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mardi 25 novembre 2014

L'âge du Christ

Grunewald


A trente-trois ans, si tu n'as pas été crucifié, tu as raté ta vie.


Rien n'est fini, tout commence*













Extrait du livre de Marc-Edouard Nabe :

J'ai trente-trois ans. Tous les hommes meurent à trente-trois ans, tous les hommes de trente-trois ans ressuscitent. D'abord la mort. Qu'est-ce qui est mort en moi ? Tant de choses... Il faut bien accepter que les choses meurent en vous à votre place, sinon c'est le colt sur la tempe. La multiplication des petits suicides, ça me connaît. J'en aurai tué des Moi haïssables, et même des Moi adorables ! A cet âge, je n'ai plus que trois obsessions : l'art, l'amour et la religion, dans le désordre. Il y a toujours quelque chose de vrai dans ce qu'on me reproche. Ça ne m'aide pas à mieux me connaître, ça m'aide à ne plus avoir envie de me connaître. Je gâche ce que je veux, je me suicide quand je veux, à chaque livre je me suicide. Il est trop tôt pour réfléchir. J'ai envie de foncer. Michel-Ange, en sculptant, disait : "Je hais ce marbre qui me sépare de ma statue." D'après ce que je crois comprendre, si j'étais moins exalté, méprisant, malin, fanfaron, religieux, froid, excessif, organisé, injuste, ma littérature serait acceptable. Ça me dégoute, les gens qui se recherchent eux-mêmes. Il n'y a rien à trouver au bout de soi-même. J'aimerais bien m'intéresser à moi, mais je me tombe des mains. Souvent, je m'imagine sous la forme d'un instrument de musique : un saxophone, un trombone. Quand je mourrai, on me remettra dans ma boîte, dans mon étui. Au départ, on nous offre une mélodie, il faut l'harmoniser. Ça sonne ou ça ne sonne pas. Autour de moi, je ne rencontre que des êtres en chantier ou en ruine. Je ne vois pas l'intérêt de passer ma vie à me demander pourquoi c'est moi qui la vis. Je ne suis pas le premier homme à avoir trente-trois ans, mais j'ai le droit d'être effaré de constater que la plupart des trentenaires passent de trente-deux à trente-trois ans sans se poser de questions. Ils franchissent le cap à la légère. Ils ne ressentent pas combien ce chiffre fatidique, à la fois christique (33) et diabolique (2*33=66), desquame l'homme de sa jeunesse comme un serpent se débarrasse de sa vieille peau.









* titre d'un livre de Vaneigem et Berreby sur lequel je tombe ce jour...

dimanche 19 janvier 2014

Les chevaliers blancs

Quand il s'agit de dénoncer des provocations humoristiques, l'énergie ne manque pas chez les belles âmes et les honnêtes gens. 

Il est surprenant, dans ces conditions, que des violences répétées ne suscitent aucune réaction de la part de ces mêmes et nombreuses personnes. Il est certainement plus grave pour la démocratie, l'ordre public, la dignité humaine de rire et faire rire que de frapper, asperger de peinture, saccager bars ou librairies, enfermer dans un coffre de voiture, placer une bombe sous une voiture, jeter un vigile dans l'eau après l'avoir battu à mort, etc. Jamais un mot nous ne trouverons, des antifas au solfériniens, contre le terrorisme physique de la LDJ. Pire, ces chantres de la démocratie et de la République l'accompagnent d'un terrorisme intellectuel consistant à assimiler toute position critique vis-à-vis du Pouvoir à l'extrême-droite. 

En revanche, on retrouvera nos chevaliers blancs plus vaillants que jamais à la première gifle donnée par un Dieudonniste (pourvu qu'elle n'arrive jamais). 

Grave bouffonnerie.

Arrive là-dessus l'affaire Taddéi. Au départ, une dépêche du grand journaliste d'investigation Jean-Marc Morandini. Il annonce que Taddéi est déménagé à minuit, remplacé à 22h30 par une animatrice de "talk-show". Personne ne vérifie l'info mais tout s'emballe. Toutefois, l'info était crédible, et d'ailleurs confirmée quelques jours plus tard. Mais, entre-temps, les chevaliers blancs n'ont pas lésiné. 

La liberté d'expression était en jeu. Je ne peux m'empêcher de rire de cette tartuferie. Les chevaliers blancs n'aiment pas Dieudonné et ne perdent pas une occasion de l'insulter. Ils nous somment d'ailleurs de l'insulter aussi. C'est le sésame! le mot-de-passe! "Dieudonné est antisémite"! admis! on peut discuter... le préambule, la précaution oratoire indispensable. 

Un ahuri qui se présenterait sans insulter Dieudonné serait immédiatement taillé en pièces : c'est nier l'évidence, négationner le négationnisme, être détraqué mental, ou être évidemment rouge-brun, d'extrême-droite, antisémite, conspirationniste, négationniste, nazi. 

Les chevaliers blancs, donc, arrivent sur la scène du lynchage. Lobbys, députés, ministres, journalistes, "philosophes" ont pendu leur nègre, au mépris évidemment de plusieurs principes élémentaires et fondamentaux de la démocratie et de la liberté d'expression, et eux, les chevaliers blancs, ils estiment urgent  et essentiel de tirer un coup sur la corde pour s'assurer que la sorcière est bien morte. Après quoi, mais après seulement, ils se lancent dans quelque jérémiade sur la liberté d'expression, agrémentée de quelques larmichettes de crocodile. 

En revanche, quand c'est quelqu'un qu'ils aiment bien qui subit les foudres, alors là, ça ne va plus. Liberté d'expression! Liberté d'expression! Ils sursautent républicainement comme un cabri.


Rappelons donc simplement, et avec tout le sang-froid nécessaire, que la défense de la liberté d'expression commence par la défense de la libre expression des opinions les plus contraires aux siennes. Quand quelqu'un parle de liberté, il est extrêmement important de savoir s'il pense à la sienne ou a celle des autres, expliquait Bernanos. 

Illustration. Vincent Reynouard se présente comme étant néo-nazi. Bon. Il a fait de la prison ferme pour un opuscule "révisionniste". C'est un pur scandale. Et c'est là que doit commencer la lutte pour la liberté d'expression. D'ailleurs, 30 personnes peut-être connaîtraient Vincent Reynouard s'il n'avait pas été victime de la censure. Mais les chevaliers blancs ne commencent à bouger que pour Taddéi, et à condition d'insulter encore quelques-uns de ses invités. 

Il y a un côté amusant à ce cirque, qui veut que ces chevaliers blancs utilisent les catégories et les armes du Pouvoir. Conséquence? ils ont les mains pour couper les oignons, et les yeux pour pleurer. Traquer du facho partout, et finir par s'être traqué soi-même. Oui, ça me fait marrer. 



Petit aparté culturel, si j'ose dire... Rue 89, média faussement impertinent, traite du film de Riad Sattouf. Ce serait un film "politiquement incorrect" qui réussit là où Dieudonné échoue. Laissons le bénéfice du doute à ce film que je n'irai pas voir, mais voyons ce qu'en dit l'article : 
  • "il va faire de la peine aux féministes en montrant que les femmes aux pouvoirs peuvent se montrer aussi dominatrices que les hommes ;
  • il emprunte à l’islam l’abaya de ses personnages masculins, des frustrés sexuels, dociles et soumis, et sa proximité avec Charlie Hebdo le fera condamner sans procès ;
  • il se moque allègrement de toutes les dictatures du monde, toutes ces républiques démocratiques et populaires qui ne sont ni l’une, ni l’autre ;
  • il joue des ambivalences sexuelles d’une manière qui ne plaira pas à tout le monde."
Ah d'accord. Voilà ce qu'est le politiquement incorrect en 2014. Ça va loin! Il aurait peut-être fallu ajouter au propos du film que :
- il y a des cons partout
- des arabes, des noirs, des juifs, des homosexuels, des allemands, y en a des biens
- le nazisme c'est mal
- les extrêmes se rejoignent
- etc.


Et je conclue sur le cas Nabe. C'est ce qu'il y a de plus désolant, et même déshonorant dans cette affaire. Que des Guillon, Bedos, et toute la fine équipe crache sur Dieudonné, c'est la logique même, c'est dans l'ordre des choses. Que Nabe, qui crachait glorieusement du feu dès 1985 chez Pivot, aille partout, y compris au Nouvel Obs', à Canal+ (Canal+ !!!), partout où les fleurs ne pousseront jamais, pour cracher sur Dieudonné et Soral et leur "conspirationnisme", c'est lamentable. Je crois, moi, que le Professeur Choron serait aussi allé à Canal+, mais avec un uniforme de SS, pour les ridiculiser définitivement.

samedi 11 janvier 2014

Le peuple de France peut-il se réveiller ?

Hier Ce soir (ou jamais) de Taddéi traite de Dieudonné. Il s'agit probablement de l'émission la plus libre en France à l'heure actuelle. Vu ce qui s'y est passé, ce simple constat est édifiant.

Taddéi était attendu au tournant, harcelé par les chiens de garde depuis des lustres, mais plus encore depuis la fameuse liste de Cohen, égrenant les "cerveaux malades" à ne pas inviter sur les plateaux financés par la redevance publique. Un certain Samama, officiant aux Inrocks et à la Règle du Jeu chez BHL, l'attaque plus férocement encore en le tenant pour responsable de l'explosion de Dieudonné. Bref, sur la sellette le Taddéi. Et en face, nous pouvons lui reprocher de ne plus inviter, précisément, ces "cerveaux malades"... Comment allait-il réagir à cette histoire?

Il en fait donc le thème de son émission. La liste des invités est donnée en 2 + 1 temps. Cela aura son importance. Au départ, Jean Bricmont est annoncé parmi 4 invités. A 3 contre 1, nous disons-nous... Bon. Plus tard, nous constatons que le nombre d'invités a augmenté, ce qui n'est malheureusement plus une surprise, Taddéi invitant plus de monde sur le plateau depuis qu'il est sur France 2, diluant ainsi ce que chacun a à dire et donc l'intérêt de l'émission. Toutefois, le fait notable, c'est que les 4 invités supplémentaires sont tous des "anti-Dieudonné". On ne peut même pas dire, d'ailleurs, que Bricmont est "pro-Dieudonné", il est simplement debout sur ses positions de principe. Mais, les 7 autres, eux, sont "anti-Dieudonné" et tiennent pour évident qu'il est antisémite, machin, truc. Leurs désaccords sont uniquement stratégiques, sur l'efficacité ou la contre-productivité de la censure. Désaccords assez violents cela dit, mais sur une question secondaire.

