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jeudi 31 décembre 2015

Léon Bloy contre le gouvernement représentatif

Je lis dans son journal à la date du 20 mai 1910 ce petit texte qu'il a intitulé L'Apothéose de l'Idiotie ou Les Rois qui demandent une grenouille. Voilà un percutant réquisitoire contre la Quantité vénérée par la modernité protestante occidentale. Nous y sommes. 



Le texte : 

En ce temps d’élections, j’ai entr’ouvert timidement et péniblement le Manuel électoral Dalloz qui « se propose », dit l’Avertissement, « de faciliter à chacun, par une exacte connaissance de la loi, l’exercice de ses droits et l’accomplissement de ses devoirs électoraux ».

Dans mon ignorance, jusqu’alors parfaite et certainement très coupable, j’ai été stupéfait de l’étendue de mes droits. Il m’a semblé que je découvrais un continent. J’ai appris avec une joie que je renonce à exprimer, qu’il suffit d’être régulièrement inscrit pour être admis au vote, que cela suffit au point que le bureau ne pourrait exclure même un étranger, même un mineur, même un individu privé de ses droits électoraux par suite de condamnations judiciaires.

« Le bureau (je recopie textuellement) n’a pas même le droit de s’assurer que l’état physique, permanent ou accidentel, de l’électeur permet de recevoir de lui un vote valable. Par exemple, il doit admettre le bulletin d’un électeur sourd-muet qui ne saurait pas écrire. Jugé en ce sens que le bureau ne saurait refuser de recevoir le vote d’un individu qui ne jouit pas de ses facultés mentales, s’il est inscrit. Le bureau ne peut pas, d’autre part, refuser le vote d’un individu inscrit sur la liste électorale en se fondant sur ce que cet individu, en vertu d’une double inscription, aurait déjà voté dans une autre commune. »
Ici, commentaire marginal d’un lecteur astucieux qui m’a précédé : « Si ce « déménagé » inscrit ici et là, est, par dessus le marché, idiot, il votera donc deux fois! » Sans doute. Pourtant « le droit de prendre part au vote est suspendu pour les personnes retenues dans un établissement public d’aliénés ». Conséquence : « Le fou évadé est essentiellement électeur et, par suite, éligible. » Du même commentateur.
C’est admirable. L’Urne bâille pour tout le monde, sans exception. Soyez Chinois, apache ou Groenlandais; soyez au bagne, du ministère de l’Instruction Publique, du bureau des Longitudes ou de la maison Dufayel ; soyez académicien ou aviateur ; soyez cocu si cela vous chante : vous êtes inscrits, tout est au mieux. Il ne tient qu’à vous d’assurer le salut de la République et le bonheur du genre humain. Car ces deux objets seront le résultat nécessaire et tangible de votre vote.
On comprend l’éloquence de cette image qu’il me fut donné de contempler dans un récent numéro de l’Illustration : Un océan de mains levées et de chapeaux au bout des cannes, avec cette légende : 
«Le serment du parc de Treptow. Par 150000 mains levées, le peuple de Berlin affirme sa volonté de conquérir le Suffrage universel. » La Germanie entière nous envie cette toison d’or. Il y a de quoi.
Dans le Paradis terrestre toute l’espèce humaine socialisée, unifiée dans la personne indiciblement féconde du Premier Homme était sainte, par grâce et par nature, inondée de la lumière béatifique, ruisselant de gloire et de beauté. Elle était comme un déluge de joie dans un déluge de splendeurs et se promenait au Jardin de Volupté, en la compagnie des tigres affables, des crocodiles suaves, des hippopotames conciliants, parmi des végétations divines dont le seul parfum guérirait tous nos malades et ressusciterait tous nos morts. Eh! bien, tout cela est restitué par le Suffrage universel.
Aux âges de ténèbres où on ne le connaissait pas plus que la poudre à canon ou la pomme de terre, il était généralement et obscurément admis qu’un idiot devait être jugé tout à fait inapte à quoi que ce fût. Quelques-uns, il est vrai, furent monarques ou princes de l’Église et, quelquefois, non des moindres, mais plutôt par naissance que par élection. Le suffrage, alors très restreint, n’allait pas spontanément et de plain-pied aux crétins non plus qu’aux hydrocéphales. Autant que possible, on choisissait en haut. Aujourd’hui on choisit en bas et telle est la victoire de la raison humaine démaillotée de ses vieux langes.
L’idiot désormais est maître du monde, enfin! C’est lui qu’il faut, c’est lui qu’on demande. Lui seul est capable de représenter, de légiférer, de présider!

L’expérience est faite. S’il y a quelque chose d’impossible, c’est d’imaginer un homme, je ne dis pas supérieur, mais seulement doué d’une intelligence rudimentaire, pouvant être jugé digne de faire des lois ou d’exercer une fonction publique. Le crétinisme est rigoureusement exigé.


J’aime les inconnus. En voici un qui l’est à ravir. Il se nomme Henri Barbot et gagne sa vie comme il peut dans un journal de province. Si on lui rendait justice, les plus fiers quotidiens de Paris s’honoreraient de sa collaboration, ou plutôt il serait mis en état d’écrire en paix, dans sa maison, de nobles livres pour l’illumination et le réconfort de ce qui peut nous rester encore d’esprits généreux. J’ai beau regarder, je ne vois personne à son niveau dans le monde de la pensée philosophique, lequel monde, quoique devenu minuscule, n’est point beau à voir, il faut en convenir, ni même ragoûtant d’aucune manière.

J’ai donc consulté Henri Barbot sur le cas du Suffrage universel et voici, en substance, quelle a été sa réponse. Il me faut l’extraire d’une dissertation assez étendue que je voudrais voir intégralement publiée dans quelque revue retentissante.

La Divinité moderne, aussi bien pour les chrétiens et les juifs que pour les athées, c’est l’idole Quantité, le dieu Quantum, avec son culte plus exigeant, plus implacable que le Fatum antique.
Autrefois, il y a longtemps, quand les hommes avaient leur tête entre les deux épaules, on savait que la notion abstraite du Nombre ne devait pas être confondue avec la notion de Quantité. Il n’était pas permis, même aux enfants, d’ignorer que la Quantité, c’est le corps matériel, la tendance inférieure du Nombre, et que sa tendance supérieure, son esprit, sa part de lumière, c’est la Qualité.
La personne mystérieuse du Nombre dont nous ne connaissons ni le commencement ni la fin, est à la disposition de l’homme sous ces deux espèces. Parent du Nombre absolu, l’homme ne peut pas ne pas connaître, d’instinct fondamental, cet endroit et cet envers du Nombre abstrait. C’est le tissu même de sa conscience. Aussi ne lui est-il pas permis de dire après son choix : « J’ai agi sans connaissance de cause. » Il a conscience de ces deux aspects, comme il a connaissance de la verticalité et de l’horizontalité qui symbolisent si bien les deux tendances...

S’il y eut une époque où les hommes négligèrent la Quantité pour se tourner exclusivement vers la Qualité, c’est incontestablement le Moyen Age et cette époque peut nous offrir le spectacle ou du moins un avant-goût du spectacle qu’aurait pu donner au monde le plein épanouissement de cette tendance, mais il fut traversé brusquement et fauché par la Renaissance. Tendance verticale des lignes, élancement des ogives, amincissement et dégagement des clochers, des flèches. L’époque des donjons, des beffrois, des cathédrales, symbolisait ses tendances par des œuvres en hauteur...
L’époque moderne, au contraire, allonge dans le sens horizontal ses ateliers, ses usines, ses tunnels, ses chemins de fer. L’effort de l’homme rampe à la surface de la planète. Aucune de ses œuvres ne peut être appréciée autrement qu’en longueur. L’ordonnance, la proportion, ce qui qualifiait l’œuvre n’existe plus. C’est au kilomètre et l’homme ne manque pas de proclamer magnifiques les vois ferrées les plus longues. Un tunnel de 10 kilomètres est dix fois plus beau qu’un tunnel de 1 kilomètre. C’est que la Quantité est essentiellement destructrice de la Qualité, si elle ne lui est soumise. Égaliser, niveler est pour elle d’une importance vitale et elle exige l’anéantissement de tout ce qui la dépasse. C’est une succession indéfinie de quantités perpétuellement égales.

Canaux, voies ferrées, lignes télégraphiques ou téléphoniques, paquebots express allant transmettre partout les oracles du nombre quantitatif : de la Bourse, quantité de l’argent ; de la Loi démocratique, quantité de l’opinion; et cherchant à violer, jusque dans le dernier recoin du globe, la magnifique liberté de ceux qui rejettent le nombre __ c’est-à-dire le chiffre, le numéro __ par amour de l’Unité.
Voyez ces usines dans lesquelles chaque ouvrier est l’élément, toujours le même, d’une addition plus ou moins énorme.

Voyez la guerre où tout courage individuel, tout héroïsme va être supprimé par un explosif plus terrible, par un plus grand coefficient d’expansion des gaz. Voyez les mœurs : les mariages conclus par la quantité de l’argent ; l’amour de la famille subordonné à la quantité de l’argent ; la liberté de penser, de dire et de faire, proportionnée à la quantité de l’argent ; la beauté, la vertu, l’intelligence, toutes les qualités enfin, taxées suivant la quantité d’argent qu’elles peuvent procurer, tout en un mot ramené à une valeur marchande, autant dire la prostitution universelle...

