un clou pour me crucifier. Ah... l'émission va commencer, et je me sens déjà dans l'état d'esprit d'un Ignatius prêt à cracher du feu. Seul le souvenir de Pierre Desproges, "juge de touche" lors de cette compétition, me radoucit légèrement. 

"Miss France" : déjà, ce n'est même pas français. Pourquoi diable cela ne s'appelle-t-il pas "Mademoiselle France" ? Oh !... je vous entends déjà : ce serait ridicule, et d'une ; le nationalisme c'est la guerre, et de deux ; on a supprimé le terme mademoiselle, et de trois. Eh ! bien moi, je maintiens mon "Mademoiselle France". C'est ridicule, c'est vrai... alors c'est parfaitement cohérent avec le contenu de l'émission comme titre. 

Élection, piège à cons ! Devant notre échec à promouvoir l'idée du tirage au sort auprès des honnêtes gens, pourquoi ne pas essayer de le faire auprès des demoiselles de France ? Il y a toutes les chances pour que le sort désigne comme Mademoiselle France quelqu'un de tout à fait normal... je veux dire... une demoiselle qui ne serait pas pour la Paix dans le monde et qui n'aurait jamais fait de photos dénudée dans je-ne-sais quel magazine déglingué. Preuve serait ainsi faite de la supériorité du tirage au sort sur l'élection. Même Madame Chapeau - comment s'appelle-t-elle ? avec un nom de pomme-de-terre je crois... oui ! Madame de Fontenay, elle-même, approuvera. 

Ça commence. "Les mésanges bleues du ravissement s'envolèrent et je fus aussitôt replongé dans l'ignoble réalité, dans la très puante et la très maudissable réalité." (Léon Bloy) Je suis déjà malade, complètement malade. Oh mon Dieu ! quelle remarquable insulte au bon goût ! Puis-je en croire mes yeux ? Suis-je vraiment le témoin d'une perversion aussi totale ? Je ne puis le croire, mesdames et messieurs les jurés.

Quel est le con qui a dessiné la scène ? Comment peut-on accumuler autant d'épouvantails en si peu d'espace et de temps ? Qui est l'auteur de cet exploit insensé d'avoir réuni ce qui se fait de pire dans tous les champs de l’œuvre humaine ? Cette musique... ces couleurs... ces jeux de lumière... ces robes blanches... ces petits pas de danse, d'un ridicule ahurissant... que fout Alain Delon ici ? pour un numéro si pathétique et lamentable avec "Mimi".

C'est insensé ! qui a réalisé ces petits clips de présentation des candidates ? C'est insupportable ! je zappe. Et là... France 2. Le Téléthon... que vois-je ? qu'ois-je ? Trois grotesques zigotos : Garou, Dubosc et Patrick Bruel, qui appellent manifestement ça chanter, qui appellent manifestement ça une bonne action. 

21h15 : je suis vaincu. Mes nerfs ne pouvaient tolérer que 15 minutes d'un tel Spectacle. Et si je lisais quelques pages du journal de Léon Bloy, ce ne serait pas plus réjouissant par hasard ? Ou du Céline, tiens :
De semblables et monstrueuses inconsistances sont bien faites pour dégoûter à tout jamais le plus patient, le plus tenace des sociophiles. 

Le plus patient et le plus tenace des sociophiles, ce que je suis bien loin d'être, déjà... Après 15 minutes, j'envisageais d'ores et déjà le rétablissement de la peine de mort. Devenu plus raisonnable après quelques saillies littéraires, je pense plutôt à monter Rossinante et partir combattre les Géants à travers la campagne...

samedi 10 novembre 2012

Danger ! Toxique ! Littérature.

Voyage au bout de la nuit est un livre très dangereux et très toxique. Frédérique Leichter-Flack veut bien qu'on le lise, mais avec un pharmacien sur son épaule. Le populo passera désormais son permis littéraire en lecture accompagnée.

On fera exception pour l'ado, qui est un abruti qui ne comprend rien - pas même la haine, et qui pourra donc lire le livre. La haine : il n'y a que ça dans le Voyage, chef-d’œuvre, d'accord, mais toxique.

Mme de Stael à propos de Robespierre : "ses traits étaient ignobles, ses veines étaient d'une couleur  verdâtre, il professait sur l'inégalité des rangs et des fortunes les idées les plus absurdes".

Frédérique s'offusque que Céline fustige les guerres même révolutionnaires. Michelet : le volcan révolutionnaire jetait ses étincelles sur le monde entier, l'océan révolutionnaire qui déborde, bla, bla, et reblabla. En effet, nous n'admettons pas ces guerres girondines menées pour razzia ainsi que pour tranquillité intérieure - cf. Henri Guillemin.

Céline n'aime pas les Lumières. Pardi ! Voltaire : "Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand nombre, est nourri par lui, et le gouverne." Votre >> démocratie << est strictement et dans ses fondements, une oligarchie. Nous ne l'aimons pas.

Il n'aime pas la culture. Avec un grand Q - cf. Franck Lepage. Nous non plus.

Il n'aime pas la démocratie. Nous non plus - cf. Etienne Chouard.

En effet, le Voyage est toxique pour les honnêtes gens, plus encore peut-être que Bagatelles pour un massacre.

Guillemin parle de Rousseau, ça vaut pour Céline, et pour tous les pestiférés :

""Vivant ou mort, il les inquiètera toujours." Qui ça, "les" ? Bah ! les sages quoi, les raisonnables, les avisés, les gens de bien, les honnêtes gens..."

"Vous avez entendu ces trois textes, il est évident qu'il y a un ton populaire, un ton peuple, c'est pourquoi Monsieur Ferdinand Brunetière, le grand critique de la Revue des deux mondes, quand il avait parlé de Jean-Jacques, avait dit : "c'est un homme qui par ses origines est peuple, peuple au sens le plus fâcheux du mot". Vous avez compris, c'est un infréquentable, enfin quelqu'un qui n'est pas admissible parmi les gens de bien."


Et une petite citation de Céline : 
"Le vrai rideau de fer, c'est entre les riches et les miteux. Les questions d'idées sont vétilles entre fortunes égales. L’opulent nazi et l'administrateur de Suez, ils parcourent les mêmes golfs, ils ouvrent la chasse ensemble, ils soupent à Saint Moritz. Mais nous là, hâves, penailleux, trimards, mégotiers, revendicateurs, allez... à la niche."

mercredi 12 septembre 2012

Lettre ouverte à Monsieur Millet

Monsieur Millet,

Permettez-moi de vous appeler Monsieur, j'y suis quasiment contraint par d'étranges forces qui me poussent au respect, plus encore que par mon souci, toujours présent, de la Bienséance. 

Une armée de fantastiques Géants, venus aussi bien de l'ouest que de l'est, du haut et du bas, vous attaque, courageusement, à mille contre un. Nous commençons à les bien connaître, ils nous surprennent pourtant éternellement, capables de surpasser leurs exploits à chaque bataille - et ils en mènent, des batailles. C'est qu'ils ont la machinerie moderne pour les conduire, alors que notre pauvre, pauvre, Rossinante commence à fatiguer. 

Je suis de gauche démocrate anti-raciste et internationaliste. Tout devrait donc me pousser contre vous, et dans le camp du Bien, des belles personnes, des bienpensants, des honnêtes gens, des gens de bien, et pourtant : non. Eux aussi se proclament cependant de gauche, démocrates, anti-racistes, internationalistes. 

Je le répète, les honnêtes gens en mènent, des batailles. J'ai pu comprendre, au fil des années, et des défaites, qu'ils ne parlaient pas la même langue que moi. 

Ça a débuté comme ça : Edgar Morin était attaqué pour "incitation à la haine raciale". Et pourquoi pas Gandhi, tant qu'on y est ? D'autres affaires, innombrables, du même acabit, avant et après l'affaire Morin, firent monter la crispation. Le cas Dieudonné est exceptionnel : un métis qui se pense comme tel (donc un pont entre deux continents, deux cultures, donc une négation vivante du racisme) dont le patronyme est devenu synonyme de racisme, quoi de plus tragi-comique ? Mais l'histoire est pleine de ces grands renversements, de ces transferts. Il est facile d'accuser l'Autre d'être ce que nous ne voulons pas voir que nous sommes.

