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samedi 12 juillet 2014

Gaza vaut bien une fraise

François, l'ennemi de la finance, n'ayant pas été destitué, goudron et plumes, depuis son communiqué de presse éhonté soutenant l'extrême-droite à l'action sur Gaza, nous pouvons considérer que c'est la France toute entière qui est dans la niche de Netanyahou. Honnêtement, ce n'est pas une surprise. 

Le contraire aurait même été assez hypocrite. 

Voyez ce petit reportage où il est question des fraises trouvées dans nos assiettes : 



Bon. Tout y est. La folie furieuse agro-industrielle. Approuvée validée par le con-sommateur. Abruti par l'air du temps, la propagande, l'ambiance dans laquelle il baigne depuis tout petit, école et télé, je ne ressors pas les phrases de Céline (les pamphlets!) mais c'est pas l'envie qui manque. Allez, je ressors :

Depuis la Renaissance l'on tend à travailler plus passionnément pour l'avènement du Royaume des Sciences et du Robot social. Le plus dépouillé... Le plus objectif des langages c'est le parfait journalistique objectif langage Robot... Nous y sommes... Plus besoin d'avoir une âme en face des trous pour s'exprimer humainement... Que des volumes! Des arêtes! Des pans! Et de la publicité!... Et n'importe quelle baliverne robotique triomphe! Nous y sommes...
D'où lui vient ce goût-catastrophe ? Avant tout, surtout de l'école, de l'éducation première, du sabotage de l'enthousiasme, des joies primitives créatrices, par l'empesé déclamatoire, la cartonnerie moralistique.
Et caetera.

Et Robespierre, aussi :

La plus grande partie de nos concitoyens est réduite par l'indigence à ce suprême degré d'abaissement, où l'Homme, uniquement occupé de survivre, est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné.

Un homme très dangereux comme vous voyez. Bref! Il faut vraiment s'ennuyer sacrément dans la vie pour se poser les questions qu'il faut se poser. Ou plutôt, avoir une expérience de l'ennui. Savoir ne rien faire. Penser avec ses pieds. Divaguer. Pérégriner. Combattre les Géants! les Moulins! Rêver de Dulcinée! Chevaucher Rossinante...

Quelqu'un d'occupé... Coupe du monde de foot et Hollywood, robotisé métro-boulot, n'irait jamais se prendre la tête avec de pareilles têtes d'épingle. Sic transit gloria mundi, amen. Il est 9h. Voilà déjà quatre heures que je n'ai rien à faire. Tout se passe quand il ne se passe rien, c'est comme les films de Bela Tarr. Je ramène à ma fraise.

La folie furieuse agro-industrielle : on mange du pétrole. Claude Bourguignon pose donc la bonne question : "quand il n'y aura plus de pétrole, on va manger quoi?" mystère. Nous dépendons, jusque dans notre alimentation (dégénérée), du pétrole. C'est ni plus ni moins ce qui justifie la destruction du Moyen-Orient. Voilà pourquoi nous bombardons, nous formons et armons des terroristes, etc. L'impérialisme fait rage. Des tonnes de confiture par-dessus.

Pour manger de la fraise espagnole, il faut avoir la main sur la Mésopotamie ; et, il faut pouvoir exploiter la misère roumaine, marocaine, etc. pour trouver de pauvres hères acceptant de les ramasser pour 3 euros de l'heure. Et pour avoir envie de manger de la fraise plastique espagnole ou de la fraise belge à Noël, il faut que le Système nous ait sacrément sapé le moral, de l'autre côté. Tout cela est bien huilé. Céline encore :

Nos sociétés croulent sous les richesses matérielles, mais elles crèvent de pauvreté spirituelle. Le fanatisme objectiviste nous tue. […] Le Communisme doit être folie, avant tout, par dessus tout, Poésie.
La Poésie, on la trouvera plus sûrement dans la joie de débusquer une fraise des bois au mois de juillet, que dans les élevages de poulets à bec mutilé.

Attention, bonus! Y en aura pour tout le monde. Le Capital se fout de la couleur de peau. Le Capital est anti-raciste. Quand il s'agit d'exploiter, que l'exploité soit roumain, marocain ou espagnol, rien à foutre! Les Palestiniens, les Irakiens, les Syriens, les Libyens massacrés? des "dommages collatéraux". Aucun souci. Je m'étonne (tu parles!) en revanche que les associations antiracistes, elles, ne dénoncent jamais pareil état de fait.

Pas de SOS Racisme dans les parages. On les appelle, on lance des SOS! rien... une bouteille à la mer sera plus certainement trouvée. Ne jamais démonter les processus, les structures économiques et sociales, mais toujours et uniquement faire de la morale. Autrefois, on appelait ça des curés, et, avec l'esprit mal tourné, des tartufes. Exploiter des milliards de personnes, mais sans "inciter à la haine" par pitié.

Bernanos aura le mot de la fin :

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Hélas ! la liberté n'est pourtant qu'en vous, imbéciles !

dimanche 30 mars 2014

Faut-il charger la mule?

La MUL, ou Marche Ultra-Légère me revient aux oreilles. L'idée est de marcher le plus léger possible. Soit. L'argument (l'un des) : le poids c'est la peur. 

Ce qu'on emporte reflète nos peurs. C'est tout à fait exact. Mais, la peur est utile, de même que la douleur. 

L'idée est alors de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises peurs. De quoi convoquer les Inconnus. 



Bref. J'emporte toujours plus et trop. Donc, j'ai peur. Par exemple, j'ai peur du froid. Ou, de la soif. Je reviens quasiment systématiquement avec 1 litre d'eau encore dans mon sac. J'ai sans doute peur, aussi, de l'oubli, de la confusion... d'où les images et les mots. Mais les mots, eux, ne pèsent rien dans le sac.

Peur aussi, peut-être, de mon ignorance... d'où mes recherches d'informations sur les plantes les animaux les lieux les roches etc. Elles non plus ne pèsent rien. Sauf en pensées. Or, "la pensée pèse" est un pléonasme.

Et le chemin vers l'autonomie? de quoi faut-il se délester? de quels objets? de quelles pensées?

Je crois que je suis encore bien faible. Mais, je chemine. Un passage de Also sprach Zarathustra m'est aussi revenu aux yeux :

Et c'est toujours à contre-cœur que j'ai demandé mon chemin, cela me fut toujours contraire! J'ai toujours préféré interroger et essayer les chemins eux-mêmes.
Essayer et interroger, ce fut là toute ma façon de marcher: et, envérité, il faut aussi apprendre à répondre à de pareilles questions !Car ceci est de mon goût : ce n'est ni un bon, ni un mauvais goût,mais c'est mon goût, dont je n'ai ni à être honteux ni à me cacher.
"Cela est maintenant mon chemin, - où est le vôtre?" Voila ce que je répondais à ceux qui me demandaient "le chemin". Car le chemin - le chemin n'existe pas.
Ainsi parlait Zarathoustra.

Peut-être ne suffit-il pas de cheminer, mais de savoir qu'on chemine et plus encore qu'on chemine sur son propre chemin. Son propre chemin, son chemin boueux vers le cœur (Bernanos). Peut-être?

dimanche 19 janvier 2014

Les chevaliers blancs

Quand il s'agit de dénoncer des provocations humoristiques, l'énergie ne manque pas chez les belles âmes et les honnêtes gens. 

Il est surprenant, dans ces conditions, que des violences répétées ne suscitent aucune réaction de la part de ces mêmes et nombreuses personnes. Il est certainement plus grave pour la démocratie, l'ordre public, la dignité humaine de rire et faire rire que de frapper, asperger de peinture, saccager bars ou librairies, enfermer dans un coffre de voiture, placer une bombe sous une voiture, jeter un vigile dans l'eau après l'avoir battu à mort, etc. Jamais un mot nous ne trouverons, des antifas au solfériniens, contre le terrorisme physique de la LDJ. Pire, ces chantres de la démocratie et de la République l'accompagnent d'un terrorisme intellectuel consistant à assimiler toute position critique vis-à-vis du Pouvoir à l'extrême-droite. 

En revanche, on retrouvera nos chevaliers blancs plus vaillants que jamais à la première gifle donnée par un Dieudonniste (pourvu qu'elle n'arrive jamais). 

Grave bouffonnerie.

Arrive là-dessus l'affaire Taddéi. Au départ, une dépêche du grand journaliste d'investigation Jean-Marc Morandini. Il annonce que Taddéi est déménagé à minuit, remplacé à 22h30 par une animatrice de "talk-show". Personne ne vérifie l'info mais tout s'emballe. Toutefois, l'info était crédible, et d'ailleurs confirmée quelques jours plus tard. Mais, entre-temps, les chevaliers blancs n'ont pas lésiné. 