La Qualité ne peut s’exprimer à nous que par un symbolisme. Il faut qu’un homme, conscient d’une manifestation supérieure du Nombre, force la matière soumise à la Quantité qui est son expression, à répéter analogiquement, dans la tendance intérieure, ce qu’il a connu de la tendance supérieure. C’est la soumission absolue de la Quantité que l’artiste a maîtrisée et qui incarne, dans le temps et l’espace, aux yeux des hommes, l’harmonie incorporelle entrevue. En fixant dans la matière sa conception, l’artiste a, en quelque sorte, créé...

En résumé, le Nombre est conçu, en tant que Qualité, par la face supérieure de notre esprit et conçu en tant que Quantité par sa face inférieure. C’est donc la face inférieure de l’esprit humain, son mode de conception le plus bas, qui régit en maître, à l’heure où nous sommes, les intérêts majeurs de la société....
Le Protestantisme, en déchaînant la préférence pour la Quantité, s’est mis en tête du cortège triomphal de cette reine du monde. Et il y fut installé à tout jamais quand, après avoir conquis Henri VIII par les sens, il eut dicté à la volonté d’Elisabeth cet acte de soumission à la déesse du Plus-ou-Moins : « Que Dieu me donne quarante ans de règne, je me passerai bien de son ciel! » Dieu qui, sans doute, ne regarde pas à la Quantité, lui fit bonne mesure. Elle a régné quarante-cinq ans et on aime à croire que, depuis ce temps, elle a appris à se passer de la Qualité éternelle. Modelée sur cette parole, l’Angleterre ne pouvait manquer de prendre le pas sur les autres nations dans un temps où, grâce à une connaissance exacte du prix des choses, le commerce n’a plus à craindre la concurrence déloyale de Dieu offrant son ciel gratis pour tout le monde.

La préférence pour la notion de Quantité, portant avec soi la haine de la Qualité, règne donc en maîtresse dans la société chrétienne tout entière, car les catholiques ont suivi le mouvement. Depuis la Réforme, elle développe peu à peu toutes ses conséquences et nous approchons de son plein épanouissement. Si rien n’y met obstacle, tout ce qui est un privilège naturel ou une supériorité acquise, tout ce qui est éclatant, beau et grand, tout ce qui est qualifié , en un mot, va disparaître.
L’homme a choisi la Quantité, parce qu’elle ne peut admettre ni le Superlatif ni le Comparatif. Elle est elle-même le Positif __ par conséquent le dispositif. C’est une divinité assise ou couchée par terre à la portée de chaque électeur. Tout ce qui prétend se tenir debout déchaîne sa rage et périra ce qui reste de Qualité dans le monde est caché et prisonnier au fond de certains cœurs, comme est prisonnier lui-même, au fond de son palais, le Souverain Pontife, image terrestre de la Qualité suprême.



J’ai accueilli cette réponse, véritablement transcendante, comme si elle m’était venue de Dieu même et je ne vois pas le moyen de prononcer d’une manière plus décisive contre le Suffrage Universel envisagé tel que la suprême sottise du genre humain, le gâtisme social, la paralysie générale des peuples, après quoi il ne peut plus y avoir que la plus ignoble des morts.

« Si la Providence », conclut mon ami Barbot, « ne suscite pas un homme capable, par les qualités de son nom, de son âme, de son intelligence et de son énergie, de faire le contrepoids nécessaire, il faudra bien alors que le peuple paie pour son propre salut. » « Mais, me demandez-vous, faudra t-il donc voir couler le sang des martyrs? » Je vous répondrai : « C’est probable. » Et si vous ajoutez : « Ce monde en trouvera t-il encore? » alors je vous répondrai sans hésiter : « J’ en suis sûr ! »

Eh! oui, on en est là, et malheur à qui ne le voit pas. Des martyrs, il y en aura peu, c’est probable, infiniment peu. Mais n’y en eût-il qu’un seul, Il aurait le terrible et prodigieux honneur d’accomplir, après Notre Seigneur Jésus Christ, la prophétie de Caïphe : Expedit unum hominem mori pro populo, ut non tota gens pereat.

Le suffrage universel, c’est l’élection du père de famille par les enfants. J’ai écrit cela je ne sais où. C’est donc l’extrémité de la démence. C’est l’immolation frénétique, systématique et mille fois insensée de la Qualité par la Quantité, par conséquent la course de plus en plus enragée vers l’ Inqualifiable.
Les juges cités au commencement de cet article sont dans la logique la plus rigoureuse, le principe d’expansion indéfinie de la Quantité ne permettant pas un autre point d’arrivée que l’Infinitésimal humain dans la petitesse de l’esprit, dans la bassesse du cœur, dans l’idiotie. Les élections, chaque fois, témoignent d’une accélération inouïe, fatale, vraiment symbolique et prophétique. Je ne sais plus ce qu’il y avait naguère, des chiffres quelconques déjà effrayants. Aujourd’hui, ce matin même, 9 mai, on marche avec plus de cinq cents idiots résolus sur un peu moins de cent imbéciles déterminés. Et voici que la comète approche pour confondre, s’il plaît à Dieu, les deux armées.

Les inexcusables, les impardonnables, ce sont les chrétiens, c’est-à-dire les catholiques, lesquels ont ou devraient avoir, à défaut de tout génie, la pratique des sacrements de l’Église, l’Eucharistie qui confère le Custodiat éternel, en d’autres termes la préférence déterminée de ce qui est en haut, le mépris absolu de ce qui est en bas, l’assurance plénière et l’appétition infinie d’une vie supérieure. Or, c’est précisément le contraire. Cela est à confondre la pensée.

Athées inconscients pour la plupart, mais athées pratiques, à épouvanter les démons, ils vont jusqu’à prétendre que c’est leur devoir de recueillir les fruits de l’arbre maudit où s’est pendu le mauvais apôtre et où ils finiront par se pendre tous en crevant par les intestins ; que c’est une obligation religieuse pour eux de donner leur vote à tel ou tel prostitué qui leur paraît un sauveur, simplement et bassement parce qu’il ne les dépasse pas.

Les « perfides juifs » qui avaient tout de même le sens de l’attraction supérieure, avaient cloué Dieu en haut. Les catholiques le clouent par terre, au niveau de la gueule des chiens. Le plus savant des anges ne pourrait plus leur faire comprendre que la multitude n’est rien, qu’on ne peut être sauvé ou délivré, comme l’enseigne l’histoire des siècles,que par un seul homme très haut, qui offre sa vie, et que même l’oligarchie la plus précieuse ne vaut pas un sou de plus que ce que vaut son chef. Mais où l’impuissance du plus grand ange serait surtout manifeste, c’est lorsqu’il entreprendrait de montrer que leur bulletin de vote soufflette Celui qui les a seul rachetés au prix de son Sang et dont ils se prétendent les adorateurs.
Les Maîtres chrétiens, ceux qu’on nomme les Saints, et dont l’Église a placé les ossements sur ses autels, se sont usés à enseigner, par la parole ou par l’exemple, qu’il n’y a que la prière sine intermissione, la parfaite confiance en Dieu, le déplacement des montagnes par la seule foi, le miracle enfin, et que tout le reste est billevesée. Il paraît bien aujourd’hui qu’ils ont enseigné cela tout à fait en vain.
Hier, dimanche 8 mai, huitième anniversaire de la destruction soudaine et brutale de Saint-Pierre Martinique, on faisait la fête de Jeanne d’Arc béatifiée et c’était, en même temps, le ballottage. L’occurrence est fantastique. L’archevêque de Paris, qui avait, tout dernièrement, conseillé à ses fidèles diocésains de pavoiser et d’illuminer en l’honneur de la Pucelle, a tout à coup décommandé cette manifestation, afin de s’associer au deuil de l’Angleterre, car notre ineffable pontife a ceci de commun avec les plus grands saints, qu’il ne laisse échapper aucune occasion de se faire mépriser. Il a eu ce tact, qu’on ne peut assez admirer, de sentir l’inconvenance qu’il y aurait à glorifier Jeanne d’Arc, juste au moment où la sentimentale Angleterre est en train de pleurer son plus gros cochon. Cela nous met à une certaine distance des Martyrs et des Thaumaturges, n’est-ce pas? mon cher Barbot.

Il est tout à fait probable que ce grand chef religieux eût fait une avantageuse figure devant les Anglais, au procès de Rouen, s’il avait pu vivre et pontifier en 1431 et on peut considérer comme certain que, faute de mieux, il condamne aux feus éternels les rares catholiques modernes, trop français à ses yeux, qui vomissent de dégoût à la seule pensée de faire un choix dans le lupanar des candidatures électorales.
Donc, pendant qu’on accrochait ou qu’on décrochait guirlandes et girandoles, le ballottage fonctionnait, les dévots de Jeanne d’Arc étant descendus à la cuisine pour conditionner fraternellement, avec des républicains ou des socialistes variés, tel ou tel bouillon destiné à des chrétiens d’une autre chapelle. Les uns et les autres ont ainsi obtenu un mastic de représentation nationale, amalgame quantitatif de non pareils saltimbanques et d’irrémédiables idiots, nul Moïse, d’ailleurs, n’ayant élevé les mains au ciel pendant le combat.