Première conclusion : dans l'émission la plus libre, l'animateur le plus résistant organise un débat à 7 contre 1. C'est déjà joli. Cette première conclusion sera amendée et aggravée par l'intervention du neuvième invité surprise. J'y reviendrai.


Prenons l'émission et les faits marquants un à un :

- Agnès Tricoire : attaque de Dieudonné mais défense de la liberté d'expression et décision très dangereuse de l'interdiction préalable d'un spectacle. 

- Alain Jacubowicz : long monologue (J.-F. Kahn aura raison de signaler plus tard que lui, "on" l'écoute religieusement) présentant Dieudonné de manière particulièrement biaisée et mensongère en faisant désigner notamment "les Juifs" dans des propos de Dieudonné qui n'ont jamais ciblé "les Juifs" mais "des Juifs".

- Jean Bricmont : appel à la définition du terme "antisémitisme"... sans réponse... mais interrompu par Emilie Frèche qui accuse Bricmont de rire avec Hitler, parce qu'il a mis une vidéo parodique sur son mur Facebook (insensé) ; interrompu encore dès qu'il prononce "Palestiniens" (hystérie), et encore ensuite, jusqu'à Jacubowicz qui demande carrément à Bricmont de se taire. Agnès Tricoire demande à laisser parler Bricmont. Il finit quand même sur les "débats impossibles" et la question de la cause et les effets (ouf!). 

- "Banalisez pas tout !"
- Bricmont : "Quand on compare Dieudonné à Hitler, on banalise Hitler."

- Eduardo Rihan Cypel : attaque ad hominem non argumentée sur un vieux livre de Bricmont sans rapport avec le sujet. "Exterminer M. Cohen" : n'importe quoi. "La liberté d'expression n'est pas menacée" : ahurissant.

- J.-F. Kahn : "c'est incontestable que Dieudonné est antisémite"... heu... si, ça se conteste. Il expose toutefois l'échec total de l'antifascisme.

- Gerald Garutti : l'interdiction préalable est valable parce que le spectacle a été préparé (et hop!), "la liberté d'expression ne va pas jusqu'à la liberté d'extermination" (grotesque!). Dieudo est un marchand qui synthétise tous les nazismes (et hop!)

- Emilie Frèche : Ilan Halimi... les enfants de Toulouse (mais pas les militaires tués par Merah, eux, on s'en fout)... Ça va en faire, des paroles à interdire! et d'ailleurs :

- Eduardo Rihan Cypel  : l'interdiction préalable permettra à tout le monde de faire interdire des spectacles au nom de la dignité humaine (les musulmans, les chrétiens, les machins et les bidules) : magnifique ! où allons-nous?

- Obalk : la sincérité du public de Dieudonné! (merci) et la stratégie du pouvoir fait passer de 200 nazillons à 2 millions d'antisémites potentiels

- Bricmont : "les antiracistes me font penser au curés de ma jeunesse"

- Kahn : ne pas alimenter l'argument du "deux poids deux mesures" (merci)

- Emilie Frèche : être contre la loi Gayssot = être pour les négationnistes... bin voyons

- Bricmont cite essaye de citer Robespierre, on lui coupe la parole

- Jacubowicz : "G. Proust est un humoriste, il a tous les droits" Sacrée Perle! 


Et là... la petite performance de Taddéi. Il interrompt le débat et va rejoindre Marc-Edouard Nabe, "et comme c'est un cerveau malade, je vais l'accueillir à part". Nabe, taillé en pièces depuis quelques années par une grande partie de la dissidence, sur la question du 11 septembre, où Nabe s'est quand même planté, et Soral et LLP l'ont siphonné. On lit la fatigue physique sur le visage de Nabe. Lui qui aime tirer des conclusions du physique... il doit se faire peur à lui-même. Bref! Nabe a pété les plombs, et s'il a raison sur certaines dérives dans la dissidence, et sur la position de principe de se méfier des puits dans le désert potentiellement empoisonnés, il est attristant de voir qu'il assimile tout ça à du "conspirationnisme", comme s'il était journaliste au Nouvel Obs'. Taddéi invite Nabe en sachant très bien que, "cerveau malade" de la liste de Cohen, il va taper sur Soral et Dieudonné du haut de ses 1000 pages à paraître et des comptes qu'il a à régler avec eux.

Nabe passe donc son temps à taper sur Dieudonné, mais ce moment de l'émission a été extrêmement révélateur, parce que Taddéi, rejoignant les invités "sains", est violemment attaqué pour avoir invité Nabe. Emilie Frèche dit avoir été piégée (de participer à un débat à 7 contre 1 ? elle est bien bonne). On comprend que dans les 7, seuls peut-être Tricoire et Kahn seraient venus s'ils avaient su que Nabe serait invité. Qui a parlé de débats impossibles ? 

Qui pis est, Nabe a expliqué longuement pourquoi il combattait Dieudonné sans pitié. Mais, c'est pas assez pour nos 7 amis. Nabe s'en prend, d'après Jacubowicz notamment, au conspirationnisme pour mieux nier l'antisémitisme. Quel délire! mais quel délire! Bricmont sors de ses gonds et sauve l'honneur.


On en vient à Voltaire pour finir. 

Bricmont cite : 
"Si vous voulez savoir qui est réellement au pouvoir, demandez-vous qui vous ne pouvez pas critiquer."

Hébétés. 

Kahn : "cela dit, c'est une phrase antisémite". Pourquoi cette phrase est-elle devenue antisémite?!


Conclusion : ce que Taddéi a pu faire est au-delà de la limite acceptable par les honnêtes gens. Inviter Nabe sans l'avoir annoncé a ému dans les chaumières. Jean Bricmont a été héroïque à 7+1 contre lui. Ce Spectacle indigne sanctionne une rupture complète et totale, elle, dont il va bien falloir sortir.



Est-ce qu'on peut espérer un sursaut de dignité du peuple de France ?

dimanche 21 juillet 2013

"Le jazz est le seul communisme qui a réussi"

Phrase de Nabe... jamais vu qu'il ait expliqué ça. Mais, moi, j'ai entendu Guillemin citer Bernanos, lequel s'en prenait aux communistes qui commettaient l'erreur de poursuivre le bien-être matériel (matérialiste) au lieu de la liberté spirituelle. Pour Bernanos, en gros, les communistes sont des gueux qui se partagent le gâteau du capitalisme... sont très proches des capitalistes, finalement. Tout aussi matérialistes et productivistes, en effet. Tous ceux qui me touchent les ont toujours renvoyé dos-à-dos, les capitalistes et les communistes. Tous ont l'arrière-pensée accrochée au socialisme : que l'individu puisse accomplir sa destination, des diableries pareilles, cf. Rousseau, Robespierre, Jaurès, Nietzsche, tous aussi divers les uns que les autres, mais rejoints sur cette ligne. 

Et c'est vrai, les jazzmen, ce sont des gueux, mais ce qu'ils ont mis en commun, c'est leur liberté spirituelle... se sont pas intéressés du bien-être matérialiste... c'est pour ça que ça a réussi. 

Au contraire, de nos jours, les rappeurs eux ne pensent qu'aux grosses voitures, chaînes en or, tutti quanti... voilà pourquoi ça n'a pas de sens... ce qu'ils remarquent en multipliant les formules de politesse ! pure et simple hypocrisie qui ne peut qu'enfoncer le clou.

Sert à rien d'être rappeur, autant être banquier directement.

mercredi 12 septembre 2012

Lettre ouverte à Monsieur Millet

Monsieur Millet,

Permettez-moi de vous appeler Monsieur, j'y suis quasiment contraint par d'étranges forces qui me poussent au respect, plus encore que par mon souci, toujours présent, de la Bienséance. 

Une armée de fantastiques Géants, venus aussi bien de l'ouest que de l'est, du haut et du bas, vous attaque, courageusement, à mille contre un. Nous commençons à les bien connaître, ils nous surprennent pourtant éternellement, capables de surpasser leurs exploits à chaque bataille - et ils en mènent, des batailles. C'est qu'ils ont la machinerie moderne pour les conduire, alors que notre pauvre, pauvre, Rossinante commence à fatiguer. 

Je suis de gauche démocrate anti-raciste et internationaliste. Tout devrait donc me pousser contre vous, et dans le camp du Bien, des belles personnes, des bienpensants, des honnêtes gens, des gens de bien, et pourtant : non. Eux aussi se proclament cependant de gauche, démocrates, anti-racistes, internationalistes. 

Je le répète, les honnêtes gens en mènent, des batailles. J'ai pu comprendre, au fil des années, et des défaites, qu'ils ne parlaient pas la même langue que moi. 

Ça a débuté comme ça : Edgar Morin était attaqué pour "incitation à la haine raciale". Et pourquoi pas Gandhi, tant qu'on y est ? D'autres affaires, innombrables, du même acabit, avant et après l'affaire Morin, firent monter la crispation. Le cas Dieudonné est exceptionnel : un métis qui se pense comme tel (donc un pont entre deux continents, deux cultures, donc une négation vivante du racisme) dont le patronyme est devenu synonyme de racisme, quoi de plus tragi-comique ? Mais l'histoire est pleine de ces grands renversements, de ces transferts. Il est facile d'accuser l'Autre d'être ce que nous ne voulons pas voir que nous sommes.