Je ne vous avais encore pas lu. Je vous avais entendu, je crois, dans l'émission Ce soir ou jamais, à propos de cette désormais fameuse complainte du seul blanc. Je n'en avais rien pensé de particulier, si ce n'est que c'est une chanson qui ne peut me toucher. Je ne suis pas attentif à ces détails, je ne les remarque pas, et je suis incapable de réduire un individu à une quelconque communauté. Je crois que je suis nietzschéen par réflexe : dans "Deviens ce que tu es", le terme important est "deviens". Un Homme à la peau noire n'est pas noir tant qu'il ne l'est pas devenu. Sous le regard éhonté du colonisateur (lequel était de centre-gauche, ce conflit idéologique ne date pas d'hier, et j'estime ainsi mon positionnement tout à fait cohérent dans ma critique du racisme et du colonialisme depuis Jules Ferry jusqu'à SOS Racisme), il est devenu nègre. La négritude et le jazz font plus pour ridiculiser le colonialisme que toute la bienpensance anti-raciste réunie - et pour cause !

Ce qui m'intéresse donc chez les autres, c'est leur devenir, leur liberté, pas leur passé ni leur communauté. Je suis d'ailleurs tout à fait infirme quand il s'agit de décrire une personne, avant que cette personne ne m'ait révélé sa façon de se décrire. Quand bien même, je vis dans un quartier assez peu blanc, idem dans mon travail, je n'écoute quasiment que de la musique de nègres et de bougnoules, et j'aime ça. Je suis, je l'espère, curieux de l'Autre, et les ponts historico-géographiques qui nous permettent de les rencontrer, de les connaitre, c'est là une chance. Je ne me suis jamais interrogé, en tant que "seul blanc", et même après réflexion, ça me paraît tout à fait incongru. Obama est plus blanc que Jean Genet, non ? Ah ! j'exagère ?! C'est à cause de Nabe.

Vous enfoncez d'ailleurs le clou, cet été, avec vos pamphlets, et toujours la complainte du seul blanc. Mais cette fois-ci, l'acharnement médiatique contre vous dépasse l'entendement. Toute la bienpensance déglinguée rivalise d'abjection. Tout y passe : vous faites de Breivik un héros, vous êtes raciste, vous insultez la mémoire des victimes, vous êtes fasciste. Des témoins vous auraient vu à plusieurs reprises chez Marc Dutroux, et des amis d'enfance déclarent - horresco referens ! -  que vous torturiez déjà des chats pendant les récréations à l'école. 

Je ne supporte plus ces médiacrates, leur propagande et leur tartuferie, de laquelle Molière lui-même s'étonnerait. Il me fut surtout pénible d'encaisser la chronique de Fabrice d'Almeida sur France Inter, lui qui est historien, et spécialiste des médias et de la propagande. Il est lugubre, lugubre de penser qu'il peut, malgré cela, servir la plus infecte soupe propagandiste sauce Val, préparée du mélange Millet, Dieudonné, Faurisson, Céline, avec pour résultat une clownerie iconoclaste et néanmoins nazifiée.

Quant au coup de grâce, c'est bien entendu au journal Le Monde qu'il revenait de le donner. Après les sous-fifres de itélé, des Inrocks, et compagnie, c'est la maison-mère qui attaque. Trouver 119 écrivains, 119 écrivains !... pour fustiger avec Annie Ernaux votre "fascisme", aucun écrivain au monde n'aurait pu l'imaginer. Cette fois-ci, les choses sont claires, le fond est touché, la partie est terminée, Babylone est brûlée, en cendres. Les mots n'ont plus de sens. La guerre c'est la paix. 

Ils s'y mettent à 119, et pas un, pas un, pas un de ces 119 écrivains n'a compris l'ironie du titre, ne sent que l'anéantissement de la littérature par le Nouvel Ordre moral, selon votre expression, est la condition sine qua non de l'émergence d'un Breivik, et donc que la situation logique, non ironique, voudrait que ce soit un cultureux mondain et mondialiste qui fasse l'éloge de Breivik. Quant à l'écrivain, dinosaure de la littérature, les faits lui ayant donné raison (la montée de l'insignifiance conduisant entre autres à des pratiques terroristes monstrueuses), il ne peut que redoubler de virulence dans ses alertes, ce que le Nouvel Ordre moral, pour se perpétuer, ne peut que prendre comme une justification et un éloge du monstre terroriste. Le piège est terrible, et magnifiquement déjoué par l'ironie de votre titre.

Pas un de ces 119 écrivains n'a le moindre commentaire à faire sur le contenu de vos trois pamphlets. L'histoire littéraire du XXe siècle, la théorie du Spectacle, celle des simulacres de Baudrillard, le rôle de Mai 68, les relations entre les médias, le Culturel et la politique, l'industrie culturelle, l'illusion démocratique, la surestimation totalitaire, Lévi-Strauss, René Girard, rien, il n'y a rien de pertinent à dire. En un sens, je m'en félicite, et vous aussi, assurément, c'est toujours ça de "débat" et de "commentativite" en moins.

La littérature, la langue, l'altérité ? il n'y a personne non plus, ces sujets n'existent pas. Il est beaucoup plus important de chasser le racisme. Pourtant, en cherchant bien, le racisme pourrait être trouvé là où ils ne l'attendaient pas. Vos livres transpirent en effet d'une idée centrale : la défense de l'altérité et la critique de l'indifférentiation. Vous pleurez la disparition de l'Autre. C'est du racisme, ça ? C'est d'extrême-droite, ça ? Si on prend cette propagande au pied de la lettre, cela signifie alors que l'anti-racisme, c'est la tolérance de tous (ceux qui boivent du Coca, écoutent de la pop, et lisent le Da Vinci Code). Quel magnifique exploit que de tolérer le même ! Quel humanisme ! Quel raffinement ! Si j'osais, je citerais la première phrase de Bagatelles pour un massacre. Boum ! Vrang !

Vous vous affirmez au fil des pages comme défenseur de la biodiversité des idées et des cultures. Grâce notamment à Péguy, j'en comprends bien les implications. Je me disais internationaliste - mais pour aller à la rencontre, et au-delà des nations, il faut bel et bien que les nations existent. L'inter-nationalisme, ce n'est pas le mondialisme, c'en est le contraire : l'échange dans l'altérité d'un côté, et la communication globish de l'autre. 

J'en finis, maintenant. Les honnêtes gens ne sont pas démocrates, ils sont voltairiens ; ils ne sont pas internationalistes, ils sont mondialistes ; ils ne sont pas de gauche, ils sont l'instrument de résignation sociale du capitalisme financier. Pasolini nous répèterait que là est le vrai fascisme. C'est pourquoi il est extrêmement important pour eux que leurs opposants passent pour fascistes, d'extrême-droite, racistes. 

Nous le savons. Soyons les plus forts. Enfilons le heaume de Mambrin. Et en avant !

"En avant. […] Puissé-je ne rien garder à mes semelles de tout ce que je quitte, et ne rien emporter que mes belles douleurs, mes belles conquêtes, toutes mes victoires sur moi-même en tant de combats où j’ai été vaincu selon le monde, défait par la laideur et révolté par le bruit. […] En avant !"
André Suarès

Très cordialement,

mardi 11 septembre 2012

Altérité, racisme et anti-racisme

Je tourne autour depuis quelques temps, et je les ai désormais lus, les pamphlets de Richard Millet. J'en donne les titres, ne serait-ce que pour la polémique qu'ils ont créée - à juste titre, c'est à propos, d'ailleurs, puisqu'ils sont aussi le sujet : la littérature. 

Langue fantôme

Éloge littéraire d'Anders Breivik

De l'antiracisme comme terreur littéraire 


Je me suis déjà agacé du traitement subi par Millet, à la sauce Inrocks aussi indigeste qu'à la sauce itélé. La logique était alors ô combien respectée, les médias peuvent en effet facilement être amalgamés autour de la même bienpensance, mais entre ces deux-là, le meilleur des microscopes ne permettrait pas de déceler la moindre différence idéologique. 

