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vendredi 31 août 2012

Yabon Breivik



Je commence par ce célèbre andante de Mozart, rien de tel pour me détendre - j'en ai quelque peu besoin. Je me sens parfois trop réactif, ou réactionnaire. J'entends et ça me fait réagir, mais nerveusement. Je me sens d'une intolérance extraordinaire, c'est vrai. "Réactionnaire et intolérant", un journaliste du Nouvel Obs' qui passerait par là verrait donc ce blog comme un lieu, un site fasciste d'extrême-droite. C'est qu'à l'Obs', on a la catégorie nuancée. 

Oh ! j'ai trouvé des alliés. Je vais aggraver mon cas : ils sont généralement croyants, que dis-je croyants ? ce serait déjà terrible ! mais intégristes. Je le raconte ici ou là, dernièrement à propos de Léon Bloy et Thelonious Monk. D'ailleurs, j'aime Céline, Nietzsche, je suis les vidéos d'Alain Soral. J'aime aussi Dieudonné, Etienne Chouard, Rousseau et Robespierre. Bingo ! pour notre observateur qui conclura sans frémir au rouge-brun. Mais si c'est un journaliste du Point qui passe, il sanctionnera rouge-brun-vert, en découvrant toutes les bougnouleries qui parsèment ce lieu.

Je voulais parler d'alliés. Ernest Hello, je le rappelle : 
La grande haine des Saints contre le mal est une des magnificences qui au dernier jour raviront les hommes et les anges. Cette grande haine est un des sentiments les plus inintelligibles à l'homme corrompu. Cette grande haine est l'éclair que la pureté fait dans la nuit en brandissant son glaive.
Si l'on me demandait quel chemin prendre pour faire la paix dans les âmes, je répondrais peut-être : le chemin de l'horreur. Ce qui manque le plus ce n'est pas l'amour du bien, c'est l'horreur du mal. L'horreur du mal !
Voilà. Je dois bien l'avouer, ma haine du mal me paraît vraiment démesurée - et tant mieux. L'un des Mal parmi les pires : le Spectacle.

La règle de base est bien celle-ci : tout ce qui passe à la TV est dégénéré. Il faut obligatoirement à un moment donné se faire taper dessus par la médiacratie pour valoir quelque chose, c'est une règle fatale, nécessaire mais non suffisante. 


Je ne connais qu'à peine Richard Millet. Je l'ai entendu avouer son angoisse de "seul blanc dans le métro". Quand j'entends ça, je pense : je n'ai jamais ressenti une telle chose et ne partage pas son conservatisme identitaire, j'y suis même totalement étranger. Mais le bienpensant, lui, crie au racisme et par conséquence : censure, mort médiatique, sociale, etc. M'enfin, ce n'était pas un coup de tonnerre dans la flûte de champagne. Même Lars von Trier (sur Lui la Paix) et sa somptueuse ironie au Festival de Cannes a fait beaucoup mieux.

Seulement voilà, c'est la rentrée. Et la rentrée encore, ce ne serait rien, mais la rentrée littéraire ! Ah ! ça !... c'est du sérieux, du niveau... disons... pas tout à fait les Jeux Olympiques... mais pas loin quand même. En termes d'impact, c'est la même catégorie que le championnat de contrôles anti-dopage annuel du mois de juillet sur les routes de France, peut-être. C'est dire si les journalistes sont sur le pied-de-guerre, prêts à dégainer !

Ce ne seront que prix, auto-congratulations, promotions, marketing, chiffres de vente, plateaux TV, échanges de bons procédés, honnêtes gens, belles personnes, bref, Spectacle. Mettons nos mots à nous : zéro, nul, pitoyable, lamentable, éhonté. 

Mais que serait une rentrée littéraire sans polémique de la rentrée littéraire ? Rien. Donc, polémiquons. Ils sont sûrs de gagner. C'est facile quand tu joues tout seul et que tu fixes les règles : si tu veux gagner tu gagnes. 

Richard Millet publie donc deux pamphlets, Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, et De l'antiracisme comme terreur littéraire. C'est parfait ! si parfait qu'on pourrait croire à une opération sous faux-drapeau menée par la médiacratie. Mais Millet a l'air trop honnête. Si ç'avait été Beigbeder, le complot était évident ! prouvé, même.

