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lundi 17 février 2014

Les banalités de Chomsky, inaccessibles aux condors de la pensée française

Condor prénommé Bernard-Henri
Je place ici un vieil entretien avec Noam Chomsky, mené par Denis Robert et Weronika Zarachowicz, à propos de la liberté d'expression et notamment de ce que révèle "l'affaire Faurisson" sur les milieux intellectuels français. 

Chomsky le répète plusieurs fois, ce ne sont que de banals truismes... mais la gauche morale française ne peut strictement rien y comprendre depuis les années 80. Les cheveux poussent à l'intérieur de la tête. 










L'entretien, à lire absolument, à ne manquer sous aucun prétexte.




Les condors (en un mot) de la pensée française contemporaine : 

"Il n'y a pas de sujet tabou et l'humour peut et doit faire mal." - Maître Vénéré Alain Jakubowicz

"Le droit, non seulement de rire, mais de médire et blasphémer de tout, absolument de tout, voilà l'oxygène de la civilisation." - Phare du Progrès Bernard-Henri Lévy

Comment on dit? Tartufes!

samedi 6 juillet 2013

Le gai savoir pour tous

Encore une discussion intéressante autour de la figure de l'expert... je veux dire et vous aurez corrigé vous-même, scandalisés outrés par tant d'impertinence... : de l'Expert (sur Lui la Paix)... encore ! toujours... quelqu'un pour nourrir des complexes vis-à-vis de Lui et de Son savoir qu'Il dispense à coups de morale laïque démocratique et européenne... le Progrès finalement et comme le moquait Guytou : "ce qui apparait est bon, ce qui est bon apparait".

Bon.

Quand j'entends le mot expert, je sors blabla. Experblabla ! Qui sont donc ces gens sur-diplômés et hyper-compétents qui nous font la Morale l’Éducation des gueux des manants de la populace du peuple ?

Au commencement était Voltaire. Voltaire ! Citez son nom et écoutez : un ange passe, un silence révérencieux règne. Voltaire, c'est belote rebelote dix de der... Voltaire ouakbar ! D'ailleurs, on peut toujours sortir Voltaire contre le mahométan, c'est très pratique, mais on verra ça plus tard. Voltaire a dit : "Que la Lumière soit." Et la Lumière fut. Plus fort encore : les Lumières furent... la multiplication des lumières. Sacré Voltaire... Avant ? c'était l'obscurantisme, et la Terre grouillait de mangeurs d'hommes sauvages (les mangeurs et les hommes, sauvages, c'étaient les mêmes et ils se mangeaient parfois eux-mêmes, puisqu'ils n'y voyaient rien, sans Lumière).

Or, Voltaire était le Bernard-Henri Lévy de l'époque. Le gars serait passé à la TV chemise ouverte cheveux au vent pour professer, vous savez, que le christianisme c'est rien que des superstitions complètement débiles, mais que, c'est très bien que les gueux croient en Dieu pour qu'ils se comportent bien et ne viennent pas voler le blé de... de Monsieur Voltaire par exemple, richissime négrier de son État. Une heure après sur une autre chaîne appartenant à un autre marchand d'armes, à un autre banquier ou encore un autre grand humaniste, il aurait pu dispenser - quelle générosité ! une autre leçon : la peine de mort c'est très vilain, il est de loin préférable de condamner les gens aux travaux forcés afin d'avoir là des esclaves pour faire le bonheur (la richesse) des "honnêtes gens".

Bref, Voltaire c'est l'élite ! les honnêtes gens, les possédants. Il se trouve qu'au XVIIIe siècle, une nouvelle classe de possédants a pris le pouvoir et renversé l'ancienne... ou plutôt a fait renverser l'ancienne par la peuple. Les banquiers distribuaient les fusils le 14 juillet. Étonnant, non ? Alors, les nouvelles valeurs se sont imposées, et le pouvoir est parvenu à nous faire garder de Voltaire la lutte contre l'obscurantisme, et pour la tolérance et l'humanisme. La blague !

Aujourd'hui, grâce à Voltaire et à ses descendants du centre-gauche, les inégalités ne sont plus basées sur la naissance, mais sur le mérite (on ne rit pas, au fond), le mérite républicain, le mérite scolaire. Qui mérite ? je ne répondrai pas à cette question, il faudrait employer des mots qui me feraient passer pour quelque marxiste attardé.

Jules Ferry, idole de notre actuel Président, a remplacé le curé par l'instituteur parce que plus personne n'écoutait le curé alors que le curé enseignait quelque chose de très utile du point de vue des honnêtes gens : la résignation sociale. L'instituteur a donc reçu comme mission d'enseigner la résignation sociale. La Morale laïque...


Résumons-nous : d'un côté les méritocrates, les intelligents, les honnêtes gens, les experts, l'élite, les riches ; de l'autre les manants.

L'élite, ce sont les élus. Ah ! ah ! l'élection... le contraire de la démocratie... le despotisme éclairé.

J'aime assez la définition de l'anarchie par Chomsky : systématiquement demander à l'Autorité de se justifier, et dès qu'elle n'y parvient pas, la renverser. C'est le pouvoir du peuple, la démocratie, le tirage au sort. 

Au diable les complexes ! n'utilisons pas les outils du pouvoir pour nous dévaloriser. Gai savoir pour tous !

"J’habite ma propre demeure,
Jamais je n’ai imité personne,
Et je me ris de tous les maîtres
Qui ne se moquent pas d’eux-mêmes."

mercredi 16 janvier 2013

La gauche pour tous ?

La gauche pour tous, c'est une cuiller à soupe d'anarchisme, et une cuiller à soupe de pensée réactionnaire, matin, midi, et soir. 

Le mariage pour tous. Voilà un sujet qui ne m'intéresse pas. Le mariage, tout court, n'est certes pas mon thème de prédilection. Les pires difficultés... je vous assure... pour imaginer ça comme revendication. En fin de repas, alors d'accord ! au moment de la digestion, je veux bien, mais pas au moment de l'apéro, pas à jeun... pire encore... Imagine-t-on une meute de loups affamés enfin trouver la trace d'un caribou (c'est tombé sur lui) arrêter la chasse et préférer débattre de la couleur du pelage des uns et des autres ? Pour le caribou, c'est cadeau ! Pour l'ennemi sans nom sans visage de François Hollande (souvenez-vous), c'est cadeau !

