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samedi 10 janvier 2015

La semaine tragique

Tragédien
Et bonne année bien sûr!

Mon année la mienne par une petite tragédie qu'elle a commencé... Petite... parce que personnelle... et ma personne est petite... mais à mon échelle... grande la tragédie. Quels adjectifs j'avais en tête alors? Funeste! terrible! fatal! implacable! douloureux!...

Quelle ne fut pas ma surprise à ma découverte du Vrai... du vrai sens du mot... "Chant du bouc"! Ça ne s'invente pas et c'est pour ça que ça a été inventé. 

Rude! Mais la petite avait besoin d'une grande sœur. Grande Tragédie donc, mercredi avec l'attaque contre Charlie Hebdo... La Grande Catastrophe! 

Charlie... Je m'en étais éloigné, difficilement parce que ça avait été une partie de ma vie. L'Affaire Siné! comment pouvaient-ils oser virer Siné? Difficile l'éloignement? Radical l'éloignement! Avec le temps... je ne les supportais plus ces "agités de salon", les rebelles institutionnalisés! les dissidents agréés! Charb... dont j'aimais tant les dessins à l'époque... plus respectable que Nadine de Rothschild! Oncle Bernard... L'homme qui pensait comme Nietzsche et écrivait comme Coluche... à la Banque de France! Bigre!

Les savoir frappés... abattus... sacré coup! immense désolation... J'ai encore leurs livres dans ma bibliothèque. Sentiments...

Mais pas que! de l'analyse... Pourquoi étaient-ils agréés? Parce qu'ils étaient sur la bonne ligne, "convenable", celle de "valeurs de la Rrrrépublique" et des "Drrroits de l'homme", c'est-à-dire du choc des civilisations. La ligne de la liberté d'expression à géométrie variable. 

Ce carnage... c'est ce que la Rrrrrépublique provoque et cautionne tous les jours, mais ailleurs, chez des gens qui ne comptent pas. Ces "jihadistes", "connus des services" (bin tiens!), sont les alliés de la Rrrrrépublique en Syrie, en Libye, etc. DAESH, l'organisation terroriste la plus riche de l'histoire (multi-milliardiare)... l'Argent vient de la Maison-Mère. Les armes, aussi. Vous savez, celles livrées parachutées par l'OTAN, "par erreur". La formation aussi, vient de Big Brother. C'est une offre tout-compris de la Banque Internationale. C'est par des méthodes de ce genre que nous récupérons notre pétrole. On va pas verser une larme sur les victimes moyen-orientales du terrorisme! 

Les agents, volontaires ou non, du Mossad, ont terminé leur travail à l'Hyper Cacher. Tant qu'à faire! Donc là, échec&mat! Ananas pour tous! Nous allons en prendre plein la tête. Les Kouachi? c'est notre faute! à nous qui "incitons à la Haaaaaaaaaaine". C'est parti! Samba! C'est la faute à Dieudonné! c'est la faute aux pro-palestiniens!... 

Et on en vient à la "marche républicaine"... Marine Le Pen en serait exclue. Pur théâtre! Elle défend la même abjecte Rrrrrépublique que Valls et Sarko. Mais nous, nous en sommes bel et bien exclus. Parce que pour nous, la liberté d'expression n'est pas à géométrie variable. Parce que pour nous, une victime est une victime, qu'elle soit journaliste ou non, française ou nigériane, ou irakienne, ou gazaouie... Or, ces deux prises de positions sont diabolisées comme "incitant à la haine". Par qui? Mais par l'Haziza! par BHL! par Meyer Habib! Par toute la classe médiatico-politique... qui invite qui? qui invite Netanyahu à cette marche. 

Au cas où il en resterait qui n'auraient rien compris à l'Empire qui marche. Les "valeurs de la République", la "liberté d'expression", la "lutte contre le terrorisme", ça a la tête de Plomb durci. Impérialisme, racisme et colonialisme... voilà ce qu'une flambée de bons sentiments va valider demain. 

Moi, je marcherai ailleurs. Seul. Tragédie.

samedi 6 octobre 2012

Liberté pour tous de penser comme les journalistes

TARTUFFE, il tire un mouchoir de sa poche
Ah ! mon Dieu, je vous en prie,
Avant que de parler, prenez-moi ce mouchoir.

DORINE
Comment ?

TARTUFFE
Couvrez ce voile que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.


*****

Et ça a continué comme ça. Il fut un temps, on pouvait lire Rien n'est sacré, tout peut se dire, du situationniste Raoul Vaneigem, et penser que c'était là une position sinon de gauche, du moins partagée par la gauche, et a minima par l'extrême-gauche.

Répétons-le :
« Issue du libre-échange et de la libre circulation des biens et des personnes, la liberté d’expression est aujourd’hui menacée par cet esprit marchand qui avait présidé à sa naissance. »

 Ce n'est pas le despotisme qui limite désormais la liberté d'expression, c'est la >> démocratie <<. 
« Il est indigne que les citoyens se laissent traiter à la façon des écoliers voués à ingurgiter passivement des connaissances mortes au lieu d’être nourris d’un savoir guidé par le souci de mieux vivre. »
 
Le Spectacle assomme le citoyen d’un flot d’informations dont le tri demande d’immenses efforts et de longs apprentissages, pour se défaire de l’emprise de la propagande, de l’émotionnel, de l’insignifiant, de l’obscurantisme, du futile…

La liberté d’expression se gagne… mais n’est certainement pas un principe qu’on décrète une fois pour toute… c’est un combat quotidien, d’une part pour déconstruire la propagande du système de domination, et d’autre part pour créer, et, selon le vocable de Vaneigem, « vivre mieux ». 