Je ne vous avais encore pas lu. Je vous avais entendu, je crois, dans l'émission Ce soir ou jamais, à propos de cette désormais fameuse complainte du seul blanc. Je n'en avais rien pensé de particulier, si ce n'est que c'est une chanson qui ne peut me toucher. Je ne suis pas attentif à ces détails, je ne les remarque pas, et je suis incapable de réduire un individu à une quelconque communauté. Je crois que je suis nietzschéen par réflexe : dans "Deviens ce que tu es", le terme important est "deviens". Un Homme à la peau noire n'est pas noir tant qu'il ne l'est pas devenu. Sous le regard éhonté du colonisateur (lequel était de centre-gauche, ce conflit idéologique ne date pas d'hier, et j'estime ainsi mon positionnement tout à fait cohérent dans ma critique du racisme et du colonialisme depuis Jules Ferry jusqu'à SOS Racisme), il est devenu nègre. La négritude et le jazz font plus pour ridiculiser le colonialisme que toute la bienpensance anti-raciste réunie - et pour cause !

Ce qui m'intéresse donc chez les autres, c'est leur devenir, leur liberté, pas leur passé ni leur communauté. Je suis d'ailleurs tout à fait infirme quand il s'agit de décrire une personne, avant que cette personne ne m'ait révélé sa façon de se décrire. Quand bien même, je vis dans un quartier assez peu blanc, idem dans mon travail, je n'écoute quasiment que de la musique de nègres et de bougnoules, et j'aime ça. Je suis, je l'espère, curieux de l'Autre, et les ponts historico-géographiques qui nous permettent de les rencontrer, de les connaitre, c'est là une chance. Je ne me suis jamais interrogé, en tant que "seul blanc", et même après réflexion, ça me paraît tout à fait incongru. Obama est plus blanc que Jean Genet, non ? Ah ! j'exagère ?! C'est à cause de Nabe.

Vous enfoncez d'ailleurs le clou, cet été, avec vos pamphlets, et toujours la complainte du seul blanc. Mais cette fois-ci, l'acharnement médiatique contre vous dépasse l'entendement. Toute la bienpensance déglinguée rivalise d'abjection. Tout y passe : vous faites de Breivik un héros, vous êtes raciste, vous insultez la mémoire des victimes, vous êtes fasciste. Des témoins vous auraient vu à plusieurs reprises chez Marc Dutroux, et des amis d'enfance déclarent - horresco referens ! -  que vous torturiez déjà des chats pendant les récréations à l'école. 

Je ne supporte plus ces médiacrates, leur propagande et leur tartuferie, de laquelle Molière lui-même s'étonnerait. Il me fut surtout pénible d'encaisser la chronique de Fabrice d'Almeida sur France Inter, lui qui est historien, et spécialiste des médias et de la propagande. Il est lugubre, lugubre de penser qu'il peut, malgré cela, servir la plus infecte soupe propagandiste sauce Val, préparée du mélange Millet, Dieudonné, Faurisson, Céline, avec pour résultat une clownerie iconoclaste et néanmoins nazifiée.

Quant au coup de grâce, c'est bien entendu au journal Le Monde qu'il revenait de le donner. Après les sous-fifres de itélé, des Inrocks, et compagnie, c'est la maison-mère qui attaque. Trouver 119 écrivains, 119 écrivains !... pour fustiger avec Annie Ernaux votre "fascisme", aucun écrivain au monde n'aurait pu l'imaginer. Cette fois-ci, les choses sont claires, le fond est touché, la partie est terminée, Babylone est brûlée, en cendres. Les mots n'ont plus de sens. La guerre c'est la paix. 

Ils s'y mettent à 119, et pas un, pas un, pas un de ces 119 écrivains n'a compris l'ironie du titre, ne sent que l'anéantissement de la littérature par le Nouvel Ordre moral, selon votre expression, est la condition sine qua non de l'émergence d'un Breivik, et donc que la situation logique, non ironique, voudrait que ce soit un cultureux mondain et mondialiste qui fasse l'éloge de Breivik. Quant à l'écrivain, dinosaure de la littérature, les faits lui ayant donné raison (la montée de l'insignifiance conduisant entre autres à des pratiques terroristes monstrueuses), il ne peut que redoubler de virulence dans ses alertes, ce que le Nouvel Ordre moral, pour se perpétuer, ne peut que prendre comme une justification et un éloge du monstre terroriste. Le piège est terrible, et magnifiquement déjoué par l'ironie de votre titre.

Pas un de ces 119 écrivains n'a le moindre commentaire à faire sur le contenu de vos trois pamphlets. L'histoire littéraire du XXe siècle, la théorie du Spectacle, celle des simulacres de Baudrillard, le rôle de Mai 68, les relations entre les médias, le Culturel et la politique, l'industrie culturelle, l'illusion démocratique, la surestimation totalitaire, Lévi-Strauss, René Girard, rien, il n'y a rien de pertinent à dire. En un sens, je m'en félicite, et vous aussi, assurément, c'est toujours ça de "débat" et de "commentativite" en moins.

La littérature, la langue, l'altérité ? il n'y a personne non plus, ces sujets n'existent pas. Il est beaucoup plus important de chasser le racisme. Pourtant, en cherchant bien, le racisme pourrait être trouvé là où ils ne l'attendaient pas. Vos livres transpirent en effet d'une idée centrale : la défense de l'altérité et la critique de l'indifférentiation. Vous pleurez la disparition de l'Autre. C'est du racisme, ça ? C'est d'extrême-droite, ça ? Si on prend cette propagande au pied de la lettre, cela signifie alors que l'anti-racisme, c'est la tolérance de tous (ceux qui boivent du Coca, écoutent de la pop, et lisent le Da Vinci Code). Quel magnifique exploit que de tolérer le même ! Quel humanisme ! Quel raffinement ! Si j'osais, je citerais la première phrase de Bagatelles pour un massacre. Boum ! Vrang !

Vous vous affirmez au fil des pages comme défenseur de la biodiversité des idées et des cultures. Grâce notamment à Péguy, j'en comprends bien les implications. Je me disais internationaliste - mais pour aller à la rencontre, et au-delà des nations, il faut bel et bien que les nations existent. L'inter-nationalisme, ce n'est pas le mondialisme, c'en est le contraire : l'échange dans l'altérité d'un côté, et la communication globish de l'autre. 

J'en finis, maintenant. Les honnêtes gens ne sont pas démocrates, ils sont voltairiens ; ils ne sont pas internationalistes, ils sont mondialistes ; ils ne sont pas de gauche, ils sont l'instrument de résignation sociale du capitalisme financier. Pasolini nous répèterait que là est le vrai fascisme. C'est pourquoi il est extrêmement important pour eux que leurs opposants passent pour fascistes, d'extrême-droite, racistes. 

Nous le savons. Soyons les plus forts. Enfilons le heaume de Mambrin. Et en avant !

"En avant. […] Puissé-je ne rien garder à mes semelles de tout ce que je quitte, et ne rien emporter que mes belles douleurs, mes belles conquêtes, toutes mes victoires sur moi-même en tant de combats où j’ai été vaincu selon le monde, défait par la laideur et révolté par le bruit. […] En avant !"
André Suarès

Très cordialement,

lundi 10 septembre 2012

Ma rentrée littéraire

Je fus quasiment incapable de répondre à la question : "quel est le dernier livre que tu as lu ?" J'en fus tout perturbé et effrayé. Oh ! certes, j'ai fini par retrouver D'un retournement l'autre, de l'ami Frédéric Lordon, lequel a le défaut d'être économiste, mais défaut largement compensé par son adoration, à juste titre (parce que Philippe Val aussi l'adore), pour Spinoza, ainsi que pour Céline puisque le titre rend hommage à l'élusion célèbre de D'un château l'autre.

Rentré chez moi, je retrouvai une pile de livres relus, partiellement ou non, récemment, ce qui eut un effet légèrement rassurant. Et puis, j'ai toujours le Journal de Léon Bloy et Au régal des vermines de Marc-Edouard Nabe, en cours, c'est vrai.

Et finalement, la rentrée littéraire n'est arrivée à moi que par le skandal Richard Millet, dont je n'ai pas fini de parler. Pour me rattraper, j'ai commencé par aller acheter les pamphlets scandaleux. Il me fallut donc aller en librairie, et la parcourir - les parcourir. 

On y remarque qu'un kilogramme de lessive est offert pour trois livres du Guillaume Lévy achetés. Je cèderai lorsque ce sera de la lessive bio, ce qui ne saurait tarder. Je feuillette alors quelques livres de la "rentrée littéraire", le livre d'Angot, par exemple. Je recommence : 

Un kilo. De lessive. Trois livres. Guillaume Lévy. Pas de la lessive bio. Pas encore. Bientôt. D'autres livres de la rentrée littéraire. Angot. Par exemple. 

Je ne me souvenais plus ce que je n'aimais pas dans son écriture. J'ai vite trouvé. Des "phrases" nominales. Millet en parle, d'ailleurs, on se demande bien qui il cible...

Ecoeuré, je me rends au rayon "Littérature française". "A, comme Artaud", pensai-je naïvement. Mais Antonin Artaud n'a pas l'heur de figurer dans les rayons de cette librairie, ni dans les deux autres parcourues ce jour. Je suis persévérant, jusqu'à une certaine limite, c'est entendu. "B comme Bloy, ou Bernanos" ! Rien ! Il n'y a rien, absolument rien. La littérature française se passera d'eux. 

Guy Debord, reviens !

samedi 11 août 2012

Thelonious Monk et Léon Bloy : l'intégrisme sinon rien

Depuis l'Affaire Siné, et un tract particulièrement percutant, je suis tombé dans la marmite nabienne. Son passage à Apostrophes en 1985, un délice ! "On entre dans un auteur comme dans une cathédrale !" Ah ! Ses livres, du coup... sa guerre déclarée, à coups de coups d'épée dans l'eau kamikazes contre le "juste milieu", ce "bon Dieu des imbéciles"... Ce refus total - Absolu - des compromissions. Cet intégrisme en fait, a été une vraie bouffée d'air pur, complètement anachronique dans cette époque de sentimentalisme dégénéré. C'est vrai quoi, Annie Lemoine elle a un public à qui elle donne des émotions, on ne peut critiquer ses livres, c'est insultant. Groumpf !