La polémique étant créée, le malotru malpensant est convoqué au tribunal, c'est-à-dire sur le plateau. C'est i-télé qui sonne la charge. Je crois (mais je peux me tromper, méconnaissant très largement ce petit monde) que c'est le groupe Canal+. L'esprit Canal... quelle pire abjection faussement progressiste et véritablement bienpensante ?


Cet entretien est sidérant. 

Les journalistes ne comprennent rien : 
- pas le titre
- pas les extraits qu'ils lisent
- pas les réponses de Millet

"Vous vous rendez compte que vous êtes en train d'en faire un héros ?" Plaît-il ? 

Ces journalistes se croiraient en droit de faire le procès de Dostoïevski ! Il a raison Millet. Auraient-ils Shakespeare devant eux : "êtes-vous antisémite ?" Rimbaud : "vos fugues et vos poèmes, ce sont des provocations et des coups médiatiques, non ?" 

Millet est quasiment sommé d'avouer qu'il va quitter Gallimard. Et qu'il regrette ses fautes, ses horribles péchés !

"Vous êtes raciste ?" La réponse de Millet est très claire, mais quel médiacrate peut comprendre ça ?

"Vous le regrettez ce titre ?" 

"Est-ce que vous regrettez l'émotion que ça suscite ?"

"Est-ce que vous êtes un écrivain d'extrême-droite ?"


Millet est-il raciste, d'extrême-droite ? On s'en fout ! Pourquoi ? Parce que nous, lecteurs, sommes capables de quoi ? de discernement. Étonnant, non ? Comment l'élite du peuple, celle qui nous délivre l'Information, qui nous éduque, nous assomme d'experts (experts blabla !), de spécialistes et de représentants, pourrait-elle s'y résoudre ? La populace, il faut lui délivrer la bonne pensée, sinon ce serait quoi ? l'anarchie ?... la révolution ?... le communisme ?... la démocratie ?... Allons allons !

En fin de compte, de quoi s'agit-il ? Moi, ça ne me dérange pas de vivre dans un monde où les autres ne pensent pas, ne ressentent pas comme moi. Athée jusqu'au bout des ongles, j'aime plus que tout côtoyer intellectuellement les grands croyants des diverses religions. De gauche radicale, je ne crois pas que le monde entier puisse le devenir, et ne le pense pas souhaitable. Cosmopolite, je n'ai pas le désir infantile que tous soient cosmopolites. Millet ne l'est pas - et alors ? La seule question qui m'intéresse est : est-il un grand écrivain ? En revanche, j'ai de plus en plus de mal à tolérer (...) les apôtres de la Tolérance qui condamnent tout écart à la bienpensance. Tartufes ! Soyons les plus forts !

lundi 30 août 2010

Eyes wide ... ?

Les négociations sont rompues, on pourrait bien m'envoyer la Belle au bois dormant que ça n'y changerait rien. La Modernité m'est insupportable. Ça va être violent, je vais malgré tout essayer de l'être le moins possible. Tout converge, tout conspire. Ceux que l'on désigne comme "tenants de la théorie du complot" identifient un petit groupe élitiste, plus ou moins séparé du peuple (ça, c'est vrai), qui se réunit en secret (c'est vrai également) et qui dirigerait tout absolument tout (ça, ça ne tient pas debout). C'est bien pire que ça. Tout conspire. Parce que tout le monde consent.

A ceux doutant encore de la folie du monde moderne, le seul exemple donné par Paul Ariès du pot de yaourt au parcours de 3500 kilomètres de la vache à l'humain devrait suffire. Mais l'attitude la plus répandue n'est pas le scepticisme, c'est l'insouciance, ou l'inconscience. Je ne sais plus qui a dit en substance : le pire n'est pas d'être enchaîné, c'est de ne le pas sentir. Et ça, c'est vraiment décourageant. Voir encore aujourd'hui des pseudo-débats UMP versus PS avec Jean-Marie Le Pen comme épouvantail diabolique, c'est à tomber à la renverse. Ça n'a pas de sens. C'est in-si-gni-fiant. Je ne devrais pas en être surpris, j'ai appris le mépris de la "démocratie" (un gros "pseudo" s'imposerait) chez Cornélius Castoriadis, et plus tôt même chez Friedrich Nietzsche bien sûr. Mais c'est écœurant. Le gros Léon Bloy (pourquoi gros ?) le disait : "Il y a des moments où ce qui se passe est à faire vomir les volcans." Bon... d'accord... c'est horrible. Ce ne serait pas si grave si une réaction se faisait entendre, s'il y avait ne serait-ce qu'une demi-douzaine d'âmes révoltées, Georges Bernanos avait raison de n'en demander pas beaucoup plus pour sauver une époque. Mais non, il n'y a rien.