La liberté d’expression présuppose, écrit Vaneigem, qu’il « n’existe ni droit ni liberté de tuer, de tourmenter, de maltraiter, d’opprimer, de contraindre, d’affamer, d’exploiter ». A partir de quoi, il ne saurait y avoir de limite à son usage, bien au contraire. Il aligne ensuite les arguments :
- la censure s’alimente elle-même ;
- on n’interdit pas l’absurdité ;
- la pensée ignoble est un symptôme d’un malaise, et ce qu’il faut condamner, c’est notre passivité à trouver un remède ;
- les pensées les plus dérangeantes empêchent d’ériger les vérités du jour en Vérité absolue ;
- l’autocritique amène à l’indifférence à l’égard des opinions des autres ;
- la haine périt d’elle-même et « l’offenseur s’expose au pilori de ses propres sarcasmes » ;
- etc.

Là où la prise de parole relève d’une instance judiciaire, c’est quand une menace est accompagnée de moyens de la réaliser… et pour ce qui concerne la protection de l’enfance. Au-delà, tout peut donc se dire, et c’est le moyen pour le citoyen « [d’]identifier ses désirs, de les exprimer, de les communiquer, de les accomplir ». C’est la condition de transformation sociale.

« La liberté d’expression est le langage restitué au vivant. »

Où en sommes-nous ? Charlie Hebdo publie une nouvelle fois des caricatures de Mahomet. Soit. M'étant désabonné, je ne les ai pas vues, et peu importe : il faut défendre leur droit à les publier.

MAIS - mais, on peut s'étonner de deux choses. La première : à gauche, certains rechignent à défendre Charlie Hebdo au prétexte que ce serait rejoindre les "fascistes". La seconde : Charlie Hebdo adore railler les sacralités des autres, mais n'envisage pas une seule seconde de s'attaquer à celles de nos sociétés. Et vous allez voir que je vais relier ces deux choses : Eric Zemmour - "fasciste" selon la bienpensance allant de Besancenot au Nouvel Obs' en passant par Charlie - explique très bien que l'hebdo ne publierait pas une caricature sur la Shoah. 

Face aux menaces, Charb est protégé par la police. Joe lecorbeau qui, lui, publie des caricatures sur la Shoah, et est également menacé, est convoqué par la police. Et, lorsqu'il tente de publier un article sur Agoravox pour dénoncer ces deux vitesses, son article n'est pas validé. Que signifie agoravox ?

Le spectre de ce qui peut se dire est extraordinairement rétréci, d'un côté par les lois mémorielles, mais surtout par le travail de sape qui consiste à nazifier de plus en plus de monde. L'accusation finira par revenir à la tête même de Pierre Nora. Imaginons la tête de l'équipée néo-nazie selon la bienpensance : Marc-Edouard Nabe, Lars von Trier, Edgar Morin, Siné, Pierre Bourdieu, Renaud Camus, Jean Bricmont, Alain Soral, Richard Millet, Dieudonné, Pascal Boniface, Noam Chomsky, Thierry Meyssan, etc. (liste pléthorique de "fascistes", "antisémites", "négationnistes", "incitateurs à la haine raciale"). C'est l'armée mexicaine attablée à l'auberge espagnole. Mais nos bienpensants ne doutent de rien et appellent ça l'amicale rouge-brune. 

*****


Et ça s'est poursuivi encore. Diam's est réapparue sur TF1. Je dois bien avouer que je ne suis pas très au faîte de l'actualité de Diam's, et que je regarde TF1 aussi souvent que je vais en vacances sur Pluton. Heureusement - si on veut, cette apparition a provoqué la fureur des médiacrates : voilée, elle fait du prosélytisme, c'est dangereux pour la jeunesse, c'est un peu comme Merah.

Alors, le rap dégénéré consumériste et inculte, ce qu'elle faisait alors qu'elle était une "star" du "showbiz", ça ce n'était pas dangereux, ni prosélyte, ni un mauvais exemple pour la jeunesse. Quand on écoute son entretien, d'ailleurs, elle explique qu'elle allait très mal, et que le rap était le moyen pour elle de faire passer son malaise sans avoir besoin d'avoir le moindre talent. Elle a tout simplement fini en zombie, ce qui n'a jamais provoqué de débat de dizaines de minutes sur les plateaux TV sur les dangers et méfaits de la Société du Spectacle. 

En revanche, maintenant qu'elle est sauvée, et manifestement apaisée, rassérénée, bien dans sa vie, c'est un affreux danger ambulant. Ils sont terrifiés les médiacrates, terrifiés. Son voile de Ben Laden leur rappelle les actes de Merah. Si, si, vous savez Merah, celui dont ils applaudissent les actes - à condition qu'ils aient lieu en Libye, en Syrie, partout... mais pas en France.

Les libertés de culte et d'expression sont devenues la liberté de penser, de croire et de dire ce que les médiacrates pensent.