Qu’une occasion nouvelle se présente, les catholiques accompliront leur devoir de la même façon, mais forcés, par la nature des choses, par le despotisme accepté du Nombre aveugle, de chercher toujours plus bas, à des myriamètres innombrables au-dessous de la haute Croix du Rédempteur, jusqu’à rencontrer le vrai Dieu des lâches, Satan lui-même, qui les prendra par la main et les conduira, plus bas encore, dans ses Ténèbres.


mardi 30 décembre 2014

Mise au ban et banc rompu

Bancs en cage à Angoulême
Angoulême nous passe le bonjour. Oh! bien malgré elle... son Maire qui a fait tout le boulot!... une idée de génie mise en application car c'est pas le tout de l'avoir l'idée, faut oser. Et un Maire un Elu (sur Lui la Paix)? Tout! c'est à ça qu'on les reconnait. 

Mettre des bancs en cage. Ça parait absurde, dit comme ça... et pourtant-y réfléchissant bien, ça se tient. Les bancs publics attirent parfois le public, et parmi ce public, parfois de bien vilains manants... jusqu'à, horresco referens! jusqu'à des SDF. 

Source
Vous me permettrez bien une digression, ce sera la première d'une longue série. Des SDF. Des Sans... Quel remarquable chef-d'oeuvre de langue de bois! Des clochards? Oh mon Dieu non! un vrai mot! quelle horreur! Non parce que clochard... je suis désolé... le TILF est hors-ligne... je suis orphelin étymologiste que je suis... je me contenterai de pistes... clochard donc, celui qui attendait la fin du marché (la cloche) pour récupérer ce qu'il restait à récupérer... les glaneurs en vérité... voilà un mot admirablement chargé de sens, d'histoire, et de vie. Certains avaient leurs surnoms... "Petit Fol", "La Pansue"... etc. Tout ce dont la modernité a peur, tiens! Donc : SDF. Définition par lacune. Je propose qu'on raye le mot élu du dictionnaire pour le remplacer par ESV (Etre Sans Vergogne) et le mot journaliste remplacé par SEC (Sans Esprit Critique).

Je reviens. Notre ESV d'Angoulême ne souhaite pas que des clochards prennent place sur les bancs publics. Et c'est bien normal, les clochards ne participent pas à la croissance. Donnant-donnant... L'ESV met les bancs en cage. Les bancs ne servent donc plus à rien? Non, mais c'est joli des cages métalliques. Oui. 

Bancs Goldman Sachs dits "à sapins de Noël"
Ce faisant, fouinant par-ci par-là, nous tombons sur un artiste qui avait déjà imaginé la chose, avec des bancs payants. Des petits pics en forme de "sapin de Noël" ornent le tablier, empêchant le gueux de passage de s'asseoir (à moins que... bon...) jusqu'à ce qu'il ait payé sa taxe, rentrant les sapins. Ne restait plus qu'à offrir à Goldman Sachs la concession de tous les bancs "publics". Banco!

D'un banc à une banque, il n'y a qu'un Q. Justement. Le "sapin de Noël" nous y ramène. Et c'est heureux, car ces deux-là n'auraient jamais dû être séparés. Qu'est-ce qu'une banque? banca, un comptoir de vente, une table, un banc. Ce qu'on cassait quand le banquier faisait faillite (bancarotta, "banc rompu"), car on était énervé au Moyen-Age. De nos jours civilisés il va sans dire, quand le banquier fait faillite : "Mais bien entendu mon bon monsieur, prenez ceci est notre argent..." 

Exèdre à Rhodes
Mais qu'est-ce qu'un banc? Le banc remonte à la plus haute Antiquité, aurait dit Alexandre Vialatte. C'est exact, mais alors, le banc ne s'appelait pas banc, mais "exèdre". Encore un coup des grecs me direz-vous! Heureusement que les banques modernes et civilisées leur rendent désormais la monnaie de leur pièce en les réduisant en esclavage approuvé par Berlin et le FMI. Oui, un coup des Grecs! exedros "qui est dehors". Ces bougres, pour la palabre, envoyaient les gens dehors, ils les mettaient au ban, en banlieue si vous préférez. En dehors des cercles de pouvoir, mon Dieu. Sur un banc, car une sorte de demi-cercle était prévu à cette effet où l'on pouvait s'asseoir (sans payer, à l'époque). 

Mettre les bancs en cage. Vincent Auriol l'avait dit. "Les banques je les ferme, les banquiers je les enferme." On apprend par ailleurs que les banquiers néerlandais vont désormais prêter serment devant Dieu. Magnifique. Et devant le Peuple? Non. C'est en réalité le Peuple qui prête serment devant les banquiers, et c'est bien normal, encore une fois, ils créent à partir de rien ex nihilo. Et si on rechigne, ils nous mettent au ban. L'Argent, "le Sang des Pauvres".

dimanche 24 août 2014

Le Merluchon peut-il fédérer le peuple?

Le Merluchon est de retour. On le croyait définitivement perdu, le voilà qui refait surface, affublé d'une riche idée. Le bougre veut "fédérer le peuple". Diable!




Il est certain que dans le panier de crabes des alliances PC/PS, il n'allait pas fédérer grand chose. Le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas, c'était mieux... 

Il y a un hic, il risque de tomber sur un os. Hélas! Le même genre d'os sur lequel est tombé France 24 durant un banal exercice de propagande : un instant de Vérité (l'UE est une fabrication US). Le Merluchon en a lui-même fait l'expérience à plusieurs reprises. A dire certaines choses, le couperet vous tombe dessus. S'en souvient-il? de son attaque contre la "finance internationale"? 15 jours de "sursaut républicain" dans les médias contre l'antisémitisme de l'extrême-gauche. Ah bin oui. 

Le Merluchon aime Robespierre. Il ne le dit pas trop souvent. Parce qu'à le dire vraiment, ce serait un petit tour de tourniquet aussi. Même Michel Onfray donne dans l'équation Rousseau = Robespierre = Staline (Oh mon Dieu! c'est horrible). 

Résumons-nous. L'os sur lequel risque de tomber Mélenchon, sur lequel il est déjà tombé, c'est la diabolisation. Vouloir "fédérer le peuple", ça veut dire se faire traiter, jour après jour, de fasciste populiste conspirationniste antisémite unijambiste. Ça veut dire se prendre en pleine poire ce que le-dit peuple subit. Or, le Merluchon, il ne le supporte pas. Il a l'impression que ça le fait ressembler à son épouvantail préféré, Marine Le Pen. C'est pourtant absurde à plus d'un titre.

Le dernier titre en question, c'est l'axe qui se met en place : Valls-Marine-CRIF/LDJ. Rien de mieux pour décomplexer la gauche la vraie, et saborder les catégories du "centre-gauche" (les milieux d'affaires). L'antiracisme, politique transparente au point d'être obscène de la gauche morale depuis 1983 conduit tout naturellement à la justification du carnage sur Gaza et des méthodes de la LDJ, au nom (tu) du choc des civilisations. De la République de Valls au déluge de feu de Chauprade, la route est tracée.

Nous qui sommes inter-nationalistes, qui refusons tout impérialisme et tout colonialisme, n'avons pas à craindre les anathèmes du Pouvoir. Certains, chez Merluchon, l'ont compris par parcelles :


Mais, à mon avis, jamais intégralement. On les trouvera à se justifier de ne pas être ceci, de ne pas être cela ; on les trouvera à traquer le fascisme partout où il n'a pourtant aucune chance d'être, plutôt que de s'en prendre au vrai Pouvoir, celui de l'Argent. L'Argent, pourtant, n'a pas d'origine, de religion ni de race. L'Argent n'existe pas. Ce n'est que le Sang du Pauvre, comme l'a écrit Léon Bloy. L'Argent n'a pas d'idéologie non plus, il aime tout aussi bien les néo-nazis de Kiev que les fous furieux du Levant Islamique. Prolétaires de tous les pays? Il suffit de rester droit dans les sabots de Karl, et les anathèmes tombent d'eux-mêmes. Mélenchon peut-il être l'homme de la situation? Rien n'est moins sûr...

Sinon? Il ne nous reste qu'à espérer que le rêve de Sylvain Baron prenne vie... Rien n'est moins sûr non plus. 

samedi 20 juillet 2013

Tronçonnons de toute urgence les "valeurs du sport"

Le Tour de France se termine. J'admets... ça n'a l'air de rien, dit comme ça... pourtant... faut y penser à tous ces événements historiques qui ne seront plus commentés ! attendu juillet 2014 ! Tout est hystorique pour nos amis journalistes : la pluie qui tombe, la victoire pour la première fois un 7 juillet d'un Ouzbek à Poule-les-Echarmeaux, le triplé de Tartempion, tout. Et c'est une bonne nouvelle pour L'Equipe. Pour vendre du papier ? Surtout, pour remplacer les manuels d'hystoire dans les écoles. 