La liberté d'expression était en jeu. Je ne peux m'empêcher de rire de cette tartuferie. Les chevaliers blancs n'aiment pas Dieudonné et ne perdent pas une occasion de l'insulter. Ils nous somment d'ailleurs de l'insulter aussi. C'est le sésame! le mot-de-passe! "Dieudonné est antisémite"! admis! on peut discuter... le préambule, la précaution oratoire indispensable. 

Un ahuri qui se présenterait sans insulter Dieudonné serait immédiatement taillé en pièces : c'est nier l'évidence, négationner le négationnisme, être détraqué mental, ou être évidemment rouge-brun, d'extrême-droite, antisémite, conspirationniste, négationniste, nazi. 

Les chevaliers blancs, donc, arrivent sur la scène du lynchage. Lobbys, députés, ministres, journalistes, "philosophes" ont pendu leur nègre, au mépris évidemment de plusieurs principes élémentaires et fondamentaux de la démocratie et de la liberté d'expression, et eux, les chevaliers blancs, ils estiment urgent  et essentiel de tirer un coup sur la corde pour s'assurer que la sorcière est bien morte. Après quoi, mais après seulement, ils se lancent dans quelque jérémiade sur la liberté d'expression, agrémentée de quelques larmichettes de crocodile. 

En revanche, quand c'est quelqu'un qu'ils aiment bien qui subit les foudres, alors là, ça ne va plus. Liberté d'expression! Liberté d'expression! Ils sursautent républicainement comme un cabri.


Rappelons donc simplement, et avec tout le sang-froid nécessaire, que la défense de la liberté d'expression commence par la défense de la libre expression des opinions les plus contraires aux siennes. Quand quelqu'un parle de liberté, il est extrêmement important de savoir s'il pense à la sienne ou a celle des autres, expliquait Bernanos. 

Illustration. Vincent Reynouard se présente comme étant néo-nazi. Bon. Il a fait de la prison ferme pour un opuscule "révisionniste". C'est un pur scandale. Et c'est là que doit commencer la lutte pour la liberté d'expression. D'ailleurs, 30 personnes peut-être connaîtraient Vincent Reynouard s'il n'avait pas été victime de la censure. Mais les chevaliers blancs ne commencent à bouger que pour Taddéi, et à condition d'insulter encore quelques-uns de ses invités. 

Il y a un côté amusant à ce cirque, qui veut que ces chevaliers blancs utilisent les catégories et les armes du Pouvoir. Conséquence? ils ont les mains pour couper les oignons, et les yeux pour pleurer. Traquer du facho partout, et finir par s'être traqué soi-même. Oui, ça me fait marrer. 



Petit aparté culturel, si j'ose dire... Rue 89, média faussement impertinent, traite du film de Riad Sattouf. Ce serait un film "politiquement incorrect" qui réussit là où Dieudonné échoue. Laissons le bénéfice du doute à ce film que je n'irai pas voir, mais voyons ce qu'en dit l'article : 
  • "il va faire de la peine aux féministes en montrant que les femmes aux pouvoirs peuvent se montrer aussi dominatrices que les hommes ;
  • il emprunte à l’islam l’abaya de ses personnages masculins, des frustrés sexuels, dociles et soumis, et sa proximité avec Charlie Hebdo le fera condamner sans procès ;
  • il se moque allègrement de toutes les dictatures du monde, toutes ces républiques démocratiques et populaires qui ne sont ni l’une, ni l’autre ;
  • il joue des ambivalences sexuelles d’une manière qui ne plaira pas à tout le monde."
Ah d'accord. Voilà ce qu'est le politiquement incorrect en 2014. Ça va loin! Il aurait peut-être fallu ajouter au propos du film que :
- il y a des cons partout
- des arabes, des noirs, des juifs, des homosexuels, des allemands, y en a des biens
- le nazisme c'est mal
- les extrêmes se rejoignent
- etc.


Et je conclue sur le cas Nabe. C'est ce qu'il y a de plus désolant, et même déshonorant dans cette affaire. Que des Guillon, Bedos, et toute la fine équipe crache sur Dieudonné, c'est la logique même, c'est dans l'ordre des choses. Que Nabe, qui crachait glorieusement du feu dès 1985 chez Pivot, aille partout, y compris au Nouvel Obs', à Canal+ (Canal+ !!!), partout où les fleurs ne pousseront jamais, pour cracher sur Dieudonné et Soral et leur "conspirationnisme", c'est lamentable. Je crois, moi, que le Professeur Choron serait aussi allé à Canal+, mais avec un uniforme de SS, pour les ridiculiser définitivement.

dimanche 21 juillet 2013

"Le jazz est le seul communisme qui a réussi"

Phrase de Nabe... jamais vu qu'il ait expliqué ça. Mais, moi, j'ai entendu Guillemin citer Bernanos, lequel s'en prenait aux communistes qui commettaient l'erreur de poursuivre le bien-être matériel (matérialiste) au lieu de la liberté spirituelle. Pour Bernanos, en gros, les communistes sont des gueux qui se partagent le gâteau du capitalisme... sont très proches des capitalistes, finalement. Tout aussi matérialistes et productivistes, en effet. Tous ceux qui me touchent les ont toujours renvoyé dos-à-dos, les capitalistes et les communistes. Tous ont l'arrière-pensée accrochée au socialisme : que l'individu puisse accomplir sa destination, des diableries pareilles, cf. Rousseau, Robespierre, Jaurès, Nietzsche, tous aussi divers les uns que les autres, mais rejoints sur cette ligne. 

Et c'est vrai, les jazzmen, ce sont des gueux, mais ce qu'ils ont mis en commun, c'est leur liberté spirituelle... se sont pas intéressés du bien-être matérialiste... c'est pour ça que ça a réussi. 

Au contraire, de nos jours, les rappeurs eux ne pensent qu'aux grosses voitures, chaînes en or, tutti quanti... voilà pourquoi ça n'a pas de sens... ce qu'ils remarquent en multipliant les formules de politesse ! pure et simple hypocrisie qui ne peut qu'enfoncer le clou.

Sert à rien d'être rappeur, autant être banquier directement.

lundi 10 septembre 2012

Ma rentrée littéraire

Je fus quasiment incapable de répondre à la question : "quel est le dernier livre que tu as lu ?" J'en fus tout perturbé et effrayé. Oh ! certes, j'ai fini par retrouver D'un retournement l'autre, de l'ami Frédéric Lordon, lequel a le défaut d'être économiste, mais défaut largement compensé par son adoration, à juste titre (parce que Philippe Val aussi l'adore), pour Spinoza, ainsi que pour Céline puisque le titre rend hommage à l'élusion célèbre de D'un château l'autre.

Rentré chez moi, je retrouvai une pile de livres relus, partiellement ou non, récemment, ce qui eut un effet légèrement rassurant. Et puis, j'ai toujours le Journal de Léon Bloy et Au régal des vermines de Marc-Edouard Nabe, en cours, c'est vrai.

Et finalement, la rentrée littéraire n'est arrivée à moi que par le skandal Richard Millet, dont je n'ai pas fini de parler. Pour me rattraper, j'ai commencé par aller acheter les pamphlets scandaleux. Il me fallut donc aller en librairie, et la parcourir - les parcourir. 

On y remarque qu'un kilogramme de lessive est offert pour trois livres du Guillaume Lévy achetés. Je cèderai lorsque ce sera de la lessive bio, ce qui ne saurait tarder. Je feuillette alors quelques livres de la "rentrée littéraire", le livre d'Angot, par exemple. Je recommence : 

Un kilo. De lessive. Trois livres. Guillaume Lévy. Pas de la lessive bio. Pas encore. Bientôt. D'autres livres de la rentrée littéraire. Angot. Par exemple. 

Je ne me souvenais plus ce que je n'aimais pas dans son écriture. J'ai vite trouvé. Des "phrases" nominales. Millet en parle, d'ailleurs, on se demande bien qui il cible...

Ecoeuré, je me rends au rayon "Littérature française". "A, comme Artaud", pensai-je naïvement. Mais Antonin Artaud n'a pas l'heur de figurer dans les rayons de cette librairie, ni dans les deux autres parcourues ce jour. Je suis persévérant, jusqu'à une certaine limite, c'est entendu. "B comme Bloy, ou Bernanos" ! Rien ! Il n'y a rien, absolument rien. La littérature française se passera d'eux. 

Guy Debord, reviens !

mercredi 15 août 2012

Au hasard, Balthazar !