France Inter s'est également occupée de son cas. Qui pourrait s'en étonner ? Moi pas, qui ai Philippe Val dans le collimateur, alors qu'on peut même estimer que sans lui, Millet aurait de toute façon reçu le même accueil sur cette station. C'est Fabrice d'Almeida qui s'y est collé, et qui justifie la citation comme témoin de Val, tant sa critique singe celle de l'ancien patron de Charlie Hebdo.

Fabrice d'Almeida est historien. Je trouve toujours désagréable de devoir critiquer un historien, et pourtant il faut bien le faire. Je veux dire : en tant qu'historien, on est confronté nuit et jour, pour ainsi dire, à des constructions plus ou moins mythologiques, il faut démêler le vrai du faux, recouper, confronter, c'est terrible. Il y a donc une chose à laquelle l'historien devrait être naturellement attentif : ne pas servir la soupe propagandiste. L'historien ne peut pas être objectif, c'est absurde. Il ne peut pas, non plus, dire la Vérité, c'est tout aussi dénué de sens. Il peut, en revanche, comme le lui demandait Victor Hugo, dire "le vrai", c'est-à-dire ne pas mentir. C'est peu, et c'est tant !

Fabrice d'Almeida est un spécialiste des médias et des manipulations. Vous trouverez les divers ouvrages qu'il a écrit sur le sujet. Et là, je dois l'avouer, j'en suis complètement déprimé. Il me parait insensé, mais complètement extravagant, c'est un défi à tout sens logique, qu'un spécialiste de la Propagande dans l'histoire, nous offre une chronique aussi visiblement affiliée à la Propagande du pouvoir actuel. C'est désespérant. 

J'ai honte, j'ai honte pour lui, quand j'entends sa chronique. Peut-être n'a-t-il pas lu les pamphlets de Millet, je l'espère sincèrement. Vendredi, quelqu'un lui a envoyé par e-mail les trois extraits dont se gargarisent les médias, et samedi matin il a fait sa chronique dessus. Est-il possible qu'il en soit autrement ?

Éloge littéraire d'Anders Breivik. Millet précise que l'ironie du titre n'a pas été saisie par les médiacrates. Il a raison. Imagine-t-on Millet la mitraillette à la main ? Il a une plume ! L'ironie : l'anéantissement de la littérature par le Nouvel Ordre moral amène à l'insignifiance, condition sine qua non de l'émergence d'un Breivik, et l'écrivain médusé dont les faits valident son diagnostic ne peut que redoubler de virulence contre ce Nouvel Ordre moral, lequel aura vite fait d'assimiler l'écrivain au terroriste, dans une inversion, dans un grand renversement si classique. 

Pour être plus clair : Breivik n'aurait pas été Breivik dans un monde où la littérature, la langue, l'altérité auraient encore été des valeurs. Ce sont donc les ennemis de la littérature, de la langue, de l'altérité qui pourraient avoir à répondre de Breivik, qui pourraient avoir à se justifier de ne pas l'avoir fait apparaitre. Mais c'est la littérature, la langue, l'altérité, l'écrivain qui se retrouvent accusés de sympathie, de collusion, d'approbation pour Breivik.

Hélas ! Fabrice d'Almeida ne l'a pas compris, et confond qui plus est ironie et comique, pour ne retenir qu'une chose de ces trois pamphlets : Millet est un humoriste, un clown, enfin quelqu'un de pas sérieux, et assez dangereux pour tout dire, avec ses idées nauséabondes. Tiens, mais, c'est comme Dieudonné. C'est parti pour un tour de grand huit. Dieudonné, c'est un bouffon. Comme dans une cour de maternelle, Fabrice d'Almeida pense décocher une flèche empoisonnée en direction de Millet, lequel se prendrait pour un grand écrivain, alors qu'il ne vaut pas mieux qu'un pauvre bouffon. Et la compagnie d'un nègre lui sera sans doute difficile à supporter, doit penser Fabrice. 

Ce qui me vient d'abord à l'esprit, c'est que sur une radio qui se veut de qualité, dans une émission où un historien tient une chronique sur les controverses de l'histoire, l'historien en question, invité à parler de trois livres, ne trouve rien de sérieux dans ces trois livres, mais uniquement de la bouffonnerie nauséabonde. L'histoire littéraire du XXe siècle, la théorie du Spectacle, celle des simulacres de Baudrillard, le rôle de Mai 68, les relations entre les médias, le Culturel et la politique, l'industrie culturelle, l'illusion démocratique, la surestimation totalitaire, Lévi-Strauss, René Girard, rien, il n'y a rien de pertinent à dire pour un spécialiste des sciences "humaines" ? Bon, d'accord...

"[...] la culture occidentale vouée à ne plus exister que sous deux formes : des écrits qu'on qualifiera de dissidents (ou, pour parler comme Pasolini, d'hérétiques) et un divertissement généralisé, capable d'inclure dans son économie sa critique "urgente" et bien entendu consensuelle, de quoi la nullité de l'art contemporain, par exemple, ou celle, revenons-y, du roman, est exemplaire, qui fait de la rébellion le fondement de son geste, lequel est dès lors sacralisé comme "dérangeant", maître mot de ce qui tient lieu de critique littéraire, en France." - Langue fantôme

Rien à dire là-dessus, Fabrice ? Puisque les médias aiment les débats, que Millet déteste (il a raison ! la littérature est l'anti-débat), ces livres offrent mille et une occasions de "débats". Et pourtant...

Ce qui me semble central, dans ces trois pamphlets, est la question de l'altérité. Millet défend la littérature comme altérité, contre le Culturel mondialisé et indifférencié. Ce qu'il combat, c'est le globish, ce qu'il défend, l'anglais, l'italien, l'espagnol, le français, etc. Il pleure la disparition de l'Autre. C'est du racisme, ça ? C'est d'extrême-droite, ça ? Si on prend cette propagande au pied de la lettre, cela signifie alors que l'anti-racisme, c'est la tolérance de tous (ceux qui boivent du Coca, écoutent de la pop, et lisent le Da Vinci Code). 

Pourtant, il y a autre chose, dans la vie. Il y a autre chose, dans le monde. Quand il s'agit des papillons ou des ours, la bienpensance est tout à fait d'accord (en surface tout au moins) pour préserver la biodiversité. En revanche, la biodiversité des idées, des cultures, il est devenu raciste d'y être attaché. 

Je n'ai aucun intérêt à démontrer que Richard Millet n'est pas raciste. Je n'éprouve aucune difficulté à admirer Louis-Ferdinand Céline malgré le racisme vociférant de ses pamphlets, je n'ai pas à partager les idées des écrivains, des musiciens, etc. Je sais faire la part des choses. Toutefois, je pense qu'il ne l'est pas, et il me semble très problématique qu'il soit jugé unanimement raciste par la médiacratie. Fabrice d'Almeida n'a pas tort en fin de compte de le rapprocher de Dieudonné ; c'est le même cas, la même inversion. A force de procéder ainsi, de faire un grand amalgame de gens si divers, d'extrême gauche, d'extrême droite, de droite, de gauche, de tous les nazifier de manière aussi ridicule, l'extrême-centre bienpensant va finir par se retrouver bien à l'étroit. Ce sera la révolution...


P.-S. : il y a pire encore qu'un historien des médias, comme Torquemada. Le Monde a trouvé 119 écrivains, 119 écrivains !... pour fustiger avec Annie Ernaux le "fascisme" de Richard Millet. Au secours !

lundi 10 septembre 2012

Ma rentrée littéraire

Je fus quasiment incapable de répondre à la question : "quel est le dernier livre que tu as lu ?" J'en fus tout perturbé et effrayé. Oh ! certes, j'ai fini par retrouver D'un retournement l'autre, de l'ami Frédéric Lordon, lequel a le défaut d'être économiste, mais défaut largement compensé par son adoration, à juste titre (parce que Philippe Val aussi l'adore), pour Spinoza, ainsi que pour Céline puisque le titre rend hommage à l'élusion célèbre de D'un château l'autre.