Cette année, c'est Froome qui va gagner. Hystorique ! Le "Kenyan blanc" qu'ils le surnomment. Normalement, un Kenyan c'est un bamboula qui court pieds nus 95 km par jour pour battre aux hystoriques championnats du monde d'athlétisme les autres acteurs de l'Hystoire avec un grand H. Froome... lui... est blanc... le journaliste aime ! paradoxe ! originalité ! anti-racisme de façade ! bien-pensance ! (revanche sur le bamboula ? chut)

Achtung ! Froome est-il dopé ? Question délicate qui pourrait mettre en cause les valeurs du sport - les valeurs du sport ! Armstrong a avoué... coup terrible ? Formidable opportunité ! Au final, ça permet de le mettre en accusation lui, et son équipe, brebis galeuse, et de rapidement oublier que tous les concurrents battus par Armstrong étaient dopés eux aussi.  Arrive Froome : les journalistes n'ont pas envie de passer pour des naïfs encore une fois, alors ils mettent en doute à demi-mots les performances du bougre, et demandent à d'autres coureurs si Froome court proprement, selon eux. Contador estime Froome propre. Contador, déjà convaincu de dopage... 

Les valeurs du sport
L'expression est moderne... ça commence mal ! Avant, le sport n'avait pas de valeurs (de valeur). Soyons plus précis : il y avait deux types de sport - les tournois et la soule. Les tournois, ça c'est du sérieux, c'était pour les Chevaliers, les Grands Féodaux, règles ! cérémonies ! élite ! pré-Coubertinisme à 100%. Mais la soule, ça c'était pour la canaille, la piétaille, les gueux, les manants quoi... un vulgaire estomac de vache plus ou moins rond posé entre deux villages, les brutes épaisses dégénérées des temps obscurs (ils n'ont pas lu Voltaire) doivent le déposer quelque part. Pas vraiment de règles, tous les coups sont parfois permis, ça pouvait durer plusieurs jours, enfin n'importe quoi vous voyez bien...

Par la Grâce  de la Modernité, la vie toute entière s'est éclairée, rationalisée, normalisée, et pacifiée. C'est-à-dire que l'exploitation féodale a été remplacée par l'exploitation capitaliste, laquelle avait le désavantage de concentrer les manants-ouvriers dans les villes quand les manants-paysans étaient équitablement répartis sur le pays... Ah ! Oh ! manants regroupés égale problème ! Achtung ! Troubles ! Révoltes ! et la discipline, bordel ?! 

Alors, dans les collèges anglais du XIXe siècle, on a une idée. Les gamins de manants dans les collèges deviennent irrévérencieux (si, si !) et voilà qui pourrait faire trembler les bases de la société (les banquiers en haut, la populace en bas). Une solution ! Et là, l'idée de génie !... plutôt que les gamins de manants passent leurs nerfs sur leurs professeurs, il faut qu'ils se battent entre eux. Il y avait dans les temps obscurs des jeux qui plaisaient aux gueux (la soule), il faut les faire jouer à ça, mais en normalisant le jeu. Le football et le rugby étaient nés. D'une pierre deux coups ! On détourne l'énergie populaire vers quelque chose d'inoffensif socialement... et on inculque aux manants les règles et les valeurs de la société moderne. 


Les valeurs du sport ? Les valeurs du capitalisme !... 

un semblant d'égalité (pour le lièvre comme pour la tortue, la ligne de départ est la même)... idéologie du Progrès... propagande méritocrate... univers normalisé rationalisé mécanisé standardisé robotisé... etc.  Arrive là-dessus le Baron - le Baron ! pour placer le dix de der : l'Olympe ! Le triptyque de "l'éducation du peuple" est depuis bien en place : compétition sportive, mérite scolaire, concurrence capitaliste.

Il faut donc à la fois supprimer le BAC et le chronomètre du Tour de France. Voilà qui ne ferait pas plaisir à l'oligarchie, mais à nous non plus, qui avons appris le BAC et le chronomètre comme notre univers. Évidemment... On en redemande, même !

Ah ! mais on veut du PSG ! Hystorique là aussi. On l'aime le "marché des transferts" ! Croyez-moi si vous voulez, voilà ce que j'ai lu dans L'Equipe : 
L’Émir du Qatar recrute Bamboula pour 420 millions d'euros, dont l'agent nous a raconté l'entretien d'embauche.
- Émir du Qatar : là ! un Bamboula ! attrapez-le !
- son conseiller : vous faites erreur... c'est un singe... (® D)
- Émir du Qatar : autant pour moi... et là bas derrière le talus ?
- son conseiller : cette fois vous avez raison !
              au Bamboula : ksss ksss toi venir ici ksss ksss toi vouloir banane ?
- Émir du Qatar : finissons-en !
- son conseiller : tiens Bamboula ! toi voir ballon ? toi taper dedans ! noix de coco ! pareil !
- le Bamboula : ?
- Émir du Qatar : bienvenue au PSG, nous nous félicitons de notre collaboration

Je sais... vous allez dire... j'abuse... c'est pas de l'esclavagisme... Bamboula est payé très cher... Ferari (je sais pas l'écrire, mettez les ® où il convient)... champagne... boîtes de nuit... i-phone gratuit peut-être ?!... Byzance quoi ! va pas se plaindre le Bamboula. 

Alors je réplique. L'argent du capitalisme est ni plus ni moins de la fausse monnaie. Du vent ! que dalle... Si ce n'est : le sang du pauvre (Léon Bloy). Si ce n'est... et ce n'est pas grand'chose, dans l'esprit du capitaliste, le sang du pauvre... L’Émir du Qatar, il débourse 420 millions le lundi, il ne le sait même plus le mardi en se réveillant. Cet argent n'existe pas ! pétrodollars virtuels. Dépense : zéro. Profit : énorme ! Kolossal ! privilèges et tranquillité sociale. Ça n'a pas de prix. La valeurs du sport. Hystorique.

Aucune Femen ne pointe pour tronçonner la Croix de cette religion-là...

mercredi 16 janvier 2013

La gauche pour tous ?

La gauche pour tous, c'est une cuiller à soupe d'anarchisme, et une cuiller à soupe de pensée réactionnaire, matin, midi, et soir. 

Le mariage pour tous. Voilà un sujet qui ne m'intéresse pas. Le mariage, tout court, n'est certes pas mon thème de prédilection. Les pires difficultés... je vous assure... pour imaginer ça comme revendication. En fin de repas, alors d'accord ! au moment de la digestion, je veux bien, mais pas au moment de l'apéro, pas à jeun... pire encore... Imagine-t-on une meute de loups affamés enfin trouver la trace d'un caribou (c'est tombé sur lui) arrêter la chasse et préférer débattre de la couleur du pelage des uns et des autres ? Pour le caribou, c'est cadeau ! Pour l'ennemi sans nom sans visage de François Hollande (souvenez-vous), c'est cadeau !

Bref.

Or, on en parle, et parle, et bla, bla, et reblabla. Une demi-heure de ces débats, quinze jours à s'en remettre. 

Et je considère par ailleurs ce genre de sujets comme le plus parfait enfumage de la part du >> centre-gauche << (les affairistes), toujours prompts à trouver du sociétal et/ou du national pour éviter que la canaille ne se penche de trop près à la question sociale. Pas intéressé... d'une... volonté de ne pas participer à un écran de fumée... de deux.

Pourtant, aujourd'hui, j'y vais. Il faut dire que je passe par plusieurs états, et que, comme souvent finalement, je suis plus énervé par ceux qui sont supposés partager mon point de vue, que par les adversaires idéologiques. Mais quel point de vue d'abord ? Celui qu'on a du haut de la Montagne Anarcorehak. En route...

Est-ce que je suis pour ou contre le mariage homosexuel ? Je m'en fous. Je me fous du mariage. Je trouve que la loi n'a pas à définir avec qui ni à combien on peut se marier. C'est-à-dire que la formule "mariage pour tous", je dis banco ! Pourquoi limiter le mariage à deux personnes ? Ministre Taubira dit : le mariage, c'est le couple. Point. Ah ! pardon ! Sic transit gloria mundi, amen. Jusque-là, c'était un homme et une femme. Qui avait décidé ça ? Aujourd'hui ça peut aussi être deux femmes, ou deux hommes. Qui décide ? Ministre Taubira et compagnie. Ministre Taubira veut pas des trouples (berk), mais personne ne sait pourquoi. Deux femmes s'aiment, elles ont donc le droit de se marier. Et si... ils s'aiment à trois ? Là, non. Argument zéro. C'est comme ça. Je signale que nous ne sommes pas des petits enfants, que nous écrivons nos lois, et qu'il n'y a pas de "c'est comme ça" qui tienne. Que ce soit Dieu ou Ministre Taubira, nous pouvons remettre en cause, questionner la légitimité des choses. A quoi bon combattre l'obscurantisme des religions, si c'est pour produire le même, estampillé modernité, certifié progressiste, etc. ? Cornélius défends-moi ! L'institution imaginaire de la société - l'autonomie...  C'est Chomsky, aussi : l'anarchisme consiste à exiger de l'Autorité qu'elle se justifie, et si elle n'y parvient pas, à la surmonter. Et pour le coup, je serais curieux de savoir par quels raisonnements logiques on peut arriver à la position de Ministre Taubira.

J'ajoute qu'il ne s'agit pas au-dessus d'une défense ou d'une promotion de la polygamie, loin s'en faut. De même que l’État n'a pas à nous dire ce que nous devons penser, il n'a pas à mon sens à nous dire avec qui nous pouvons nous marier. Après, chacun pense ce qu'il veut, chacun vit comme il l'entend, ce qui ne pourra pas nous empêcher de critiquer ou combattre des pensées, des modes de vie. Je ne vois pas pourquoi on devrait avoir peur de pensées, de comportements, différents, marginaux, "déviants".