Bref.

Or, on en parle, et parle, et bla, bla, et reblabla. Une demi-heure de ces débats, quinze jours à s'en remettre. 

Et je considère par ailleurs ce genre de sujets comme le plus parfait enfumage de la part du >> centre-gauche << (les affairistes), toujours prompts à trouver du sociétal et/ou du national pour éviter que la canaille ne se penche de trop près à la question sociale. Pas intéressé... d'une... volonté de ne pas participer à un écran de fumée... de deux.

Pourtant, aujourd'hui, j'y vais. Il faut dire que je passe par plusieurs états, et que, comme souvent finalement, je suis plus énervé par ceux qui sont supposés partager mon point de vue, que par les adversaires idéologiques. Mais quel point de vue d'abord ? Celui qu'on a du haut de la Montagne Anarcorehak. En route...

Est-ce que je suis pour ou contre le mariage homosexuel ? Je m'en fous. Je me fous du mariage. Je trouve que la loi n'a pas à définir avec qui ni à combien on peut se marier. C'est-à-dire que la formule "mariage pour tous", je dis banco ! Pourquoi limiter le mariage à deux personnes ? Ministre Taubira dit : le mariage, c'est le couple. Point. Ah ! pardon ! Sic transit gloria mundi, amen. Jusque-là, c'était un homme et une femme. Qui avait décidé ça ? Aujourd'hui ça peut aussi être deux femmes, ou deux hommes. Qui décide ? Ministre Taubira et compagnie. Ministre Taubira veut pas des trouples (berk), mais personne ne sait pourquoi. Deux femmes s'aiment, elles ont donc le droit de se marier. Et si... ils s'aiment à trois ? Là, non. Argument zéro. C'est comme ça. Je signale que nous ne sommes pas des petits enfants, que nous écrivons nos lois, et qu'il n'y a pas de "c'est comme ça" qui tienne. Que ce soit Dieu ou Ministre Taubira, nous pouvons remettre en cause, questionner la légitimité des choses. A quoi bon combattre l'obscurantisme des religions, si c'est pour produire le même, estampillé modernité, certifié progressiste, etc. ? Cornélius défends-moi ! L'institution imaginaire de la société - l'autonomie...  C'est Chomsky, aussi : l'anarchisme consiste à exiger de l'Autorité qu'elle se justifie, et si elle n'y parvient pas, à la surmonter. Et pour le coup, je serais curieux de savoir par quels raisonnements logiques on peut arriver à la position de Ministre Taubira.

J'ajoute qu'il ne s'agit pas au-dessus d'une défense ou d'une promotion de la polygamie, loin s'en faut. De même que l’État n'a pas à nous dire ce que nous devons penser, il n'a pas à mon sens à nous dire avec qui nous pouvons nous marier. Après, chacun pense ce qu'il veut, chacun vit comme il l'entend, ce qui ne pourra pas nous empêcher de critiquer ou combattre des pensées, des modes de vie. Je ne vois pas pourquoi on devrait avoir peur de pensées, de comportements, différents, marginaux, "déviants".

Ainsi, les partisans du "mariage pour tous", n'assument pas cette formule.  Ils pensent "mariage homosexuel" et ils disent "mariage pour tous". Pardi ! ce serait discriminant, ce serait stigmatisant, de dire "mariage homosexuel". Mariage pour tous, c'est plus fun (berk), on est tous égaux, on a tous les mêmes droits, ce qui compte c'est l'amour, après la pluie le beau temps et pierre qui roule n'amasse pas mousse. Les opposants, qui ne voient pas plus loin, eux, que le bout de leur tradition, ont cependant raison de brandir la polygamie, etc. etc. C'est la conséquence logique de la formule "mariage pour tous". Les partisans, autruches qui s'ignorent, protestent : dialogue de sourds, très lassant quand on a des oreilles.

Il y en a un que j'aime écouter, c'est Eric Zemmour. Il explique, puisqu'il a lu et compris les critiques du capitalisme depuis Marx jusqu'à Michéa aujourd'hui, que le Capital a besoin de détruire les Institutions sociales, la liberté économique passe par les libertés individuelles, libertaires et libéraux sont les deux faces de la même pièce. C'est vrai. C'est le grand drame de la gauche, la vraie. Lutter contre l'Eglise c'est bien gentil, ça sert le Capital. Lutter contre de Gaulle c'est bien gentil, ça sert le Capital. Mai 68 c'est bien gentil, ça sert le Capital. La nation, la famille, à la trappe ! c'est le Capital qui se frotte les mains. Famille, Religion, Nation, Tradition, sont autant de freins au matérialisme consommateur le plus dégénéré. Que des saletés nauséabondes et moyenâgeuses qui font penser aux pauvres hères qu'il y autre chose dans la vie que le dernier i-pod 45.

Et que voyons-nous ? notre bon ami Monsieur Soros payer des prostituées ukrainiennes (françaises à l'occasion) pour venir asperger quelques familles qui s'opposent au "mariage pour tous". Que voyons-nous ? Monsieur Bergé trouver très bien que l'ouvrier loue ses bras et par conséquent très bien que les femmes puissent louer leur ventre. Liquidation générale ! Tout doit disparaitre ! Tout peut se vendre. Il sera fait exception de ce qui existe à l'état naturel. C'est la blague quasiment réalisée de Michéa : il sera bientôt légal de vendre du cannabis, mais illégal de cultiver des plants de tomates non autorisés par Monsanto, si bien que nous devrons cacher nos plants de tomate illégaux derrière des plants de cannabis.

Léon BLOY (L'Invendable) :
- Bon Dieu ou bon diable ! c'est toujours ça de vendu !
Exclamation d'un vendeur de la rue, jet de lumière sur le XXe siècle. Dieu et le diable sont hors de cause et de plus en plus. Leur affirmation ou leur négation fut un jeu pour l'âge puéril de l'Humanité. Devenue raisonnable enfin, la race humaine vendra... exclusivement. Elle vendra tout. - Malheur à celui qui donne ! Malheur à la Jérusalem de ceux qui donnent ! Malheur à moi !...
Est-ce bien
malheur qu'il faut dire ?