*****


Et je termine comme ça : Vincent Reynouard. Lui, pour le coup, est néo-nazi, il s'en réclame explicitement. Il a été emprisonné pour ce qu'il a écrit, et est maintenant poursuivi par Riss, dessinateur à Charlie Hebdo. C'est lugubre. Professeur Choron ! Vuillemin ! Hitler = SS ! Sommes-nous si faibles ?

mercredi 4 juillet 2012

Au revoir Charlie

Cher Charlie,

Bon anniversaire. Putain, 20 ans ! Je n'en ai fait que 10, je crois... c'est déjà pas mal. Je n'oublierai pas ton nom. Longtemps, j'ai cru lire, encore, le glorieux journal. Hara-Kiri ! Choron et Cavanna ! Ah ! Et peut-être ne me trompai-je pas, d'ailleurs.

C'est en 2005, finalement, que je me suis posé des questions. J'étais à fond d'accord avec Val sur le référendum, à fond. Pourtant, je me suis retourné en continuant à lire ce même Val, qui m'effrayait de plus en plus alors même qu'il défendait des positions qui étaient les miennes. Ça m'a questionné, et j'ai beaucoup cheminé depuis. Mais toujours avec Charlie. Et puis les Caricatures ! Rebelote ! J'étais parfaitement d'accord pour la publication, pour défendre la liberté d'expression. Et en même temps, de plus en plus effrayé par ce que je lisais dans Charlie pour défendre ces positions. Ça m'a questionné, et j'ai beaucoup cheminé depuis. Mais toujours avec Charlie. L'Affaire Siné, alors... Cette fois, ça y est. Je ne suis clairement plus avec Charlie. Ce qu'a fait Val est insensé. Ça m'a questionné, et j'ai beaucoup cheminé depuis. Mais toujours avec Charlie. Avec les larmes de Cavanna, d'ailleurs. Au passage, comment ne pas lui donner raison quand il déplore des dessins presque toujours contre Sarkozy. Maintenant c'est Hollande. Le changement c'est maintenant. D'un zigoto l'autre. N'y a-t-il rien de plus drôle et de plus piquant dans notre société d'aujourd'hui ?

J'en ai assez de lire d'ineptes calomnies sur Dieudonné, par exemple. Par la barbe du Prophète, laissez ça au Nouvel obs ou au Point. C'est leur rôle à eux. Quand on s'appelle Charlie Hebdo, on doit être sur le point de se faire interdire, pas de recevoir les félicitations de l'Elysée. Je n'en peux plus des articles antifascistes qui se succèdent semaine après semaine. C'est la goutte d'eau aujourd'hui quand je lis que finalement, Jean-Marie Le Pen n'était pas fasciste (alors pourquoi nous avoir vendu de l'antifascisme pendant des décennies !?), mais que Marine Le Pen l'est (et c'est reparti pour un tour). Des subversifs d'il y a 20 ans et plus l'avaient déjà compris : cet "antifascisme" est un antifascisme sans fascisme (cf. Baudrillard, Pasolini, etc.) Je ne m'étonne pas qu'à Libé, ils ne l'aient pas encore compris. Je ne supporte plus qu'à Charlie, même chanson.

Hélas ! mille fois hélas ! je me permets d'anticiper une réponse en repensant à ce funeste numéro singeant le nouvel anti-politiquement correct. Si je ne veux pas qu'on tape sur Dieudonné et Marine Le Pen, c'est parce que je veux qu'on libère la parole raciste et fasciste, et donc au fond, j'ai de la sympathie pour le racisme et le fascisme, me dira-t-on. Dans le meilleur des cas, je serais (bien) identifié comme venant de l'extrême-gauche, et aurais-je alors la Joie de lire que les extrêmes se rejoignent ? Je préfère ne pas y penser, laisser le bénéfice du doute.

Mais plus celui de mon abonnement. Je vous serai très reconnaissant de bien vouloir procéder à sa résiliation.

Bon vent, Charlie, sincèrement, bon vent, mais je ne peux plus, de mon côté, suivre cette route. Bon vent !

Grâce à Marine, Jean-Marie n'est plus fasciste

Les bienpensants sont formidables. Ils se surpassent incessamment. Ils ne s'arrêtent jamais de progresser, alors même que chaque progrès semble définitivement indépassable. Ils vont toujours plus loin ! systématiquement !... Chaque semaine nous vaut un étourdissement : ils ont fait plus fort !

Aujourd'hui, c'est un certain Paul Klein qui méritera un petit article. Ce monsieur officie dans Charlie Hebdo, dont il faut absolument que je me désabonne aussi rapidement que possible, décidément. Je n'ai pas souvenir avoir lu un de ses articles en entier, ses thèmes m'étant très lassants. Je ne doute pas qu'il aurait pu être honoré en ces terres plus tôt, si j'avais vraiment lu un de ces articles où il insulte Dieudonné ou autres... M'enfin c'est aujourd'hui qu'il y a droit. 

Le titre : "Qu'est-ce que le fascisme ?" Voilà effectivement un sujet à la pointe de l'actualité, qu'il est extrêmement urgent de traiter. La question est certes d'importance, mais alors elle suppose autre traitement que 2 petites colonnes d'un tel journal. Il fait mine de s'y risquer, mais l'objectif, c'est d'attaquer Marine Le Pen. Quelle est la thèse de M. Klein :
"il n'y a pas de description plus adéquate [que "fasciste"] du FN. Bien plus, il n'y a pas de description plus adéquate du FN de Marine Le Pen. Celui de son père [...] ne répondait pas à cette catégorie."