Ainsi, les partisans du "mariage pour tous", n'assument pas cette formule.  Ils pensent "mariage homosexuel" et ils disent "mariage pour tous". Pardi ! ce serait discriminant, ce serait stigmatisant, de dire "mariage homosexuel". Mariage pour tous, c'est plus fun (berk), on est tous égaux, on a tous les mêmes droits, ce qui compte c'est l'amour, après la pluie le beau temps et pierre qui roule n'amasse pas mousse. Les opposants, qui ne voient pas plus loin, eux, que le bout de leur tradition, ont cependant raison de brandir la polygamie, etc. etc. C'est la conséquence logique de la formule "mariage pour tous". Les partisans, autruches qui s'ignorent, protestent : dialogue de sourds, très lassant quand on a des oreilles.

Il y en a un que j'aime écouter, c'est Eric Zemmour. Il explique, puisqu'il a lu et compris les critiques du capitalisme depuis Marx jusqu'à Michéa aujourd'hui, que le Capital a besoin de détruire les Institutions sociales, la liberté économique passe par les libertés individuelles, libertaires et libéraux sont les deux faces de la même pièce. C'est vrai. C'est le grand drame de la gauche, la vraie. Lutter contre l'Eglise c'est bien gentil, ça sert le Capital. Lutter contre de Gaulle c'est bien gentil, ça sert le Capital. Mai 68 c'est bien gentil, ça sert le Capital. La nation, la famille, à la trappe ! c'est le Capital qui se frotte les mains. Famille, Religion, Nation, Tradition, sont autant de freins au matérialisme consommateur le plus dégénéré. Que des saletés nauséabondes et moyenâgeuses qui font penser aux pauvres hères qu'il y autre chose dans la vie que le dernier i-pod 45.

Et que voyons-nous ? notre bon ami Monsieur Soros payer des prostituées ukrainiennes (françaises à l'occasion) pour venir asperger quelques familles qui s'opposent au "mariage pour tous". Que voyons-nous ? Monsieur Bergé trouver très bien que l'ouvrier loue ses bras et par conséquent très bien que les femmes puissent louer leur ventre. Liquidation générale ! Tout doit disparaitre ! Tout peut se vendre. Il sera fait exception de ce qui existe à l'état naturel. C'est la blague quasiment réalisée de Michéa : il sera bientôt légal de vendre du cannabis, mais illégal de cultiver des plants de tomates non autorisés par Monsanto, si bien que nous devrons cacher nos plants de tomate illégaux derrière des plants de cannabis.

Léon BLOY (L'Invendable) :
- Bon Dieu ou bon diable ! c'est toujours ça de vendu !
Exclamation d'un vendeur de la rue, jet de lumière sur le XXe siècle. Dieu et le diable sont hors de cause et de plus en plus. Leur affirmation ou leur négation fut un jeu pour l'âge puéril de l'Humanité. Devenue raisonnable enfin, la race humaine vendra... exclusivement. Elle vendra tout. - Malheur à celui qui donne ! Malheur à la Jérusalem de ceux qui donnent ! Malheur à moi !...
Est-ce bien
malheur qu'il faut dire ?

Résumons-nous :
1/ je dépasse par l'extrême-gauche les "modernes" "progressistes" partisans du mariage homosexuel

2/ je mesure les conséquences de cet anarchisme, qui peut aider (qui aide depuis deux siècles) à faire progresser la marchandisation générale du monde

Alors, il est facile d'égratigner les gratinés qui se déguisent en oiseau, en lapin, en tarte aux cerises pourquoi pas ? pour défiler contre le mariage pour tous et assènent les lieux communs et les absurdités les plus fantastiques. Mais, de mon point de vue anarco-réac, ce ne sont que des lieux communs du XIXe siècle, des lieux communs de vaincus, de poisson pêché qui redouble de frétillements avant de mourir. Les dangereux ? Pas eux.

Non, les dangereux, ce sont ceux qui assènent les lieux communs du XXIe siècle. C'est Canal+ (à qui je dédie cette phrase d'Audiard) qui fait passer, avec un côté fun (berk), sympa (berk), la Propagande du Capital. Pierre Bergé et ses moutons.



3/ la gauche ne devrait donc jamais oublier que la priorité est de créer les conditions sociales d'émancipation individuelle (et avec une arrière-pensée à la Jaurès, à la Rousseau, à la Robespierre : "sous le régime capitaliste, l'individu est enfoncé dans la matière jusqu'au cœur, sous l'écrasement économique et sous l'obsession militaire. Je veux essayer de construire une cité d'espérance où l'Homme s'aperçoit que les étoiles existent." (Jaurès))... Se libérer de l'emprise de la religion, de la famille, de l’État, etc. : oui ! pour tomber dans les griffes de la Banque : non !

Faute de quoi, en plus de nouveaux pas vers la marchandisation du corps, validés par le silence au moins, on s'escrime sur ce sujet somme toute assez périphérique, pour mieux ne pas voir la guerre au Mali ("guerre contre le terrorisme", "war on terror" c'est mieux en anglais, encore, comique de répétition assez lassant), le saccage du droit du travail, et autres diableries qui remettent bien plus furieusement en cause les idées de liberté, d'égalité, de laïcité, de progrès, tant vantées par la pensée dominante à propos de ce "mariage pour tous".


Conclusion : le >> centre-gauche << libéral-libertaire (libéral pour rire, libertaire pour rire, mais c'est encore autre chose), c'est le meilleur moyen de tomber dans la gueule du loup. D'une opposition l'autre...

mardi 18 décembre 2012

Le nouvel excommunié

 Il y eut cette grand-messe-ci : 


Il en manquait un, un seul - le seul - celui qui s'en prend au communautarisme, et à toutes les communautés. Les communautés : toutes sortes de gens qui se regroupent entre eux parce qu'ils sont noirs, les uns, parce qu'ils sont juifs, les autres, parce qu'ils ont des chapeaux ronds, peut-être... pour défendre les intérêts de ces gens-là. C'est une logique que je trouve quelque peu raciste. Il serait beaucoup trop peu raisonnable de défendre les intérêts des autres, voire, horresco referens !... les intérêts de tous. En revanche, en tant que représentant de la communauté de Truc, il est tout à fait logique de défendre la communauté de Machin - c'est le communautarisme qu'il faut défendre, un peu comme le marin a besoin de la mer pour naviguer. 

Quand, hébété et ahuri, on ne se sent d'aucune communauté, et qu'on ne reconnait aucune médiation entre l'individu et la communauté humaine (à moins de tomber sur un extrémiste d'extrême qui considérerait lui non pas l'humanité mais la Nature, mais c'est encore autre chose), on attaque de fait les communautés. Mais le clamer ouvertement, c'est pousser le bouchon un peu loin : elles vous tombent toutes dessus. 

Et c'est ainsi qu'Allah est grand et qu'en 2012, la société pleure d'admiration devant cette ribambelle de comiques sponsorisés, mais négationne le seul Artiste. Pour rire, vraiment rire, contre le racisme, vraiment contre le racisme : 




Et voici l'introduction du petit livre de Léon Bloy (Un brelan d'excommuniés), que je suis bien obligé de proposer à la transposition à notre temps :

Nous assistons en France, et depuis longtemps déjà, à un spectacle si extraordinaire que les malheureux appelés à continuer notre race imbécile n'y croiront pas. Cependant, nous y sommes assez habitués, nous autres, pour avoir perdu la faculté d'en être surpris.

C'est le spectacle d'une Église, naguère surélevée au pinacle des constellations et cathédrant sur le front des séraphins, tellement tombée, aplatie, caduque, si prodigieusement déchue, si invraisemblablement aliénée et abandonnée qu'elle n'est plus capable de distinguer ceux qui la vénèrent de ceux qui la contaminent. 

Que dis-je ? Elle en est au point de préférer et d'avantager de ses bénédictions les plus rares ceux de ses fils qu'elle devrait cacher dans d'opaques ombres, clans d'occultes et compliqués souterrains, dont la clef serait jetée, au son des harpes et des barbitons, dans l'abîme le plus profond du Pacifique, par des cardinaux austères expédiés à très grands frais sur une flotte de trois cents vaisseaux !

Quant à ceux-là qui sont sa couronne, ses joyaux, ses éblouissantes gemmes et dont elle devrait adorner sa tête chenue autrefois crénelée d'étoiles, elle décrotte ses pieds sur leur figure et délègue des animaux immondes pour les outrager.

Je l'ai dit autre part, avec force développements. Les catholiques modernes haïssent l'Art d'une haine sauvage, atroce, inexplicable. Sans doute, il n'est pas beaucoup aimé, ce pauvre art, dans la société contemporaine et je m'extermine à le répéter. Mais les exceptions heureuses, devraient, semble-t-il, se rencontrer dans ce lignage de la grande Couveuse des intelligences à qui le monde est redevable de ses plus éclatants chefs-d’œuvre.

Or, c'est exactement le contraire. Partout ailleurs, c'est le simple mépris du Beau, chez les catholiques seuls, c'est l'exécration. On dirait que ces âmes médiocres, en abandonnant les héroïsmes anciens pour les vertus raisonnables et tempérées que d’accommodants pasteurs leur certifient suffisantes, ont remplacé, du même coup, la détestation surannée du mal par l'unique horreur de ce miroir de leur misère que tout postulateur d'idéal leur présente implacablement.