Résumons-nous :
1/ je dépasse par l'extrême-gauche les "modernes" "progressistes" partisans du mariage homosexuel

2/ je mesure les conséquences de cet anarchisme, qui peut aider (qui aide depuis deux siècles) à faire progresser la marchandisation générale du monde

Alors, il est facile d'égratigner les gratinés qui se déguisent en oiseau, en lapin, en tarte aux cerises pourquoi pas ? pour défiler contre le mariage pour tous et assènent les lieux communs et les absurdités les plus fantastiques. Mais, de mon point de vue anarco-réac, ce ne sont que des lieux communs du XIXe siècle, des lieux communs de vaincus, de poisson pêché qui redouble de frétillements avant de mourir. Les dangereux ? Pas eux.

Non, les dangereux, ce sont ceux qui assènent les lieux communs du XXIe siècle. C'est Canal+ (à qui je dédie cette phrase d'Audiard) qui fait passer, avec un côté fun (berk), sympa (berk), la Propagande du Capital. Pierre Bergé et ses moutons.



3/ la gauche ne devrait donc jamais oublier que la priorité est de créer les conditions sociales d'émancipation individuelle (et avec une arrière-pensée à la Jaurès, à la Rousseau, à la Robespierre : "sous le régime capitaliste, l'individu est enfoncé dans la matière jusqu'au cœur, sous l'écrasement économique et sous l'obsession militaire. Je veux essayer de construire une cité d'espérance où l'Homme s'aperçoit que les étoiles existent." (Jaurès))... Se libérer de l'emprise de la religion, de la famille, de l’État, etc. : oui ! pour tomber dans les griffes de la Banque : non !

Faute de quoi, en plus de nouveaux pas vers la marchandisation du corps, validés par le silence au moins, on s'escrime sur ce sujet somme toute assez périphérique, pour mieux ne pas voir la guerre au Mali ("guerre contre le terrorisme", "war on terror" c'est mieux en anglais, encore, comique de répétition assez lassant), le saccage du droit du travail, et autres diableries qui remettent bien plus furieusement en cause les idées de liberté, d'égalité, de laïcité, de progrès, tant vantées par la pensée dominante à propos de ce "mariage pour tous".


Conclusion : le >> centre-gauche << libéral-libertaire (libéral pour rire, libertaire pour rire, mais c'est encore autre chose), c'est le meilleur moyen de tomber dans la gueule du loup. D'une opposition l'autre...

samedi 6 octobre 2012

Liberté pour tous de penser comme les journalistes

TARTUFFE, il tire un mouchoir de sa poche
Ah ! mon Dieu, je vous en prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

DORINE
Comment ?

TARTUFFE
Couvrez ce voile que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.


*****

Et ça a continué comme ça. Il fut un temps, on pouvait lire Rien n'est sacré, tout peut se dire, du situationniste Raoul Vaneigem, et penser que c'était là une position sinon de gauche, du moins partagée par la gauche, et a minima par l'extrême-gauche.

Répétons-le :
« Issue du libre-échange et de la libre circulation des biens et des personnes, la liberté d’expression est aujourd’hui menacée par cet esprit marchand qui avait présidé à sa naissance. »

 Ce n'est pas le despotisme qui limite désormais la liberté d'expression, c'est la >> démocratie <<. 
« Il est indigne que les citoyens se laissent traiter à la façon des écoliers voués à ingurgiter passivement des connaissances mortes au lieu d’être nourris d’un savoir guidé par le souci de mieux vivre. »
 
Le Spectacle assomme le citoyen d’un flot d’informations dont le tri demande d’immenses efforts et de longs apprentissages, pour se défaire de l’emprise de la propagande, de l’émotionnel, de l’insignifiant, de l’obscurantisme, du futile…

La liberté d’expression se gagne… mais n’est certainement pas un principe qu’on décrète une fois pour toute… c’est un combat quotidien, d’une part pour déconstruire la propagande du système de domination, et d’autre part pour créer, et, selon le vocable de Vaneigem, « vivre mieux ». 

La liberté d’expression présuppose, écrit Vaneigem, qu’il « n’existe ni droit ni liberté de tuer, de tourmenter, de maltraiter, d’opprimer, de contraindre, d’affamer, d’exploiter ». A partir de quoi, il ne saurait y avoir de limite à son usage, bien au contraire. Il aligne ensuite les arguments :
- la censure s’alimente elle-même ;
- on n’interdit pas l’absurdité ;
- la pensée ignoble est un symptôme d’un malaise, et ce qu’il faut condamner, c’est notre passivité à trouver un remède ;
- les pensées les plus dérangeantes empêchent d’ériger les vérités du jour en Vérité absolue ;
- l’autocritique amène à l’indifférence à l’égard des opinions des autres ;
- la haine périt d’elle-même et « l’offenseur s’expose au pilori de ses propres sarcasmes » ;
- etc.

Là où la prise de parole relève d’une instance judiciaire, c’est quand une menace est accompagnée de moyens de la réaliser… et pour ce qui concerne la protection de l’enfance. Au-delà, tout peut donc se dire, et c’est le moyen pour le citoyen « [d’]identifier ses désirs, de les exprimer, de les communiquer, de les accomplir ». C’est la condition de transformation sociale.

« La liberté d’expression est le langage restitué au vivant. »

Où en sommes-nous ? Charlie Hebdo publie une nouvelle fois des caricatures de Mahomet. Soit. M'étant désabonné, je ne les ai pas vues, et peu importe : il faut défendre leur droit à les publier.