N'est-ce pas extravagant ? Des décennies - des décennies ! - que les bienpensants traitent Jean-Marie Le Pen de fasciste, qu'ils agitent cet épouvantable épouvantail de la menace fasciste. Ah ! j'ai marché dedans, en 2002, et à deux pieds, encore. Ce n'est que petit à petit que j'ai compris le rôle qu'il tenait, ce bougre. Oh ! il faut du temps. Michel Onfray est peut-être sur le point de comprendre - peut-être... Enfin bref, c'était le croquemitaine, le père fouettard, Satan en personne, le fils spirituel d'Hitler et de Mussolini, un ignoble fasciste.

Seulement voyez-vous, le vieux a vieilli, et ne menace plus personne. C'est sa fille qui lui succède. Déjà, c'est une fille. Ensuite, elle est plus jeune. Enfin, les médias l'ont passée au moulin à Shoah, l'ont sommée de cotiser au club, ce qu'elle fit, et ce ne fut plus qu'hagiographies, éloges, portes ouvertes, chansons, gloire et louanges pour Marine. Nous étions abreuvé de reportages montrant de jeunes, sympathiques et modernes militants marinistes. Elle s'est même adjoint les services de la grande gueule médiatique Gilbert Collard. C'était magnifique. 

Le hic, c'est qu'elle a laminé Mélenchon, à deux reprises. Voilà qui ne plaît pas à M. Klein. Ce dernier décide donc d'y aller franco. Au prix d'une petite analyse historique assez farfelue, démonstration est rapidement faite que :
1/ le FN de Jean-Marie était peuplé de fous marginaux qui ne voulaient pas le pouvoir
2/ le FN de Marine est le vrai fascisme mêlant mensonge nationaliste, socialisme frelaté et haine de l'autre

Déjà notre bon ami BHL l'avait dit : Marine est plus dangereuse que son père. A ce stade, il nous faut nous résumer : 
- les bienpensants avouent après coup qu'ils nous ont vendu de l'antifascisme sans fascisme (ce que nous savions pertinemment à la suite de Pasolini, de Baudrillard, etc.)
- la fille plus fréquentable voire adoubée voire chouchou des médias est en même réalité le vrai fascisme

Eh ! bien, nous, nous ne marcherons plus, et nous attendrons avec impatience que les M. Klein de tous les journaux écrivent sur les mensonges européistes et le socialisme frelaté de François Hollande. En vain. Ils préfèrent taper sur les filles de fantômes. Ils en ont peut-être pour 20 ans. Alors, un autre M. Klein viendra nous expliquer que Marine n'était pas fasciste, mais que Marion qui prend sa suite, elle, c'est le vrai fascisme. Et ainsi de suite. 

L'intérêt bien compris de pareilles inepties, c'est bien entendu d'empêcher toute critique de la bienpensance mondialiste. Ne lâchons rien.


En cadeau : 



Jean Baudrillard, La conjuration des imbéciles


mercredi 16 novembre 2011

Adieu Charlie


Ah ! le Professeur Choron... Ah ! Hitler = SS... Ah ! Siné... Ah ! Hara-Kiri... J'en passe... De beaux (c'est comme ça qu'on dit) livres paraissent depuis quelques Noëls pour retracer les grandes heures de cet humour caustique. Le bête et méchant de Cavanna dans des beaux livres. Déjà le contresens. Mais le sens de la nostalgie nous fait l'oublier (un peu). Pauvre, pauvre Cavanna. Avec une telle histoire, l'hebdo en est devenu une institution. Bah ! encore le même contresens. La vocation d'un tel journal est d'être interdit, attaqué par le pouvoir en place. Son humour doit pointer du doigt le sacré (impensé) de l'époque. C'est sa raison d'être, sans quoi, il y a déjà Yann Barthès, Jamel Debbouzze ou Gad Elmaleh pour rire (on n'a pas tous le même sens de l'humour) dans le sens du poil. Il est beaucoup question de sens, vous avez remarqué. Même Guillon (!) sait se faire virer. Ce n'est pourtant pas difficile.

Charlie ne sert à rien. Je le dis sans le penser, mais je le dis quand même. On ne sait toujours pas qui a incendié ses locaux. Ça importe beaucoup, et en même temps, ça n'importe que peu. Cette semaine, Charb s'en prend aux "faux-culs" (Ramadan, Boniface, etc.) qui soutiennent le principe de la liberté d'expression et condamnent l'attentat, mais critiquent la ligne éditoriale de Charlie. Ça me semble pourtant honnête comme position. Ils disent ce qu'ils pensent, je ne vois pas ce qu'il y a de "faux-cul" à cela. En revanche, je vois ce qu'il y a de "faux-cul" à défendre la liberté d'expression de Charlie, de Redeker autrefois, mais pas celle, au hasard, de Dieudonné. On peut même applaudir les arrêtés municipaux qui interdisent à Dieudonné de se produire en spectacle. La liberté d'expression pour ceux qui sont d'accord avec nous, et seulement eux, je ne suis pas certain que ça s'appelle liberté d'expression. J'appellerai plutôt ça liberté d'oppression. 

