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jeudi 11 septembre 2014

Pour une histoire expérimentale

Le Delacroix serait mieux sur une barricade qu'un billet de banque
A quoi bon le formol? A quoi peut bien servir le conservatisme? Comment traiter l'art du passé? l'Histoire? Guy Debord m'avait impressionné, entre autres choses, en racontant la remise en jeu, la remise en vie d’œuvres d'art sorties des musées et utilisées comme monnaie d'échange ou bouclier culturel dans les luttes sociales. Dans son Rapport sur la construction des situations, il raconte l'affaire de Caracas (janvier 1963) et la proposition de Bakounine de mettre les tableaux sur les barricades. Un Van Gogh aurait une seconde vie plus digne de sa première, perforé, avec le manant qui le tenait, par la Police, qu'admiré par les bourgeois hypocrites des siècles durant. 

Encore faut-il être assez vivant, assez fort, pour supporter ça. "Pouvoir planer et jouer au-dessus de la morale" comme disait Nietzsche qui ajoutait : "Comment pourrions-nous pour cela nous passer de l'art, nous passer des fous?"

Les honnêtes gens crieraient au Fou à l'Insensé devant le spectacle d'un hérétique brandissant un chef-d'oeuvre pour l'aider dans sa lutte, au risque de le détruire. Les mêmes honnêtes gens qui crièrent au Fou à l'Insensé en voyant le spectacle offert par l'auteur de ce chef-d'oeuvre. Quod erat demonstrandum. 

Les musées, c'est un truc d'honnêtes gens, c'est pour ceux qui ont compris la phrase précédente. Ce sont eux qui les construisent et les remplissent des œuvres qu'ils ont pillées après les avoir dénigrées. L'histoire, même combat. Écrite par les vainqueurs, et pour les vainqueurs. Elle sert à l'édification de la populace. 

Le Roman National! et aujourd'hui la Fable Mondialiste. Peu importe, c'est l'institution première, à l'école, de la Propagation de la Foi. De la propagande, pure et simple... de l'anti-histoire. On ne commence à faire de l'histoire qu'une fois arrivé à l'université. 

L'histoire n'est pas une enfilade de dates. C'est une méthode de raisonnement, un apprentissage de l'esprit critique, une démarche expérimentale. L'histoire peut tout englober. L'histoire porte en elle la transdisciplinarité, aujourd'hui réduite à l'état de tarte à la crème. 

Edgar Morin répétait que pour penser la révolution, il faut révolutionner la pensée. C'est là! Que d'efforts pour se défaire du Discours... Depuis tout petit, on nous l'enseigne! sans cesse dans les médias, on nous le répète! et entre nous, on le valide... 

Une connaissance n'est utile que si elle aide à mieux vivre, pensait Raoul Vaneigem. Avec l'histoire expérimentale comme méthode, on est assuré de tomber dans le mille. 

Ce thème va m'occuper un moment, je crois... 

mercredi 5 février 2014

La République des censeurs, de Jean Bricmont








Jean Bricmont publie aujourd'hui un livre sur la liberté d'expression parmi les plus utiles depuis celui de Raoul Vaneigem (Rien n'est sacré, tout peut se dire). Ce livre s'intitule La République des censeurs, et en voici la table des matières : 









Chapitre 1. Liberté d’expression et « incitations à la haine »
La première des libertés : dire ce que l’on pense
La censure « douce »
Affaire Zemmour
Affaire Mermet
Affaire Siné
Affaire Morin-Naïr-Sallenave
Appels au boycott d’Israël
Affaire Le Pen (une parmi bien d’autres)
Ce que l’on peut dire

Chapitre 2. La « négation de l’histoire » et les lois « mémorielles »
L’affaire Robert Faurisson- Noam Chomsky
Chomsky et ses détracteurs
La première affaire Robert Faurisson
La loi Gayssot
L’affaire Gollnisch
Ce que l’on peut dire
Affaire Reynouard
Ailleurs, en Europe « démocratique »
Autres délits de « négation de l’histoire »
Une histoire qui n’est pas finie

Chapitre 3. Misère de l'antiracisme
Dieudonné, Soral et la Bérézina de la censure
Naissance et déclin de la gauche morale
La laïcité contre l’identité

Horresco referens!... Maintenant... avant de vous inviter à le lire... d'effroi je suis saisi. Achtung!... Ce petit Belge à l'air débonnaire a l'âme tranchante. 

Je m'astreins donc à un avertissement qui complétera les leçons de maintien qu'on trouve un peu partout dans les médias mettant en garde contre ce dangereux personnage.

1/ Je condamne tout ce qu'il est obligatoire de condamner, amen.