MAIS - mais, on peut s'étonner de deux choses. La première : à gauche, certains rechignent à défendre Charlie Hebdo au prétexte que ce serait rejoindre les "fascistes". La seconde : Charlie Hebdo adore railler les sacralités des autres, mais n'envisage pas une seule seconde de s'attaquer à celles de nos sociétés. Et vous allez voir que je vais relier ces deux choses : Eric Zemmour - "fasciste" selon la bienpensance allant de Besancenot au Nouvel Obs' en passant par Charlie - explique très bien que l'hebdo ne publierait pas une caricature sur la Shoah. 

Face aux menaces, Charb est protégé par la police. Joe lecorbeau qui, lui, publie des caricatures sur la Shoah, et est également menacé, est convoqué par la police. Et, lorsqu'il tente de publier un article sur Agoravox pour dénoncer ces deux vitesses, son article n'est pas validé. Que signifie agoravox ?

Le spectre de ce qui peut se dire est extraordinairement rétréci, d'un côté par les lois mémorielles, mais surtout par le travail de sape qui consiste à nazifier de plus en plus de monde. L'accusation finira par revenir à la tête même de Pierre Nora. Imaginons la tête de l'équipée néo-nazie selon la bienpensance : Marc-Edouard Nabe, Lars von Trier, Edgar Morin, Siné, Pierre Bourdieu, Renaud Camus, Jean Bricmont, Alain Soral, Richard Millet, Dieudonné, Pascal Boniface, Noam Chomsky, Thierry Meyssan, etc. (liste pléthorique de "fascistes", "antisémites", "négationnistes", "incitateurs à la haine raciale"). C'est l'armée mexicaine attablée à l'auberge espagnole. Mais nos bienpensants ne doutent de rien et appellent ça l'amicale rouge-brune. 

*****


Et ça s'est poursuivi encore. Diam's est réapparue sur TF1. Je dois bien avouer que je ne suis pas très au faîte de l'actualité de Diam's, et que je regarde TF1 aussi souvent que je vais en vacances sur Pluton. Heureusement - si on veut, cette apparition a provoqué la fureur des médiacrates : voilée, elle fait du prosélytisme, c'est dangereux pour la jeunesse, c'est un peu comme Merah.

Alors, le rap dégénéré consumériste et inculte, ce qu'elle faisait alors qu'elle était une "star" du "showbiz", ça ce n'était pas dangereux, ni prosélyte, ni un mauvais exemple pour la jeunesse. Quand on écoute son entretien, d'ailleurs, elle explique qu'elle allait très mal, et que le rap était le moyen pour elle de faire passer son malaise sans avoir besoin d'avoir le moindre talent. Elle a tout simplement fini en zombie, ce qui n'a jamais provoqué de débat de dizaines de minutes sur les plateaux TV sur les dangers et méfaits de la Société du Spectacle. 

En revanche, maintenant qu'elle est sauvée, et manifestement apaisée, rassérénée, bien dans sa vie, c'est un affreux danger ambulant. Ils sont terrifiés les médiacrates, terrifiés. Son voile de Ben Laden leur rappelle les actes de Merah. Si, si, vous savez Merah, celui dont ils applaudissent les actes - à condition qu'ils aient lieu en Libye, en Syrie, partout... mais pas en France.

Les libertés de culte et d'expression sont devenues la liberté de penser, de croire et de dire ce que les médiacrates pensent.

*****


Et je termine comme ça : Vincent Reynouard. Lui, pour le coup, est néo-nazi, il s'en réclame explicitement. Il a été emprisonné pour ce qu'il a écrit, et est maintenant poursuivi par Riss, dessinateur à Charlie Hebdo. C'est lugubre. Professeur Choron ! Vuillemin ! Hitler = SS ! Sommes-nous si faibles ?

dimanche 29 novembre 2009

Langage & Politique



La vérité est toujours belle même si elle est horrible.

Marc-Edouard Nabe

La liberté des uns commence là où commence celle des autres.
Cornélius Castoriadis

« Je suis ! tu es ! nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ! » Jamais on dira ces choses-là. Jamais ! Jamais ! Pourtant la vraie Révolution ça serait bien celle des Aveux, la grande purification !
Louis-Ferdinand Céline

Je voudrais avoir un moment le contrôle de tous les postes de radio de la planète pour dire aux hommes : « Attention ! Prenez garde ! la liberté est là, sur le bord de la route, mais vous passez devant elle sans tourner la tête. »
Georges Bernanos



mardi 24 novembre 2009

Passez, muscade ! Antimodernisme et antisémitisme chez Céline

J’écris souvent que la question de l’époque est celle du langage. Un jour, j’essaierai de relier tout ce qu’il y a à relier sur ce sujet. Pas aujourd’hui. Nous sommes soi-disant dans une société de liberté et de débat dans laquelle les opinions contraires peuvent s’affronter démocratiquement. Arnaque ! tromperie ! duperie ! Ce n’est pas qu’il faille comparer notre société à d’autres dans le monde ou dans le temps et dire : « nous sommes pires ! ». C’est simplement reconnaître qu’il y a aujourd’hui des souffrances ; et, que les souffrants sont privés de parole pour les exprimer.

Ils en sont privés par absence de mots, de vocabulaire, de littérature aux sens strict et large en même temps. Il y a un marché florissant de la culture… mais quels mots trouve-t-on chez ces marchands ? 100 000 Musso vendus ne feront jamais 1 Antonin Artaud.