Dieudonné parle de Charlie comme un journal de maison de retraite. Je lui donne raison. Quelques dinosaures SOS-racistosaures, démocratosaures ou encore partiscocialistosaures y trouveront encore leur compte. De notre côté, on préfèrera suivre une ligne (tordue) avec Pierre Carles, Franck Lepage, Etienne Chouard, Dieudonné, Marc-Edouard Nabe, Alain Soral, etc. Shoahnanas ou Charia Hebdo ? C'est vite vu.

mercredi 4 mars 2009

Willem - Un monde sans Rolex




Publié dans le Charlie Hebdo courant, ce fantastique dessin du fantastique Willem. A quelques pages du fantastique texte du fantastique Cavanna. Mais assez loin d'un édito de Philippe Val assez... bon c'est un peu facile de lui taper dessus, mais enfin je ne comprends pas, vraiment pas. Cavanna et Willem justifient à eux seuls qu'on lise encore Charlie.


Je ne résiste pas et vous livre la conclusion de la chronique de Cavanna : "Je suis heureux que Siné échappe à la condamnation*, je le dis, je serais encore plus heureux si son journal ne cultivait pas la haine personnelle contre Charlie hebdo comme un fonds de commerce." Cavanna est de loin le meilleur de tous et de tous les autres.


* pour ceux qui n'auraient rien suivi : Siné était poursuivi en justice par la LICRA qui s'appuyait sur les témoignages, notamment, de P. Val et de BHL, pour sa chronique sur Jean Sarkozy dans Charlie cet été. Siné a été relaxé et le tribunal s'en est même quasiment pris à ceux qui hurlent au loup antisémite tous les 4 matins. Cavanna en profite pour appeler à la fin de l'autocensure.

samedi 20 décembre 2008

Cavanna Siné qua non


« Le seul fait que Cavanna existe est une insulte au bon goût français » disait Pierre Desproges.



On ne saurait rendre un plus bel hommage à cette légende. De la place qu’il reste à cette légende il sera donc question ici. L’été dernier, nous fûmes tout occupés à départager Siné de Val dans une grotesque affaire montée sur prétexte antisémite – on voit aujourd’hui mieux encore qu’hier combien ce prétexte était fallacieux. Chaque camp en a tiré les conclusions qui s’imposent et cohabitent désormais Charlie Hebdo et Siné Hebdo. A Charlie, on subit peut-être une migration du lectorat, et il s’agit d’indiquer clairement où est le bon grain et où est l’ivraie. C’est Caroline Fourest qui s’en charge cette fois dans Le Monde (« La démocratie des cerveaux disponibles ») : « D’où la division au sein de la presse satirique entre, d’un côté, celle qui veut fortifier la démocratie et, de l’autre (celui des « pulsions infantiles, bêtes et méchantes » précise-t-elle avant), celle qui s’en moque, voire celle qui la vomit. »

Cavanna dont la désillusion se faisait sentir depuis quelques temps ; Cavanna qui s’était plaint que Philippe Val l’utilise pour incendier Siné dans son dernier livre ; Cavanna l’initiateur de cet humour et de cette nouvelle presse satirique bête et méchante ; Cavanna n’allait pas laisser passer cela.

Sa chronique cette semaine : Les dinosaures avaient-ils le trou du cul aussi petit que la bouche ? Il explique : « Ce grand ennui qui m’alanguit depuis trop longtemps, ce n’était donc pas mon exclusif désenchantement qui là, perçait, mais bien le symptôme collectif, peut-être universel, d’un bouleversement majeur dans le cosmos. » La décadence. La mort du bête et méchant. L’affadissement. La victoire des bienpensants. Et de critiquer l’évolution de « Charlie », dont les caricaturistes ont rangé leurs griffes (Choron dernière de Pierre Carles, sortie le 7 janvier), dans lequel les caricatures sont trop souvent politiques et si facilement anti-sarkozystes. Lui préfèrerait du sociétal (« comme si nous vivions en un monde où la politique prime sur toute autre activité humaine ») croqué par la « racaille rabelaisienne ».

Il termine en fustigeant ambition, carriérisme, et finalement un journal – comme il est amère de lire ça sous sa plume à propos de Charlie Hebdo – « Pas encore bon chic bon genre, mais déjà estimé des gens en place. Des gens qui placent. » Se pose donc la question de l’avenir de ses chroniques : « Ce que je fous là, moi, dinosaure bouffé aux mites, sur mon tas de décombres ? On me le fera bientôt savoir, je pense. » J’ai quand même du mal à imaginer que l’on puisse signifier à Cavanna qu’il n’a plus rien à faire dans un journal, dans ce journal ! Va-t-il y rester ?

Et de fait, Caroline Fourest, qui peut répliquer avant le bouclage, répond à Cavanna dans le même numéro de Charlie. Rien n’est laissé de côté dans la flagornerie – vouvoiement, « il fait partie de ces dieux que l’on préférerait ne pas avoir offensés » etc. – et le mea culpa est trop gros pour ne pas paraître balourd. Ainsi, ce n’est pas Cavanna ni toute l’équipe d’Hara Kiri qu’elle visait, mais « une facette de cet humour « bête et méchant ». » Fourest fait ainsi mine de ne pas comprendre. La rupture est consommée ou presque. Elle a beau objecter que la censure est devenue politique et religieuse, ça n’enlève rien à la pertinence du propos de Cavanna, rien. C’est pour cela que Siné était détesté jusqu’à aller au clash que l’on sait. En réalité, le pas était difficile à franchir, mais c’était une bonne chose que de le faire et Siné se porte assurément mieux dans son hebdo que dans « Charlie ». Quant à Cavanna ? Ce sont eux les porteurs de la légende ; le titre Charlie Hebdo leur a en quelque sorte été dérobé ; mais sans eux, qu’en reste-t-il ? Cavanna : « On ne rit pas du SDF. On le regarde crever, mais on ne rit pas. C’est ainsi qu’on fait des carrières. Pas des légendes. »

C’est pourquoi j’aimerais que Siné Hebdo aille plus loin encore, ne tombe pas dans l’anti-sarkozysme facile, évite une philosophie onfrayenne un peu emballée… mais il est vrai que quelques signatures sont quelques peu décevantes (Geluck ?! Isabelle Alonso !?).