Le Balthazar du Pilat
En croisant par hasard cet asinus hier, je repensai par la même occasion à ce grand film de cinématographe - il tenait au terme - de Robert Bresson. Au hasard, Balthazar : le titre seul évoque mille et une choses. Tout âne s'appelle Balthazar et tant pis pour les autres. Voilà déjà une affaire réglée. "Au hasard, Balthazar", c'est la devise des comtes des Baux. Bah ! ils ont pris ce nom par toponymie : Bale égale escarpement, les Baux de Provence donc sur lesquels ils comptaient bien régner. Il leur fallait toutefois un parrain, un patron, une légende à la hauteur, quelque chose quoi... Bautezar était tout indiqué (Balthazar). Ne manquait plus alors qu'une devise. Un petit calembour, ça ne déplaisait pas au Cavanna de l'époque, mais ça avait en plus une force un peu magique racontent les historiens. Et on vous le dit depuis tout petit : le Moyen-âge était peuplé d'arriérés mentaux superstitieux et enfouis dans les Ténèbres - Voltaire ouakbar ! Croyez-le à la fin ! Je m'égare. 

Leur calembour, donc, sorte de méthode Coué vouée au défi, à l'audace (et on retrouve nos Voltairiens : Danton-de-l'audace-encore-de-l'audace-toujours-de-l'audace) : a l'hasart Bautezar (des spécialistes en vieux provençal confirmeront l'orthographe d'époque). 


Au hasard, Balthazar !

Et vous n'imaginez pas ce que furent les guerres baussenques. Oh ! on n'est pas loin du byzantinisme. Ce ne furent que guerres, mariages et diplomaties. Que les Baux menèrent non sans afficher un certain esprit de résistance, assez jovial si on en croit leur devise, envers les Catalans leurs ennemis. 

Bon, les Baux ont été vaincus, terrassés, liquidés, démantelés. C'est encore plus beau, j'ose le dire. Et c'est assurément à cet esprit-là que Bresson a voulu rendre hommage pour ce film qui va montrer la Douleur du Monde. Le Monde est Douleur, c'est entendu - on peut le parcourir avec enthousiasme et panache, se sacrifier et s'en remettre au hasard - et d'autres diraient à Dieu. 

Question Douleur, il se pose le Bresson. Ce destins croisés Marie - Balthazar (puisque l'âne fricote avec l'âne) ne ménage aucun suspense : on y va tout droit. La chemin est tout tracé. D'une déception l'autre, d'une souffrance à l'autre et le terminus : la mort. Bresson c'est un peu Bernanos au cinéma. On va vers le cœur, et par les chemins les plus boueux qui soient. L'efficacité, la rapidité, la modernité sont balayées comme autant de dévoiements.  C'est cet abruti de jeune sur sa mobylette : "C'est chouette un âne, c'est rapide, moderne."  


D'un âne à une âme, il n'y a qu'un pont. 

Et personne, plus personne pour le franchir.

Comme dans chacun de ses films, le parcours de Marie-Balthazar est un chemin de croix. Vaincus ! Terrassés eux aussi. Moi, ça me rappelle Suarès cette histoire : 
"En avant. […] Puissé-je ne rien garder à mes semelles de tout ce que je quitte, et ne rien emporter que mes belles douleurs, mes belles conquêtes, toutes mes victoires sur moi-même en tant de combats où j’ai été vaincu selon le monde, défait par la laideur et révolté par le bruit. […] En avant !"
Que de laideur et de bruit, en tant de cages, de fouets, de vitesse, de trahisons, de cynisme, de violences !... en fait, ce bruit et cette laideur tendent à être universels. Il y a aussi les démissionnaires. Mais il y a ceux qui s'accomplissent, vont au bout de leur destination. C'est leur destain. Quitte à le vivre, autant le vivre en l'aimant assez pour être capable de vouloir le vivre, le revivre, le revivre éternellement - Zarathoustra défends-moi ! Au hasard des souffrances et des désillusions, on les retrouve - qui ? mais Marie ! mais Balthazar ! Les Saints !

A vrai dire, on ne sait pas de quoi souffrent tous ces protagonistes. Bresson s'en fout. Et nous aussi. Ils souffrent. Conséquence de quoi ? voir le film. Nous, nous ressentons, avant d'essayer de comprendre. Je crois que ça aurait fait plaisir au cinéaste. Pendant que "les années passent", il ne filme que les pattes de Balthazar - parce qu'évidemment ça pourrait être n'importe qui ou n'importe quoi. Les pierres elles-mêmes doivent souffrir. 


Bresson est bernanosien c'est entendu. Mais je n'ai jamais vu des références à Léon Bloy - mon inculture en est sans doute la cause. Mais ce film est bloyen. La Femme pauvre, bien entendu, qui se termine par cette invraisemblable phrase : 
"Il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des SAINTS."

Alors voilà, Marie, dans ce monde de Tartufes modernes et cyniques sans valeurs, est une Sainte qui sacrifie aux cérémonies de son Amour. Balthazar, "rétrograde et ridicule", est un Saint. Leur sort est fatalement tragique dans un monde où "le billet de banque et le culot, l'aplomb suffisent" (le vieux Grigou). 

Mais, Marie ni Balthazar ne sont tristes. Ils affrontent la Douleur. Le grand Louis Armstrong les comprendrait :


mercredi 7 décembre 2011

La fin du terrorisme cinématographique

Ça aura terminé comme ça. Une lumière qui s'éteint (une patate crue). C'est Le Cheval de Turin, le dernier film de Béla Tarr. Le dernier : le dernier en date, mais l'ultime, aussi. C'est fini. Il n'en tournera plus parce que, dit-il, il n'y a plus de public pour ce genre d'histoire. C'est la fin. Son Cheval est un attentat cinématographique, comme ses autres films avant lui, mais ce sont même des attentats qui n'attirent pas la moindre attention. On trouvera le public pour voir 300 films interchangeables ; on ne trouve pas le public pour voir un film unique. C'est la fin. C'est le dernier de la famille à tourner les talons. Ils n'étaient que peu nombreux les rescapés. On a vu mourir Balthazar, c'est aujourd'hui son cousin, anonyme, qui nous quitte.

Guy Debord considérait son existence et ses films suffisant à prouver par l'exemple qu'une autre narration, qu'un autre cinéma était possible. Alors s'ils font tous la même chose, cherchez-en la justification... Béla Tarr, lui, faisait tout autre chose. Dire qu'il faut en parler au passé !... au moins en avons-nous été les témoins, les contemporains.

Ce film est annoncé par son image finale, et par cette anecdote historique : Nietzsche rencontre un cocher faisant preuve d'une immense cruauté envers son cheval, il s'écroule de folie. Ce que réussit Béla Tarr, au-delà des aspects cinématographiques, c'est de faire se rencontrer Nietzsche et Nietzsche. Il se trouve en effet que la philosophie et la biographie de Nietzsche m'intéressent. Et le cinéaste nous offre une critique, la première pertinente, de Nietzsche. C'est même une critique nietzschéenne de Nietzsche. La sentence de Zarathoustra sur le Nietzsche succombant. Il suffisait de s'intéresser au cheval, de se mettre à la place du cheval. C'était aussi simple que ça, et pourtant, qui aurait pu y penser, si ce n'est un cinéaste ? si ce n'est ce cinéaste ? si ce n'est Béla Tarr.

 Et puis, ce film par la barbe du Prophète ! ce film il montre la fin de l’Éternel Retour. C'est l’Éternel Retour, oui, mais qui s'arrête. Il s'arrête avant la fin, avant le septième jour, on n'y arrive même pas, c'est trop loin : qui diable pourrait-il bien supporter un tel trajet ? Béla Tarr avait emprunté le chemin bernanosien, le chemin boueux vers le cœur vous savez. Il est contraint, nous l'obligeons à interrompre ses pérégrinations. Le cœur, l'âme, le Chemin, le Septième Jour, ce n'est pas pour l'homme moderne. C'est une tragédie.

mardi 6 septembre 2011

Retour en Melancholia

Combien d'entrées pour Melancholia ? Je n'en ai idée. C'est un film omis. Il faut les bandelettes pour trouver l'homme invisible qui l'a vu. Encore a-t-il bénéficié de la stupidité de nos amis censeurs, toujours prêts à porter l'esprit Courbertin, partout où ils passeront, toujours plus haut plus fort plus loin dans la bêtise.

Il s'est pourtant trouvé quelqu'une influencée peut-être par mon premier article sur la question, pour l'aller voir et m'en rapporter quelque commentaire. J'en fus tout ébahi. Et s'ensuivit une discussion tout à fait déroutante dont je profite pour revenir placer quelques banderilles misonéistes, quelques variations sur le thème de Melancholia le dernier film en date de Lars von Trier.