Or, donc, Marc-Edouard Nabe. Et Nabe existe en tant que Nabe, mais Nabe existe en tant que passeur vers les Anciens Intégristes. Nabe c'est la drogue et le dealer réunis. C'est lui qui m'a montré qu'il y avait au-dessus du rock que je ne supportais plus, le : Jazz ! Il me suffit d'écouter... au hasard... C Jam Blues par l'Oscar Peterson Trio, pour saisir de quoi je lui suis redevable. C'est lui, aussi, qui m'a montré qu'il y avait au-dessus de guignols post-modernes à la Beigbeder que je ne tolérais plus, la : Littérature ! La Joie de la lecture de Mort à crédit de Louis-ferdinand Céline pour en témoigner.

Il a réédité son premier et fracassant livre : Au régal des vermines. Je le lis, chapitre par chapitre. J'en isole deux pour cet article. L'un sur Monk, l'autre sur Bloy. Ce sont les mêmes. Monk, Thelonious Monk. Il y a des noms qui sont tout un programme. C'est comme Pier-Paolo Pasolini, ou Louis-Ferdinand Céline. Leur nom suffit. Contre-exemple : le comte Maurice Irisson d'Hérisson - invraisemblable nom d'un des funestes "honnêtes gens" du XIXe. 

Mais revenons à Thelonious Monk. Lui qui, raconte Nabe, "est allé se coucher pour des années, après avoir quitté le domicile conjugal sous prétexte que ses enfants y avaient introduit à son insu un disque des Beatles." Il s'est refermé progressivement au monde, jusqu'à en mourir. Ça c'est de l'intégrisme, ou je ne m'y connais pas. Mon respect en est forcé. "La liberté ou la mort !" - il faut encore en être capable et qui aujourd'hui ? Monk et les Beatles ne peuvent pas coexister. Oh, ça ne dérangeait assurément pas les seconds. Et pour cause. Donc, "Monk est mort. Monk est mort. Il faut bien se mettre ça dans la tête."


Et Léon Bloy ? Même rengaine ! Absolument intégriste. Le seul catholique de tous les temps. Aucun de ses "coreligionnaires" ne peut le supporter. Tous par lui démasqués dans leur tartuferie hypocrite. De même, quel "athée" pourrait-il accepter tout Nietzsche ? Voilà ce qu'en dit Nabe : "Je suis comme ça moi, je ne tolère que les hystériques, les fanatiques impitoyables. Si vous êtes prisonnier, soyez Sade ! A être fasciste, autant être Rebatet ou rien ! Si vous êtes catholique, soyez Dieu, pas moins..." On peut rajouter dans la même veine qu'il est éclatant que Céline a voulu et sans doute réussi à être le plus grand antisémite de tous les temps. C'est la demi-mesure, qui est insupportable. C'est trop demandé d'avoir une âme, d'être animé ? Tolérance interdite ! Intolérance sans frontière, voilà le point !

Chaque note de Monk, chaque mot de Bloy, balayent les milliers d'insignifiances qui, pour se protéger, propagandent pour la "tolérance" - tolérance qui va jusqu'à faire mourir Monk, ou les enfants de Bloy, mais tolérance vous comprenez... C'est Nietzsche qui a bien parlé de ça, comme de tout le reste : il explique que l'humilité est érigée en vertu par le ver de terre voyant le pied qui va l'écraser. Monk ou Bloy n'ont besoin d'aucune tolérance. Ils sont là, en 2012.

Léon Bloy s'en prenait à ces lieux communs : 

Etre poète à ses heures
Je vous mets au défi de trouver un Bourgeois qui ne soit pas poète à ses heures. Ils le sont tous, sans exception. Le Bourgeois qui ne serait pas poète à ses heures serait indigne de la confrérie et devrait être renvoyé ignominieusement aux artistes, à ces espèces d'esclaves qui sont poètes aux heures des autres.
Par exemple, il est un peu difficile de comprendre et d'expliquer ce que peut bien être cette poésie aux heures du Bourgeois. Supposer un instant que cet huissier se repose des fatigues de son ministères en taquinant la muse, exécutant des cantates ou des élégies, serait évidemment se moquer de ce qui mérite le respect. Ce serait, si j'ose le dire, une idée basse.
Le Bourgeois n'est pas un imbécile, ni un voyou, et on sait que les vrais poètes, ceux qui ne sont que cela et qui le sont à toutes les heures, doivent être qualifiés ainsi. Lui est poète en la manière qui convient à un homme sérieux, c'est-à-dire quand il lui plaît, comme il lui plaît et sans y tenir le moins du monde. il n'a même pas besoin d'y toucher. Il y a des domestiques pour ça. Inutile de lire, ni d'avoir lu, ni seulement d'être informé de quoi que ce soit. il suffit à cet homme de s'exhaler. L'immensité de son âme fait craquer l'azur.
Mais il y a des heures pour ça, des heures qui sont les siennes, celle de sa digestion, entre autres. Quand sonne l'heure des affaires, qui est l'heure grave, les couillonnades sont immédiatement congédiées.
"Être poète à ses heures, rien qu'à ses heures, voilà le secret de la grandeur des nations", me disait, dans mon enfance, un bourgeois de la grande époque.

Une bonne moyenne
Le président Jules Grévy venait d'inaugurer le Salon des Champs-Élysées. Il dit à ceux qui le reconduisaient à la sortie : "C'est cela, messieurs, c'est cela. Pas de génie, mais une bonne moyenne, voilà ce qu'il faut à notre démocratie !"

Exégèse des lieux communs, à lire d'urgence. Et ensuite, son Journal, bien entendu !


Allez, du Monk pour finir :







mercredi 16 novembre 2011

Adieu Charlie


Ah ! le Professeur Choron... Ah ! Hitler = SS... Ah ! Siné... Ah ! Hara-Kiri... J'en passe... De beaux (c'est comme ça qu'on dit) livres paraissent depuis quelques Noëls pour retracer les grandes heures de cet humour caustique. Le bête et méchant de Cavanna dans des beaux livres. Déjà le contresens. Mais le sens de la nostalgie nous fait l'oublier (un peu). Pauvre, pauvre Cavanna. Avec une telle histoire, l'hebdo en est devenu une institution. Bah ! encore le même contresens. La vocation d'un tel journal est d'être interdit, attaqué par le pouvoir en place. Son humour doit pointer du doigt le sacré (impensé) de l'époque. C'est sa raison d'être, sans quoi, il y a déjà Yann Barthès, Jamel Debbouzze ou Gad Elmaleh pour rire (on n'a pas tous le même sens de l'humour) dans le sens du poil. Il est beaucoup question de sens, vous avez remarqué. Même Guillon (!) sait se faire virer. Ce n'est pourtant pas difficile.

Charlie ne sert à rien. Je le dis sans le penser, mais je le dis quand même. On ne sait toujours pas qui a incendié ses locaux. Ça importe beaucoup, et en même temps, ça n'importe que peu. Cette semaine, Charb s'en prend aux "faux-culs" (Ramadan, Boniface, etc.) qui soutiennent le principe de la liberté d'expression et condamnent l'attentat, mais critiquent la ligne éditoriale de Charlie. Ça me semble pourtant honnête comme position. Ils disent ce qu'ils pensent, je ne vois pas ce qu'il y a de "faux-cul" à cela. En revanche, je vois ce qu'il y a de "faux-cul" à défendre la liberté d'expression de Charlie, de Redeker autrefois, mais pas celle, au hasard, de Dieudonné. On peut même applaudir les arrêtés municipaux qui interdisent à Dieudonné de se produire en spectacle. La liberté d'expression pour ceux qui sont d'accord avec nous, et seulement eux, je ne suis pas certain que ça s'appelle liberté d'expression. J'appellerai plutôt ça liberté d'oppression. 

Dieudonné parle de Charlie comme un journal de maison de retraite. Je lui donne raison. Quelques dinosaures SOS-racistosaures, démocratosaures ou encore partiscocialistosaures y trouveront encore leur compte. De notre côté, on préfèrera suivre une ligne (tordue) avec Pierre Carles, Franck Lepage, Etienne Chouard, Dieudonné, Marc-Edouard Nabe, Alain Soral, etc. Shoahnanas ou Charia Hebdo ? C'est vite vu.

dimanche 23 octobre 2011

Et le vingt-neuvième livre est...

Ivan Levaï a paraît-il écrit un superbe livre pour défendre DSK et Anne Sinclair. Superbe du point de vue peut-être de DSK et Anne Sinclair. Du notre, on aurait plutôt envie de réagir à la NDA : "Ras-le-bol !" Mais vraiment. Halte-là.

Mais voilà que Nabe se lance dans la bataille. Le titre laisse supposer, à lire entre la ligne, qu'il soutient l'ami DSK légèrement plus modérément. La modération est certes le style bien connu de Nabe. L'enculé. Un titre pareil, un thème pareil (ras-le-bol) et le parti-pris de faire parler DSK à la première personne, le compte donne trois sources de stupéfaction, mais aussi de scepticisme, et encore de méfiance. Et comment Nabe va-t-il se tirer de là ? C'est donc circonspect que je m'attaque à ce court roman. Et celui qui a claqué : "on entre dans un auteur comme dans une cathédrale", a doté l'antichambre d'escaliers, avec des marches de plus en plus hautes : il faut du temps pour écarter les inquiétudes. 

Il nous laisse le temps, oui, de nous y faire, on est encore dans le 28e, non-écrit, et on se demande comment celui-ci pourrait-il être écrit par DSK ? On comprend vite ce que le narrateur a de nabien (d'ailleurs : Nabe, L'enculé, lit-on bien entendu sur la couverture). C'est pourquoi ce livre a dû être beaucoup plus facile à écrire que L'homme qui arrêta d'écrire. Par ailleurs, le héros du livre, s'il passe à la moulinette, gagne au passage une bonne dose d'empathie, de sympathie même, de la part de l'auteur. C'est que la moulinette à laquelle il passe, c'est la sienne propre, son dossier est suffisamment lourd pour qu'il n'y ait pas à en rajouter. La cour est pleine. "Directeur du FMI" suffit à convaincre de revêtir une combinaison anti-radiations avant de l'approcher. De plus, Nabe adopte la version Diallo comme vraie, et ces faits avérés condamneraient et ô combien ! leur auteur. 