2/ Je condamne également tout ce qu'il est facultatif de condamner.

3/ Je condamne encore tout ce qu'il est inutile de condamner.

4/ Je le dis pas fort mais je condamne également tout ce qu'il est néfaste de condamner.

5/ Il va sans dire, mais disons-le malgré tout : 
- Hitler était vilain et méchant
- Les fachos sont pas beaux
- La violence c'est mal
- La drogue c'est de la merde
- L'eau, ça mouille
- Petit à petit, l'oiseau fait son nid

6/ Jean Bricmont est un horrible personnage. Jugez plutôt :
- Il est Belge, comme Marc Dutroux, et nous pouvons donc le suspecter de pédophilie. 
- Il est physicien, comme ceux qui ont permis l'invention de la bombe atomique dont veut se servir Ahmadinejad pour "rayer Israel de la carte" (les médias l'affirment, c'est donc vrai).
- Il est athée, comme l'était le régime soviétique et ses 100 millions de morts
- Il est contre le "droit d'ingérence", et c'est donc un allié, un soutien et certainement un salarié des dictateurs  sanguinaires du monde entier 
- Il défend la "liberté d'expression" des négationnistes et des nazis comme Faurisson et Dieudonné. Il est évident qu'il veut recommencer la Shoah. 
- Une étude sociologique américaine vient de démontrer que la consommation de haricots verts par les nazis entre 1933 et 1945 était tout à fait comparable à celle des physiciens belges du début du XXIe siècle.


Ceci ayant été dit, on peut passer aux choses sérieuses, à savoir le contenu du livre. Parce que, quand nous pourrons de nouveau parler sans que les honnêtes gens appellent la Police, nous pourrons alors penser et nous libérer.


samedi 6 octobre 2012

Liberté pour tous de penser comme les journalistes

TARTUFFE, il tire un mouchoir de sa poche
Ah ! mon Dieu, je vous en prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

DORINE
Comment ?

TARTUFFE
Couvrez ce voile que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.


*****

Et ça a continué comme ça. Il fut un temps, on pouvait lire Rien n'est sacré, tout peut se dire, du situationniste Raoul Vaneigem, et penser que c'était là une position sinon de gauche, du moins partagée par la gauche, et a minima par l'extrême-gauche.

Répétons-le :
« Issue du libre-échange et de la libre circulation des biens et des personnes, la liberté d’expression est aujourd’hui menacée par cet esprit marchand qui avait présidé à sa naissance. »

 Ce n'est pas le despotisme qui limite désormais la liberté d'expression, c'est la >> démocratie <<. 
« Il est indigne que les citoyens se laissent traiter à la façon des écoliers voués à ingurgiter passivement des connaissances mortes au lieu d’être nourris d’un savoir guidé par le souci de mieux vivre. »
 
Le Spectacle assomme le citoyen d’un flot d’informations dont le tri demande d’immenses efforts et de longs apprentissages, pour se défaire de l’emprise de la propagande, de l’émotionnel, de l’insignifiant, de l’obscurantisme, du futile…

La liberté d’expression se gagne… mais n’est certainement pas un principe qu’on décrète une fois pour toute… c’est un combat quotidien, d’une part pour déconstruire la propagande du système de domination, et d’autre part pour créer, et, selon le vocable de Vaneigem, « vivre mieux ». 

La liberté d’expression présuppose, écrit Vaneigem, qu’il « n’existe ni droit ni liberté de tuer, de tourmenter, de maltraiter, d’opprimer, de contraindre, d’affamer, d’exploiter ». A partir de quoi, il ne saurait y avoir de limite à son usage, bien au contraire. Il aligne ensuite les arguments :
- la censure s’alimente elle-même ;
- on n’interdit pas l’absurdité ;
- la pensée ignoble est un symptôme d’un malaise, et ce qu’il faut condamner, c’est notre passivité à trouver un remède ;
- les pensées les plus dérangeantes empêchent d’ériger les vérités du jour en Vérité absolue ;
- l’autocritique amène à l’indifférence à l’égard des opinions des autres ;
- la haine périt d’elle-même et « l’offenseur s’expose au pilori de ses propres sarcasmes » ;
- etc.

Là où la prise de parole relève d’une instance judiciaire, c’est quand une menace est accompagnée de moyens de la réaliser… et pour ce qui concerne la protection de l’enfance. Au-delà, tout peut donc se dire, et c’est le moyen pour le citoyen « [d’]identifier ses désirs, de les exprimer, de les communiquer, de les accomplir ». C’est la condition de transformation sociale.