Dresser un tableau du néant politique est au-dessus de mes forces. Il me suffira d'exprimer mon incompréhension la plus parfaite de ces gens de gauche, dixit, qui attendent le sauveur DSK ou de ces gens de droite, dixit toujours, qui se satisfont de Sarkozy. Remarquez qu'on peut inverser : la droite aime DSK, la gauche aime Sarkozy. Ça marche aussi. Et ce serait presque suffisant à révéler l'imposture. Encore y a-t-il Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Dupond-Mélenchon pour montrer aux uns que l'UMP n'est pas de droite et aux autres que le PS n'est pas de gauche, mais rien n'indique avec eux une sortie de l'imposture, bien au contraire. Ces gens ne servent à rien, si ce n'est à alimenter la diversion générale. Qui sommes-nous ? et quelle société voulons-nous ? voilà les questions qui ne sont jamais posées, tenues pour acquises : homo oeconomicus vouloir consommer. Passez muscade !

Plus démoralisant encore serait de s'attaquer aux crimes (aux crimes, pas aux crises) économiques. On voit encore ceux du-dessus se crêper le chignon sur les responsables de la dette abyssale que nous connaissons, et essayer d'arbitrer un match droite-gauche, sans jamais, jamais ! jamais revenir à la loi de 1973 qui interdit au Trésor Public d'emprunter à la Banque de France. Jour de fête pour le Président : Pom Pom Pi Dou. Obligation d'emprunter au secteur privé (intérêts yabon). L'impôt sur le revenu ne suffit pas à payer le service de la dette. Ah ! Oh ! Elevé au niveau européen par le Traité de Maastricht (article 104, Rocard lui-même reconnait maintenant que c'était une grave erreur) et validé aussi bien par le PS que l'UMP avec le Traité de Lisbonne dont le peuple n'a pourtant pas voulu. C'est vraiment important, DSK ou Sarko ? Pom Pom Pi Dou. Même "la crise" ne suffit pas à réveiller, apparemment. C'est ça qui est désolant. Insupportable aussi le coup du "c'est pire ailleurs", ou "c'était pire avant".

Il faut dire que nous sommes zombifiés. D'une, par le mode de vie, l'écrasement professionnel, le stress, la fatigue, la pollution. De deux, par la culture que nos ressources mentales, temporelles et financières nous permettent de consommer toujours plus vite sur l'autoroute de l'information. La Renaissance, si on parle encore aujourd'hui comme d'un temps glorieux, on le doit à la volonté des artistes d'alors de retrouver et d'épater, pourrait-on dire, les Anciens. Tout est là. C'est extrêmement réactionnaire, en réaction à une époque, on va puiser dans un passé glorieux de quoi s'élever (mais qui cela intéresse-t-il aujourd'hui, de s'élever ?). Et tout ce qui a marqué l'histoire de l'art est l'œuvre de tels réactionnaires-révolutionnaires. Je ne connais rien à la peinture, mais l'exposition "Picasso et les maîtres" a du le montrer. On pourrait presque pousser le bouchon jusqu'à dire que c'est par jalousie des Anciens que le génie opère. Ainsi Nietzsche, ainsi... enfin c'est obligatoire. Au lieu qu'aujourd'hui, amenez-moi les artistes qui prétendent (à juste titre) s'inscrire dans une lignée multiséculaire. Qui pour se mesurer à Rimbaud ou Bach ? Personne. Évidemment, puisque c'est le dernier des soucis de l'époque. C'est pourquoi on peut parler d'industrie culturelle sponsorisée subventionnée protégée, du divertissement pour public à conquérir.

De toute façon l'industrie est partout. C'est normal, l'idéologie du Progrès a tout englobé depuis des siècles. Quand la société était contestée, c'était par des marxistes plus productivistes encore que les capitalistes. Aujourd'hui, toute contestation est rendue impossible par dérision. Ne pas être dans le dogme moderne, c'est être médiéval, et il n'y a rien de pire que ça. C'est insupportable. Admettons la barbarie du moyen-âge... c'est une barbarie du canif. Les barbares nucléaires n'ont en comparaison aucune leçon de civilisation à donner, c'est insensé ! En appuyant sur un bouton dans ton navion, tu peux dégommer un petit village afghan en train de célébrer un mariage, et c'est cela qu'on appelle civilisation.