Mais pire que DSK : son entourage. C'est ce qu'entend démontrer la littérature de Nabe, qui fait de "l'enculé" un gros bonhomme, mais de sa femme, ses avocats, ses amis, ses collègues politiciens, un terrible et furieux gang de requins complètement marteaux capables de faits et gestes écœurants "à faire vomir les volcans" (Bloy) sous-marins, ce qui s'est d'ailleurs produit. 

Baby come back par LLP
En fait, on s'en fout de DSK, mais c'est l'oligarchie mondialiste qui est littéralement, littérairement insupportable. C'est elle qui est à condamner. Pas l'un de ses membres. C'est le crime, pas le criminel. Qu'en pense Ivan Levaï ? Quel était le livre à écrire sur cette affaire ? Qui pouvait l'écrire ? Nous qui combattons le crime en venons à comprendre le criminel ; eux qui défendent le criminel en viennent à oublier le crime.

Je termine par quelques mots sur le style nabien, de retour donc... qui donne manifestement envie de vomir à quelques-uns, et qui provoque les éclats de jubilation et de rire chez d'autres (la tentative de lettre de démission du FMI, le slogan de sa campagne présidentielle, la découverte de Nafissatou Diallo par "le monde entier", etc.) Le roman monte monte et termine en délirante campagne présidentielle, assurément plus drôle que celle que nous vivrons, même si la réalité dépasse parfois la fiction. Précisément...

Un beau livre (magnifiques papier et couverture sans code barre, ce ne sont pas des détails).

mardi 6 septembre 2011

Retour en Melancholia

Combien d'entrées pour Melancholia ? Je n'en ai idée. C'est un film omis. Il faut les bandelettes pour trouver l'homme invisible qui l'a vu. Encore a-t-il bénéficié de la stupidité de nos amis censeurs, toujours prêts à porter l'esprit Courbertin, partout où ils passeront, toujours plus haut plus fort plus loin dans la bêtise.

Il s'est pourtant trouvé quelqu'une influencée peut-être par mon premier article sur la question, pour l'aller voir et m'en rapporter quelque commentaire. J'en fus tout ébahi. Et s'ensuivit une discussion tout à fait déroutante dont je profite pour revenir placer quelques banderilles misonéistes, quelques variations sur le thème de Melancholia le dernier film en date de Lars von Trier.

Nous, les nazis, dirait-il goguenard, nous n'aimons pas la modernité. Le lecteur de ce blog - ce singulier ne sous-entend pas une généralité, un type, archétype, mais plutôt la grande solitude de celui-ci - l'aura compris. Je me sens de la même famille que Lars von Trier, de la même famille j'allais dire de pensée... non... de mystique ?... Une famille hétéroclite, pour le moins, cosmopolite et incongrue... à tel point que personne n'aurait l'idée de la voir comme une famille. Moi oui. De Nietzsche à Gandhi, de Tarkovski à Bernanos, de Nabe à Dieudonné, de Beethoven à Ali Reza Ghorbani, de Jésus à Rûmî... Étonnant, non ? Van Gogh ?! dont la reproduction de tableaux dans un bureau étatiste a perturbé toute ma matinée. Bela Tarr - que je l'attends ce Cheval de Turin !... Je n'en fais pas la liste, le lecteur, encore lui toujours le même, la connaît. La clé, la clé, celle qui ouvre la porte de Éden familial, personne ne l'a aussi clairement donnée que Charles Péguy, à ma connaissance. Socialiste - mystique, catholique - mystique. Je dis "aussi clairement" : c'est on-ne-peut-plus faux. Prononcez mystique aujourd'hui, et enfuyez-vous en courant car un témoin auditif aura certainement alerté les autorités sanitaires. Prononcez socialiste aujourd'hui, prononcez catholique aujourd'hui, il est acquis, démontré, certifié, assuré que personne, personne je dis bien personne ne comprendra par là ce que Péguy désignait alors par ces mots. A moins d'avoir lu Péguy, à moins de l'avoir bien lu. Vous conviendrez que ça limite. L'ayant lu, et je l'espère bien lu, vous pourrez vous reportez à mes délibérations sur la question, si cela vous chante (ici ou là).

Sinon, passons à Melancholia. Vous savez quels furent mes brefs mots, si je peux vouvoyer mon lecteur. Quelle ne fut pas alors ma stupéfaction d'apprendre que Lars von Trier était le "Houellebecq du cinéma", et un "grand morbide". Pour un nabien, l'attaque fait mouche. Mais à la mouche, c'est un Grand-Duc qui répondra, dans un combat acharné. 

Ici, je dois avertir le lecteur, parce que certains ont la manie de lire des articles sur les films qu'ils vont aller voir (?), et n'aiment pas que des pans de l'intrigue soient dévoilés. De toute façon, les films que j'aime n'ont que très rarement une intrigue. Il ne s'y passe rien. Mais c'est justement tout l'intérêt. Tout de même, lecteur, si tu es dans ce cas, fais demi-tour, et reviens dans quelques temps.

Comment je comprends Melancholia
Une femme, Justine, est quelqu'un de profondément vivante (elle le tient paradoxalement de sa mère qui n'a pourtant pas fait tout le chemin que fera Justine, elle en est restée à l'aigreur) et assurément brillante. Jusque là tout va bien, pour elle, elle nage dans le sens du courant. Pourtant, la concrétisation, à tous points de vue et simultanément, va tout casser - non ! va tout révéler... L'imposture ! l'illusion ! la duperie ! l'inversion de toutes les valeurs ! Ce qu'elle prenait en apparence et en inconscience pour du bonheur, du projet, de l'avenir, de la vie... en était l'exact contraire. Cette cérémonie, ce mari, ce patron, cette famille, ces amis, tout est faux, tout est mou, tout est creux, tout est décadent, dégénéré, tout morbide. Morbide, c'est le mot clé, en effet. Malsain, pathologique, qui porte la maladie. 

Prenant conscience, désormais, de cette inversion - d'abord elle ne comprend pas, puis elle rejette, elle en subit le contre-coup, et, enfin, enfin ! accède à la sérénité, c'est elle, Justine, qui passe pour malade, mélancolique, dépressive, désespérée, fataliste. Prenant à bras le corps sa liberté, c'est elle, Justine, qui est infantilisée. 

C'est dire... Lars von Trier filme ce mariage, de toute évidence, comme image, symbole, comme métaphore d'une décadence. Son propos n'est pas de dénoncer l'abrutissement de quelques milliardaires, ce qui serait somme toute un problème bien marginal à l'échelle de l'humanité. Non, c'est une enflure, une caricature, un portrait à charge, il enfle la vie moderne, la vie de l'être humain moderne, pour en dénoncer ce que cet être humain moderne lambda ne voit pas dans son quotidien, puisque c'est son quotidien, habituel, normal, naturel dirait-il franchement. 

Ce que Lars von Trier nous dit : voyez ce mariage, voyez cette décadence, ces personnages grotesques, ridicules, caricaturaux, morbides et dégénérés, voyez-les, et insultez-les bien, mais, comme dirait Rûmî, n'oubliez pas d'enlever du miroir qui vous fait face la poussière, car c'est vous que vous regardez, que vous insultez. C'est vous qui roulez dans cette putain de limousine trop grande pour une route sinueuse. Pas eux. Pas eux, seulement. Vous. Nous. Nous tous. Pas d'innocent. Tous matérialistes, modernes, bourgeois. C'est ça le crime.

C'est bien... d'accord... de ne pas manger tous les midis au Mcdo, et de ne pas acheter le i-pod ZX27 en ayant campé devant le magasin. On trouverait, et certainement beaucoup parmi les plus riches (mais pas seulement...) des comportements tellement aliénés... C'est déjà bien de ne pas tomber dedans. Ce n'est pas suffisant. C'est loin d'être suffisant, et même, c'est pire encore de ne pas tomber dans ce panneau-là, et de ne pas voir qu'on est tombé dans un panneau bien plus grand. A mon sens, ce n'est pas très glorieux que quelques milliardaires célèbrent de tels mariages déglingués et morbides. Il est pourtant tellement plus grave, combien plus grave, terrible ! que nous tous, des milliards de bovins, nous allions faire nos courses à Auchan. 

Elle est là la grande victoire du modernisme, du matérialisme. Tout le monde y donne, mais une petite extrémité trop voyante permet à l'immense majorité de ne pas même se douter qu'elle vit sur les mêmes fondamentaux, le même paradigme que ces brebis galeuses désignées. On nous fait le coup du juste milieu. Le coup de la tolérance. Le coup du sentimentalisme. Le coup aussi de l'optimisme. On nous fait le coup du : il y a du bon et du mauvais partout, il y a des gentils et des méchants partout. 

Qui est vivant ? Justine. Qui est morbide ? Claire, tous les autres. Qui reproche de la morbidité à qui ? Claire, tous les autres, reprochent de la morbidité à Justine. Transfert classique. Toutes les valeurs ont été perverties, inversées. Ceux qui vivent dans l'illusion, dans une ambiance morbide reprochent à celle qui, vivante, et libre, forte, nietzschéenne, leur montre ce qu'ils sont eux. 

C'est Melancholia qui viendra détruire toute vie. La mélancolie... la complaisance envers cette vie morbide qui s'ignore. Quand Justine sereine, sage (cf. la citation-mère de ce blog) dit ses quatre vérités, assène la Vérité à Claire, c'est extrêmement violent, extrêmement. Je crois, aussi violent que tous ceux qui ont joué ce rôle de prophète. L'intolérance est indispensable à la propagation de la vérité. Partir dans du sentimentalisme, parce que Claire est gentille, elle se démène pour sa famille, pour sa sœur, elle fait ce qu'elle peut, elle ne mérite pas d'être "insultée", cela revient à estimer qu'elle mérite de mourir dans sa voiture de golf espérant échapper à une planète... Lui ayant dit la Vérité, Justine lui offre une mort, dans la cabane magique, plus belle, plus digne, plus aristocratique, noble, meilleure. Bien entendu c'est violent à encaisser, mais c'est la vie. Et la première source de morbidité, c'est la négation de la violence.