Rentré chez moi, je retrouvai une pile de livres relus, partiellement ou non, récemment, ce qui eut un effet légèrement rassurant. Et puis, j'ai toujours le Journal de Léon Bloy et Au régal des vermines de Marc-Edouard Nabe, en cours, c'est vrai.

Et finalement, la rentrée littéraire n'est arrivée à moi que par le skandal Richard Millet, dont je n'ai pas fini de parler. Pour me rattraper, j'ai commencé par aller acheter les pamphlets scandaleux. Il me fallut donc aller en librairie, et la parcourir - les parcourir. 

On y remarque qu'un kilogramme de lessive est offert pour trois livres du Guillaume Lévy achetés. Je cèderai lorsque ce sera de la lessive bio, ce qui ne saurait tarder. Je feuillette alors quelques livres de la "rentrée littéraire", le livre d'Angot, par exemple. Je recommence : 

Un kilo. De lessive. Trois livres. Guillaume Lévy. Pas de la lessive bio. Pas encore. Bientôt. D'autres livres de la rentrée littéraire. Angot. Par exemple. 

Je ne me souvenais plus ce que je n'aimais pas dans son écriture. J'ai vite trouvé. Des "phrases" nominales. Millet en parle, d'ailleurs, on se demande bien qui il cible...

Ecoeuré, je me rends au rayon "Littérature française". "A, comme Artaud", pensai-je naïvement. Mais Antonin Artaud n'a pas l'heur de figurer dans les rayons de cette librairie, ni dans les deux autres parcourues ce jour. Je suis persévérant, jusqu'à une certaine limite, c'est entendu. "B comme Bloy, ou Bernanos" ! Rien ! Il n'y a rien, absolument rien. La littérature française se passera d'eux. 

Guy Debord, reviens !

samedi 8 septembre 2012

Ma petite Nelly - du racisme et de l'anti-racisme

N'importe quel rapace a mille et une fois plus d'allure qu'un médiacrate. 

Sans doute avez-vous remarqué qu'ils me fatiguent. 

Leur dernier méfait fut de s'en prendre à Richard Millet. 

Attention je vais citer : 





"Dans le fond et la forme, ses pamphlets rappellent ceux, antisémites, de Céline : même litanie haineuse, nationaliste, paranoïaque, suicidaire."
Nelly Kaprièlian, Les Inrocks, 29 août 2012

Ah ! Nelly... Nelly ! Nelly... "Le monde est plein de gens qui se disent raffinés et puis qui ne sont pas, je l'affirme, raffinés pour un sou". Oui, parce que j'ai lu les pamphlets, antisémites, de Louis-Ferdinand Céline. Qui s'étonnera que je pense à toi, Nelly, en lisant cette phrase pour ainsi dire introductrice de Bagatelles pour un massacre ? Ah, ces raffinés ! les bien-pensants ! Les hommes de bien ! (ou les femmes, si tu veux, Nelly...) - les honnêtes gens ! les belles personnes... Ils sont démocrates, tolérants, anti-racistes, l'axe du Bien finalement.

Prenons-la au mot, et commençons par la forme. Je vais chercher dans "le plus abject" (dixit Nelly) des trois pamphlets de Millet (De l'antiracisme comme terreur littéraire), et je vous fais juges : 

"Il existe dans toute nation une identité onomastique, laquelle est aujourd'hui bradée, en France, avec la langue, les journalistes et les écrivains ayant renoncé à nommer le monde en français pour en adopter la version anglo-saxonne et signifier à l'Empire leur consentement à la condition de sous-homme américain : comment, dans ces conditions, les immigrés extra-européens désireraient-ils s'assimiler à des vaincus qui aiment leur propre défaite ?" (De l'antiracisme..., page 35)

et 

"- Intelligents, quoi ?... que je m'insurge. Ils sont racistes, ils ont tout l'or, ils ont saisi tous les leviers, ils se cramponnent à toutes les commandes... C'est ça leur intelligence ?... Y a pas de quoi reluire !... Ils se filent admirablement le train, ils éliminent, dégoûtent, pourchassent, traquent... tout ce qui peut rivaliser, leur porter le plus petit ombrage... [etc.]" (Bagatelles)

Qu'un critique littéraire, quelqu'un de sérieux !... vienne m'expliquer en quoi la forme du premier extrait rappelle celle du second. Penaud, je cherche, je cherche sans comprendre, sans repérer la moindre ressemblance formelle. Aidez-moi !

Peut-être aurais-je plus de succès, si je m'occupais du fond. A priori, ça paraît logique. Les Inrocks sont anti-racistes. Alors réfléchissons : s'ils s'attaquent à quelqu'un, c'est qu'il est raciste, et certainement même antisémite et hitlérien. Oui, c'est tout à fait logique. Et qui, dans la littérature française, rappelle mieux ces heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire ? Céline ! 

Hélas ! mille et mille fois hélas ! Céline déploie des efforts surhumains pour étaler racisme et antisémitisme à toutes les sauces. C'est à un point tel que certains (Gide) ne l'ont pas pris au sérieux, et d'autres estiment qu'il a voulu être le plus grand antisémite de tous les temps. Le racisme, dans les pamphlets, ne revient jamais par la fenêtre : il n'a jamais été mis à la porte. Mais chez Millet ? c'est tout le contraire ! Le sieur passe son temps à nier son racisme, c'est-à-dire à nier une hiérarchie de races humaines ; cependant qu'il défend sa position que l'on peut qualifier de conservatisme identitaire - les musulmans en musulmanie, les chrétiens en chrétienté. C'est son truc.

Alors sur le fond, je me sens tout aussi bête. Nelly, éclaire-moi ! 

Oh ! certes il y a des points communs. Millet s'oppose à l'homogénéisation mondialiste par la sous-culture pop anglo-saxonne. Céline aussi. Mais combien d'autres ? Tous ceux qui aiment Beethoven, Thelonious Monk, Ravi Shankar, Oum Kalsoum, etc. mais pas le globish. Idem en littérature, architecture, cuisine, tout ce que vous voulez. Il suffit d'être curieux de l'Autre, et le rejet du Nouvel Ordre Mondial est évident, épidermique. Et c'est cela, que la bienpensance appelle aujourd'hui "racisme" : la curiosité de l'Autre (car il faut bel et bien que l'Autre existe, qu'il y ait des différences). 

On peut donc se demander pourquoi on invoque Céline pour le cas Millet. Est-ce par ignorance ? Nelly, je ne puis le croire. Est-ce par malfaisance ? Nelly, je ne puis le croire. Est-ce alors par stupidité ? Nelly, je ne puis le croire. 

Je reste idiot. En attente d'une explication, je ne peux que me contenter d'en montrer les conséquences. Tout écrivain s'attaquant au mythe de l'indifférentiation (tout écrivain, en somme) sera taxé de racisme, ce qui revient à appeler à un monde où nous serons tous identiques, clonés, robotisés. Donnons-leur raison, il n'y aura, alors, plus de racisme. Permettons-nous de nous étonner du moyen employé : pour supprimer la pédophilie, supprimons les enfants ; pour échapper à la maladie, euthanasions les malades ; et donc, pour abolir le racisme, supprimons les races. 

J'ai peur, j'ai peur de sombrer tragiquement dans le racisme le plus primaire, mais je préfère, moi, qu'il y ait des blancs, des noirs, des métisses bien sûr, des grands, des petits, des musulmans, des athées, des hindous, des Russes, des Portugais, des royalistes, des anarchistes, des hommes, des femmes, des...

Et Reggiani, quel raciste lui aussi qui voulait rencontrer des enfants des femmes des grands hommes des petits hommes des marrants des tristes des très intelligents et des cons, c'est drôle les cons, c'est comme le feuillage au milieu des roses. 