Nous, les nazis, dirait-il goguenard, nous n'aimons pas la modernité. Le lecteur de ce blog - ce singulier ne sous-entend pas une généralité, un type, archétype, mais plutôt la grande solitude de celui-ci - l'aura compris. Je me sens de la même famille que Lars von Trier, de la même famille j'allais dire de pensée... non... de mystique ?... Une famille hétéroclite, pour le moins, cosmopolite et incongrue... à tel point que personne n'aurait l'idée de la voir comme une famille. Moi oui. De Nietzsche à Gandhi, de Tarkovski à Bernanos, de Nabe à Dieudonné, de Beethoven à Ali Reza Ghorbani, de Jésus à Rûmî... Étonnant, non ? Van Gogh ?! dont la reproduction de tableaux dans un bureau étatiste a perturbé toute ma matinée. Bela Tarr - que je l'attends ce Cheval de Turin !... Je n'en fais pas la liste, le lecteur, encore lui toujours le même, la connaît. La clé, la clé, celle qui ouvre la porte de Éden familial, personne ne l'a aussi clairement donnée que Charles Péguy, à ma connaissance. Socialiste - mystique, catholique - mystique. Je dis "aussi clairement" : c'est on-ne-peut-plus faux. Prononcez mystique aujourd'hui, et enfuyez-vous en courant car un témoin auditif aura certainement alerté les autorités sanitaires. Prononcez socialiste aujourd'hui, prononcez catholique aujourd'hui, il est acquis, démontré, certifié, assuré que personne, personne je dis bien personne ne comprendra par là ce que Péguy désignait alors par ces mots. A moins d'avoir lu Péguy, à moins de l'avoir bien lu. Vous conviendrez que ça limite. L'ayant lu, et je l'espère bien lu, vous pourrez vous reportez à mes délibérations sur la question, si cela vous chante (ici ou là).

Sinon, passons à Melancholia. Vous savez quels furent mes brefs mots, si je peux vouvoyer mon lecteur. Quelle ne fut pas alors ma stupéfaction d'apprendre que Lars von Trier était le "Houellebecq du cinéma", et un "grand morbide". Pour un nabien, l'attaque fait mouche. Mais à la mouche, c'est un Grand-Duc qui répondra, dans un combat acharné. 

Ici, je dois avertir le lecteur, parce que certains ont la manie de lire des articles sur les films qu'ils vont aller voir (?), et n'aiment pas que des pans de l'intrigue soient dévoilés. De toute façon, les films que j'aime n'ont que très rarement une intrigue. Il ne s'y passe rien. Mais c'est justement tout l'intérêt. Tout de même, lecteur, si tu es dans ce cas, fais demi-tour, et reviens dans quelques temps.

Comment je comprends Melancholia
Une femme, Justine, est quelqu'un de profondément vivante (elle le tient paradoxalement de sa mère qui n'a pourtant pas fait tout le chemin que fera Justine, elle en est restée à l'aigreur) et assurément brillante. Jusque là tout va bien, pour elle, elle nage dans le sens du courant. Pourtant, la concrétisation, à tous points de vue et simultanément, va tout casser - non ! va tout révéler... L'imposture ! l'illusion ! la duperie ! l'inversion de toutes les valeurs ! Ce qu'elle prenait en apparence et en inconscience pour du bonheur, du projet, de l'avenir, de la vie... en était l'exact contraire. Cette cérémonie, ce mari, ce patron, cette famille, ces amis, tout est faux, tout est mou, tout est creux, tout est décadent, dégénéré, tout morbide. Morbide, c'est le mot clé, en effet. Malsain, pathologique, qui porte la maladie. 

Prenant conscience, désormais, de cette inversion - d'abord elle ne comprend pas, puis elle rejette, elle en subit le contre-coup, et, enfin, enfin ! accède à la sérénité, c'est elle, Justine, qui passe pour malade, mélancolique, dépressive, désespérée, fataliste. Prenant à bras le corps sa liberté, c'est elle, Justine, qui est infantilisée. 

C'est dire... Lars von Trier filme ce mariage, de toute évidence, comme image, symbole, comme métaphore d'une décadence. Son propos n'est pas de dénoncer l'abrutissement de quelques milliardaires, ce qui serait somme toute un problème bien marginal à l'échelle de l'humanité. Non, c'est une enflure, une caricature, un portrait à charge, il enfle la vie moderne, la vie de l'être humain moderne, pour en dénoncer ce que cet être humain moderne lambda ne voit pas dans son quotidien, puisque c'est son quotidien, habituel, normal, naturel dirait-il franchement. 

Ce que Lars von Trier nous dit : voyez ce mariage, voyez cette décadence, ces personnages grotesques, ridicules, caricaturaux, morbides et dégénérés, voyez-les, et insultez-les bien, mais, comme dirait Rûmî, n'oubliez pas d'enlever du miroir qui vous fait face la poussière, car c'est vous que vous regardez, que vous insultez. C'est vous qui roulez dans cette putain de limousine trop grande pour une route sinueuse. Pas eux. Pas eux, seulement. Vous. Nous. Nous tous. Pas d'innocent. Tous matérialistes, modernes, bourgeois. C'est ça le crime.

C'est bien... d'accord... de ne pas manger tous les midis au Mcdo, et de ne pas acheter le i-pod ZX27 en ayant campé devant le magasin. On trouverait, et certainement beaucoup parmi les plus riches (mais pas seulement...) des comportements tellement aliénés... C'est déjà bien de ne pas tomber dedans. Ce n'est pas suffisant. C'est loin d'être suffisant, et même, c'est pire encore de ne pas tomber dans ce panneau-là, et de ne pas voir qu'on est tombé dans un panneau bien plus grand. A mon sens, ce n'est pas très glorieux que quelques milliardaires célèbrent de tels mariages déglingués et morbides. Il est pourtant tellement plus grave, combien plus grave, terrible ! que nous tous, des milliards de bovins, nous allions faire nos courses à Auchan. 

Elle est là la grande victoire du modernisme, du matérialisme. Tout le monde y donne, mais une petite extrémité trop voyante permet à l'immense majorité de ne pas même se douter qu'elle vit sur les mêmes fondamentaux, le même paradigme que ces brebis galeuses désignées. On nous fait le coup du juste milieu. Le coup de la tolérance. Le coup du sentimentalisme. Le coup aussi de l'optimisme. On nous fait le coup du : il y a du bon et du mauvais partout, il y a des gentils et des méchants partout. 

Qui est vivant ? Justine. Qui est morbide ? Claire, tous les autres. Qui reproche de la morbidité à qui ? Claire, tous les autres, reprochent de la morbidité à Justine. Transfert classique. Toutes les valeurs ont été perverties, inversées. Ceux qui vivent dans l'illusion, dans une ambiance morbide reprochent à celle qui, vivante, et libre, forte, nietzschéenne, leur montre ce qu'ils sont eux. 

C'est Melancholia qui viendra détruire toute vie. La mélancolie... la complaisance envers cette vie morbide qui s'ignore. Quand Justine sereine, sage (cf. la citation-mère de ce blog) dit ses quatre vérités, assène la Vérité à Claire, c'est extrêmement violent, extrêmement. Je crois, aussi violent que tous ceux qui ont joué ce rôle de prophète. L'intolérance est indispensable à la propagation de la vérité. Partir dans du sentimentalisme, parce que Claire est gentille, elle se démène pour sa famille, pour sa sœur, elle fait ce qu'elle peut, elle ne mérite pas d'être "insultée", cela revient à estimer qu'elle mérite de mourir dans sa voiture de golf espérant échapper à une planète... Lui ayant dit la Vérité, Justine lui offre une mort, dans la cabane magique, plus belle, plus digne, plus aristocratique, noble, meilleure. Bien entendu c'est violent à encaisser, mais c'est la vie. Et la première source de morbidité, c'est la négation de la violence.

Je précise ici, je m'en sens obligé, malgré mes nombreux radotages sur le sujet (dernier en date) : l'intolérance ne vise pas ne vise jamais une personne, laquelle bénéficie toujours et quoiqu'elle ait commis de la jurisprudence Jésus Christ : "pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font".  Ce qui est haï, c'est le Mal, c'est le crime. Le criminel lui ne subira aucune flèche, il n'est pas défini par son crime, il peut se repentir, marcher sur le chemin de la rédemption ; et, nous sommes tous criminels.


A la suite de quoi, on ne peut comprendre le film comme fataliste, comme une résignation, du sans espoir. C'est le contraire. L'ennemi est identifié, c'est la mélancolie, c'est la complaisance envers la morbidité. Chaque spectateur n'a plus qu'à se révolter, dans sa vie, dans son quotidien, contre tout ce qui l'aliène, et se libérer de ces pesanteurs modernes, matérialistes, démocratiques, sentimentalistes et tolérantes. Oh ! la tâche est immense, est infinie. C'est un chemin, un chemin boueux sur lequel on ne progresse que pas à pas, parfois même sur place, parfois encore à reculons, les obstacles sont légion. Peut-être seuls quelques-uns en sont capables, pour écrire un Zarathoustra, pour conduire une marche du sel. Mais, la résignation est impossible !...

jeudi 21 juillet 2011

Non, je ne suis pas...