Je précise ici, je m'en sens obligé, malgré mes nombreux radotages sur le sujet (dernier en date) : l'intolérance ne vise pas ne vise jamais une personne, laquelle bénéficie toujours et quoiqu'elle ait commis de la jurisprudence Jésus Christ : "pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font".  Ce qui est haï, c'est le Mal, c'est le crime. Le criminel lui ne subira aucune flèche, il n'est pas défini par son crime, il peut se repentir, marcher sur le chemin de la rédemption ; et, nous sommes tous criminels.


A la suite de quoi, on ne peut comprendre le film comme fataliste, comme une résignation, du sans espoir. C'est le contraire. L'ennemi est identifié, c'est la mélancolie, c'est la complaisance envers la morbidité. Chaque spectateur n'a plus qu'à se révolter, dans sa vie, dans son quotidien, contre tout ce qui l'aliène, et se libérer de ces pesanteurs modernes, matérialistes, démocratiques, sentimentalistes et tolérantes. Oh ! la tâche est immense, est infinie. C'est un chemin, un chemin boueux sur lequel on ne progresse que pas à pas, parfois même sur place, parfois encore à reculons, les obstacles sont légion. Peut-être seuls quelques-uns en sont capables, pour écrire un Zarathoustra, pour conduire une marche du sel. Mais, la résignation est impossible !...

mardi 12 juillet 2011

Jazz à Vienne 2011 : épater les Grands Anciens

La musique a beaucoup de travail : c'est la force guérissante de l'univers - et il est en acharnement thérapeutique, à quelques mois de sa fin (?) Elle est là, la musique, elle est là et joue, elle joue son rôle ; qu'il lui est pourtant difficile de se faire entendre entre le brouhaha démocratique et le bruit culturel. En voilà un procès maintes fois mené (par Jean Baudrillard, par exemple, ou par Franck Lepage), celui de l'Idéologie (déjà ne devrais-je pas employer un mot si désuet) et de la propagande (rebelote : on dit communication) qui va avec. Puisqu'il est au mieux intolérant au pire fasciste de critiquer une œuvre, une ribambelle de zozos zinzins ripaille en piétinant le Verbe, la Musique. 

Aujourd'hui que Michael Jackson et Amy Winehouse sont morts, et en attendant que Coldplay et Justin Bieber fassent montre de toute l'étendue de leurs talents, peut-être avons-nous une fenêtre de tir, comme se plaît à dire le langage dégénéré, pour évoquer quelques cimes piétinées. 

A l'heure où je couche ces mots sur la feuille - hé ! oui, je les écris à la main, sale misonéiste que je suis : les taper directement serait un sacrilège infernal - je devrais être en route pour Vienne où joueront ce soir Herbie Hancock, Marcus Miller et Wayne Shorter pour un hommage à Miles - excusez du peu. J'ai cependant pensé pouvoir, devoir, me contenter des deux soirées déjà passées au festival "Jazz à Vienne". J'ai horreur de l'accumulation, ça doit venir de là, une petite quenelle pour l'esprit Coubertin comme dirait Dieudonné. Toujours plus : très peu pour moi. Voilà : toujours "très peu". Ferait-ce cela de moi un extrémiste de la modération ? Ouille ! Aïe ! Un paradoxe comme la (post-)modernité en raffole. Je procèderai ce soir à mon propre écartèlement en place publique, pour haute-trahison idéologique.

Afin d'occuper le court laps de temps, et le répit qu'il me reste, je veux toucher deux mots de musique. En effet, la sentence s'étant abattue sur moi par moi-même, je ne vois plus bien pourquoi je me ménagerais des temps consacrés à ne rien faire, ce qui est très mal vu. Zou ! de l'utilitarisme. Je n'irai quand même pas jusqu'à raconter les deux soirées viennoises, ça n'aurait pas de sens, et c'est le Sens que, justement, je dénicherai. 

Je suis en Joie ce lundi 4 juillet d'aller écouter Ahmad Jamal pour la troisième fois, sur scène. Je ne m'attends certes pas encore à ce que la vedette lui soit volée par une hôtesse venue lui apporter les fleurs en fin de concert. C'est du jamais vu ! (Avez-vous vu bondir le journaliste toujours en quête de nouveauté ? bien ou mal, peu importe il faut que ce soit nouveau.) Hiromi Uehara qu'elle s'appelle, l'hôtesse. On ne comprend pas très bien, au premier regard : pourquoi diable avoir fait venir du Japon une fille pour donner des fleurs à un vieillard ? C'est que l'une des dernières légendes vivantes du jazz l'a prise sous son aile, Hiromi, la disciple du Maître. Son émotion, sa fierté de lui ouvrir la voie rend le moment très touchant. Le théâtre antique viennois est médusé (n'était-il pas déjà de pierre ?) par sa prestation, les auditeurs sont enchantés. Elle est virtuose, animée d'un humour musical désaltérant dans ce monde de dérision jusqu'à plus-soif, et elle va toujours où il faut : c'est une boussole qui attire le Nord ! N'ayant pas été chargé de sa communication (propagande, pour les intimes), je me bornerai à vous conseiller de la découvrir. 


Mais, si je parle d'elle, c'est qu'elle est parvenue à s'élever pour une évidente raison, une raison toute simple : elle reconnaît des Grands Anciens, les respecte, mais, et, elle veut les épater. Marc-Edouard Nabe nous l'expliquait au sujet de son dernier livre, L'homme qui arrêta d'écrire. Ce qui pèse, c'est l'actuel manque de Grands Anciens à épater, cette absence nous condamne à l'abaissement mortifère dans l'insignifiance. Hiromi joue pour se montrer digne de Beethoven, d'Ahmad Jamal. Nabe écrit pour être digne de Shakespeare, de Cervantès. C'est si prétentieux qu'il faut quasiment être fou pour y croire. Il est pourtant là, le prix à payer, et vous avez la différence entre musique et mumuse, entre Renaissance et dégénérescence.

La semaine suivante, c'est Sonny Rollins. Je répète : Sonny Rollins. Dans ce monde cultureux peuplé de molosses enchaînant les tubes, lui est le Colosse titubant certes mais déchaîné. C'est cahin-caha qu'il va faire tout un ramdam ! A-t-il confondu ce saxophone avec un déambulatoire, cet octogénaire ? Que nenni ! Il se permet même, avec ce saxo, de charger le caméraman, avant le rappel. Un éléphant lancé à pleine vitesse n'aurait pas fait mieux. Hé ! bien, lui aussi, tout Colosse qu'il est, convoque les Grands Anciens. Monk, Bird, etc. tous... ils sont là avec lui, dans son cœur, dans sa tête, cachés au fond de son saxophone, il essaye de les faire sortir. Mais, Sonny, tu en es ! tu es à la hauteur, leur hauteur : quelle Hauteur ! Ton Don't stop the Carnival méritait largement, joué avec toute cette facétie qu'il était, la belle ovation qu'il a reçue.


Un jour, peut-être, tolérance sera devenu un gros mot, comme déjà le souhaitait Rabaut-Saint-Etienne. Alors, la prétention à portée de tous, le cheminement spirituel, l'amour du savoir, la quête de la Vérité, plonger ses racines pour atteindre les cimes vertiges, tout cela sera la règle commune. Oui ? Nous ne serons alors plus en "démocratie". Nous serons en démocratie. Non ? Nous aurons essayé (peut-être) !...

mardi 5 juillet 2011

Hiromi The Trio Project - Jazz à Vienne

Ce soir c'est mon troisième concert d'Ahmad Jamal. Mais la vedette a été volée par l'hôtesse qui lui a apporté des fleurs en fin de concert : Hiromi Uehara. C'est une jeune pianiste que je ne connaissais pas, mais qui a fait sensation à Vienne, ce soir. Disciple de Jamal, elle annonce rapidement être très fière, et l'émotion se lit sur son visage, de lui ouvrir la soirée. Elle s'en montre tout à fait digne, durant toute sa prestation, et lors de la clôture, donc, alors qu'elle traverse la scène pour offrir à son Maître des fleurs comme une petite fille irait demander un autographe. Noble attitude que la sienne : elle reconnaît et respecte les Grands Anciens, ceux qui ont disparu, du moins s'en plaignait Marc-Edouard Nabe dans L'homme qui arrêta d'écrire. Il y a des Grands Anciens à épater, et c'est ce qu'elle entreprend, et c'est ce qu'elle réussit. Elle a un Père, Ahmad Jamal, et un Grand-Père, Beethoven. Sacrée famille, me direz-vous. Mais elle s'en montre à la hauteur.

Sa prestation restera gravée dans beaucoup de mémoires. Quelle sautille-trépigne devant son piano, qu'elle frappe les notes à coups de poing, de coude, de marteau-piqueur (elle n'avait pas de marteau-piqueur ? comment a-t-elle fait ?), qu'elle triture son clavier rouge dégénéré (même couleur que ses diaboliques chaussures) avec un sens de l'humour parfaitement étranger à la dérision régnante à notre époque, elle s'en tire toujours bien. Attention, la voici qui joue Tom et Jerry... le caméraman se laisse entraîner dans un trou de souris pour la filmer et percute le micro. Achtung ! elle joue une mélodie menaçante, et elle se retourne pour voir le loup qu'elle joue s'avançant - c'est peine perdue, elle l'a déjà apprivoisé. Quand elle change de registre, c'est dans la continuité. Quand elle effleure le piano, c'est violemment. Jamais on n'anticipe la direction, elle est toujours dans la bonne. Une boussole aléatoire, mais tous ses chemins mènent au Nord. 

Alors, quand la pathétique, que dis-je ?! quand La Pathétique retentit, celle de Ludwig van bien entendu, je n'en crois pas mes oreilles. Mais à quoi s'attaque-t-elle ? Elle la jazzifie et c'est un enchantement. Bah ! c'est incroyable. 