En attendant qu’une relève pointe le bout de son nez et bâtisse une légende nouvelle ?

dimanche 12 octobre 2008

Faut-il sauver les soldats Nabe et Siné ?


Depuis le 20 septembre, je tourne et retourne ce tract – Sauver Siné – de Marc-Edouard Nabe sans parvenir à savoir ce que j’en pense. Le point de départ est clair : une nouvelle manifestation de la guerre idéologique qui sévit depuis la victoire des (dites) démocraties (dites) libérales sur le communisme et dont la propagande consiste à démontrer que, le meilleur Système l’ayant emporté, il n’y a plus d’idéologies et les Occidentaux peuvent batifoler joyeusement dans les vertes prairies de l’insouciance (le capitalisme centré sur l’Empire américain) et ce jusqu’à ce que les bougnoules déboulent pour restaurer la barbarie moyenâgeuse, cataclysme contre lequel les (dites) démocraties (dites) libérales doivent présenter un front uni duquel aucune tête ne saurait dépasser. La propagande est puissante, mais souffre de quelques mises en cause, si bien qu’elle a recourt à une arme fatale : l’antisémitisme étant devenu après Auschwitz le crime des crimes, lancer l’anathème armé de ce thème assure la disqualification du coupable. On en arrive aux plus délirantes accusations (Max Gallo faisant le lien entre l’antisarkozysme et l’antisémitisme obtient-il le pompon ?) qui fâchent peut-être ceux qui les subissent mais qui m’écoeurent personnellement surtout pour l’insultante banalisation des crimes nazis dont les victimes ne méritent pas, à mon sens, d’être ainsi utilisées à tour de bras pour régler des comptes idéologiques 60 ans plus tard. Je m’égare, je m’égare (et pas seulement de…), mais c’est ainsi que Siné dut quitter Charlie Hebdo en cet été 2008.

En tant que lecteur de Charlie, ce fut difficile à avaler. Je ne me faisais certes guère d’illusion sur la radicalité du journal, mais il restait agréable de lire dans le même canard des propos différents voire contradictoires entre les premières et les dernières pages, et puis Siné quoi… c’est Siné. Alors il a lancé Siné Hebdo, et un enthousiasme certain était de mise. A l’évidence, la liste des trublions laissait un peu perplexe : si je ne regarde plus la télé, ce n’est pas pour lire les mêmes pantins dans un journal qui se voudrait subversif ! L’axe Ruquier-Groland dont parle Nabe, amèrement : très peu pour moi également. Mais enfin maintenant que quelques numéros sont passés, on peut toujours faire la fine bouche mais il n’empêche que Siné Hebdo remplit un vide.

D’accord avec Nabe, pourtant : l’antisarkozysme est facile et sans risque. C’est au Système qu’il faut s’attaquer, et Siné ne le fera pas dans son journal « recentré ». Et justement, le Système est en train de péricliter – à moins qu’il ne sache se métamorphoser une nouvelle fois et se nourrir de la crise qu’il traverse pour renouveler sa domination, ce qui semble plus probable. Quoiqu’il en soit, comme en toute période de crise, il y a là un moment historique pendant lequel il est possible de prendre conscience que nous choisissons nos règles et lois, et que nous, vivants hic et nunc, pouvons agir pour remodeler voire créer un nouveau modèle, bien que son avènement ne soit en aucun cas prévisible, dépendant du résultat combiné de tant d’actions individuelles. Le Système et sa propagande se fissurent.

Est-il temps pour un journal ? Nabe répond négativement. Au contraire, je pense qu’il en est plus que jamais temps. Parce qu’à défaut de se saisir de cette occasion politique que nous offre la crise, c’est le risque d’un violent retour de flamme qui nous guette. Wallerstein parle des guerres de religion pendant que beaucoup évoquent le spectre de 1929 et des années 30. Alors éloignons les tentations apocalyptiques – j’ai au contraire une tendance au « catastrophisme éclairé » assez fâcheuse – car ce n’est pas d’une Révolution des Saints dont nous avons besoin – pour un pacifiste obstiné, la violence extatique, c’est un peu gênant. Ce qu’il faudrait, c’est détruire par la pensée non pas les bases idéologiques de ce qu’on appelle le néo-libéralisme, mais plus radicalement la rationalité prétendument optimale du capitalisme. Il ne s’agit pas de construire un nouveau modèle théorique – il ferait inévitablement fausse route – mais bien de saper la propagande consistant à sanctifier une fatalité contre laquelle nous ne pourrions nous élever. Personne en 1789 n’avait de plan sur ce qui allait se passer, et pourtant le régime a changé. Nul besoin d’une théorie, mais uniquement de la conviction que nous pouvons être révolutionnaires (reste donc d’actualité Cornelius Castoriadis). Comme le disait Guy Debord, « le monde a déjà été filmé, il faut le transformer ». Mais pour cela, il faut bien que les acteurs potentiels sortent de leur léthargie. N’est-ce pas le moment, avant que trop de bruit et de fureur ne rendent la tâche trop violente, d’agir ?