1/ Réactionnaire
Je précise, notre époque ayant aboli l'idéologie dans un fantastique gloubi-goulba, il n'y a plus non plus de catégories de pensée. Le réactionnaire est celui partisan de la Réaction, d'un retour en arrière (traditionnellement jusques avant la Révolution). Aujourd'hui, on ne dit plus "réactionnaire", tout au plus "réac" synonyme de vieux con. En général, après un commentaire jugé "réac", est asséné un : "c'était mieux avant" ironique et supposé tourner en dérision l'absurde personnage trop peu moderne. La dérision est vraiment une plaie (je sens que cette phrase va soulever un nouveau malentendu).

Le (bon) sens commun veut que ce soit mieux aujourd'hui qu'avant. Ça s'appelle le modernisme. Guy Debord : "tout ce qui est bon apparaît, tout ce qui apparaît est bon", voilà le modernisme. Eh bien non, de mon point de vue, les "progrès" doivent être mis en question : ils ne sont pas nécessairement bons, et s'ils peuvent apporter quelque chose, il peuvent aussi faire perdre autre chose qu'il eut été souhaitable de préserver. Je ne suis donc pas moderniste, progressiste, rationaliste. 

Pour aggraver mon cas, je critique souvent et férocement la médiocrité de notre époque, et à titre de comparaison, je convoque avec enthousiasme les Grands Anciens dont je parlais récemment. Lady Gaga, Marc Lévy et autres grands succès contemporains ne me font pas grimper au rideau. Alors que Dostoïevski et Beethoven, davantage... Je ne veux pas dire par là que le XIXe siècle était meilleur que le XXIe. On pourrait d'ailleurs en discuter, ce que refusent les modernistes par leur dérision, éteignant toute velléité de comparaison (c'est forcement mieux aujourd'hui). De mon côté, je juge une telle discussion sans intérêt. Jamais je n'ai dit, et sans doute jamais ne dirai-je que telle époque est mieux que telle autre. Ce qui compte n'est pas d'aller en avant ou en arrière, je vis dans cette époque au sein de laquelle il s'agit de s'élever (pas nietzschéen pour rien). 

Le sens de mon propos est celui-ci : on tombe en admiration aujourd'hui devant le premier passant venu avec une petite lampe 3,5V ; mais, il y a des étoiles et ce sont elles que nous devrions contempler. Chaque époque a eu ses marchands de lampes 3,5V, évidemment. Ce n'est pas la question. 

Par exemple, avec Huysmans, Bloy, Bernanos, je parlerais volontiers d'un catholicisme encore admirable, à opposer au vil matérialisme qui sévit de nos jours. Ce faisant, je ne rêve pas de revenir à des sociétés religieuses comme avant. J'estime toutefois qu'il y avait alors une vie intérieure qui fait cruellement défaut aujourd'hui, parce qu'elle est la porte d'entrée pour qui veut s'élever. Je ne dis pas : le catholicisme, c'était mieux que le matérialisme. Je dis : nous devons retrouver une vie intérieure digne de ce nom pour nous libérer du matérialisme.


2/ Conspirationniste
Déjà, "conspirationniste", ça n'existe pas. Si le mot venait à exister, ce devrait être pour désigner la personne participant à une conspiration ; et non celle qui la dénonce. Que les anti-complotistes (idem pour "complotiste") apprennent à parler français. D'une.

Alors, si je comprends bien être suspecté de pensée réactionnaire par quiconque progressiste (modéré ou forcené), je comprends tout aussi bien être suspecté de pensée conspirationniste (sic) par quiconque impérialiste (modéré ou forcené). Les mêmes procédés sont à l’œuvre. 

L'ironie et la dérision. Douter, se poser des questions, garder un esprit critique, déconstruire la propagande du système, chercher les enjeux cachés... suscite désormais  des réactions époustouflantes : on nous parle volontiers de Chinois sarkozystes associés à des extra-terrestres de la CIA. Suite à quoi, tout le monde aura compris que les doutes et questions soulevés sont grotesques et ridicules. Certes, c'est parfois insuffisant, le ridicule ne tuant pas, mais la police de la pensée démocrate a plus d'un tour dans son sac. Il sera facile de juger le malotru malade mental et/ou négationniste donc antisémite. Hop !

Les complots, ça n'existe pas. Il n'y a jamais eu au cours de l'histoire d'attaque sous faux-drapeau. Aucune décision n'est prise en secret. Bombarder l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, etc. c'est effectivement pour le bien des peuples. Au dîner du Siècle, ils ne font que jouer à la belote, c'est bon enfant comme au Bilderberg. En fait, nous vivons en démocratie, et tout est transparent.

L'idée, c'est bien sûr de confondre cette attitude critique avec quelques ahuris aux théories fumeuses, pour décrédibiliser toute pensée critique envers le système. A l'inverse, quand on veut défendre le matérialisme, on le cantonne à quelques zombies consommateurs effrénés, pour ne pas voir que le mode de vie de tous, aujourd'hui, est matérialiste, dégénéré et sataniste.

Voilà la difficulté : moi qui ne suis pas réactionnaire, c'est d'abord contre les progressistes-modernistes-rationalistes que je pense ; moi qui ne suis pas conspirationniste (sic), c'est d'abord contre les rationnalistes-démocrates-impérialistes que je pense. Et je pourrais poursuivre la série : moi qui ne suis pas raciste, c'est d'abord contre les anti-racistes que je pense ; moi qui ne suis pas nationaliste, c'est d'abord contre le Capital mondialisé que je pense.

Et ce parce que le monde qui s'écroule, c'est celui moderne humaniste tolérant rationnel démocrate industriel capitaliste. C'est ça le paradigme occidental, en fin de cycle. C'est contre lui qu'il faut trouver une sortie vers le haut.

vendredi 13 mai 2011

Dictionnaire désordonné de résistance au nouvel ordre mondial

Dans quel ordre les choses ? Je crois devoir mon illumination à Ainsi parlait Zarathoustra, mon premier contact avec le Verbe, la puissance des mots. Je passe sur les très nombreuses étapes de mon difficile et passionnant parcours sur ce "chemin boueux vers le cœur" comme dit Nabe en pensant très fort à Bernanos. Nabe, justement en fut une, ouvrant la porte sur la violence verbale de Bernanos, Bloy, Céline, Huysmans, Artaud, j'en passe tant... Il faudrait écrire des phrases comme on dresse des guillotines, qu'il dit le nabot. Une autre étape : La question humaine, bien entendu. Au final, et avec Franck Lepage, la conviction que la guerre qui se mène est une guerre des mots.

On pense avec des mots, il s'agit donc de ne pas se les faire voler. Penser la question humaine n'induit pas les mêmes mentalités ni les mêmes comportements que penser les problèmes sociaux. D'un côté la compréhension, insaisissable, des champs ouverts, que chacun peut et doit parcourir ; de l'autre, une série de points techniques demandant chacun des explications et des solutions que seuls les experts peuvent déterminer et apporter. C'est le problème la question centrale, le nœud gordien Edgar Morin. Le "nœud gordien" est une expression parmi les favorites du philosophe comme métaphore de problèmes (justement) sans solution, de cul-de-sac idéologique, et de saut qualitatif (violent) à opérer pour ouvrir de nouveaux champs des possibles. Aujourd'hui, le nœud, c'est la complexité, elle s'impose à nous. La question est de savoir si elle s'impose à nous comme éthique de la compréhension, ou comme apologie du despotisme éclairé (reconverti en dictature de l'expertise).

Pour favoriser à la première proposition de l'alternative, il faut s'armer des mots de cette langue. Voici comment : 
- réécrire les articles dégénérés modernistes en substituant de vrais mots à l'insignifiance machiniste,
- suivre le grondant Léon pour faire l'exégèse des lieux communs de chaque époque,
- lire et sans cesse compléter les dictionnaires réactionnaires-révolutionnaires, tels celui de la langue de bois, ou celui de la bêtise ambiante, 
- et cætera !...

Le bruit et la fureur. Le tumulte et le fracas (Merci la mélenche). Le Verbe fera tout un ramdam !

mercredi 2 mars 2011

Bilan idéologique

Mammon par George Frederic Watts
Je viens de lire le dernier livre d'Alain Soral : Comprendre l'Empire - Demain la gouvernance globale ou la révolte des Nations ?
C'est un petit livre très intéressant (mais Soral est meilleur à l'oral, niveau écriture, ce n'est pas ça) qui répond très bien à son titre - l'Empire est dévoilé - sans donner aucune leçon. On (les censeurs) essaye de faire passer ce livre et son auteur pour quelqu'un d'extrême-droite, ce qui est une parfaite absurdité : il est passé au FN, mais en provenance du PCF, et il faut vraiment être gravement formaté par le discours UMPS pour y voir quelqu'un d'extrême-droite nouvel exemple des extrêmes qui se rejoignent.