Elle envoie alors un morceau, seule au piano, époustouflant, et c'est la première ovation debout. Pas la dernière, puisque l'auditoire antique la fera revenir une fois, hélas ! pas deux...

vendredi 13 mai 2011

Dictionnaire désordonné de résistance au nouvel ordre mondial

Dans quel ordre les choses ? Je crois devoir mon illumination à Ainsi parlait Zarathoustra, mon premier contact avec le Verbe, la puissance des mots. Je passe sur les très nombreuses étapes de mon difficile et passionnant parcours sur ce "chemin boueux vers le cœur" comme dit Nabe en pensant très fort à Bernanos. Nabe, justement en fut une, ouvrant la porte sur la violence verbale de Bernanos, Bloy, Céline, Huysmans, Artaud, j'en passe tant... Il faudrait écrire des phrases comme on dresse des guillotines, qu'il dit le nabot. Une autre étape : La question humaine, bien entendu. Au final, et avec Franck Lepage, la conviction que la guerre qui se mène est une guerre des mots.

On pense avec des mots, il s'agit donc de ne pas se les faire voler. Penser la question humaine n'induit pas les mêmes mentalités ni les mêmes comportements que penser les problèmes sociaux. D'un côté la compréhension, insaisissable, des champs ouverts, que chacun peut et doit parcourir ; de l'autre, une série de points techniques demandant chacun des explications et des solutions que seuls les experts peuvent déterminer et apporter. C'est le problème la question centrale, le nœud gordien Edgar Morin. Le "nœud gordien" est une expression parmi les favorites du philosophe comme métaphore de problèmes (justement) sans solution, de cul-de-sac idéologique, et de saut qualitatif (violent) à opérer pour ouvrir de nouveaux champs des possibles. Aujourd'hui, le nœud, c'est la complexité, elle s'impose à nous. La question est de savoir si elle s'impose à nous comme éthique de la compréhension, ou comme apologie du despotisme éclairé (reconverti en dictature de l'expertise).

Pour favoriser à la première proposition de l'alternative, il faut s'armer des mots de cette langue. Voici comment : 
- réécrire les articles dégénérés modernistes en substituant de vrais mots à l'insignifiance machiniste,
- suivre le grondant Léon pour faire l'exégèse des lieux communs de chaque époque,
- lire et sans cesse compléter les dictionnaires réactionnaires-révolutionnaires, tels celui de la langue de bois, ou celui de la bêtise ambiante, 
- et cætera !...

Le bruit et la fureur. Le tumulte et le fracas (Merci la mélenche). Le Verbe fera tout un ramdam !

jeudi 28 avril 2011

L'anti-Luther - Nietzsche l'Insensé

Vivent les Idiots, les fous et les Insensés ! Et Don Quichotte.


Gai savoir, III, 125 :

Nietzsche peint par Marc-Edouard Nabe
L'insensé - N'avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, alluma une lanterne et se mit à courir sur la place publique en criant sans cesse : "Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !" - Comme il se trouvait là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu, son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? demandait l'autre. Ou bien s'est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ? - ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. 

Le fou sauta au milieu d'eux et les transperça de son regard. "Où est allé Dieu ? s'écria-t-il, je vais vous le dire ! Nous l'avons tué, - vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon ? Qu'avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? Où va-t-elle maintenant ? Où allons-nous ? Loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un haut et un bas ? N'errons-nous pas comme dans un néant infini ? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas venir la nuit, toujours plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? - Les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau - Qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux - ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ? Il n'y eut jamais action plus grandiose, et ceux qui pourront naître après nous appartiendront, à cause de cette action, à une histoire plus haute que ne fut jamais toute cette histoire." - Ici l'insensé se tut et regarda de nouveau ses auditeurs : eux aussi se turent et le dévisagèrent avec étonnement. 

Enfin, il jeta à terre sa lanterne, en sorte qu'elle se brisa en morceaux et s'éteignit. "Je viens trop tôt, dit-il alors, mon temps n'est pas encore accompli. Cet événement énorme est encore en route, il marche - et n'est pas encore parvenu jusqu'à l'oreille des hommes. Il faut du temps à l'éclair et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, même lorsqu'elles sont accomplies, pour être vues et entendues. Cet acte-là est encore plus loin d'eux que l'astre le plus éloigné, - et pourtant c'est eux qui l'ont accompli !" - On raconte encore que ce fou aurait pénétré le même jour dans différentes églises et y aurait entonné son Requiem aeternam deo. Expulsé et interrogé, il n'aurait cessé de répondre la même chose : "A quoi servent donc ces églises, si elles ne sont pas les tombes de Dieu ?"

jeudi 21 avril 2011

Pessimisme et feu sacré

Le pessimisme m'est beaucoup renvoyé à la figure ces temps-ci, au moment peut-être où je le ressens pourtant le moins. Je considère comme mon état normal la pathologie : la dépression, et je ne m'imagine pas autrement d'ailleurs, surtout depuis que j'ai découvert que c'était pour de très bonnes et nietzschéennes raisons - je vous renvoie à Ma maladie est une bénédiction (je ne me souvenais plus avoir donné un titre anglais à cet article, tiens). Devenir un Prince Mychkine actuel que je suis apparaît être la Voie de l'honneur, dans une époque déshonorée, et revient à éprouver ce dont on se convainc aisément à la lecture de Nietzsche : se battre contre le colosse du nihilisme ne fait pas de soi un nihiliste, c'est tout le contraire. 

Le problème est souvent posé en rapport à la question du que faire ? à laquelle il y a une réponse réaliste, et une beaucoup moins (plus ambitieuse) et pour cela jugée utopiste - écartée. Je n'ai pas lu Michéa, mais ça me semble typique de la formation de l'Empire du moindre mal. D'accord, on pourrait imaginer mieux, mais enfin, on a "ça", c'est déjà pas si mal... C'est la légende de la grenouille (à la scientificité contestable). Plongez-la dans l'eau bouillante, elle cherchera à s'enfuir. Plongez-la dans une eau très progressivement chauffée, elle mourra sans jamais avoir compris la menace.

Je trouve dans cette métaphore abusive la justification de l'amour du lointain, et non du prochain. Avoir un système de référence le plus éloigné possible, aussi. Visiter régulièrement le Panthéon des Grands Anciens à épater, dont Nabe décrit le cruel manque dans ces années 2000. Juger les meilleurs de nos contemporains à l'aune de leurs concurrents est une absurdité. Par contre, les comparer à ce qui se faisait de mieux les siècles précédents, voilà qui a du sens, et qui peut servir de boussole. Desproges disait de Jean-Marc Roberts qu'il était présenté, peut-être à juste titre, comme le plus talentueux des écrivains de sa génération - cela devait-il pour autant être vu comme un exploit ? bien évidemment non. C'est à Dante qu'il doit être comparé, et à qui il ne le sera pas une seconde. Circulez.

On me dira : mais ça n'a rien à voir, on ne peut pas comparer. Précisément. Alors pourquoi le faisons-nous ? par défaut, certes, mais nous le faisons. Par négationnisme, par amnésie générale et organisée, nous nous complaisons dans la décadence de notre époque. Lire Léon Bloy est difficile, parce qu'il faut y chercher beaucoup de mots dans le dictionnaire. C'est vrai, mais je le vis comme une honte personnelle, et elle ne dérange personne ; et je tente d'y remédier en l'ouvrant, le dictionnaire. Voici : nous en sommes à une telle avancée dans la destruction des valeurs et de l'âme que le terme médiocrité est encore beaucoup trop flatteur. Depuis mon point de vue, nous vivons la Chute, nous sommes à Babylone, c'est la Bérézina. Pour le penser, le dire, je suis le dépressif. Il me semble pourtant que l'esprit de la défaite est en face, chez ceux qui, sans jamais opposer de faits ni d'arguments, se contentent d'une contradiction de principe, et de la situation qu'ils acceptent, déchéance après déchéance, sans même remarquer qu'il s'agit de déchéances. Faut-il encore que le contempteur de la société dépressive voit sur lui transférer ce caractère dépressif ? Eh bien soit. "Cette multitude d'offenses n'est qu'une goutte d'eau dans un brasier ardent", disait sainte Thérèse de Lisieux.

Et en effet, c'est plutôt une immense flamme, un feu sacré qui me meut. Je passe sur le sauvetage de mon âme. Mais je m'arrête sur des témoignages qui rendent à mes yeux aberrant tout pessimisme. Quand une petite fille de 8 ans m'explique sa surprise et sa joie d'avoir découvert plein de choses et aussi qu'on avait parfois tort et parfois raison, mais qu'on pouvait apprendre après s'être trompé, que c'est ça qui est passionnant et amusant d'imaginer les moyens de vérifier, toujours, ses idées ; quand une autre petite fille de 8 ans revient sur ses pas au moment de repartir avec sa classe pour venir me dire que le séjour avait été génial, qu'elle a adoré, découvert des tas de choses et compris qu'on pouvait apprendre de ses erreurs, qu'elle voulait revenir faire d'autres expériences, et avec un regard brillant de milles et un feux au point que je ne suis pas certain l'avoir entendue dire cela tant son visage lui l'exprimait... le pessimisme est tout simplement impensable, impensable.

Et cette flamme mystique liquide l'écueil de l'inaction politique, celle dont parle Bernard Friot : la lassitude, penser que tout fout le camp, que tout se vaut, qu'il n'y a rien à espérer, et finalement ne pas savoir repérer le subversif dans le monde qu'on habite, pour l'amplifier et en rendre actuelle la portée révolutionnaire. Le désespoir mystique éprouvé est le contraire de la lassitude crainte par Husserl : 

« Luttons avec tout notre zèle contre ce danger des dangers [la lassitude], en bons européens que n’effraye même pas un combat infini et, de l’embrasement anéantissant de l’incroyance, du feu se consumant du désespoir devant la mission humanitaire de l’Occident, des cendres de la grande lassitude, le phénix d’une intériorité de vie et d’une spiritualité nouvelles ressuscitera, gage d’un avenir humain grand et lointain : car seul l’esprit est immortel. »

Décadence et barbarie, ou Renaissance et héroïsme ? Je suis quichottien, est-il utile de le rappeler ? Mais, en effet, le combat est infini, et la conscience que ce n'est qu'un début, aussi, est infinie...

lundi 30 août 2010

Eyes wide ... ?