Et donc, l'industrie a gagné l'agriculture. Là, je me contenterai de vous proposer cette vidéo en deux parties, qui résume le livre de Lydia et Claude Bourguignon, Le sol, la terre et les champs. C'est bouleversant. Le résumé est l'œuvre du personnage, du sacré personnage qu'est LLP. Lui voit donc un complot à tout cela, vous l'entendrez à la fin de la deuxième partie.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 1 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Anniversaire, mariage, premiers pas en vidéo.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 2 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Regardez les vidéos des stars du web.

Figurez-vous que je reviens du supermarché. J'y ai vu des tomates-cerises mi-rouges mi-transparentes. J'en ai donc conclu qu'après avoir décoloré les tomates, nos amis ont manqué d'encre pour les recolorer. C'était la fin de la cartouche. Le progrès aura fait toutes ses preuves le jour où chacun pourra imprimer ses tomates et ses pommes chez lui.  Ah faut rester de bonne humeur, hein... Quelques instants avant, j'avais dans l'idée de lire quelques pages des livres que ces zozos vendent. Parce que je n'ai jamais lu, par exemple, une phrase de Marc Lévy ou de Guillaume Musso. Il faut dire que leurs titres, simplement, sont féériques, magiques. Seras-tu là ? Et si tu revenais ? Je serai seul, Tout est fini qui finit bien, Reviens vite la semaine prochaine, Et si c'était vrai ? Et après ? Où es-tu ? Je suis là ! Tu n'y es plus ! Je reviendrai. Bref, un gag. Hallucinant. Ainsi, je n'ai jamais osé ouvrir un de ces livres. Or, on ne peut plus, c'est impossible ! Un film plastique protège désormais les livres. Explication ?

Le but n'est pas de taper sur des cibles aussi faciles que Marc Lévy, Tokio Hotel, Sarkozy, je ne sais qui... Ce serait plutôt de lancer un appel désespéré à la Renaissance.



Trop, c'est atroce, et il est hors de question de fermer les yeux, je veux les garder grand ouverts. Eyes wide shut ? Impossible. Vous savez, le formidable film de Stanley Kubrick, souvent interprété par la lorgnette des méandres de la vie de couple - je veux bien mais cette facette-là ne m'intéresse pas du tout, au contraire du conflit entre dégénérescence et Renaissance. Ce conflit y est exceptionnellement traité, et d'ailleurs, je ne saurais dire où se positionne Kubrick. Ça commence dès le début, j'ose le dire, avec la Valse pour orchestre de jazz n°2 de Dmitri Chostakovitch, qui symbolise la lutte entre l'ordre, les élites (la valse) et le désordre, les bas-fonds (le jazz). Je ne me lancerai pas dans une analyse détaillée du film, je n'en sortirais pas, mais me contenterai de quelques éléments. Tout est déclenché par les propositions d'un certain Sandor Szavost à Alice, un nom qui renvoie très simplement à Anton Szandor LaVey, le sataniste. L'intrigue emmènera Bill tout droit au Bohemian Club pour la célèbre scène rituelle. Plus tard, alors qu'un sbire de ces élites dégénérées le suit, Bill s'arrête à un kiosque, prend un journal où il est écrit "Lucky to be alive" (en faire quoi de cette chance ?), et l'observe avec anxiété, le sbire, qui s'arrête à son tour, entre le Verona (Vérone = Renaissance) Restaurant et un panneau Stop sur lequel est inscrit en graffiti CMB - "Stop CMB", une inversion pour Bohemian Club, le M pour le Moloch qui coiffe leur hibou-emblème (le même M qui fait office de masque de Ziegler, d'ailleurs). N'en jetez plus ! A moins que ce ne soit "STOP VERONA", puisque les mots sont sur la même ligne et de la même taille, signé CMB. La coupe est pleine. La lumière est en face, toutes les fenêtres sont allumées à Vérone.