lundi 19 janvier 2009

Daddy's gonna pay for your crashed single


U2 revient. Get on your boots est sur les ondes depuis ce matin. C'est le premier single de l'album No line on the horizon à venir. Si j'en parle, c'est certainement pour tourner une page, ce n'est certes pas parce que le single en vaut la peine. S'il n'était pas signé du "plus grand groupe de rock du monde et des galaxies connues et inconnues", il passerait à coup sûr totalement inaperçu et il ne fait aucun doute qu'il sombrera dans l'oubli disons dès la fin de la tournée. A juste titre. Ou alors c'est plus grave que je ne l'imaginais. Avant de découvrir vraiment U2 - pas les tubes des années 80, mais Zoo station et tout l'album Achtung Baby, là ce fut la claque - je n'écoutais pour ainsi dire rien. C'était en 2000. Je plongeais dans le pop-rock façon rtl2. Depuis, j'ai dérivé vers du plus sombre, du plus libre, du plus sincèrement révolté sans doute... je suis sorti de la culture (celle qui a son ministère) pour chercher des artistes si je peux me permettre d'emprunter cette distinction à Marc-Edouard Nabe. Des mystiques. Des Nègres. Des métèques. Il a vite fallu faire exploser les barrières du pop-rock, on s'en doute. Noir Désir, Beethoven ont été les portes de sortie. Elles se sont, je crois, refermées derrière moi, je suis enfermé dehors et c'est tant mieux. De-ci de-là on trouve quelques hurluberlus qui font à peu près du rock (The Brian Jonestown Massacre)... mais pour moi ce n'est plus que qawwali, flamenco, opéra, jazz. Du transcendant, sacré ou profane. Pas du morbide vociféré les deux pieds dans le Système. Pas du Houellebecq le martyr de la société mais milliardaire quand même. Et justement, U2 avait commis son chef d'oeuvre - à mes yeux - dans une sorte de jubilation cynique, industrielle, glauque, sordide, anti-capitaliste avec Zooropa et le Zoo TV. Et alors quoi ? C'était du vent ? Ils étaient shootés ? Lemon ? Dirty day ? Vorsprung durch technik ? Du vent ? C'est aujourd'hui que j'écris, mais ça fait des années que la décomposition se fait sentir. Des best-of, n'en veux-tu pas en voilà quand même, des BO de films pour ados tu n'osais pas le rêver ils l'ont fait, des singles plus insignifiants les uns que les autres, passons. Get on your boots. Soi-disant orientalisant ? Je ne peux rien en garder. Rien. Je n'ai pas pu m'empêcher de rire en l'entendant, comme lors de la découverte de l'affreux Window in the skies, le dernier single qui accompagnait je ne sais quel best-of. J'ai trouvé ça ridicule, pathétique, et honteux pour tout dire. C'est de la musique jetable, sa raison d'être est de créer le buzz quelques semaines autour du groupe qui de toute façon remplira les stades à coup de Where the streets have no name ou New Year's Day... Et puis le single permettra de vendre l'album en édition collector avec dvd, avec un dessin de mérou par Bono quand il avait 3 ans et lunettes de soleil portées par Larry à l'été 2002. N'y a-t-il aucune limite ? Où est U2 ? Dans les années 2000 ou dans les années 90 ? Ou alors, je n'avais rien compris aux tournées mégalos ? On peut vraiment passer de Daddy's gonna pay for your crashed car à ce cirque ? Jusqu'où peut-on descendre ? Ce n'est sans doute pas un hasard s'il est question de bottes, on s'enfonce jusqu'au cou. Pour mon compte, la coupe est pleine. Je réécoute Zooropa en boucle.


PS : je rajoute après avoir vu la prestation du groupe pour Obama que tout cela n'est pas pour redorer leur blason. On sent bien qu'ils y croient, et sont contents. Mais enfin, le rêve de Martin Luther King... oui ? non. Je n'en dis pas plus, je trouve ça assez pathétique. Une vidéo de Noam Chomsky à propos d'Obama, ça suffira.

jeudi 18 décembre 2008

Mialaret, La psychologie de l'éducation

I/ Essai de définition

Le mot éducation est très polysémique. Une situation d’éducation – domaine de la psychologie de l’éducation – est à considérer avec le cadre, l’environnement, le niveau d’évolution (connaissances, structuration de l’appareil psychique, les pré requis), le fonctionnement psychologique (partenaires en présences, ceux invisibles, les contenus, les finalités de l’action éducative, la communication), les effets psychologiques. On la distingue donc de la psychologie scolaire, de la psychopédagogie, de la psychologie de l’enfant…

II/ Les aspects psychologiques de l’institution

Elle sert de trait d’union entre la vie individuelle et la vie sociale : famille, puis école, puis « formation continue » et milieu professionnel. L’entrée à l’école est un passage dans un nouvel univers pour le jeune enfant et dès Binet en 1895, on travaillait sur l’anxiété générée (cf. Demangeon). Les changements de classe, de niveau, d’organisation provoquent également de l’anxiété : le collégien par exemple voit son horizon temporel habituel (P. Fraisse) passer d’1 ou 2 jours à une moyenne échéance.
Plus généralement, entrer dans un nouveau milieu social c’est utiliser et développer de nouveaux aspects de sa personnalité. Dans une classe, par rapport à la famille hiérarchisée selon l’âge, on fait l’expérience de l’égalité des droits et devoirs ; d’une coopération entre pairs choisis. Et l’enfant doit accepter d’avoir un maître, vivre l’intervention de l’adulte comme une aide, non une intrusion. Le climat psychologique de la classe est donc essentiel. D’autant que : « la formidable pression scolaire qui s’exerce sur les élèves n’est pas étrangère à l’émergence de la dépréciation de soi et des états dépressifs à l’adolescence. » (C. Bourcet) : indifférence ou mépris enseignant, obsession parentale…
Les structures, le climat de l’établissement, de la classe, l’organisation spatiale, les rythmes scolaires (H. Montagner ; F. Testu) jouent un rôle primordial à interroger.

III/ L’action éducative

C’est pour l’essentiel un processus de communication : il faut analyser ce qui se passe entre l’émission d’un message et sa réception / interprétation. 3 problèmes majeurs : les messages peuvent être acceptés ou refusés (motivation pour les activités scolaires), mal décodés (maîtrise de la langue, références communes), ou mal compris ou interprétés (niveau intellectuel, expériences). M. Altet classe les messages entre ceux dont l’objet didactique est : information, organisation-structure, stimulation-animation-activation, évaluation, régulation. On peut alors analyser le « style d’enseignement ». Quant aux réactions induites : réception-consommation et expression-production s’opposent.
A. Weil-Barais distingue les formes d’apprentissage : l’empreinte, l’habituation (ne plus réagir à), l’apprentissage associatif (essais-erreurs – Freinet ou conditionnement pavlovien ou skinerien), apprentissage par l’action (Piaget, Wallon), observation et imitation, apprentissage coacitf (travail en équipe), tutorat. Mais quels en sont les mécanismes ? On peut se référer
ü au système affectivo-cognitif : difficultés dans les relations objectales
ü au système social : dissonance cognitive (Festinger) et conflit cognitif (Piaget) => intérêt de méthodes permettant la discussion
ü au système cognitif : automatisation, stockage, connaissances nouvelles