Les négociations sont rompues, on pourrait bien m'envoyer la Belle au bois dormant que ça n'y changerait rien. La Modernité m'est insupportable. Ça va être violent, je vais malgré tout essayer de l'être le moins possible. Tout converge, tout conspire. Ceux que l'on désigne comme "tenants de la théorie du complot" identifient un petit groupe élitiste, plus ou moins séparé du peuple (ça, c'est vrai), qui se réunit en secret (c'est vrai également) et qui dirigerait tout absolument tout (ça, ça ne tient pas debout). C'est bien pire que ça. Tout conspire. Parce que tout le monde consent.

A ceux doutant encore de la folie du monde moderne, le seul exemple donné par Paul Ariès du pot de yaourt au parcours de 3500 kilomètres de la vache à l'humain devrait suffire. Mais l'attitude la plus répandue n'est pas le scepticisme, c'est l'insouciance, ou l'inconscience. Je ne sais plus qui a dit en substance : le pire n'est pas d'être enchaîné, c'est de ne le pas sentir. Et ça, c'est vraiment décourageant. Voir encore aujourd'hui des pseudo-débats UMP versus PS avec Jean-Marie Le Pen comme épouvantail diabolique, c'est à tomber à la renverse. Ça n'a pas de sens. C'est in-si-gni-fiant. Je ne devrais pas en être surpris, j'ai appris le mépris de la "démocratie" (un gros "pseudo" s'imposerait) chez Cornélius Castoriadis, et plus tôt même chez Friedrich Nietzsche bien sûr. Mais c'est écœurant. Le gros Léon Bloy (pourquoi gros ?) le disait : "Il y a des moments où ce qui se passe est à faire vomir les volcans." Bon... d'accord... c'est horrible. Ce ne serait pas si grave si une réaction se faisait entendre, s'il y avait ne serait-ce qu'une demi-douzaine d'âmes révoltées, Georges Bernanos avait raison de n'en demander pas beaucoup plus pour sauver une époque. Mais non, il n'y a rien.

Dresser un tableau du néant politique est au-dessus de mes forces. Il me suffira d'exprimer mon incompréhension la plus parfaite de ces gens de gauche, dixit, qui attendent le sauveur DSK ou de ces gens de droite, dixit toujours, qui se satisfont de Sarkozy. Remarquez qu'on peut inverser : la droite aime DSK, la gauche aime Sarkozy. Ça marche aussi. Et ce serait presque suffisant à révéler l'imposture. Encore y a-t-il Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Dupond-Mélenchon pour montrer aux uns que l'UMP n'est pas de droite et aux autres que le PS n'est pas de gauche, mais rien n'indique avec eux une sortie de l'imposture, bien au contraire. Ces gens ne servent à rien, si ce n'est à alimenter la diversion générale. Qui sommes-nous ? et quelle société voulons-nous ? voilà les questions qui ne sont jamais posées, tenues pour acquises : homo oeconomicus vouloir consommer. Passez muscade !

Plus démoralisant encore serait de s'attaquer aux crimes (aux crimes, pas aux crises) économiques. On voit encore ceux du-dessus se crêper le chignon sur les responsables de la dette abyssale que nous connaissons, et essayer d'arbitrer un match droite-gauche, sans jamais, jamais ! jamais revenir à la loi de 1973 qui interdit au Trésor Public d'emprunter à la Banque de France. Jour de fête pour le Président : Pom Pom Pi Dou. Obligation d'emprunter au secteur privé (intérêts yabon). L'impôt sur le revenu ne suffit pas à payer le service de la dette. Ah ! Oh ! Elevé au niveau européen par le Traité de Maastricht (article 104, Rocard lui-même reconnait maintenant que c'était une grave erreur) et validé aussi bien par le PS que l'UMP avec le Traité de Lisbonne dont le peuple n'a pourtant pas voulu. C'est vraiment important, DSK ou Sarko ? Pom Pom Pi Dou. Même "la crise" ne suffit pas à réveiller, apparemment. C'est ça qui est désolant. Insupportable aussi le coup du "c'est pire ailleurs", ou "c'était pire avant".

Il faut dire que nous sommes zombifiés. D'une, par le mode de vie, l'écrasement professionnel, le stress, la fatigue, la pollution. De deux, par la culture que nos ressources mentales, temporelles et financières nous permettent de consommer toujours plus vite sur l'autoroute de l'information. La Renaissance, si on parle encore aujourd'hui comme d'un temps glorieux, on le doit à la volonté des artistes d'alors de retrouver et d'épater, pourrait-on dire, les Anciens. Tout est là. C'est extrêmement réactionnaire, en réaction à une époque, on va puiser dans un passé glorieux de quoi s'élever (mais qui cela intéresse-t-il aujourd'hui, de s'élever ?). Et tout ce qui a marqué l'histoire de l'art est l'œuvre de tels réactionnaires-révolutionnaires. Je ne connais rien à la peinture, mais l'exposition "Picasso et les maîtres" a du le montrer. On pourrait presque pousser le bouchon jusqu'à dire que c'est par jalousie des Anciens que le génie opère. Ainsi Nietzsche, ainsi... enfin c'est obligatoire. Au lieu qu'aujourd'hui, amenez-moi les artistes qui prétendent (à juste titre) s'inscrire dans une lignée multiséculaire. Qui pour se mesurer à Rimbaud ou Bach ? Personne. Évidemment, puisque c'est le dernier des soucis de l'époque. C'est pourquoi on peut parler d'industrie culturelle sponsorisée subventionnée protégée, du divertissement pour public à conquérir.

De toute façon l'industrie est partout. C'est normal, l'idéologie du Progrès a tout englobé depuis des siècles. Quand la société était contestée, c'était par des marxistes plus productivistes encore que les capitalistes. Aujourd'hui, toute contestation est rendue impossible par dérision. Ne pas être dans le dogme moderne, c'est être médiéval, et il n'y a rien de pire que ça. C'est insupportable. Admettons la barbarie du moyen-âge... c'est une barbarie du canif. Les barbares nucléaires n'ont en comparaison aucune leçon de civilisation à donner, c'est insensé ! En appuyant sur un bouton dans ton navion, tu peux dégommer un petit village afghan en train de célébrer un mariage, et c'est cela qu'on appelle civilisation.

Et donc, l'industrie a gagné l'agriculture. Là, je me contenterai de vous proposer cette vidéo en deux parties, qui résume le livre de Lydia et Claude Bourguignon, Le sol, la terre et les champs. C'est bouleversant. Le résumé est l'œuvre du personnage, du sacré personnage qu'est LLP. Lui voit donc un complot à tout cela, vous l'entendrez à la fin de la deuxième partie.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 1 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Anniversaire, mariage, premiers pas en vidéo.


Le Libre Penseur - Sol Terre et Champs 2 sur 2
envoyé par Cl4VieFrere2010. - Regardez les vidéos des stars du web.

Figurez-vous que je reviens du supermarché. J'y ai vu des tomates-cerises mi-rouges mi-transparentes. J'en ai donc conclu qu'après avoir décoloré les tomates, nos amis ont manqué d'encre pour les recolorer. C'était la fin de la cartouche. Le progrès aura fait toutes ses preuves le jour où chacun pourra imprimer ses tomates et ses pommes chez lui.  Ah faut rester de bonne humeur, hein... Quelques instants avant, j'avais dans l'idée de lire quelques pages des livres que ces zozos vendent. Parce que je n'ai jamais lu, par exemple, une phrase de Marc Lévy ou de Guillaume Musso. Il faut dire que leurs titres, simplement, sont féériques, magiques. Seras-tu là ? Et si tu revenais ? Je serai seul, Tout est fini qui finit bien, Reviens vite la semaine prochaine, Et si c'était vrai ? Et après ? Où es-tu ? Je suis là ! Tu n'y es plus ! Je reviendrai. Bref, un gag. Hallucinant. Ainsi, je n'ai jamais osé ouvrir un de ces livres. Or, on ne peut plus, c'est impossible ! Un film plastique protège désormais les livres. Explication ?

Le but n'est pas de taper sur des cibles aussi faciles que Marc Lévy, Tokio Hotel, Sarkozy, je ne sais qui... Ce serait plutôt de lancer un appel désespéré à la Renaissance.



Trop, c'est atroce, et il est hors de question de fermer les yeux, je veux les garder grand ouverts. Eyes wide shut ? Impossible. Vous savez, le formidable film de Stanley Kubrick, souvent interprété par la lorgnette des méandres de la vie de couple - je veux bien mais cette facette-là ne m'intéresse pas du tout, au contraire du conflit entre dégénérescence et Renaissance. Ce conflit y est exceptionnellement traité, et d'ailleurs, je ne saurais dire où se positionne Kubrick. Ça commence dès le début, j'ose le dire, avec la Valse pour orchestre de jazz n°2 de Dmitri Chostakovitch, qui symbolise la lutte entre l'ordre, les élites (la valse) et le désordre, les bas-fonds (le jazz). Je ne me lancerai pas dans une analyse détaillée du film, je n'en sortirais pas, mais me contenterai de quelques éléments. Tout est déclenché par les propositions d'un certain Sandor Szavost à Alice, un nom qui renvoie très simplement à Anton Szandor LaVey, le sataniste. L'intrigue emmènera Bill tout droit au Bohemian Club pour la célèbre scène rituelle. Plus tard, alors qu'un sbire de ces élites dégénérées le suit, Bill s'arrête à un kiosque, prend un journal où il est écrit "Lucky to be alive" (en faire quoi de cette chance ?), et l'observe avec anxiété, le sbire, qui s'arrête à son tour, entre le Verona (Vérone = Renaissance) Restaurant et un panneau Stop sur lequel est inscrit en graffiti CMB - "Stop CMB", une inversion pour Bohemian Club, le M pour le Moloch qui coiffe leur hibou-emblème (le même M qui fait office de masque de Ziegler, d'ailleurs). N'en jetez plus ! A moins que ce ne soit "STOP VERONA", puisque les mots sont sur la même ligne et de la même taille, signé CMB. La coupe est pleine. La lumière est en face, toutes les fenêtres sont allumées à Vérone.

Bon, voilà. il faut choisir. C'est dur, bien qu'évident. On refuse le chaos, alors il n'y aura pas d'étoile qui danse.