Bon, voilà. il faut choisir. C'est dur, bien qu'évident. On refuse le chaos, alors il n'y aura pas d'étoile qui danse.

mercredi 21 mai 2008

En vrac, quelques nouvelles

Coluche dirait : "Encore un nouveau pas en avant de la connerie. Mais dites-moi, dites-moi, jusqu'où s'arrêteront-ils ?" Et justement, Coluche est l'une des "stars" qu'Adecco utilise dans une campagne de pub vantant les ressources humaines que chacun d'entre nous possède et qu'Adecco peut donc exploiter. Mais Adecco ne recule devant rien, et utilise également Gandhi pour cette même campagne. Stupéfiant. Comme dans le cas des Galeries Lafayette, ce cynisme-là est trop fort pour nous, semble-t-il. Comment peut-on tolérer ce genre de choses ?

Et revoilà la bêtise de Robert Redeker. Ce philosophe avait commis une tribune dans le Figaro s'en prenant à l'Islam et son "maître de haine" Mahomet. A l'époque, malheureusement, un ahuri l'avait menacé de mort sur internet, ce qui avait fait dire à nos philosophes médiatiques adorés tout un tas de sottises étourdissantes. Ils nous sommaient en effet de soutenir Redeker sans émettre la moindre critique concernant sa tribune, c'est-à-dire qu'il fallait sauver la liberté d'expression, et pour cela ne pas en faire usage. Intéressant. Pourtant, cette tribune est crapuleuse et indigne. Tout comme l'emploi du terme "fatwa" contre Redeker alors qu'il n'y en a jamais eu d'énoncée (ces philosophes ne savent pas, manifestement, ce qu'est une fatwa, ou alors ils ont envie de faire peur, sciemment...). Mais chut. Aujourd'hui, Redeker multiplie les points Godwin et se cache derrière la violence de Voltaire contre la religion pour pouvoir dire ce qu'il veut. Ce qu'il ne comprend pas, c'est que ce n'est pas la violence du propos qui gêne, mais sa bêtise. Il est vrai que ses contradicteurs ne le lui font que rarement remarquer. Du coup, les opposants à Redeker passent pour des adversaires de la liberté d'expression et amis de l'islamisme. Stupide. Le débat peut et doit être violent entre les différents courants philosophiques et religieux, mais rien n'indique qu'il doive être idiot et malhonnête.

Un événement positif, pour une fois : voilà-t-il pas qu'un texte de Rimbaud a été découvert, alors que cela faisait 60 ans qu'aucun texte de lui ne l'avait été. C'est, parait-il, une découverte littéraire de première importance qui remet en question beaucoup de ce qu'on savait de sa vie et de son œuvre. Si je ne m'abuse, c'est aussi le premier texte en prose de Rimbaud. Il aurait ainsi inauguré une carrière journalistique dans "Le progrès des Ardennes" avec ce texte intitulé Le rêve de Bismarck, fin novembre 1870 dans un contexte de guerre avec la Prusse. En tout cas, ce texte est vraiment époustouflant dans son style. Quand on pense qu'il avait alors 16 ans...
Et puis un petit peu de musique ! Le nouvel album des Dandy Warhols, ...Earth To The Dandy Warhols..., est disponible en streaming sur leur site et, après quelques écoutes, tient tout à fait ses promesses. Ils parviennent à être fidèles à eux-mêmes sans se répéter ni répéter une nouvelle fois ce qu'on a déjà mille fois entendu ; et malgré les différences d'ambiance selon les titres, une cohérence et un univers se dégagent pour en faire probablement l'album rock de l'année.
Et l'Univers, justement, pour finir... Dans sa revue de nouvelles scientifiques, Jean Zin traite d'une étude qui m'a particulièrement intéressé. C'est cette idée d'un Univers jumeau du notre qui aurait précédé celui-ci. En fait, le temps est infini, il n'y a donc ni origine ni fin et l'Univers alterne donc phases d'expansion et phases de contraction. En résumé : "Ainsi, notre Univers, sans être une réplique exacte de son jumeau, avec en particulier une histoire différente (c'est moi qui souligne), lui ressemblerait beaucoup." C'est-à-dire que le possible est plus riche que le réel, comme disait déjà Ilya Prigogine : de la multitude des possibles, un seul va se réaliser, mais rien n'indique que dans le futur Univers jumeau, ce soit ce même possible qui soit réalisé. Ces découvertes des sciences physiques me semblent toujours confirmer la thèse de Nietzsche sur l'éternel retour. Puisque le temps est infini et la matière finie, la matière repasse inévitablement par les mêmes états, et ce à l'infini. Ce qui est a donc déjà été et sera de nouveau ; mais sans qu'il n'y ait là un quelconque déterminisme (ce paradoxe est peut-être difficile à comprendre) : place à la volonté de puissance, au choix libre qu'il faut faire pour l'éternité...