Il s'effarouchent du Beau comme d'une tentation de péché, comme du Péché même, et l'audace du génie les épouvante à l'égal d'une gesticulation de Lucifer. Ils font consister leur dévote sagesse à exorciser le sublime.

On parle de critique, mais le flair de leur aversion pour l'Art est la plus sûre de toutes les diagnoses ! S'il pouvait exister quelque incertitude sur un chef-d’œuvre, il suffirait de le leur montrer pour qu'ils le glorifiassent aussitôt de leurs malédictions infaillibles. 

En revanche, de quelles amoureuses caresses cette société soi-disant chrétienne ne mange-t-elle pas les cuistres ou les imbéciles que sa discernante médiocrité lui fait épouser ! Elle les prend sur ses genoux, ces Benjamins de son cœur, elle les dorlote, les mignotte, les cajole, les becquette, les bichonne, les chouchoute, les chérit comme ses petits boyaux ! Elle en est assotée, coqueluchée, embéguinée de la tête aux pieds ! C'est une osculation et une lècherie sans fin ni rassasiement !

samedi 8 décembre 2012

Vive Mademoiselle France !

les oiseaux sont des cons
Me voici chargé de tester ma patience devant un spectacle, que dis-je ? devant le spectacle, que dis-je ? devant le Spectacle par excellence : l'élection de Miss France sur TF1. Chacun de ces mots est un clou pour me crucifier. Ah... l'émission va commencer, et je me sens déjà dans l'état d'esprit d'un Ignatius prêt à cracher du feu. Seul le souvenir de Pierre Desproges, "juge de touche" lors de cette compétition, me radoucit légèrement. 

"Miss France" : déjà, ce n'est même pas français. Pourquoi diable cela ne s'appelle-t-il pas "Mademoiselle France" ? Oh !... je vous entends déjà : ce serait ridicule, et d'une ; le nationalisme c'est la guerre, et de deux ; on a supprimé le terme mademoiselle, et de trois. Eh ! bien moi, je maintiens mon "Mademoiselle France". C'est ridicule, c'est vrai... alors c'est parfaitement cohérent avec le contenu de l'émission comme titre. 

Élection, piège à cons ! Devant notre échec à promouvoir l'idée du tirage au sort auprès des honnêtes gens, pourquoi ne pas essayer de le faire auprès des demoiselles de France ? Il y a toutes les chances pour que le sort désigne comme Mademoiselle France quelqu'un de tout à fait normal... je veux dire... une demoiselle qui ne serait pas pour la Paix dans le monde et qui n'aurait jamais fait de photos dénudée dans je-ne-sais quel magazine déglingué. Preuve serait ainsi faite de la supériorité du tirage au sort sur l'élection. Même Madame Chapeau - comment s'appelle-t-elle ? avec un nom de pomme-de-terre je crois... oui ! Madame de Fontenay, elle-même, approuvera. 

Ça commence. "Les mésanges bleues du ravissement s'envolèrent et je fus aussitôt replongé dans l'ignoble réalité, dans la très puante et la très maudissable réalité." (Léon Bloy) Je suis déjà malade, complètement malade. Oh mon Dieu ! quelle remarquable insulte au bon goût ! Puis-je en croire mes yeux ? Suis-je vraiment le témoin d'une perversion aussi totale ? Je ne puis le croire, mesdames et messieurs les jurés.

Quel est le con qui a dessiné la scène ? Comment peut-on accumuler autant d'épouvantails en si peu d'espace et de temps ? Qui est l'auteur de cet exploit insensé d'avoir réuni ce qui se fait de pire dans tous les champs de l’œuvre humaine ? Cette musique... ces couleurs... ces jeux de lumière... ces robes blanches... ces petits pas de danse, d'un ridicule ahurissant... que fout Alain Delon ici ? pour un numéro si pathétique et lamentable avec "Mimi".

C'est insensé ! qui a réalisé ces petits clips de présentation des candidates ? C'est insupportable ! je zappe. Et là... France 2. Le Téléthon... que vois-je ? qu'ois-je ? Trois grotesques zigotos : Garou, Dubosc et Patrick Bruel, qui appellent manifestement ça chanter, qui appellent manifestement ça une bonne action. 

21h15 : je suis vaincu. Mes nerfs ne pouvaient tolérer que 15 minutes d'un tel Spectacle. Et si je lisais quelques pages du journal de Léon Bloy, ce ne serait pas plus réjouissant par hasard ? Ou du Céline, tiens :
De semblables et monstrueuses inconsistances sont bien faites pour dégoûter à tout jamais le plus patient, le plus tenace des sociophiles. 

Le plus patient et le plus tenace des sociophiles, ce que je suis bien loin d'être, déjà... Après 15 minutes, j'envisageais d'ores et déjà le rétablissement de la peine de mort. Devenu plus raisonnable après quelques saillies littéraires, je pense plutôt à monter Rossinante et partir combattre les Géants à travers la campagne...

lundi 10 septembre 2012

Ma rentrée littéraire

Je fus quasiment incapable de répondre à la question : "quel est le dernier livre que tu as lu ?" J'en fus tout perturbé et effrayé. Oh ! certes, j'ai fini par retrouver D'un retournement l'autre, de l'ami Frédéric Lordon, lequel a le défaut d'être économiste, mais défaut largement compensé par son adoration, à juste titre (parce que Philippe Val aussi l'adore), pour Spinoza, ainsi que pour Céline puisque le titre rend hommage à l'élusion célèbre de D'un château l'autre.

Rentré chez moi, je retrouvai une pile de livres relus, partiellement ou non, récemment, ce qui eut un effet légèrement rassurant. Et puis, j'ai toujours le Journal de Léon Bloy et Au régal des vermines de Marc-Edouard Nabe, en cours, c'est vrai.

Et finalement, la rentrée littéraire n'est arrivée à moi que par le skandal Richard Millet, dont je n'ai pas fini de parler. Pour me rattraper, j'ai commencé par aller acheter les pamphlets scandaleux. Il me fallut donc aller en librairie, et la parcourir - les parcourir. 

On y remarque qu'un kilogramme de lessive est offert pour trois livres du Guillaume Lévy achetés. Je cèderai lorsque ce sera de la lessive bio, ce qui ne saurait tarder. Je feuillette alors quelques livres de la "rentrée littéraire", le livre d'Angot, par exemple. Je recommence : 

Un kilo. De lessive. Trois livres. Guillaume Lévy. Pas de la lessive bio. Pas encore. Bientôt. D'autres livres de la rentrée littéraire. Angot. Par exemple. 

Je ne me souvenais plus ce que je n'aimais pas dans son écriture. J'ai vite trouvé. Des "phrases" nominales. Millet en parle, d'ailleurs, on se demande bien qui il cible...

Ecoeuré, je me rends au rayon "Littérature française". "A, comme Artaud", pensai-je naïvement. Mais Antonin Artaud n'a pas l'heur de figurer dans les rayons de cette librairie, ni dans les deux autres parcourues ce jour. Je suis persévérant, jusqu'à une certaine limite, c'est entendu. "B comme Bloy, ou Bernanos" ! Rien ! Il n'y a rien, absolument rien. La littérature française se passera d'eux. 

Guy Debord, reviens !

vendredi 31 août 2012

Yabon Breivik



Je commence par ce célèbre andante de Mozart, rien de tel pour me détendre - j'en ai quelque peu besoin. Je me sens parfois trop réactif, ou réactionnaire. J'entends et ça me fait réagir, mais nerveusement. Je me sens d'une intolérance extraordinaire, c'est vrai. "Réactionnaire et intolérant", un journaliste du Nouvel Obs' qui passerait par là verrait donc ce blog comme un lieu, un site fasciste d'extrême-droite. C'est qu'à l'Obs', on a la catégorie nuancée. 

Oh ! j'ai trouvé des alliés. Je vais aggraver mon cas : ils sont généralement croyants, que dis-je croyants ? ce serait déjà terrible ! mais intégristes. Je le raconte ici ou là, dernièrement à propos de Léon Bloy et Thelonious Monk. D'ailleurs, j'aime Céline, Nietzsche, je suis les vidéos d'Alain Soral. J'aime aussi Dieudonné, Etienne Chouard, Rousseau et Robespierre. Bingo ! pour notre observateur qui conclura sans frémir au rouge-brun. Mais si c'est un journaliste du Point qui passe, il sanctionnera rouge-brun-vert, en découvrant toutes les bougnouleries qui parsèment ce lieu.

Je voulais parler d'alliés. Ernest Hello, je le rappelle : 
La grande haine des Saints contre le mal est une des magnificences qui au dernier jour raviront les hommes et les anges. Cette grande haine est un des sentiments les plus inintelligibles à l'homme corrompu. Cette grande haine est l'éclair que la pureté fait dans la nuit en brandissant son glaive.
Si l'on me demandait quel chemin prendre pour faire la paix dans les âmes, je répondrais peut-être : le chemin de l'horreur. Ce qui manque le plus ce n'est pas l'amour du bien, c'est l'horreur du mal. L'horreur du mal !
Voilà. Je dois bien l'avouer, ma haine du mal me paraît vraiment démesurée - et tant mieux. L'un des Mal parmi les pires : le Spectacle.

La règle de base est bien celle-ci : tout ce qui passe à la TV est dégénéré. Il faut obligatoirement à un moment donné se faire taper dessus par la médiacratie pour valoir quelque chose, c'est une règle fatale, nécessaire mais non suffisante. 