De l’acte à la pensée (H. Wallon) en 5 étapes : action réelle de l’enfant ; action réelle accompagnée par le langage ; conduite du récit ; traduire l’action au moyen dessins (généralisations) ; traduire son action à l’aide de symboles (opérations). Les analyses piagetiennes mettent l’accent sur l’acquisition des connaissances non pas uniquement par réception, mais par une action du sujet qui intègre les nouveaux savoirs aux anciens. Le sujet est confronté à un « obstacle épistémologique » (Bachelard) : l’expérience du sujet. L’interaction sociale est évidemment essentielle. G. Vergnaud a travaillé sur la représentation (en opposition au behaviorisme) : la représentation n’est pas un épiphénomène mais est fonctionnelle. Schèmes et concepts se trouvent entre action et représentation.

IV/ Analyse psychologique des méthodes et des techniques pédagogiques

Piaget distingue l’associationnisme empiriste ; les méthodes au retour imprévu à l’innéité et à la maturation interne à la suite de Chomsky (« raison » préformée, malgré le psychogénétisme qu’il reconnaît) ; et les méthodes constructivistes par continuel dépassement des élaborations successives. Drevillon établit deux axes, lui : celui qui distingue les méthodes actives de celles impositives, et celui distinguant les méthodes flexibles de celles systématiques. Globalement : une méthode synthétique part des éléments simples (issus de l’analyse de l’adulte) et une méthode analytico-synthétique qui se réfère à l’expérience globale de l’enfant pour aboutir à en retrouver les éléments constitutifs.
Les méthodes actives posent la question du type d’activité et de son niveau. Des méthodes organisent le travail individuel, accordant une importance au rythme individuel, permettant de repérer rapidement les erreurs, assurant une motivation plus forte, et libérant l’enseignant pour mieux se consacrer aux élèves en difficulté. Mais ce peut être une solution de facilité : et l’apprentissage de l’effort est réduit au maximum (effet pervers). De nombreux travaux ont porté sur le développement social de la personnalité : Project Method 1919, Cousinet, Petersen, Freinet, Lobrot… Pour Dottrens, le travail en équipe développe le sens de la responsabilité et de la solidarité. Piaget a montré que l’échange d’expériences vécues par chaque élève favorise la résolution de conflits sociocognitifs.
Certaines techniques, notamment audiovisuelles, introduisent des distorsions à connaître. Les cadres mentaux de l’espace et du temps sont perturbés, en effet. Elles sollicitent des ressources, des perceptions globales pas toujours à portée des enfants et la réalité doit être reconstruite par le langage. De plus, la vitesse de perception et de compréhension est moins grande chez les enfants ; ils ont du mal à reconstituer un récit. Et puis, cela peut introduire une confusion entre vision, reconnaissance, information, connaissance, savoir. L’ordinateur aussi pose un certain nombre de difficultés.

V/ Analyse psychologique des contenus. Problèmes psychologiques des didactiques

Révolution copernicienne (Claparède) avec Rousseau : analyse de la matière à transmettre à l’élève, des aspects psychologiques de l’apprentissage, des modifications des structures psychiques qui en résultent. P. Higelé retient 15 opérations cognitives depuis le stade préopératoire jusqu’à celui des opérations formelles : correspondance terme à terme, somme des parties, opérations topologiques, sériation, classification, relation de cause à effet, inclusion, complémentarité, grands nombres, conservation, substitution, espace projectif et espace euclidien, implication, combinatoire, proportionnalité. Classiquement, on posait : comment présenter logiquement – pour l’adulte – une notion. Les pédagogies nouvelles prennent en compte les orientations psychologiques requises et mises en œuvre.
Les méthodes syllabique, phonique, phonomimique, synthétiques, s’opposent alors aux méthodes globales, analytiques (Decroly). Mais dans la pratique, des méthodes mixtes sont employées. Quelle efficacité ? Dès 1976, J. Foucambert insiste sur la recherche du sens pour apprendre à lire. Le concept de conscience phonologique a depuis été mis en évidence. Mais il est très difficile de mesurer scientifiquement l’efficacité d’une méthode. Il reste que les élèves utilisent la « pensée par îlots » (Wallon) : ils sont par exemple étrangers à la notion d’ordre bien après qu’on la leur enseigne. Construire, ce n’est pas seulement faire, c’est constamment réfléchir.
En histoire, Decroly avait introduit la « frise des temps » dont les apports sont manifestes mais qui apporte une confusion de l’espace et du temps (Bergson ?) et une erreur de perception des événements historiques, entassés sur les derniers siècles… Finalement, la compréhension et la production de la mise en intrigue sont les meilleurs moyens pour la compréhension de l’histoire.

VI/ Psychologie de l’évaluation scolaire

Elle peut être formative, diagnostique, pronostique ou sommative. Son effet est décisif et positif en tant que connaissance des résultats. Elle peut servir de béquille, d’analyse du travail, des erreurs, d’objectifs à atteindre.
Mais il y a aussi l’effet Pygmalion théorisé par Rosenthal et Jacobson : si l’enseignant considère un élève comme bon, celui-ci le deviendra (schématiquement) et inversement. L’idée que se fait le professeur de la valeur de l’élève est donc un élément essentiel.
La psychologie de l’évalué est importante également. Mais, oubliée, celle de l’évaluateur l’est aussi. Il s’agit d’éviter angoisse, découragement, dégoût pour la matière.