vendredi 8 février 2008

La liberté des uns commence là où commence celle des autres

Prendre le contre-pied du (tristement) célèbre adage me paraît chaque jour plus urgent parce que plus essentiel (comme le dit Edgar Morin, « à force de sacrifier l’essentiel à l’urgent, on oublie l’urgence de l’essentiel »). C’est pourquoi je vais m’efforcer de (faire) comprendre la pensée de Cornelius Castoriadis telle qu’elle est présentée dans L’institution imaginaire de la société. Publié en 1975, ce livre liquide ce qu’il reste du marxisme pour en sauvegarder l’idée révolutionnaire à l’encontre d’une société s’initiant au capitalisme post-fordiste. A l’heure où la pensée de gauche est anesthésiée et/ou prise dans ses contradictions par inadéquation de ses postulats à la société dans laquelle elle se trouve, relire cet ouvrage peut certainement beaucoup apporter.

La liberté donc, et l’action politique, aussi… voilà ce que Castoriadis nous permet de penser radicalement. Commençons par écarter les possibilités de confusion. La liberté dont il est question n’est pas la liberté abstraite, pure et parfaite, le libre-arbitre tombé du ciel. Cette absurde vision a été mise en pièces par Spinoza qui expliquait que l’homme se pense libre pour les seules (et mauvaises) raisons qu’il ignore les causes qui le déterminent et qu’il estime qu’il y a un but qu’il peut atteindre. C’est Nietzsche qui reprendra le flambeau en poussant le raisonnement jusqu’au bout, et en renvoyant dos à dos libéraux et socialistes, tous héritiers de cette erreur et porteurs de ce fait des mêmes valeurs qu’il convient de toutes renverser. Point de liberté abstraite, donc, mais cela ne signifie pas pour autant que règnent le déterminisme et la nécessité. Le social-historique : l’espace-temps de la création, de l’altérité. C’est pour mieux exprimer une conception rejetant les deux extrêmes que suivre Castoriadis semble pertinent : il sera plus question d’autonomie que de liberté. Autonomie : le fait de se donner soi-même sa loi. N’accepter aucune autorité, pas même celle de sa propre mais précédente pensée (c’est souvent là, nous dit-il, la plus grande difficulté : ne pas penser en circuit fermé).
Or, les sociétés humaines, sauf exception – éventuellement, sont toutes instituées dans l’hétéronomie : elles admettent l’idée, alors même qu’elles se créent elles-mêmes, qu’elles ne sont pas œuvre humaine (Dieux, esprits, héros…), ou alors d’hommes du passé mais en aucun cas ceux qui sont présents hic et nunc. La Loi a donc une assise et ne peut donc pas être contestée. Cependant, la démocratie, qu’elle soit grecque ou moderne, implique la conscience que nous créons nos lois : il y a donc une autonomie politique dans l’hétéronomie. Castoriadis parle d’autonomie collective, dont la condition sine qua non est l’existence d’une autonomie individuelle.

L’autonomie individuelle. « Wo Es war, soll Ich werden » disait Freud : Où était Ça, Je doit devenir. Il ne s’agit pas de nier, d’annuler l’inconscient, mais de s’emparer de l’instance de décision : le conscient prend le pouvoir sur l’inconscient. En effet, l’inconscient, c’est l’hétéronomie, la législation, la régulation, la répression : la loi d’un autre que moi. Ce discours de l’Autre s’élucide dans l’imaginaire : le sujet se prend pour quelque chose qu’il n’est pas, il est dominé par un imaginaire vécu comme plus réel que le réel. Le conflit n’est pas entre pulsions et réalité, mais entre « pulsions et réalité, d’un côté, et élaboration imaginaire au sein du sujet, d’un autre côté. » Il s’agit donc pour le sujet de nier le discours de l’Autre en tant qu’il est discours de l’Autre, dans ce qui ne saurait être un état achevé, le sujet ne pouvant tout englober, mais qui devrait être plutôt considéré comme une « situation active […] autre attitude du sujet par rapport à lui-même. » Il faut bien en saisir les conséquences : c’est parce que l’autonomie n’est pas la négation de l’Autre, n’est pas liberté pure, mais union produite et productrice du soi et de l’autre qu’elle rend possible l’activité du sujet et qu’on peut espérer éviter l’écueil de la philosophie traditionnelle qui « ravale au rang de conditions de servitude aussi bien l’autre que la corporalité […] et retrouve l’aliénation du sujet effectif comme problème insoluble. »