Nabe aurait donc voulu un numéro unique, résurgence de Siné Massacre, regroupant tous les coupables d’antisémitisme, bien qu’ils n’aient rien à voir entre eux si ce n’est leur qualité de pestiférés. « Ça, c’est de l’ouverture ! Moi, je suis le moins sectaire de tous… » clame-t-il. Certes, mais ne pourrait-on pas être encore moins sectaire et ne pas limiter le casting aux pestiférés ? Nabe, remarquant que la police ne fait pas de différence entre ceux qui « [refusent] de se plier au chantage à la Shoah » et ceux qui « [veulent] détruire tous les Juifs comme Hitler le voulait », prétend assumer cette confusion mais ne se dit toutefois fier d’être antisémite qu’à la condition qu’on entende ainsi ceux de la première catégorie. Malgré tout ce qu’il en dit, il garde la distinction.

Et il faut la garder. Etant personnellement persuadé que l’individu se construit dans sa recherche d’autonomie qui se conquiert contre des déterminations partielles naturelles ou sociales, et souhaitant donc mettre l’accent sur l’acquis, l’existence, la liberté, l’individu, l’événement, il m’est impossible d’appliquer des catégories englobantes et donc de penser en termes racistes. A moins de dépasser les frontières de la mauvaise foi et de l’auto-trahison, je ne saurais donc être antisémite. Cependant, n’étant pas sioniste (si tant est que j’aie un avis à donner là-dessus), il se pourrait que l’accusation tombe. En réalité, mon antisionisme n’est qu’un cas particulier de mon antinationalisme : il ne s’agit là d’aucun traitement de faveur et malgré mon soutien (si toutefois je pouvais me permettre) aux Palestiniens, j’aurais beaucoup de mal à leur souhaiter de connaître les Joies d’un Etat-nation, concept qui n’a pas fini de me casser les pieds ici d’où j’écris tranquillement.

C’est donc au nom du respect de la liberté (d’expression) et de la différence que j’estime que nous ne devons pas démissionner et opiner du sous-chef lorsqu’un BHL assimile Siné à « l’antisémitisme le plus rance ». Et qu’il n’est pas « pitoyable » de fustiger Vincent d’Indy, auteur d’un opéra antisémite honoré d’une avenue parisienne, « pour montrer qu’on est du bon côté ». En revanche, rêvons à un journal qui ouvre ses colonnes à tous, qu’ils sentent le soufre ou non (oui : ou non) et que tout ce beau monde s’étripe dans les mêmes colonnes avec pour seul but de sortir de l’impasse dans laquelle nous nous enfonçons en usant de tous les mécanismes de servitude volontaire. Le camp des bons (ceux qui approuvent les opérations de l’OTAN) se plaît à se définir comme voltairien, et assène cette phrase qui est faussement attribuée à leur idole : « Je ne suis pas d’accord avec vous mais je battrai pour que vous puissiez le dire ». Hélas, cette phrase, dans l’esprit voltairien malgré tout, prouve leur imposture à eux qui se battent pour que le point de vue opposé au leur ne soit pas formulé.

Je ne crois pas qu’il faille craindre des excès de liberté d’expression, ce avec quoi ils étaient d’accord à propos des caricatures de Mahomet. Il en va de même avec le négationnisme, tare qui passa sous le sous le coup de la loi Gayssot au moment même où elle avait été vaincue par exemple par l’investissement de Pierre Vidal-Naquet. Parce que la liberté appelle son contrepoids : la responsabilité. Que les plus abjectes pensées soient exprimées, et alors elles seront combattues avec passion, sérieux, intelligence, humour et le débat public y aura gagné bien davantage qu’en condamnant dans l’indifférence générale et la bêtise contreproductive les auteurs d’abjections. Si l’on doit reconnaître une force à la démocratie, c’est celle de savoir autoriser ses ennemis à s’exprimer en son sein (liberté pour les ennemis de la liberté), à la différence de tous les autres régimes connus : c’est précisément la force que l’on devrait mettre en avant si l’on voulait la défendre ; c’est celle qui est jetée par-dessus bord par ses défenseurs apparemment les plus acharnés…

vendredi 25 juillet 2008

Si l'on demandait à chacun...



"Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est Arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !"




Cet extrait de chronique de Siné fait donc grand bruit. Siné est viré de Charlie, Askolovitch ayant crié à l'antisémitisme, Val se fait lyncher, Siné poursuit Askolovitch, et BHL se croit investi de la mission d'empêcher l'opinion d'ânonner (ce sont ses termes) et de dispenser les vraies Lumières d'aujourd'hui. Résultat des courses : on risque de perdre Charlie (sans Siné, ce n'est quand même plus la même chose), une crispation supplémentaire sur l'antisémitisme, et probablement un virage réactionnaire (anti-Internet, anti-gauchisme ou plutôt "islamo-gauchisme" comme ils disent, voltairisme aigu faisant silence sur le fait que Voltaire était l'ami des despotes éclairés et pas démocrate pour un sou) sans retour de l'ensemble des "philosophes médiatiques". C'est lourd. Et pourtant, si on demandait à chacun des protagonistes, tous auraient la conviction d'être dans le vrai.