Nelly, Nelly, tu ne peux être sérieuse... Je me trompe où je dépasse ton anti-racisme par la gauche ?


vendredi 31 août 2012

Yabon Breivik



Je commence par ce célèbre andante de Mozart, rien de tel pour me détendre - j'en ai quelque peu besoin. Je me sens parfois trop réactif, ou réactionnaire. J'entends et ça me fait réagir, mais nerveusement. Je me sens d'une intolérance extraordinaire, c'est vrai. "Réactionnaire et intolérant", un journaliste du Nouvel Obs' qui passerait par là verrait donc ce blog comme un lieu, un site fasciste d'extrême-droite. C'est qu'à l'Obs', on a la catégorie nuancée. 

Oh ! j'ai trouvé des alliés. Je vais aggraver mon cas : ils sont généralement croyants, que dis-je croyants ? ce serait déjà terrible ! mais intégristes. Je le raconte ici ou là, dernièrement à propos de Léon Bloy et Thelonious Monk. D'ailleurs, j'aime Céline, Nietzsche, je suis les vidéos d'Alain Soral. J'aime aussi Dieudonné, Etienne Chouard, Rousseau et Robespierre. Bingo ! pour notre observateur qui conclura sans frémir au rouge-brun. Mais si c'est un journaliste du Point qui passe, il sanctionnera rouge-brun-vert, en découvrant toutes les bougnouleries qui parsèment ce lieu.

Je voulais parler d'alliés. Ernest Hello, je le rappelle : 
La grande haine des Saints contre le mal est une des magnificences qui au dernier jour raviront les hommes et les anges. Cette grande haine est un des sentiments les plus inintelligibles à l'homme corrompu. Cette grande haine est l'éclair que la pureté fait dans la nuit en brandissant son glaive.
Si l'on me demandait quel chemin prendre pour faire la paix dans les âmes, je répondrais peut-être : le chemin de l'horreur. Ce qui manque le plus ce n'est pas l'amour du bien, c'est l'horreur du mal. L'horreur du mal !
Voilà. Je dois bien l'avouer, ma haine du mal me paraît vraiment démesurée - et tant mieux. L'un des Mal parmi les pires : le Spectacle.

La règle de base est bien celle-ci : tout ce qui passe à la TV est dégénéré. Il faut obligatoirement à un moment donné se faire taper dessus par la médiacratie pour valoir quelque chose, c'est une règle fatale, nécessaire mais non suffisante. 


Je ne connais qu'à peine Richard Millet. Je l'ai entendu avouer son angoisse de "seul blanc dans le métro". Quand j'entends ça, je pense : je n'ai jamais ressenti une telle chose et ne partage pas son conservatisme identitaire, j'y suis même totalement étranger. Mais le bienpensant, lui, crie au racisme et par conséquence : censure, mort médiatique, sociale, etc. M'enfin, ce n'était pas un coup de tonnerre dans la flûte de champagne. Même Lars von Trier (sur Lui la Paix) et sa somptueuse ironie au Festival de Cannes a fait beaucoup mieux.

Seulement voilà, c'est la rentrée. Et la rentrée encore, ce ne serait rien, mais la rentrée littéraire ! Ah ! ça !... c'est du sérieux, du niveau... disons... pas tout à fait les Jeux Olympiques... mais pas loin quand même. En termes d'impact, c'est la même catégorie que le championnat de contrôles anti-dopage annuel du mois de juillet sur les routes de France, peut-être. C'est dire si les journalistes sont sur le pied-de-guerre, prêts à dégainer !

Ce ne seront que prix, auto-congratulations, promotions, marketing, chiffres de vente, plateaux TV, échanges de bons procédés, honnêtes gens, belles personnes, bref, Spectacle. Mettons nos mots à nous : zéro, nul, pitoyable, lamentable, éhonté. 

Mais que serait une rentrée littéraire sans polémique de la rentrée littéraire ? Rien. Donc, polémiquons. Ils sont sûrs de gagner. C'est facile quand tu joues tout seul et que tu fixes les règles : si tu veux gagner tu gagnes. 

Richard Millet publie donc deux pamphlets, Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, et De l'antiracisme comme terreur littéraire. C'est parfait ! si parfait qu'on pourrait croire à une opération sous faux-drapeau menée par la médiacratie. Mais Millet a l'air trop honnête. Si ç'avait été Beigbeder, le complot était évident ! prouvé, même.

La polémique étant créée, le malotru malpensant est convoqué au tribunal, c'est-à-dire sur le plateau. C'est i-télé qui sonne la charge. Je crois (mais je peux me tromper, méconnaissant très largement ce petit monde) que c'est le groupe Canal+. L'esprit Canal... quelle pire abjection faussement progressiste et véritablement bienpensante ?


Cet entretien est sidérant. 

Les journalistes ne comprennent rien : 
- pas le titre
- pas les extraits qu'ils lisent
- pas les réponses de Millet

"Vous vous rendez compte que vous êtes en train d'en faire un héros ?" Plaît-il ? 

Ces journalistes se croiraient en droit de faire le procès de Dostoïevski ! Il a raison Millet. Auraient-ils Shakespeare devant eux : "êtes-vous antisémite ?" Rimbaud : "vos fugues et vos poèmes, ce sont des provocations et des coups médiatiques, non ?" 

Millet est quasiment sommé d'avouer qu'il va quitter Gallimard. Et qu'il regrette ses fautes, ses horribles péchés !

"Vous êtes raciste ?" La réponse de Millet est très claire, mais quel médiacrate peut comprendre ça ?

"Vous le regrettez ce titre ?" 

"Est-ce que vous regrettez l'émotion que ça suscite ?"

"Est-ce que vous êtes un écrivain d'extrême-droite ?"


Millet est-il raciste, d'extrême-droite ? On s'en fout ! Pourquoi ? Parce que nous, lecteurs, sommes capables de quoi ? de discernement. Étonnant, non ? Comment l'élite du peuple, celle qui nous délivre l'Information, qui nous éduque, nous assomme d'experts (experts blabla !), de spécialistes et de représentants, pourrait-elle s'y résoudre ? La populace, il faut lui délivrer la bonne pensée, sinon ce serait quoi ? l'anarchie ?... la révolution ?... le communisme ?... la démocratie ?... Allons allons !

En fin de compte, de quoi s'agit-il ? Moi, ça ne me dérange pas de vivre dans un monde où les autres ne pensent pas, ne ressentent pas comme moi. Athée jusqu'au bout des ongles, j'aime plus que tout côtoyer intellectuellement les grands croyants des diverses religions. De gauche radicale, je ne crois pas que le monde entier puisse le devenir, et ne le pense pas souhaitable. Cosmopolite, je n'ai pas le désir infantile que tous soient cosmopolites. Millet ne l'est pas - et alors ? La seule question qui m'intéresse est : est-il un grand écrivain ? En revanche, j'ai de plus en plus de mal à tolérer (...) les apôtres de la Tolérance qui condamnent tout écart à la bienpensance. Tartufes ! Soyons les plus forts !

samedi 11 août 2012

Thelonious Monk et Léon Bloy : l'intégrisme sinon rien

Depuis l'Affaire Siné, et un tract particulièrement percutant, je suis tombé dans la marmite nabienne. Son passage à Apostrophes en 1985, un délice ! "On entre dans un auteur comme dans une cathédrale !" Ah ! Ses livres, du coup... sa guerre déclarée, à coups de coups d'épée dans l'eau kamikazes contre le "juste milieu", ce "bon Dieu des imbéciles"... Ce refus total - Absolu - des compromissions. Cet intégrisme en fait, a été une vraie bouffée d'air pur, complètement anachronique dans cette époque de sentimentalisme dégénéré. C'est vrai quoi, Annie Lemoine elle a un public à qui elle donne des émotions, on ne peut critiquer ses livres, c'est insultant. Groumpf !

Or, donc, Marc-Edouard Nabe. Et Nabe existe en tant que Nabe, mais Nabe existe en tant que passeur vers les Anciens Intégristes. Nabe c'est la drogue et le dealer réunis. C'est lui qui m'a montré qu'il y avait au-dessus du rock que je ne supportais plus, le : Jazz ! Il me suffit d'écouter... au hasard... C Jam Blues par l'Oscar Peterson Trio, pour saisir de quoi je lui suis redevable. C'est lui, aussi, qui m'a montré qu'il y avait au-dessus de guignols post-modernes à la Beigbeder que je ne tolérais plus, la : Littérature ! La Joie de la lecture de Mort à crédit de Louis-ferdinand Céline pour en témoigner.