L’autonomie sociale. Donc, même dans une société où il y a des lois, et contrairement à ce que pensaient les anarchistes, l’individu peut être autonome. Il faut pour cela qu’il puisse choisir les lois : participer à la discussion et à la délibération les instituant. Ici, Castoriadis prend la suite, dans une certaine mesure, de Rousseau qui critiquait la démocratie représentative. La représentation conduit à l’aliénation du représenté vers le représentant, le Parlement n’étant pas contrôlé.
Mais le vif du sujet ne fait qu’arriver. Ce n’est en effet qu’avec la conception exposée de l’autonomie individuelle qu’on peut sortir de la contradiction irréductible dans les termes posée par toutes les autres : l’action d’une liberté sur une autre liberté. C’est bien parce que l’autonomie est élaboration du discours de l’autre (et non pas sa négation) que l’action intersubjective est possible, qu’une politique de la liberté est possible, évitant les Charybde et Scylla de la manipulation et du silence. Bien au contraire, c’est parce que l’Autre est autonome que je suis autonome. Il s’en suit logiquement que plus l’Autre est autonome, plus Je suis autonome. Il devient illusoire de vouloir l’autonomie sans la vouloir pour tous les sujets. Si « l’Enfer, c’est les autres », « Je est un autre » également : l’Autre est constitutif du sujet. Confronter Sartre et Rimbaud n’est pas seulement amusant, c’est également constructif. Et c’est également rejoindre l’éthique spinoziste (Antonio Damasio) : pour nous maintenir, nous devons nécessairement préserver les autres soi.
Hélas ! l’aliénation est instituée (au moins « lourdement conditionnée » dit Castoriadis) dans la société et limite jusqu’à rendre presque vain tout espoir d’autonomie individuelle. C’est la loi de l’impersonnel ou la loi de quelques-uns. Ici, on comprend tout ce que l’adage « La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres » comporte de glissement sémantique. Il ne s’agit plus de « liberté » mais d’ « aliénation », de « domination », de « pouvoir » et/ou de « respect de l’ordre social ». Le voisin qui écoute de la musique à un volume trop élevé ne porte pas atteinte à ma « liberté » de dormir, mais à ma « capacité » à dormir, ce qui ne signifie pas du tout la même chose. Il va de soi qu’une autonomie pour tous ne rendra pas chacun d’entre nous gentil et altruiste au point de ne plus jamais déranger les voisins, mais la question n’est pas là. Persister à y voir des conflits de liberté, c’est adopter la même attitude que les Grecs pour qui la servitude des esclaves n’était pas choquante, bien au contraire puisqu’elle seule permettait leur « liberté » comme le raconte Pierre Vidal-Naquet. Répéter une dernière fois : la liberté de l’Autre ne peut pas limiter la mienne.

Que manque-t-il donc, pour conclure, aujourd’hui que la conscience de l’autonomie politique a émergé ? Le projet révolutionnaire, le projet radical, est bel et bien celui-ci que l’aspiration à l’autonomie pour tous équivaut à réclamer l’accroissement des autonomies individuelles. Pessoa (Le banquier anarchiste) a montré au grand jour l’impossibilité de libérer l’autre malgré lui, Ionesco (Rhinocéros) a montré au grand jour qu’un mouvement révolutionnaire portait en lui l’épée de Damoclès du conformisme pour ne mentionner que ces deux illustrations littéraires. Nous avons donc besoin, estime Castoriadis, d’individus ayant pénétré la barrière de l’inconscient et agissant après réflexion et délibération. Nous avons besoin non seulement de la psychanalyse mais aussi et surtout de l’éducation à l’autonomie, l’éducation par l’autonomie, pour l’autonomie et vers l’autonomie qui amène tout les éduqués (pourquoi se limiter aux enfants ?) à s’interroger sans cesse afin qu’ils sachent s’ils agissent en connaissance de cause ou en soumission à des passions et/ou préjugés. C’est dire si la réforme de l’éducation (dont la fin ne serait plus l’occupation professionnelle) est aussi urgente qu’essentielle… la suite avec Edgar Morin !