mardi 2 décembre 2008

Pour que les lancers de tétine restent autorisés


Il est de bon ton, ces derniers temps, de se moquer du PS et de Ségolène Royal en particulier. Les mêmes qui passent leur temps à commenter ainsi l'actualité de ce parti estiment d'ailleurs en général qu'il ne s'y passe rien : par un étrange mouvement, les voilà donc tout occupés à nager dans l'insignifiance. Il n'y a rien à commenter, et pourtant ils y passent leur temps. Le show, le marketing, la comm' politique des uns et des autres, Ségolène ou Martine, c'est insignifiant. C'est du spectacle, au sens de Debord (se reporter aux billets qui lui sont consacrés). C'est ça qui passionne les foules - en attendant, les vrais sujets, la chose publique, sont esquivés. Je n'ai pas parlé de Chomsky & Cie, le film tiré de l'émission de Daniel Mermet - Là-bas si j'y suis - consacré au "peut-être plus grand intellectuel contemporain". Il y a bien montré comment la propagande s'insinue dans les sociétés dites démocratiques : il n'y a certes besoin d'aucun complot, tout cela se fait naturellement par concourance d'intérêts. C'est spontanément que les gens se passionnent pour l'insignifiant. Pendant ce temps, un incongru personnage prétend "moraliser le capitalisme", réforme l'Education Nationale, entend abolir la "retraite-guillotine" (sacrebleu, Mitterrand n'était pas allé jusqu'au bout !), etc. Il me faudra éplucher plus complètement la réforme de l'Education Nationale... quant à la conception du travail n'en parlons pas... En revanche, il y a quelque chose qu'il me faut bien évoquer, parce que ça touche à quelque chose qui me met vraiment hors de moi. Un rapport remis à Rachida Dati préconise d'abaisser de 13 à 12 ans l'âge légal pour emprisonner. Restons-en là, et ce serait déjà choquant au plus haut point. Mais M. Lefebvre, porte-parole, je crois, de l'UMP, surenchérit ! Il reprend les propos de Sarkozy candidat et estime qu'il faut détecter les comportements violents dès le plus jeune âge (3 ans). Bon, quand l'UMP applique ses idées à l'économie, c'est juste aberrant... mais quand ça touche à la justice, c'est absolument inqualifiable, répugnant... C'est là, je trouve, que l'on voit le mieux la différence entre la droite et la gauche. Si on devait penser binairement, ce qui n'est pas ma tasse de thé par ailleurs, je dirais que droite et gauche se distinguent le long du continuum suivant :

liberté <------------------------------------------> communauté

Pour la droite, la communauté prime : le lien, la tradition, les ancêtres, la généalogie, la tribu, l'identité... Et pour la gauche, c'est la liberté individuelle qui prime, la construction de soi, les cultures, le progrès, l'acquis... Pas la peine de m'expliquer que c'est caricatural, discutable, etc... c'est le but de ce genre d'oppositions. C'est cette opposition que je trouve significative, je reste dessus.
De là découle le reste dont les rapports à la justice, et à la science - pour ce qui m'intéresse dans cet article. Pour la droite, il faut protéger la communauté du désordre (la liberté) et la science est utilisée à cet effet ; pour la gauche en revanche, on ne saurait se priver des libertés au nom d'une prétendue sécurité. C'est ainsi que l'on comprend l'utilisation que l'on peut faire de la psychologie. D'un côté pour contrôler les masses, améliorer la réception de la propagande (pardon, la publicité), obtenir une plus grande efficacité économique en développant la motivation qui pousse les éléments à dépasser leurs limites (l'esclavage, pardon, le coaching), ramener les vilains petits canards vers une norme sociale rassurante, mettre à l'écart les déviants sous le fallacieux prétexte de les soigner...
De l'autre côté, on entend utiliser les connaissances de la psyché humaine pour permettre une plus grande émancipation de l'individu. La psychanalyse par exemple, au départ, a pour but la prise de pouvoir du conscient sur l'inconscient (Où Ca était, Je dois advenir), pas du tout de guider vers une norme préétablie pour reproduire l'ordre social.
Je ne vais pas reprendre l'argumentaire contre la détection dès 3 ans des comportements violents, vous trouverez certainement tout ce qu'il faut sur le vieux site (le gouvernement avait déjà renoncé en 2006 devant le tollé) de la pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans". Les postulats philosophiques qui conduisent à ce genre de mesures sont inacceptables, tout simplement. Comment peut-on nier l'humanité aussi férocement ?
Il y en a marre ! Ras-le-bol de ces conceptions liberticides. Ras-le-bol de cette tentation de faire de tous des moutons de panurge, de découper les têtes qui dépassent. C'est quoi la vie ? Aller à la crèche, subir des tests psychologiques plus crétins les uns que les autres, aller à l'école, y apprendre qu'on y est uniquement pour intégrer le marché du travail - le plus tôt sera le mieux - marché sur lequel on est amené à faire un boulot de plus en plus dépourvu d'intérêt puisque toujours plus segmenté et spécialisé, sans vision d'ensemble donc sans satisfaction ni motivation... si toutefois on a la "chance" d'avoir un job, auquel cas il ne faudra pas broncher sous peine de le perdre, le job - y en a tellement qui attendent après... C'est ça la vie ? Suivre le chemin de l'abrutissement le plus complet ? Et puisqu'on vit plus vieux, faut travailler plus longtemps (logique à la con s'il en est). Et puisque la vie est si merdique qu'on n'a plus le temps de rien faire en semaine, il faut travailler aussi le dimanche pour qu'on ait le temps de consommer. Le soir, écoeuré et épuisé par son travail e la journée, il n'y a plus qu'à regarder le foot ou les séries US à la télé... pas la force de remettre en cause sa vie... suffit d'attendre les vacances tant attendues (E. Morin : "La vacance des grandes valeurs fait la valeur des grandes vacances"). On ne supporte pas sa vie, et c'est pour cette raison qu'on n'est pas capable de se révolter. Alors tout continu. Stress, chiffres, normalité. G. Debord : "Ils ne sont que des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles."
Mais qui parle encore de qualité, de qualité de vie ? La preuve que la crise économique que nous traversons n'est pas majeure est bien que le modèle de société n'est absolument pas remis en cause. On le croyait, ou espérait, au début (Wallerstein, Stiegler, ...)... mais c'était prendre ses rêves pour des réalités. Mais rien ne change. Ce débat est totalement esquivé... alors... vous reprendrez bien un baril de Ségolène !