Il a réédité son premier et fracassant livre : Au régal des vermines. Je le lis, chapitre par chapitre. J'en isole deux pour cet article. L'un sur Monk, l'autre sur Bloy. Ce sont les mêmes. Monk, Thelonious Monk. Il y a des noms qui sont tout un programme. C'est comme Pier-Paolo Pasolini, ou Louis-Ferdinand Céline. Leur nom suffit. Contre-exemple : le comte Maurice Irisson d'Hérisson - invraisemblable nom d'un des funestes "honnêtes gens" du XIXe. 

Mais revenons à Thelonious Monk. Lui qui, raconte Nabe, "est allé se coucher pour des années, après avoir quitté le domicile conjugal sous prétexte que ses enfants y avaient introduit à son insu un disque des Beatles." Il s'est refermé progressivement au monde, jusqu'à en mourir. Ça c'est de l'intégrisme, ou je ne m'y connais pas. Mon respect en est forcé. "La liberté ou la mort !" - il faut encore en être capable et qui aujourd'hui ? Monk et les Beatles ne peuvent pas coexister. Oh, ça ne dérangeait assurément pas les seconds. Et pour cause. Donc, "Monk est mort. Monk est mort. Il faut bien se mettre ça dans la tête."


Et Léon Bloy ? Même rengaine ! Absolument intégriste. Le seul catholique de tous les temps. Aucun de ses "coreligionnaires" ne peut le supporter. Tous par lui démasqués dans leur tartuferie hypocrite. De même, quel "athée" pourrait-il accepter tout Nietzsche ? Voilà ce qu'en dit Nabe : "Je suis comme ça moi, je ne tolère que les hystériques, les fanatiques impitoyables. Si vous êtes prisonnier, soyez Sade ! A être fasciste, autant être Rebatet ou rien ! Si vous êtes catholique, soyez Dieu, pas moins..." On peut rajouter dans la même veine qu'il est éclatant que Céline a voulu et sans doute réussi à être le plus grand antisémite de tous les temps. C'est la demi-mesure, qui est insupportable. C'est trop demandé d'avoir une âme, d'être animé ? Tolérance interdite ! Intolérance sans frontière, voilà le point !

Chaque note de Monk, chaque mot de Bloy, balayent les milliers d'insignifiances qui, pour se protéger, propagandent pour la "tolérance" - tolérance qui va jusqu'à faire mourir Monk, ou les enfants de Bloy, mais tolérance vous comprenez... C'est Nietzsche qui a bien parlé de ça, comme de tout le reste : il explique que l'humilité est érigée en vertu par le ver de terre voyant le pied qui va l'écraser. Monk ou Bloy n'ont besoin d'aucune tolérance. Ils sont là, en 2012.

Léon Bloy s'en prenait à ces lieux communs : 

Etre poète à ses heures
Je vous mets au défi de trouver un Bourgeois qui ne soit pas poète à ses heures. Ils le sont tous, sans exception. Le Bourgeois qui ne serait pas poète à ses heures serait indigne de la confrérie et devrait être renvoyé ignominieusement aux artistes, à ces espèces d'esclaves qui sont poètes aux heures des autres.
Par exemple, il est un peu difficile de comprendre et d'expliquer ce que peut bien être cette poésie aux heures du Bourgeois. Supposer un instant que cet huissier se repose des fatigues de son ministères en taquinant la muse, exécutant des cantates ou des élégies, serait évidemment se moquer de ce qui mérite le respect. Ce serait, si j'ose le dire, une idée basse.
Le Bourgeois n'est pas un imbécile, ni un voyou, et on sait que les vrais poètes, ceux qui ne sont que cela et qui le sont à toutes les heures, doivent être qualifiés ainsi. Lui est poète en la manière qui convient à un homme sérieux, c'est-à-dire quand il lui plaît, comme il lui plaît et sans y tenir le moins du monde. il n'a même pas besoin d'y toucher. Il y a des domestiques pour ça. Inutile de lire, ni d'avoir lu, ni seulement d'être informé de quoi que ce soit. il suffit à cet homme de s'exhaler. L'immensité de son âme fait craquer l'azur.
Mais il y a des heures pour ça, des heures qui sont les siennes, celle de sa digestion, entre autres. Quand sonne l'heure des affaires, qui est l'heure grave, les couillonnades sont immédiatement congédiées.
"Être poète à ses heures, rien qu'à ses heures, voilà le secret de la grandeur des nations", me disait, dans mon enfance, un bourgeois de la grande époque.

Une bonne moyenne
Le président Jules Grévy venait d'inaugurer le Salon des Champs-Élysées. Il dit à ceux qui le reconduisaient à la sortie : "C'est cela, messieurs, c'est cela. Pas de génie, mais une bonne moyenne, voilà ce qu'il faut à notre démocratie !"

Exégèse des lieux communs, à lire d'urgence. Et ensuite, son Journal, bien entendu !


Allez, du Monk pour finir :







lundi 25 juillet 2011

L'homicide par indifférence

Ernest Hello
Je mentionnai déjà Ernest Hello à propos du langage, il y a quelques temps de cela. Je récidive aujourd'hui à un autre sujet, il éclaire en effet d'un jour différent mes prises de positions christo-controdostoïevskiennes (encore une preuve de mon modernisme rampant avec ces contractions conceptuelles) :
  • "Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font"
  • Inversion de : "Plus j'aime l'humanité en général, moins j'aime les gens en particulier"
La troisième partie du recueil de textes (Du néant à Dieu) intitulée "L'amour du néant pour l’Être", et notamment les pages 140 à 150, contient un coup d'épée magistral. Le premier de ces textes par moi jugés majeurs est L'homicide par omission : l'indifférence. Avant de faire place à ce cher Ernest, une illustration tirée de l'autoroute de l'information. Qu'un attentat survienne et fasse 90 morts, et c'est la consternation générale, l'émotion nécessaire. Certes, si l'auteur n'est pas barbu comme espéré secrètement, l'événement suscitera beaucoup moins de commentaires et réactions, mais enfin, tout de même ! C'est que l'acte est reconnu, revendiqué, officialisé, éclatant. Il arrive à la conscience de tous, et immédiatement.

Pourtant, et déjà ai-je évoqué ce sujet avec le Werther de Goethe, si ma mémoire est bonne (comme la fonction rechercher de ce blog permettra au lecteur rigoureux de le vérifier, c'est beau la technologie), et, aussi, avec l'ami Thoreau. Le premier :
Ah ! ce ne sont pas vos grandes et rares catastrophes, ces inondations qui emportent vos villages, ces tremblements de terre qui engloutissent vos villes, qui me touchent : ce qui me mine le cœur, c’est cette force dévorante qui est cachée dans toute la nature, qui ne produit rien qui ne détruise ce qui l’environne et ne se détruise soi-même… c’est ainsi que j’erre plein de tourments. Ciel, terre, forces actives qui m’environnent, je ne vois rien dans tout cela qu’un monstre toujours dévorant et toujours ruminant.
Les souffrances du jeune Werther, p. 49

Le second :
Une fois suffit. Du moment que le principe nous est connu, qu'importe une myriade d'exemples et d'applications ? Pour le philosophe, toute nouvelle, comme on l'appelle, est commérage, et ceux qui l'éditent aussi bien que ceux qui la lisent ne sont que commères attablées à leur thé.
Walden ou la vie dans les bois, Gallimard, p. 111

Aucun être vivant ne peut vivre sans la mort d'autres êtres vivants. Rien d'original là-dedans, depuis l'ami Héraclite, mais ce sont les conclusions qui manquent, toujours.