Personnellement, je n'y ai pas appris grand'chose, j'avais déjà décortiqué avec des auteurs plus proches de moi idéologiquement d'ailleurs (Debord, Castoriadis, Chomsky, etc.) le système de domination des banksters, la société du Spectacle, l'oligarchie politico-médiatique, l'imposture de la gauche "morale", etc. En revanche, il me pousse à la réflexivité idéologique. 

L'anti-impérialisme amène logiquement, en tout cas chez Soral, vers la religion (en l'occurrence l'islam, puisque le catholicisme est mort), et la nation. Or, au départ, instinctivement, voilà deux notions contre lesquelles je pense. Athéisme et internationalisme étaient à la base de ma réflexion. Pourtant, il m'est vite apparu de plus en plus évident que le capitalisme fonde ses cathédrales (piteuses) sur les décombres de toutes les structures qui conduisent ailleurs que vers la consommation. Mai 68, par exemple : c'est très bien de liquider la Famille, la Patrie, le PCF... mais ce sont autant de barrières nous séparant de Mammon qui tombent. Et Démocratie = Marché. Tout ce qui fait obstacle à la consommation, toute éthique, finalement, toute spiritualité, toute transcendance, est à détruire, pour vivre ici et maintenant dans cet hédonisme consommateur (dégénéré, et même sataniste : c'en serait risible, mais on pourrait presque dire que la religion majoritaire mais non avouée dans la société du Spectacle est le satanisme). 

Une expression est largement revenue à la mode : "être l'idiot utile". Laissons les serviteurs impériaux l'employer à tort et à travers, mais elle nous sert à comprendre comment en portant de belles valeurs de gauche, on sert en réalité le capitalisme financier globalisé. Un exemple simple : l'immigration. Qui a voulu l'immigration ? La gauche ? Pas du tout : le grand patronat, au contraire, pour exploiter une main-d'œuvre pas chère, et faire pression à la baisse sur les salaires de tous. Ça me pose problème. Non pas, bien entendu, pour vouloir fermer le pays, renvoyer les étrangers chez eux, que sais-je ? mais pour savoir qui on sert. On comprend alors pourquoi Besancenot est extrêmement utile au système. Comment ne pas tomber dans cette contradiction quand ses valeurs servent les porteurs des valeurs contraires ?

Bref... je ne pense pas avoir changé depuis les temps de mes premières consciences politiques il y a une dizaine d'années, je comprends simplement mieux aujourd'hui qui je suis. Athée, oui, mais plus proche des mystiques soufis, de Gandhi, de Nietzsche, de chrétiens comme Léon Bloy ou Georges Bernanos, que de tous les mécréants modernistes et matérialistes (socialistes ou libéraux) qui peuplent notre période contemporaine. Internationaliste, d'accord, mais à mille lieues de l'idéologie des élites néo-nomades ("gauche kérosène" comme dit Michéa). Il est donc évident que je ne vais pas devenir nationaliste musulman, mais c'est clairement de spiritualité et d'ancrage territorial qu'il faut parler, pour opposer un Principe égal (au moins) mais contraire au Principe capitaliste de satisfaction promise (et non tenue) des désirs.

Le crépuscule de toutes les idoles, en somme, vers la Vérité. Voilà comment je comprends mon athéisme : mystique. Tout le reste en découle. Tiens, Edgar Morin vient de sortir La Voie. "Marcheur, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant", je parie qu'il y est cité...


"Oh Jeanne, quel drôle de chemin il m'a fallu prendre, pour aller vers toi !" - Michel dans Pickpocket de Robert Bresson

lundi 30 août 2010

Eyes wide ... ?

Les négociations sont rompues, on pourrait bien m'envoyer la Belle au bois dormant que ça n'y changerait rien. La Modernité m'est insupportable. Ça va être violent, je vais malgré tout essayer de l'être le moins possible. Tout converge, tout conspire. Ceux que l'on désigne comme "tenants de la théorie du complot" identifient un petit groupe élitiste, plus ou moins séparé du peuple (ça, c'est vrai), qui se réunit en secret (c'est vrai également) et qui dirigerait tout absolument tout (ça, ça ne tient pas debout). C'est bien pire que ça. Tout conspire. Parce que tout le monde consent.

A ceux doutant encore de la folie du monde moderne, le seul exemple donné par Paul Ariès du pot de yaourt au parcours de 3500 kilomètres de la vache à l'humain devrait suffire. Mais l'attitude la plus répandue n'est pas le scepticisme, c'est l'insouciance, ou l'inconscience. Je ne sais plus qui a dit en substance : le pire n'est pas d'être enchaîné, c'est de ne le pas sentir. Et ça, c'est vraiment décourageant. Voir encore aujourd'hui des pseudo-débats UMP versus PS avec Jean-Marie Le Pen comme épouvantail diabolique, c'est à tomber à la renverse. Ça n'a pas de sens. C'est in-si-gni-fiant. Je ne devrais pas en être surpris, j'ai appris le mépris de la "démocratie" (un gros "pseudo" s'imposerait) chez Cornélius Castoriadis, et plus tôt même chez Friedrich Nietzsche bien sûr. Mais c'est écœurant. Le gros Léon Bloy (pourquoi gros ?) le disait : "Il y a des moments où ce qui se passe est à faire vomir les volcans." Bon... d'accord... c'est horrible. Ce ne serait pas si grave si une réaction se faisait entendre, s'il y avait ne serait-ce qu'une demi-douzaine d'âmes révoltées, Georges Bernanos avait raison de n'en demander pas beaucoup plus pour sauver une époque. Mais non, il n'y a rien.

Dresser un tableau du néant politique est au-dessus de mes forces. Il me suffira d'exprimer mon incompréhension la plus parfaite de ces gens de gauche, dixit, qui attendent le sauveur DSK ou de ces gens de droite, dixit toujours, qui se satisfont de Sarkozy. Remarquez qu'on peut inverser : la droite aime DSK, la gauche aime Sarkozy. Ça marche aussi. Et ce serait presque suffisant à révéler l'imposture. Encore y a-t-il Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Dupond-Mélenchon pour montrer aux uns que l'UMP n'est pas de droite et aux autres que le PS n'est pas de gauche, mais rien n'indique avec eux une sortie de l'imposture, bien au contraire. Ces gens ne servent à rien, si ce n'est à alimenter la diversion générale. Qui sommes-nous ? et quelle société voulons-nous ? voilà les questions qui ne sont jamais posées, tenues pour acquises : homo oeconomicus vouloir consommer. Passez muscade !

Plus démoralisant encore serait de s'attaquer aux crimes (aux crimes, pas aux crises) économiques. On voit encore ceux du-dessus se crêper le chignon sur les responsables de la dette abyssale que nous connaissons, et essayer d'arbitrer un match droite-gauche, sans jamais, jamais ! jamais revenir à la loi de 1973 qui interdit au Trésor Public d'emprunter à la Banque de France. Jour de fête pour le Président : Pom Pom Pi Dou. Obligation d'emprunter au secteur privé (intérêts yabon). L'impôt sur le revenu ne suffit pas à payer le service de la dette. Ah ! Oh ! Elevé au niveau européen par le Traité de Maastricht (article 104, Rocard lui-même reconnait maintenant que c'était une grave erreur) et validé aussi bien par le PS que l'UMP avec le Traité de Lisbonne dont le peuple n'a pourtant pas voulu. C'est vraiment important, DSK ou Sarko ? Pom Pom Pi Dou. Même "la crise" ne suffit pas à réveiller, apparemment. C'est ça qui est désolant. Insupportable aussi le coup du "c'est pire ailleurs", ou "c'était pire avant".

Il faut dire que nous sommes zombifiés. D'une, par le mode de vie, l'écrasement professionnel, le stress, la fatigue, la pollution. De deux, par la culture que nos ressources mentales, temporelles et financières nous permettent de consommer toujours plus vite sur l'autoroute de l'information. La Renaissance, si on parle encore aujourd'hui comme d'un temps glorieux, on le doit à la volonté des artistes d'alors de retrouver et d'épater, pourrait-on dire, les Anciens. Tout est là. C'est extrêmement réactionnaire, en réaction à une époque, on va puiser dans un passé glorieux de quoi s'élever (mais qui cela intéresse-t-il aujourd'hui, de s'élever ?). Et tout ce qui a marqué l'histoire de l'art est l'œuvre de tels réactionnaires-révolutionnaires. Je ne connais rien à la peinture, mais l'exposition "Picasso et les maîtres" a du le montrer. On pourrait presque pousser le bouchon jusqu'à dire que c'est par jalousie des Anciens que le génie opère. Ainsi Nietzsche, ainsi... enfin c'est obligatoire. Au lieu qu'aujourd'hui, amenez-moi les artistes qui prétendent (à juste titre) s'inscrire dans une lignée multiséculaire. Qui pour se mesurer à Rimbaud ou Bach ? Personne. Évidemment, puisque c'est le dernier des soucis de l'époque. C'est pourquoi on peut parler d'industrie culturelle sponsorisée subventionnée protégée, du divertissement pour public à conquérir.