Je ne connais qu'à peine Richard Millet. Je l'ai entendu avouer son angoisse de "seul blanc dans le métro". Quand j'entends ça, je pense : je n'ai jamais ressenti une telle chose et ne partage pas son conservatisme identitaire, j'y suis même totalement étranger. Mais le bienpensant, lui, crie au racisme et par conséquence : censure, mort médiatique, sociale, etc. M'enfin, ce n'était pas un coup de tonnerre dans la flûte de champagne. Même Lars von Trier (sur Lui la Paix) et sa somptueuse ironie au Festival de Cannes a fait beaucoup mieux.

Seulement voilà, c'est la rentrée. Et la rentrée encore, ce ne serait rien, mais la rentrée littéraire ! Ah ! ça !... c'est du sérieux, du niveau... disons... pas tout à fait les Jeux Olympiques... mais pas loin quand même. En termes d'impact, c'est la même catégorie que le championnat de contrôles anti-dopage annuel du mois de juillet sur les routes de France, peut-être. C'est dire si les journalistes sont sur le pied-de-guerre, prêts à dégainer !

Ce ne seront que prix, auto-congratulations, promotions, marketing, chiffres de vente, plateaux TV, échanges de bons procédés, honnêtes gens, belles personnes, bref, Spectacle. Mettons nos mots à nous : zéro, nul, pitoyable, lamentable, éhonté. 

Mais que serait une rentrée littéraire sans polémique de la rentrée littéraire ? Rien. Donc, polémiquons. Ils sont sûrs de gagner. C'est facile quand tu joues tout seul et que tu fixes les règles : si tu veux gagner tu gagnes. 

Richard Millet publie donc deux pamphlets, Langue fantôme suivi de Éloge littéraire d'Anders Breivik, et De l'antiracisme comme terreur littéraire. C'est parfait ! si parfait qu'on pourrait croire à une opération sous faux-drapeau menée par la médiacratie. Mais Millet a l'air trop honnête. Si ç'avait été Beigbeder, le complot était évident ! prouvé, même.

La polémique étant créée, le malotru malpensant est convoqué au tribunal, c'est-à-dire sur le plateau. C'est i-télé qui sonne la charge. Je crois (mais je peux me tromper, méconnaissant très largement ce petit monde) que c'est le groupe Canal+. L'esprit Canal... quelle pire abjection faussement progressiste et véritablement bienpensante ?


Cet entretien est sidérant. 

Les journalistes ne comprennent rien : 
- pas le titre
- pas les extraits qu'ils lisent
- pas les réponses de Millet

"Vous vous rendez compte que vous êtes en train d'en faire un héros ?" Plaît-il ? 

Ces journalistes se croiraient en droit de faire le procès de Dostoïevski ! Il a raison Millet. Auraient-ils Shakespeare devant eux : "êtes-vous antisémite ?" Rimbaud : "vos fugues et vos poèmes, ce sont des provocations et des coups médiatiques, non ?" 

Millet est quasiment sommé d'avouer qu'il va quitter Gallimard. Et qu'il regrette ses fautes, ses horribles péchés !

"Vous êtes raciste ?" La réponse de Millet est très claire, mais quel médiacrate peut comprendre ça ?

"Vous le regrettez ce titre ?" 

"Est-ce que vous regrettez l'émotion que ça suscite ?"

"Est-ce que vous êtes un écrivain d'extrême-droite ?"


Millet est-il raciste, d'extrême-droite ? On s'en fout ! Pourquoi ? Parce que nous, lecteurs, sommes capables de quoi ? de discernement. Étonnant, non ? Comment l'élite du peuple, celle qui nous délivre l'Information, qui nous éduque, nous assomme d'experts (experts blabla !), de spécialistes et de représentants, pourrait-elle s'y résoudre ? La populace, il faut lui délivrer la bonne pensée, sinon ce serait quoi ? l'anarchie ?... la révolution ?... le communisme ?... la démocratie ?... Allons allons !

En fin de compte, de quoi s'agit-il ? Moi, ça ne me dérange pas de vivre dans un monde où les autres ne pensent pas, ne ressentent pas comme moi. Athée jusqu'au bout des ongles, j'aime plus que tout côtoyer intellectuellement les grands croyants des diverses religions. De gauche radicale, je ne crois pas que le monde entier puisse le devenir, et ne le pense pas souhaitable. Cosmopolite, je n'ai pas le désir infantile que tous soient cosmopolites. Millet ne l'est pas - et alors ? La seule question qui m'intéresse est : est-il un grand écrivain ? En revanche, j'ai de plus en plus de mal à tolérer (...) les apôtres de la Tolérance qui condamnent tout écart à la bienpensance. Tartufes ! Soyons les plus forts !

mercredi 15 août 2012

Au hasard, Balthazar !

Le Balthazar du Pilat
En croisant par hasard cet asinus hier, je repensai par la même occasion à ce grand film de cinématographe - il tenait au terme - de Robert Bresson. Au hasard, Balthazar : le titre seul évoque mille et une choses. Tout âne s'appelle Balthazar et tant pis pour les autres. Voilà déjà une affaire réglée. "Au hasard, Balthazar", c'est la devise des comtes des Baux. Bah ! ils ont pris ce nom par toponymie : Bale égale escarpement, les Baux de Provence donc sur lesquels ils comptaient bien régner. Il leur fallait toutefois un parrain, un patron, une légende à la hauteur, quelque chose quoi... Bautezar était tout indiqué (Balthazar). Ne manquait plus alors qu'une devise. Un petit calembour, ça ne déplaisait pas au Cavanna de l'époque, mais ça avait en plus une force un peu magique racontent les historiens. Et on vous le dit depuis tout petit : le Moyen-âge était peuplé d'arriérés mentaux superstitieux et enfouis dans les Ténèbres - Voltaire ouakbar ! Croyez-le à la fin ! Je m'égare. 

Leur calembour, donc, sorte de méthode Coué vouée au défi, à l'audace (et on retrouve nos Voltairiens : Danton-de-l'audace-encore-de-l'audace-toujours-de-l'audace) : a l'hasart Bautezar (des spécialistes en vieux provençal confirmeront l'orthographe d'époque). 


Au hasard, Balthazar !

Et vous n'imaginez pas ce que furent les guerres baussenques. Oh ! on n'est pas loin du byzantinisme. Ce ne furent que guerres, mariages et diplomaties. Que les Baux menèrent non sans afficher un certain esprit de résistance, assez jovial si on en croit leur devise, envers les Catalans leurs ennemis. 

Bon, les Baux ont été vaincus, terrassés, liquidés, démantelés. C'est encore plus beau, j'ose le dire. Et c'est assurément à cet esprit-là que Bresson a voulu rendre hommage pour ce film qui va montrer la Douleur du Monde. Le Monde est Douleur, c'est entendu - on peut le parcourir avec enthousiasme et panache, se sacrifier et s'en remettre au hasard - et d'autres diraient à Dieu. 

Question Douleur, il se pose le Bresson. Ce destins croisés Marie - Balthazar (puisque l'âne fricote avec l'âne) ne ménage aucun suspense : on y va tout droit. La chemin est tout tracé. D'une déception l'autre, d'une souffrance à l'autre et le terminus : la mort. Bresson c'est un peu Bernanos au cinéma. On va vers le cœur, et par les chemins les plus boueux qui soient. L'efficacité, la rapidité, la modernité sont balayées comme autant de dévoiements.  C'est cet abruti de jeune sur sa mobylette : "C'est chouette un âne, c'est rapide, moderne."  


D'un âne à une âme, il n'y a qu'un pont. 

Et personne, plus personne pour le franchir.

Comme dans chacun de ses films, le parcours de Marie-Balthazar est un chemin de croix. Vaincus ! Terrassés eux aussi. Moi, ça me rappelle Suarès cette histoire : 
"En avant. […] Puissé-je ne rien garder à mes semelles de tout ce que je quitte, et ne rien emporter que mes belles douleurs, mes belles conquêtes, toutes mes victoires sur moi-même en tant de combats où j’ai été vaincu selon le monde, défait par la laideur et révolté par le bruit. […] En avant !"
Que de laideur et de bruit, en tant de cages, de fouets, de vitesse, de trahisons, de cynisme, de violences !... en fait, ce bruit et cette laideur tendent à être universels. Il y a aussi les démissionnaires. Mais il y a ceux qui s'accomplissent, vont au bout de leur destination. C'est leur destain. Quitte à le vivre, autant le vivre en l'aimant assez pour être capable de vouloir le vivre, le revivre, le revivre éternellement - Zarathoustra défends-moi ! Au hasard des souffrances et des désillusions, on les retrouve - qui ? mais Marie ! mais Balthazar ! Les Saints !

A vrai dire, on ne sait pas de quoi souffrent tous ces protagonistes. Bresson s'en fout. Et nous aussi. Ils souffrent. Conséquence de quoi ? voir le film. Nous, nous ressentons, avant d'essayer de comprendre. Je crois que ça aurait fait plaisir au cinéaste. Pendant que "les années passent", il ne filme que les pattes de Balthazar - parce qu'évidemment ça pourrait être n'importe qui ou n'importe quoi. Les pierres elles-mêmes doivent souffrir. 