Je retrouve ce même sujet avec Hello, mais en moins romantique, et en plus spirituel. Voici : 

"Homicide ! Que cette chose est rare en apparence ! Qu'elle est fréquente, en réalité ! L'homicide sans le savoir nous coudoie dans toutes les rues. Que de gens regardent avec horreur et mépris les homicides reconnus, déclarés, les homocides officiels, qui sont homicides eux-mêmes et homicides profondément ! On est homicide par pensée, par parole, par action et par omission. L'homicide par omission est le plus inaperçu et par là même le plus fréquent de tous.
Quel livre on ferait sous ce titre : les crimes par omission ! Crimes non pas seulement oubliés, mais inconnus ! inconnus des criminels, quelquefois inconnus des victimes. Crimes qui font mourir et qui ne font pas de bruit ; crimes qui comptent pour rien dans notre actuel aveuglement et qui diront leurs noms dans la vallée de Josaphat : - J'avais faim et vous ne m'avez pas donné à manger...
L'homicide par omission : l'indifférence, in Du néant à Dieu, éditions du Sandre, p. 140

Qu'il désigne en victimes principales de l'indifférence le malheur et le génie ne pourra que me renforcer dans la conviction d'être sur le même chemin que lui. Ces lignes parlent. Le texte suivant : La responsabilité du silence. Dois-je faire un dessin ? Il ne suffit pas de ne pas "faire le mal", il s'agit encore de s'accuser du mal qu'on a laissé faire, de celui qu'on n'a pas repéré encore. Alors celui-ci s'élèverait 
"peut-être à des hauteurs morales tout à fait extraordinaires" qui, "ayant découvert dans sa vie les crimes par omission aurait l'étrange courage et la sublime intelligence de s'en repentir d'une façon digne d'eux". 
Je retrouve mon Louis-Ferdinand Céline quand il vitupère :
Je suis ! tu es ! nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ! Jamais on dira ces choses-là. Jamais ! Jamais ! Pourtant la vraie Révolution ça serait bien celle des Aveux, la grande purification !

Avec Vers la paix par l'horreur, c'est mon Mahatma Gandhi qui me revient. Hello :
[...] Si l'on me demandait quel chemin prendre pour faire la paix dans les âmes, je répondrais peut-être : le chemin de l'horreur. Ce qui manque le plus ce n'est pas l'amour du bien, c'est l'horreur du mal. L'horreur du mal !

Typique attitude du Satyagraha. Je dirais en langage moderniste que c'est une évidence seconde. Il faut à cette Vérité qu'elle fasse un tour complet du cerveau pour se révéler évidente. Au premier regard, non. Hello ajoute :
La grande haine des Saints contre le mal est une des magnificences qui au dernier jour raviront les hommes et les anges.
Cette grande haine est un des sentiments les plus inintelligibles à l'homme corrompu. Cette grande haine est l'éclair que la pureté fait dans la nuit en brandissant son glaive. 

L'homme corrompu, autant dire l'homme, tout court. Celui qui confond amour des pécheurs et amour du péché. "Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font". Cela vient d'être démontré, non pas pour le criminel officiel, mais pour chacun d'entre nous. De là une grande indulgence envers les criminels, aussi grande que la haine qui doit s'abattre sur le crime. Or, pour l'humanité corrompue, c'est l'inverse qui se produit : le criminel (officiel) est laminé, pendant que le crime lui est oublié. Les personnes sont aussi vite dénoncées, insultées, attaquées que les faits passés sous silence.

Aujourd'hui, la situation a ceci d'encore plus délicat que la tolérance fait office de système de pensée. Toute violence verbale est jugée quasiment fasciste, et la moindre petite critique est perçue comme une insulte, du mépris, et de l'arrogance. Haïr le mal est dans ces conditions la quadrature du cercle. Impossible. L'empire du moindre mal, ça vous dit quelque chose ? De même, la violence anti-système sera immédiatement (quoique les média jouent là un grand rôle) perçue et dénoncée par tous (attentats, désobéissance civile, etc.) ; mais jamais la violence, pourtant incomparable, par laquelle le système, le pouvoir en place se perpétue, celle-là ne sera même pas identifiée comme telle, alors dénoncée, combattue... en rêve !


Résumons-nous : 

Le crime est partout, mais notre premier regard n'en discerne qu'une infime partie, nous poussant à clouer au pilori le criminel ainsi identifié. En oubliant l'immense majorité des crimes, nous oublions notre propre responsabilité, et notre haine se déplace du crime vers le criminel. En fait, je crois que la meilleure façon de me faire comprendre, c'est encore : 
Indifférence = SS !

    vendredi 24 septembre 2010

    "Les banques, je les ferme, les banquiers, je les enferme" - Vincent Auriol

    Je me suis fait mal en tombant sur quelques images du Soir 3 : nos amis majoritaires justifiaient la réforme des retraites. Il y avait l'ami Wauquiez, l'ami Copé, et un autre ami au moins, ça n'avait en tout état de cause aucune espèce d'importance puisque ce sont des perroquets qui ânonnent (vous reconnaitrez la curiosité) les mêmes "éléments de langage" comme il paraît qu'on appelle cela désormais. C'est clair : on ne peut pas faire une autre réforme. C'est impossible. Donc, il y a eu des manifestants, mais "le mouvement s'essouffle" parce que "les Français comprennent". Il suffit donc (tout cela est très logique) de continuer "la pédagogie" et l'évidence apparaîtra comme telle à tous : "refuser la réforme égale accepter l'immobilisme du PS". Or, être immobile, c'est contraire à la modernité. C'est implacable : on vit plus vieux, il faut travailler plus longtemps.

    Cette propagande est on-ne-saurait-faire plus banale. Ce n'est pas parce que c'est banal qu'il faut arrêter d'en dénoncer la violence. C'est comme les publicités, il y en a à tous les coins de rue (échappant à celle radio-télévisée, et celle d'Internet, il n'y a plus que celle-là pour me heurter), mais c'est toujours une agression. Notre ami Wauquiez peut penser et dire ce qu'il veut, les absurdités qu'il peut débiter n'indiqueraient que ce qui à échappé à sa compréhension, ce n'est pas très grave. Mais il est là pour, et il entend nous convaincre. Et ça, c'est impossible ; mais, c'est pourtant ce qui se passe : je parie que le mouvement s'essoufflera en effet et que, la gauche éventuellement revenue au pouvoir, elle ne reviendra pas, en revanche, sur cette réforme. Mon hypothèse est que la contestation ne peut pas tenir parce qu'elle ne conteste que l'écume.

    En effet, si on accepte l'idéologie dominante, maintenir la retraite à 60 ans voire l'abaisser (personne n'a la folie de parler de ça), c'est la quadrature du cercle. Les manifestants passeront inévitablement chaque jour un peu plus archaïques et utopistes aux yeux des plus en plus nombreux raisonnables pragmatiques modernes et/ou résignés. 

    Je crois que ce n'est pas pour quelques trimestres qu'il faut manifester, mais pour une transformation radicale du système. On nous dit : la France est en faillite, il faut réformer nos politiques sociales pour rembourser la dette et être plus efficaces pour rassurer les marchés financiers. C'est le chantage à la dette. C'est à cause de la dette que le mot réforme, qui signifiait "progrès social" veut désormais dire "régression sociale". Au passage, face à une régression, l'immobilisme est encore un moindre mal. Aller de l'avant pour aller de l'avant, ça n'a aucun sens, et on s'étonne de la faiblesse d'un tel argument répété par les progressistes béats. Au passage encore, s'il est impossible de faire autrement, alors un robot ou un ver de terre aurait imaginé la même réforme et il ne sert plus à rien d'élire et de payer des gens pour nous gouverner. Enfin, laissons la propagande dans la poubelle de l’indifférence qu'elle n'aurait jamais du quitter.


    Je voudrais plutôt m'étendre sur un point déjà abordé, rapidement, il y a quelques semaines : le problème, c'est la dette. Jamais on n'entendra ces choses-là dans les médias (sauf peut-être par Mélenchon comme ici contre Marc Touati), et cet assourdissant silence les rend peut-être difficiles à croire ou à comprendre. Pourtant, je pense que c'est très simple, et néanmoins explosif !...

    Je vais tenter un court résumé du petit livre de André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder : La dette publique, une affaire rentable. C'est un livre vraiment indispensable. 