Je comprends Val, profondément marqué par l'Affaire Dreyfus, dans sa vigilance contre l'antisémitisme. Cependant, le risque est d'en faire une fixation et d'en être aveuglé. Il a toutefois raison en cela que la chronique de Siné peut être interprétée comme antisémite, à condition de ne pas comprendre que Siné fustige le cynisme et l'opportunisme de Jean Sarkozy - et c'est une condition bien difficile à remplir. Alors oui, Siné aurait pu clarifier ses propos, et reconnaître qu'ils pouvaient être mal interprétés : il avait accepté. Ce qu'il a refusé, c'est d'être désavoué par l'ensemble de la rédaction ; et les excuses à Jean Sarkozy - quoi de plus normal ? Que Jean Sarkozy ait pu être blessé n'est pas la question, puisque chaque semaine, dans chaque chronique de Siné, quiconque apparaît peut se sentir blessé (quid de la famille d'un chasseur mort lors d'une partie de chasse, ce dont ne manquait de se réjouir Siné, par exemple ?). Je trouve donc bien regrettable qu'on en soit arrivé à de telles extrémités et aussi rapidement. C'était quand même, outre la personnalité de Siné elle-même, un gros point fort de Charlie que de faire cohabiter des chroniques aussi divergentes que celles de Siné et Val pouvaient l'être.



Quant à BHL, peut-on le comprendre ? Sans doute, sans doute. Mais là c'est exaspérant. Probablement de toute bonne foi, il arrive à falsifier les faits et à organiser toutes sortes de confusions et d'anachronismes alors même qu'il prétend mettre les choses au point. Commençant par distinguer la critique des religions (c'est bien) du racisme et de l'antisémitisme (c'est vilain), il est déjà hors-sujet. Siné n'est certes pas le dernier à critiquer les religions, mais ce n'est pas du tout l'objet de la chronique incriminée où il critique une conversion et donc, soit le cliché antisémite "mieux vaut être Juif pour réussir", soit, si on comprend mieux et si on écoute les clarifications apportées par Siné, l'opportunisme de se convertir pour épouser une héritière. Ici, un doute m'habite car peut-être certains esprits éclairés estimeront que le simple mot "héritière" est antisémite (cf. le procès imbécile fait récemment au livre de Bourdieu et Passeron, Les Héritiers).



Mais ce n'est pas tout (loin de là). Notre guide lumineux poursuit en parlant "d'antisémitisme le plus rance". Car voyez-vous, que Siné soit antisémite ou pas n'est pas la question, ce qui compte ce sont les mots. Mettons quand même Siné, Dieudonné, Le Pen dans le même panier antisémite au cas où les mots ne seraient pas la seule chose qui compte. BHL : "une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance". Eh bien si, justement. Déjà parce que Siné se moque d'un individu opportuniste, pas du judaïsme ou du Juif en général et qu'il serait fou de faire l'amalgame (lire l'article de Reynaert à ce propos). Ensuite parce que nous sommes en 2008, pas en 1894. L'antisémitisme a une histoire, et lorsqu'il naît à la fin du XIXe, c'est en se cristallisant autour de 3 pôles :


- l'antijudaïsme chrétien
- les théories "scientifiques" racistes de la linguistique ou de l'anthropologie en formation
- l'anticapitalisme se cristallisant sur le mythe de la réussite sociale du Juif


Alors, il permettait aux nationalistes de s'unir contre un ennemi commun à tous, et il mettait parfois la gauche en difficulté quand il s'agissait d'après elle, comme dans le cas de l'Affaire Dreyfus, de problèmes de bourgeois alors que l'urgence était à la lutte des classes (Guesde contre Jaurès, si l'on veut schématiser, ou "crétins" contre "traitres" pour reprendre les termes de Val). Mais la situation n'est plus la même aujourd'hui (méditez là-dessus). Pourquoi faut-il qu'elle soit la même ? Eh bien pour faire de tout antisionniste ou même de tout opposant à la politique israélienne un antisémite, un "fascislamiste" ou son meilleur ami "l'islamo-gauchiste". Délirant. Et comme le rappelle Siné dans sa dernière chronique, non publiée, cela sert à terminer le débat, car en effet, il n'y a pas pire qu'un antisémite depuis la Shoah. Circulez, y a rien à discuter. Ce doit être cela, les "Lumières de notre temps", en effet. Le bon BHL livre la Pensée comme elle doit être, et le peuple composé d'ânes écoute, et approuve ce despote éclairé si généreux, mais ne saurait avoir l'outrecuidance de penser différemment ou d'interpréter les choses dans un autre sens. Ah! la populace ! pénible !





Hélas, Cornélius Castoriadis ou encore Pierre Vidal-Naquet ne sont plus parmi nous pour fustiger l'imposture intellectuelle de cet ex "nouveau philosophe". "Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans un pays de vieille et grande culture, un « auteur » peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la « critique » le porter aux nues, le public le suivre docilement – et ceux qui dévoilent l’imposture, sans nullement être réduits au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ?" se demandait Castoriadis... A lire, avec nostalgie peut-être, toute la controverse, édifiante, entre Vidal-Naquet et BHL, commentée ensuite par Castoriadis à l'époque de la sortie du Testament de Dieu.