De toute façon l'industrie est partout. C'est normal, l'idéologie du Progrès a tout englobé depuis des siècles. Quand la société était contestée, c'était par des marxistes plus productivistes encore que les capitalistes. Aujourd'hui, toute contestation est rendue impossible par dérision. Ne pas être dans le dogme moderne, c'est être médiéval, et il n'y a rien de pire que ça. C'est insupportable. Admettons la barbarie du moyen-âge... c'est une barbarie du canif. Les barbares nucléaires n'ont en comparaison aucune leçon de civilisation à donner, c'est insensé ! En appuyant sur un bouton dans ton navion, tu peux dégommer un petit village afghan en train de célébrer un mariage, et c'est cela qu'on appelle civilisation.

Et donc, l'industrie a gagné l'agriculture. Là, je me contenterai de vous proposer cette vidéo en deux parties, qui résume le livre de Lydia et Claude Bourguignon, Le sol, la terre et les champs. C'est bouleversant. Le résumé est l'œuvre du personnage, du sacré personnage qu'est LLP. Lui voit donc un complot à tout cela, vous l'entendrez à la fin de la deuxième partie.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 1 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Anniversaire, mariage, premiers pas en vidéo.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 2 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Regardez les vidéos des stars du web.

Figurez-vous que je reviens du supermarché. J'y ai vu des tomates-cerises mi-rouges mi-transparentes. J'en ai donc conclu qu'après avoir décoloré les tomates, nos amis ont manqué d'encre pour les recolorer. C'était la fin de la cartouche. Le progrès aura fait toutes ses preuves le jour où chacun pourra imprimer ses tomates et ses pommes chez lui.  Ah faut rester de bonne humeur, hein... Quelques instants avant, j'avais dans l'idée de lire quelques pages des livres que ces zozos vendent. Parce que je n'ai jamais lu, par exemple, une phrase de Marc Lévy ou de Guillaume Musso. Il faut dire que leurs titres, simplement, sont féériques, magiques. Seras-tu là ? Et si tu revenais ? Je serai seul, Tout est fini qui finit bien, Reviens vite la semaine prochaine, Et si c'était vrai ? Et après ? Où es-tu ? Je suis là ! Tu n'y es plus ! Je reviendrai. Bref, un gag. Hallucinant. Ainsi, je n'ai jamais osé ouvrir un de ces livres. Or, on ne peut plus, c'est impossible ! Un film plastique protège désormais les livres. Explication ?

Le but n'est pas de taper sur des cibles aussi faciles que Marc Lévy, Tokio Hotel, Sarkozy, je ne sais qui... Ce serait plutôt de lancer un appel désespéré à la Renaissance.



Trop, c'est atroce, et il est hors de question de fermer les yeux, je veux les garder grand ouverts. Eyes wide shut ? Impossible. Vous savez, le formidable film de Stanley Kubrick, souvent interprété par la lorgnette des méandres de la vie de couple - je veux bien mais cette facette-là ne m'intéresse pas du tout, au contraire du conflit entre dégénérescence et Renaissance. Ce conflit y est exceptionnellement traité, et d'ailleurs, je ne saurais dire où se positionne Kubrick. Ça commence dès le début, j'ose le dire, avec la Valse pour orchestre de jazz n°2 de Dmitri Chostakovitch, qui symbolise la lutte entre l'ordre, les élites (la valse) et le désordre, les bas-fonds (le jazz). Je ne me lancerai pas dans une analyse détaillée du film, je n'en sortirais pas, mais me contenterai de quelques éléments. Tout est déclenché par les propositions d'un certain Sandor Szavost à Alice, un nom qui renvoie très simplement à Anton Szandor LaVey, le sataniste. L'intrigue emmènera Bill tout droit au Bohemian Club pour la célèbre scène rituelle. Plus tard, alors qu'un sbire de ces élites dégénérées le suit, Bill s'arrête à un kiosque, prend un journal où il est écrit "Lucky to be alive" (en faire quoi de cette chance ?), et l'observe avec anxiété, le sbire, qui s'arrête à son tour, entre le Verona (Vérone = Renaissance) Restaurant et un panneau Stop sur lequel est inscrit en graffiti CMB - "Stop CMB", une inversion pour Bohemian Club, le M pour le Moloch qui coiffe leur hibou-emblème (le même M qui fait office de masque de Ziegler, d'ailleurs). N'en jetez plus ! A moins que ce ne soit "STOP VERONA", puisque les mots sont sur la même ligne et de la même taille, signé CMB. La coupe est pleine. La lumière est en face, toutes les fenêtres sont allumées à Vérone.

Bon, voilà. il faut choisir. C'est dur, bien qu'évident. On refuse le chaos, alors il n'y aura pas d'étoile qui danse.

vendredi 23 juillet 2010

La querelle des Anciens et des Modernes

Satantango de Bela Tarr
Ça va par cycles ici. Je pourrais l'écrire en SMS. savapar6klisi. C'est vrai, maintenant qu'on peut ajouter un bouton "Partager" sur facebook, twitter et autres diableries, il faut s'adapter. La roue tourne alors cette impression d'avoir fait le tour de la question et : plus rien à dire. Je dois toujours me battre contre l'éternel retour de plusieurs démons-géants que je prends immanquablement pour des moulins à vent. Je ne les livre pas en pâture, sauf la sensation que chaque article est un coup d'épée dans l'eau, ce qui commence par me décourager..., (oui je me permets le "...," et non, ce n'est pas un smiley - ce mot est-il anglais ou simplement d'un langage dégénéré ?) avant de m'apparaître comme une justification évidente. Vivent les coups d'épée dans l'eau ! 

C'est encore une désagréable sensation de se répéter inlassablement. Felix qui potuit rerum cognoscere causas, heureux celui qui a pu pénétrer le fond des choses. Ah bon. Toujours est-il que l'araignée ayant fait son œuvre, je trouve désormais tout lié à tout, d'une cohérence effrayante et quasiment d'un manichéisme le plus parfait. Les Anciens versus les Modernes. Tout est déjà dans Don Quichotte qui oppose les armes aux lettres, ce roman qui institue la modernité en littérature, ah ! ironie de l'histoire. Mais s'il fallait déjà en 1605 s'élever contre le modernisme, que dire après quatre siècles de rouleau compresseur ? Rien ne résiste plus, et la déchéance progresse, si j'ose (à double titre) dire, en accélération exponentielle. 

La liste des victimes remplira le dernier livre que l'humanité écrira. Nous sommes dans une guerre sans combattants. Les châteaux-forts sont pris les uns après les autres, nous avons l'impression que ce sont des auberges. C'est dire si nous aurions besoin de chevaliers errants pour défendre les auberges qu'ils auraient prises pour des châteaux. Par-dessus le marché (et pourtant, on se demande bien ce qu'il pourrait encore y avoir aujourd'hui par-dessus), les châteaux restants, s'il en reste, sont souvent droitiers. Il n'y a plus rien à gauche pour s'opposer, les critiques debordo-baudrillardiennes de la Société du Spectacle et de la Société de Consommation sont aux oubliettes de l'histoire, passées par pertes et profits par les comptables de la social-démocratie et les zozos d'Olivier dans la besace druckerienne. Le mondialisme est piégé par la globalisation économique. Il reste des anarcho-décroissants, peut-être, mais avec quelle force de conviction face aux poids lourds médiatiques du développement durable  ou capitalisme vert ? Cela dit, je ne donne pas cher de la peau des nationalistes non plus. En fait, Pierre Hillard a peut-être raison : il n'y a plus que l'Islam pour résister. 



Bon, voilà, alors que faire ? Utiliser les armes progressistes pour montrer la Différence, séparer le vrai du toc ? C'est ce que fait Marc-Edouard Nabe sur son compte twitter, en confrontant des vidéos OUI et des vidéos NON, comme il pourrait dire lui-même. Un exemple de pédagogie : 

Swing, artistes :

Pas swing, dégénérés :

Évident, non ? (Par pitié, dites-moi oui). Mais alors le travail est gargantuesque. La tâche infinie. L'agression permanente. Dans ce combat contre le progressisme je ne montre qu'un héroïsme tout à fait limité. M'enfin, en voici deux exemples, anecdotiques, symboliques.