    1/ "dette" = "crédit"
    C'est un magnifique exemple de "synonymes qui ne signifient pas la même chose". Je vous laisse imaginer à quoi peuvent servir les différences de connotation.

    2/ Histoire en raccourci de la monnaie et des banques
    "La monnaie, qu'elle soit faite de métaux pauvres, de métaux précieux, coquillages ou autres "objets", est la représentation symbolique d'une certaine quantité de biens." Quand il y a trop de biens à échanger et que la monnaie correspondante ne peut être transportée, il y a besoin de monnaie-papier (Chine VIIIe siècle, Europe XVIIe). La monnaie-papier est étalonnée sur l'or et si l'on en émet trop, et que tout le monde cherche à l'échanger contre de l'or, c'est la catastrophe, et la France a connu ça avec l'effondrement du système de Law en 1720. En 1944, les Accords de Bretton Woods établissent le dollar comme seule monnaie convertible en or, puis l'étalon-or est abandonné en 1971 par Nixon. On enfonce le clou en 1973 avec la possibilité pour les monnaies de varier entre elles selon l'offre et la demande. "Il n'y a plus de contrepartie métallique à la monnaie émise, seulement de la dette." Extrêmement important pour comprendre la suite. Avant cela, petit détour par les banques : 

    La Banque de France, créée en 1800, obtient le privilège d'émission et, parmi les contreparties, doit consentir à des avances à l’État lorsque ses finances l'exigent. Elle peut émettre tant qu'elle veut, à condition qu'elle puisse rembourser en espèces métalliques. Mais, le 3 janvier 1973, sous la présidence du banquier (Céline a inventé le mot bankster) Pompidou, tombe une loi qui oblige la Banque de France à abandonner son rôle de service public : "Le Trésor Public ne peut être présentateur de ses propres effets à l'escompte de la Banque de France" (art. 25). Ceci est intégré au niveau européen par le Traité de Maastricht (art. 104), puis par le Traité de Lisbonne (art. 123) pourtant rejeté par référendum en 2005, mais, comme chacun sait, en démocratie, quand le peuple dit "non", c'est "oui" quand même. 

    3/ La monnaie et les mécanismes de sa création
    La monnaie est une "convention sociale reposant sur la confiance, elle n'a d'autre valeur que celle que nous lui accordons". Au départ, la monnaie "existait", c'était la pièce d'or ou d'argent, par exemple. Mais elle s'est donc dématérialisée totalement depuis 1971, et elle "n'existe plus", ce qui a des avantages : 
        - on peut "émettre la monnaie à proportion de la richesse produite, coïncidence impossible lorsque la monnaie était en métal précieux"
        - la monnaie "s'affranchit de la rareté" et devient "potentiellement infinie"

    Pièces et billets sont aujourd'hui extrêmement minoritaires comme supports de monnaie en circulation


    Y aurait-il un problème si la monnaie était considérée comme un bien collectif ? L’État emprunterait à la Banque centrale sans avoir à payer d'intérêts, et financerait ses investissements par un simple décalage temporel dans la comptabilité. Mais si la création monétaire est confiée à un banquier privé ?... Lui ne peut pas avoir des comptes en négatif, et va exiger des intérêts. Cette solution est illégitime. Et elle l'est doublement quand on comprend ceci : la monnaie en circulation a été créée ex nihilo (expression à mi-chemin entre la redondance et l'absurdité) par les banques qui octroient des crédits. On pourrait croire que les banques utilisent les dépôts pour octroyer des crédits, mais c'est l'inverse : c'est parce qu'il y a des crédits qu'il y a des dépôts. Les banques créent la monnaie de toute pièce (si j'ose dire). Les auteurs citent donc Maurice Allais : "Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique... à la création de monnaie par les faux monnayeurs." Tout simplement !... Le même Maurice Allais, économiste de droite et Prix Nobel (?!) estimant que l’État a renoncé à 5,2%  annuels de son revenu national, en cédant aux banques privées le droit de créer la monnaie.

    4/ La dette, des vérités qui ne seraient pas bonnes à dire ?
    Les politiciens prétendent gouverner "en bon père de famille" pour résorber la dette. Or, un État peut fixer lui-même ses recettes, contrairement au citoyen lambda. Il n'a pas non plus vocation à faire du profit. Et il est "immortel". Certes il peut faire faillite, mais n'en déplaise à Fillon, la France en est loin avec son triple A. 

    Il faut dire qu'on ne parle jamais des "actifs" de l’État. En 2006, la différence entre les actifs et les dettes des administrations publiques est : + 676 milliards d'euros. L'Allemagne, la Belgique, les USA, le Japon sont en bien pire situation, mais ne se déclarent pas en faillite... A propos, ce n'est pas abordé dans le livre, mais la dette privée est une question bien plus grave que la dette publique, et de ce point de vue, la France s'en sort bien, ce que notre ami Sarkozy regrettait en 2007, trouvant que les particuliers n'étaient pas assez endettés ce qui signifiait une peur de l'avenir blablabla. La crise des subprimes est arrivée à temps pour nous sauver de ce dangereux argumentaire...

    Revenons à nos moutons : tout cela sert à masquer que les (déjà) possédants s'enrichissent des ressources de la masse des contribuables, et cautionner le démantèlement les politiques sociales trop chères pour un État qui "vit au-dessus de ses moyens". 

    5/ L'arnaque de la dette publique
    Il manque les données de 1973 à 1978, mais le graphique suivant sera éclairant. C'est simple, sans la loi de 1973, et donc sans les intérêts illégitimes payés (environ 40 milliards d'euros par an), il n'y aurait pas de dette publique aujourd'hui. C'est quand même hallucinant. Les auteurs de conclure avec la célèbre phrase d'Henry Ford : "Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin." On attend toujours demain matin. Et pourtant, les USA ont pris de l'avance parce que chez eux, le problème date de 1913, cela aussi n'est pas abordé dans le livre, je ne m'y attarde pas.
    Merci Président Pompidou !

    6/ Coulisses et enjeux de la dette
    Pour rappel, on a privatisé les autoroutes (absurdité) pour réduire la dette. De même, Lagarde a vendu 5% du capital de France Telecom en 2007 à cette fin. Pas besoin de faire un dessin. Sarkozy avait vendu une partie des réserves d'or de la Banque de France, me semble-t-il. On vend la maison. C'est la grande braderie, tout doit disparaitre. Peut-être pas du jour au lendemain, mais par petites touches, ça passe plus facilement. Au prétexte de rembourser la dette. Je respecte les majuscules : "TOUT L'ARGENT QUI EXISTE SUR CETTE PLANÈTE EST DU". Argent = dette. Un magnifique extrait de Tocqueville clôt le chapitre. Quant au livre, il s'achève sur... des propositions. Ce sera peut-être l'objet d'un article à venir.


    Il faut déjà savoir si nous sommes d'accord sur le constat. Il me semble clair ceci : sans la loi de 1973, pas de dette, donc pas de destruction des politiques sociales parce que le chantage ne prendrait pas. Personne ne se poserait donc la question des retraites. Ou plutôt si, certainement, mais dans l'autre sens puisque depuis la retraite à 60 ans, certes l'espérance de vie a augmenté, mais la productivité aussi. Un salarié d'aujourd'hui produit bien plus de richesse qu'un salarié de 1980. Le nombre d'actifs par rapport au nombre de retraités peut donc diminuer sans que l'équilibre du système ne soit remis en cause. Si débat il devait y avoir, ce serait plutôt pour abaisser l'âge de départ à la retraite, et plus globalement réduire le temps de travail. L'essence du capitalisme, c'est bel et bien "travailler moins pour gagner plus". Reste à savoir où part le gain de productivité : 
        - dans une hausse des salaires
        - dans une baisse des prix
        - dans les profits des actionnaires

    Voilà où est le point. Voilà ce qui devrait séparer la droite de la gauche aujourd'hui. PS et UMP sont, là-dessus, par leur silence, sur la même ligne idéologique, à droite. Il faut reprendre les fondamentaux. Les banques, ou le social ?