« La liberté d’expression est le langage restitué au vivant. »

Où en sommes-nous ? Charlie Hebdo publie une nouvelle fois des caricatures de Mahomet. Soit. M'étant désabonné, je ne les ai pas vues, et peu importe : il faut défendre leur droit à les publier.

MAIS - mais, on peut s'étonner de deux choses. La première : à gauche, certains rechignent à défendre Charlie Hebdo au prétexte que ce serait rejoindre les "fascistes". La seconde : Charlie Hebdo adore railler les sacralités des autres, mais n'envisage pas une seule seconde de s'attaquer à celles de nos sociétés. Et vous allez voir que je vais relier ces deux choses : Eric Zemmour - "fasciste" selon la bienpensance allant de Besancenot au Nouvel Obs' en passant par Charlie - explique très bien que l'hebdo ne publierait pas une caricature sur la Shoah. 

Face aux menaces, Charb est protégé par la police. Joe lecorbeau qui, lui, publie des caricatures sur la Shoah, et est également menacé, est convoqué par la police. Et, lorsqu'il tente de publier un article sur Agoravox pour dénoncer ces deux vitesses, son article n'est pas validé. Que signifie agoravox ?

Le spectre de ce qui peut se dire est extraordinairement rétréci, d'un côté par les lois mémorielles, mais surtout par le travail de sape qui consiste à nazifier de plus en plus de monde. L'accusation finira par revenir à la tête même de Pierre Nora. Imaginons la tête de l'équipée néo-nazie selon la bienpensance : Marc-Edouard Nabe, Lars von Trier, Edgar Morin, Siné, Pierre Bourdieu, Renaud Camus, Jean Bricmont, Alain Soral, Richard Millet, Dieudonné, Pascal Boniface, Noam Chomsky, Thierry Meyssan, etc. (liste pléthorique de "fascistes", "antisémites", "négationnistes", "incitateurs à la haine raciale"). C'est l'armée mexicaine attablée à l'auberge espagnole. Mais nos bienpensants ne doutent de rien et appellent ça l'amicale rouge-brune. 

*****


Et ça s'est poursuivi encore. Diam's est réapparue sur TF1. Je dois bien avouer que je ne suis pas très au faîte de l'actualité de Diam's, et que je regarde TF1 aussi souvent que je vais en vacances sur Pluton. Heureusement - si on veut, cette apparition a provoqué la fureur des médiacrates : voilée, elle fait du prosélytisme, c'est dangereux pour la jeunesse, c'est un peu comme Merah.

Alors, le rap dégénéré consumériste et inculte, ce qu'elle faisait alors qu'elle était une "star" du "showbiz", ça ce n'était pas dangereux, ni prosélyte, ni un mauvais exemple pour la jeunesse. Quand on écoute son entretien, d'ailleurs, elle explique qu'elle allait très mal, et que le rap était le moyen pour elle de faire passer son malaise sans avoir besoin d'avoir le moindre talent. Elle a tout simplement fini en zombie, ce qui n'a jamais provoqué de débat de dizaines de minutes sur les plateaux TV sur les dangers et méfaits de la Société du Spectacle. 

En revanche, maintenant qu'elle est sauvée, et manifestement apaisée, rassérénée, bien dans sa vie, c'est un affreux danger ambulant. Ils sont terrifiés les médiacrates, terrifiés. Son voile de Ben Laden leur rappelle les actes de Merah. Si, si, vous savez Merah, celui dont ils applaudissent les actes - à condition qu'ils aient lieu en Libye, en Syrie, partout... mais pas en France.

Les libertés de culte et d'expression sont devenues la liberté de penser, de croire et de dire ce que les médiacrates pensent.

*****


Et je termine comme ça : Vincent Reynouard. Lui, pour le coup, est néo-nazi, il s'en réclame explicitement. Il a été emprisonné pour ce qu'il a écrit, et est maintenant poursuivi par Riss, dessinateur à Charlie Hebdo. C'est lugubre. Professeur Choron ! Vuillemin ! Hitler = SS ! Sommes-nous si faibles ?

dimanche 29 novembre 2009

Langage & Politique



La vérité est toujours belle même si elle est horrible.

Marc-Edouard Nabe

La liberté des uns commence là où commence celle des autres.
Cornélius Castoriadis

« Je suis ! tu es ! nous sommes des ravageurs, des fourbes, des salopes ! » Jamais on dira ces choses-là. Jamais ! Jamais ! Pourtant la vraie Révolution ça serait bien celle des Aveux, la grande purification !
Louis-Ferdinand Céline

Je voudrais avoir un moment le contrôle de tous les postes de radio de la planète pour dire aux hommes : « Attention ! Prenez garde ! la liberté est là, sur le bord de la route, mais vous passez devant elle sans tourner la tête. »
Georges Bernanos