Vous connaissez mieux que moi, forcément, les iphones et diableries similaires. Ces engins sataniques débordent d'applications. Alors qu'un ami (qu'il se dénonce) me les vantait, je rétorquai que le mot lui-même, applications, était horrible. Il corrigea par "usages". Or ces applications ne sont en aucun cas des usages. Voyez ce que donne le Trésor de la Langue Française comme définition pour le mot usage : 
Pratique, manière d'agir ancienne et fréquente, ne comportant pas d'impératif moral, qui est habituellement et normalement observée par les membres d'une société déterminée, d'un groupe social donné.
Rien d'ancien, rien de déterminé par un groupe social, mais au contraire rien de plus normalisé-mondialisé et éphémère que ces applications. Usages est un mot usé car porteur de sens, désuet dans un monde technique. Applications n'en est pas l'équivalent, mais la trahison désenchantée passée du langage mathématique au langage courant, un mot au contenu hors du temps, et hors de l'espace. Les mots ont un sens, et ils révèlent le monde dans lequel nous vivons. Il faudrait peut-être imaginer un Dictionnaire de résistance. 


J'avais promis deux exemples. Une comparaison musicale, alors ?



et...



Une fois de plus, j'espère que ça saute aux oreilles. Je veux bien, comme le dit Nabe, qu'on soit "fakirisé par la médiocrité", mais un peu de hauteur fait du bien parfois.


Je finis en revenant à mon araignée et son œuvre. Je faisais par là mention du Satantango de l'immense Bela Tarr. Que dire d'un tel film ? 7h25 de plans-séquences tous plus beaux les uns que les autres. Et quelle désolation ! quelle dévastation ! quelle perdition ! Christo-dostoïevskien dans le genre "J'aime les hommes, je n'aime pas l'humanité", et puis boueux, tellement boueux dans sa quête d'Absolu qu'on a l'impression qu'il adapte des livres de Bernanos. La trilogie que ce film forme avec Damnation et Les harmonies Werckmeister (dont j'ai déjà parlé) prend place au sommet de ce que j'ai pu voir au cinéma. Je dois pourtant être fou pour parler de ce Hongrois alors que d'innombrables films holywoodiens en 3D se bousculent au portillon. Attention, je viens sans doute faire preuve d'intolérance, de mépris, d'arrogance, d'amalgame, que sais-je ? Bah ! j'ai dit : "ça existe, et ce n'est pas encore complètement mort". Il y a peut-être une application pour euthanasier l'Art.

vendredi 16 avril 2010

Werckmeister = SS

Il y a quelques années de cela je découvris le cinéma de Béla Tarr avec L'homme de Londres, adapté du roman de Georges Simenon. Un film magistral. Ce n'est qu'aujourd'hui que je poursuis mon exploration de l'œuvre de ce Hongrois de génie. Damnation, et Les harmonies Werckmeister, donc, qui sont les deuxièmes et troisièmes parties d'un triptyque que le cinéaste a fondé sur l'œuvre de son compatriote Laszlo Krasnahorkai. La première, c'est Satantango, mais le film dure plus de 7 heures, il faut une certaine préparation psychologique et du temps pour s'y attaquer. Lenteur, dévastation, absence, métaphysique sont les mots magiques qui désignent ces films - je ne peux m'empêcher de penser à Bernanos et ses chemins boueux autant qu'aux autres grands maîtres du cinéma est- et nord-Européen (Bergman, Tarkovski, Sokourov, etc.). Je m'attaquerai peut-être un jour à ce sujet dans sa cohérence. Pour l'instant, je veux me concentrer sur Les harmonies.

Janos Valuska, un personnage tout droit sorti d'un roman dostoïevskien (il a donc tout pour me plaire), habite une ville dont les habitants sont dévastés et désœuvrés. Dès le premier plan-séquence, absolument magnifique comme c'est la règle chez Béla Tarr, on le voit seul habité par une exaltation mystique, un émerveillement face à la Création qu'il tente plus naïvement que désespérément de transmettre à ses concitoyens alcooliques transformés en pathétiques derviches tourneurs. C'est peine perdue, et la ville va sombrer dans le fascisme apporté par une sinistre troupe de cirque avec sa baleine et son Prince. 


Vous vous doutez bien qu'il n'y a pas de happy end, j'évacue donc toute culpabilité à dévoiler ce qui se passe. Il suffit d'être dyslexique pour ouvrir une première porte : Jonas Janos affronte la baleine. La deuxième porte vient du titre et de la tirade de second personnage essentiel, un vieux pianiste nommé Eszter. Son obsession, c'est Andreas Werckmeister, un musicien du XVIIe siècle et théoricien de la musique baroque qui a participé à la transformation de la gamme pythagoricienne en gamme tempérée, si j'ai bien compris. Mes connaissances dans ce domaine sont en effet à peu près nulles et j'ignorais même que tout cela existait avant de m'interroger sur ce film. C'est passionnant. Résumons : Pythagore avait identifié 7 sons principaux et 5 altérés. Mais la 12e quinte (ne me demandez pas pourquoi) ne tombe pas juste à l'octave, il subsiste ce qu'on a appelé un comma pythagoricien. Soit. A la Renaissance, on a voulu régler son compte à la virgule. Et pour tomber juste, des zozos matheux tels Werckmeister ont imaginé différents systèmes de gammes tempérées. D'après Eszter, on a remplacé les 7 tons de la gamme comme qualités différentes ("7 étoiles sœurs dans le firmament") par des septièmes d'octave. Tout ça pour ça me direz-vous ?...

Oui, mais non. C'est un symbole. Et pas seulement, parce que tout est lié dans le Monde. Mais un symbole, d'un monde qui recherche l'efficace, le mécanique, le quantifiable, l'identique, le Même, d'un monde qui se débarrasse de l'Autre, de "l'erreur", de la création, de l'individu. Le XVIIe, c'est aussi le siècle de Hobbes (baleine... Léviathan... mais la voilà notre deuxième porte). Tout est lié. Les individus sont rendus identiques et fondus dans un corps monstrueux pour éviter la guerre de tous contre tous. Prétendument. Béla Tarr montre une réalité inverse puisque c'est la neutralisation de l'altérité qui amène la violence fasciste. C'est l'idée selon laquelle seul le Même amène à l'harmonie qui apporte le désastre. C'est l'altérité qui seule permet l'harmonie. 

Ces questions sont tenaces aujourd'hui, dans notre monde publicitaire où on nous fait croire qu'on exprime notre individualisme en consommant par millions les mêmes produits. C'est un individualisme de rhinocéros de Ionesco. Le conformisme par excellence et tous ses dangers fascisants d'ultra-surveillance et de normalisation aberrante. Béla Tarr remonte donc aux sources de la pensée politique et mathématique moderne. Je ne vous cache pas que sa vision est très noire, le sort réservé à nos deux héros étant terrifiant : une terrible impasse et désillusion pour notre Janos à l'impossible fraternité, une démission et une compromission piteuses pour notre pianiste idéaliste. Ce n'est pas la première fois qu'un procès sans concession de la modernité est mené sur ce blog...

dimanche 29 novembre 2009

Langage & Politique



La vérité est toujours belle même si elle est horrible.

Marc-Edouard Nabe

La liberté des uns commence là où commence celle des autres.
Cornélius Castoriadis

« Je suis ! tu es ! nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ! » Jamais on dira ces choses-là. Jamais ! Jamais ! Pourtant la vraie Révolution ça serait bien celle des Aveux, la grande purification !
Louis-Ferdinand Céline

Je voudrais avoir un moment le contrôle de tous les postes de radio de la planète pour dire aux hommes : « Attention ! Prenez garde ! la liberté est là, sur le bord de la route, mais vous passez devant elle sans tourner la tête. »
Georges Bernanos



jeudi 30 juillet 2009

Pas d'Equerre II

Eh bien oui, Pas d'Equerre a survécu à une première glaciation et entame donc sa période II. J'aimerais toujours mener à bien le petit Horresco Referens, mais c'est reporté sine die.


Beaucoup de choses en suspense... Il faudra bien un jour parler de livres qui resteront très importants dont je vais faire l'énumération des auteurs pour me souvenir qu'il me faut y revenir : Léon Bloy (pour Le Désespéré ; et Exégèse des lieux communs), Georges Bernanos (Monsieur Ouine), Antonin Artaud (Héliogabale ou l'anarchiste couronné), Jean Genet (Le Bagne, Les Nègres), le comte de Lautréamont (Les chants de Maldoror), Luigi Pirandello (Un, personne et cent mille), André Suarès (Voyage du Condottière), tous récemment lus ; mais aussi les livres de Marc-Edouard Nabe ; et je ne crois pas avoir mentionné Louis-Ferdinand Céline, pourtant lu il y a plus longtemps, non plus... A chaque fois transpercé par l'Oeuvre.


Et que dire des mystiques persans ? Hussein Mansour al-Hallâdj (son Diwân est fabuleux) ; ou Djalâl od-Din Rûmî dont je vais attaquer le deuxième tiers du considérable Mathnawi (La Quête de l'Absolu). Qu'en dire ? Réponse à la fin de l'été, sans doute...