vendredi 14 novembre 2008

La question humaine

Voilà quelques temps sans article, et c'est vrai que je n'avais pas grand chose à commenter. L'enthousiasme débordant pour la victoire d'Obama me semblait vraiment démesuré : si j'y vois un beau symbole, je ne parviens pas à y voir un réel intérêt politique. Chomsky parle d'une démocratie à parti unique des affaires, et je suis bien d'accord : que le curseur soit placé un peu plus d'un côté ou de l'autre, ça ne change pas grand chose. D'ailleurs, pour revenir chez nous, c'est la même histoire. On nous bassine avec la guerre des chefs du PS, mais enfin : quelles différences idéologiques ? Et, pire encore : quelles différences entre le PS et Sarko ? Certes, si Royal était passée, on aurait échappé à une série de mesures anti-libérales (centres de rétention, tests ADN, chasse aux 25 000 voleurs, etc.) mais sinon ? Ce qui m'amène à parler de Soral, et du débat chez Taddéï sur le Front national. Soral vient du PCF, et il est très fort pour montrer les incohérences de la pensée de gauche, ou comment les droits de l'homme et l'internationalisme sont alliés objectifs du capitalisme mondialisé. Voilà, il est là le débat ; elle est là la contradiction à surmonter pour la gauche ; c'est là qu'il faut inventer (parce que, personnellement, je suis évidemment en désaccord total avec les solutions nationalistes de Soral). Le reste ? Débat de pacotille dans lequel il est piquant de constater que c'est Bayrou le plus radical.




Mais passons... En revanche, je n'ai toujours pas parlé de La question humaine, le film de Nicolas Klotz d'après un livre de François Emmanuel. Or, c'est le film le plus marquant de ces dernières années à mes yeux, alors une petite revue s'impose pour ce film très classe (Amalric et plus encore Lonsdale nickels, BO avec Schubert, le flamenco Miguel Poveda, Syd Matters...).




L'histoire, rapidement : Simon est psychologue dans une entreprise pétrochimique, SC Farb (référence au gaz...), filiale d'une multinationale allemande ; il vient de participer à un plan de redressement où son rôle fut d'affiner les critères de sélection du personnel. Le directeur, Karl Rose, le charge de mener une enquête sur le directeur général, Mathias Jüst, dont l'état mental semble se dégrader. Cette enquête le plonge dans un trouble profond et il est, physiquement aussi bien que mentalement, atteint par ce qu'il va découvrir.




Après l'avoir vu, qu'en retenir ? Le film est puissante démonstration de la déshumanisation de nos sociétés. Simon est amené à constater d'effroyables parentés entre son travail - séminaires, coaching, accroître la productivité des cadres, mettre la motivation au coeur du dispositif de production, écarter les élements improductifs (alcooliques), dépasser les limites personnelles - d'une part, et le langage technicien de la Solution Finale. La plupart des critiques addressées au film étaient de cet ordre : c'était faire un amalgame scandaleux entre la Shoah et l'entreprise, entre les nazis et les chefs d'entreprise, et entre les rafles de Juifs et les expulsions de sans-papiers. Malheureusement, c'est n'avoir rien compris au film que de tenir ces propos. Ce qui est démonté, c'est la logique industrielle née au XIXe siècle et son langage qui perd petit à petit sa substance, par une lente et diffuse propagande invisible.




Alors qu'on parlait de "questions" au XIXe siècle, on ne parle plus désormais que de "problèmes" que des experts auront segmentés et qu'ils traiteront sans que personne ne puisse rien y comprendre, au moyen de formules mathématiques, et dans le but d'atteindre la plus grande efficacité possible. Personne ne prend la question dans sa globalité pour en juger la pertinence, chacun est à sa place et fait ce que le Système lui demande de faire, selon un plan préétabli, et si l'objectif est atteint, alors tout le monde sera satisfait. Déjà Nietzsche avertissait qu'on risquait d'avoir tué Dieu pour mieux céder aux idoles scientifiques. Notre Système technoscientifique nous a fait devenir, ainsi que le déplorait Guy Debord, "des chiffres dans des graphiques que dressent des imbéciles". Cette logique est à l'oeuvre depuis le XIXe siècle donc, et c'est sans originalité qu'elle s'est traduite par la Solution Finale et son exécution pratique et technique. Cete logique déshumanisante, déjà à l'oeuvre avant, l'est encore depuis. Aussi bien, l'intérêt du film est-il d'appeler à se ressaisir de la "question humaine". C'est ce qui s'exprime autant par le discours final que par la musique de Syd Matters, désarticulée et obsédante, et plus encore peut-être par le chant de Miguel Poveda dont la puissance du chant tzigane symbolise la blessure, le travail, le geste humain soit tout ce qui est hors-champ dans le film.




Se rendre compte de la folie qui consiste, pour l'homme industriel, à se prendre pour une machine rationnelle. Abattre cette idole Croissance : pourquoi la croissance ? quelle croissance ? Est-ce vraiment sans objet de se demander si on va gagner les points de croissance en fabriquant des vaccins ou des chars d'assaut ? Pourquoi 25 000 reconduites à la frontière ? Quelle différence entre le 25 000e et le 25 001e ? Est-ce humain ? Si oui, alors c'est humain, trop humain et il est urgent de relire Nietzsche. Abattre la motivation économique (cf. Castoriadis). Relier science et humanités (Edgar Morin) au service d'une émancipation par une pensée qui saisirait ensemble global et local au lieu d'abandonner les questions générales au profit de petits problèmes sériés pour bureaucrates et techniciens. Le chantier est donc important...




Qu'à cela ne tienne, il y a au moins la bonne nouvelle du retour de Noir Désir. Eux au moins chantent Le Temps des Cerises, et si Bonne nuit les petits résonne, nous on garde un oeil éveillé ...Noir Désir qu'on retrouve intact après toutes ces années... Loin de faire profil bas, il reviennent égaux à eux-mêmes en tapant un grand coup engagé : la volonté de continuité après L'Europe et Nous n'avons fait que fuir se fait sentir dans le texte et dans le choix de la reprise. Histoire de dire : c'est reparti !