Bresson est bernanosien c'est entendu. Mais je n'ai jamais vu des références à Léon Bloy - mon inculture en est sans doute la cause. Mais ce film est bloyen. La Femme pauvre, bien entendu, qui se termine par cette invraisemblable phrase : 
"Il n'y a qu'une tristesse, c'est de n'être pas des SAINTS."

Alors voilà, Marie, dans ce monde de Tartufes modernes et cyniques sans valeurs, est une Sainte qui sacrifie aux cérémonies de son Amour. Balthazar, "rétrograde et ridicule", est un Saint. Leur sort est fatalement tragique dans un monde où "le billet de banque et le culot, l'aplomb suffisent" (le vieux Grigou). 

Mais, Marie ni Balthazar ne sont tristes. Ils affrontent la Douleur. Le grand Louis Armstrong les comprendrait :


samedi 11 août 2012

Thelonious Monk et Léon Bloy : l'intégrisme sinon rien

Depuis l'Affaire Siné, et un tract particulièrement percutant, je suis tombé dans la marmite nabienne. Son passage à Apostrophes en 1985, un délice ! "On entre dans un auteur comme dans une cathédrale !" Ah ! Ses livres, du coup... sa guerre déclarée, à coups de coups d'épée dans l'eau kamikazes contre le "juste milieu", ce "bon Dieu des imbéciles"... Ce refus total - Absolu - des compromissions. Cet intégrisme en fait, a été une vraie bouffée d'air pur, complètement anachronique dans cette époque de sentimentalisme dégénéré. C'est vrai quoi, Annie Lemoine elle a un public à qui elle donne des émotions, on ne peut critiquer ses livres, c'est insultant. Groumpf !

Or, donc, Marc-Edouard Nabe. Et Nabe existe en tant que Nabe, mais Nabe existe en tant que passeur vers les Anciens Intégristes. Nabe c'est la drogue et le dealer réunis. C'est lui qui m'a montré qu'il y avait au-dessus du rock que je ne supportais plus, le : Jazz ! Il me suffit d'écouter... au hasard... C Jam Blues par l'Oscar Peterson Trio, pour saisir de quoi je lui suis redevable. C'est lui, aussi, qui m'a montré qu'il y avait au-dessus de guignols post-modernes à la Beigbeder que je ne tolérais plus, la : Littérature ! La Joie de la lecture de Mort à crédit de Louis-ferdinand Céline pour en témoigner.

Il a réédité son premier et fracassant livre : Au régal des vermines. Je le lis, chapitre par chapitre. J'en isole deux pour cet article. L'un sur Monk, l'autre sur Bloy. Ce sont les mêmes. Monk, Thelonious Monk. Il y a des noms qui sont tout un programme. C'est comme Pier-Paolo Pasolini, ou Louis-Ferdinand Céline. Leur nom suffit. Contre-exemple : le comte Maurice Irisson d'Hérisson - invraisemblable nom d'un des funestes "honnêtes gens" du XIXe. 

Mais revenons à Thelonious Monk. Lui qui, raconte Nabe, "est allé se coucher pour des années, après avoir quitté le domicile conjugal sous prétexte que ses enfants y avaient introduit à son insu un disque des Beatles." Il s'est refermé progressivement au monde, jusqu'à en mourir. Ça c'est de l'intégrisme, ou je ne m'y connais pas. Mon respect en est forcé. "La liberté ou la mort !" - il faut encore en être capable et qui aujourd'hui ? Monk et les Beatles ne peuvent pas coexister. Oh, ça ne dérangeait assurément pas les seconds. Et pour cause. Donc, "Monk est mort. Monk est mort. Il faut bien se mettre ça dans la tête."


Et Léon Bloy ? Même rengaine ! Absolument intégriste. Le seul catholique de tous les temps. Aucun de ses "coreligionnaires" ne peut le supporter. Tous par lui démasqués dans leur tartuferie hypocrite. De même, quel "athée" pourrait-il accepter tout Nietzsche ? Voilà ce qu'en dit Nabe : "Je suis comme ça moi, je ne tolère que les hystériques, les fanatiques impitoyables. Si vous êtes prisonnier, soyez Sade ! A être fasciste, autant être Rebatet ou rien ! Si vous êtes catholique, soyez Dieu, pas moins..." On peut rajouter dans la même veine qu'il est éclatant que Céline a voulu et sans doute réussi à être le plus grand antisémite de tous les temps. C'est la demi-mesure, qui est insupportable. C'est trop demandé d'avoir une âme, d'être animé ? Tolérance interdite ! Intolérance sans frontière, voilà le point !

Chaque note de Monk, chaque mot de Bloy, balayent les milliers d'insignifiances qui, pour se protéger, propagandent pour la "tolérance" - tolérance qui va jusqu'à faire mourir Monk, ou les enfants de Bloy, mais tolérance vous comprenez... C'est Nietzsche qui a bien parlé de ça, comme de tout le reste : il explique que l'humilité est érigée en vertu par le ver de terre voyant le pied qui va l'écraser. Monk ou Bloy n'ont besoin d'aucune tolérance. Ils sont là, en 2012.

Léon Bloy s'en prenait à ces lieux communs : 

Etre poète à ses heures
Je vous mets au défi de trouver un Bourgeois qui ne soit pas poète à ses heures. Ils le sont tous, sans exception. Le Bourgeois qui ne serait pas poète à ses heures serait indigne de la confrérie et devrait être renvoyé ignominieusement aux artistes, à ces espèces d'esclaves qui sont poètes aux heures des autres.
Par exemple, il est un peu difficile de comprendre et d'expliquer ce que peut bien être cette poésie aux heures du Bourgeois. Supposer un instant que cet huissier se repose des fatigues de son ministères en taquinant la muse, exécutant des cantates ou des élégies, serait évidemment se moquer de ce qui mérite le respect. Ce serait, si j'ose le dire, une idée basse.
Le Bourgeois n'est pas un imbécile, ni un voyou, et on sait que les vrais poètes, ceux qui ne sont que cela et qui le sont à toutes les heures, doivent être qualifiés ainsi. Lui est poète en la manière qui convient à un homme sérieux, c'est-à-dire quand il lui plaît, comme il lui plaît et sans y tenir le moins du monde. il n'a même pas besoin d'y toucher. Il y a des domestiques pour ça. Inutile de lire, ni d'avoir lu, ni seulement d'être informé de quoi que ce soit. il suffit à cet homme de s'exhaler. L'immensité de son âme fait craquer l'azur.
Mais il y a des heures pour ça, des heures qui sont les siennes, celle de sa digestion, entre autres. Quand sonne l'heure des affaires, qui est l'heure grave, les couillonnades sont immédiatement congédiées.
"Être poète à ses heures, rien qu'à ses heures, voilà le secret de la grandeur des nations", me disait, dans mon enfance, un bourgeois de la grande époque.

Une bonne moyenne
Le président Jules Grévy venait d'inaugurer le Salon des Champs-Élysées. Il dit à ceux qui le reconduisaient à la sortie : "C'est cela, messieurs, c'est cela. Pas de génie, mais une bonne moyenne, voilà ce qu'il faut à notre démocratie !"

Exégèse des lieux communs, à lire d'urgence. Et ensuite, son Journal, bien entendu !


Allez, du Monk pour finir :







samedi 19 novembre 2011

Amis censeurs

La censure nous offre régulièrement, de plus en plus fréquemment et presque quotidiennement désormais, d'extravagantes occasions de se fendre la poire. Les poires sont excellentes en ce moment, d'ailleurs. 

Après l'épisode du référendum grec, prodigieux, une nouvelle aventure édifiante a vu le jour. Si j'ai bien compris, un spectacle, au pompeux titre (Sur le concept du visage du fils de Dieu), se fait gloire de lancer des excréments sur un poster du Christ. Peut-être ai-je mal compris, mais ça m'intéresse si peu que je refuse de consacrer à cela plus de temps. Des catholiques jugent la performance blasphématoire, il paraît qu'elle ne l'est pas. Voilà qui ne me ferait ni chaud ni froid. 

Les réactions en revanches sont délicieuses. 

Monseigneur Vingt-Trois (c'est bien son nom ? est-ce bien raisonnable ?) condamne... non pas le spectacle, mais les catholiques offusqués. Ce n'est pas une blague.

Les ministres, tout ce que nous comptons de professeurs de leçons de maintien, en appellent à la liberté d'expression et fustigent ces vilains catholiques très méchants. Ils défendent cet artiste qu'ils ont par ailleurs subventionné pour cette œuvre assurément majeure dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas une blague non plus. 

Ces éminents responsables très sérieux sont pourtant ridiculisés, laminés, anéantis par un improbable gugusse de l'association Civitas, celle-là même qui a investi la scène pour empêcher la présentation de cette œuvre. Figurez-vous que ce Monsieur Escada (si je ne me trompe pas, car je veux rester dans l'à-peu-près) cite l'auteur de l’œuvre, pardon le Créateur, Roméo Castellucci (?), qui appellait le spectateur à faire œuvre de Création (allons bon), quitte à investir une scène de théâtre à des fins de revendication politique. Bref, le "censuré" appelait à sa censure. 

Ce n'est pas fini. Des musulmans patriotes descendent dans la rue pour crier : "Christianophobie, ça suffit !" et "Chrétiens, la France est à vous !".

Ce n'est pas encore fini. D'autres musulmans plus roublards défendent le Christ comme Prophète de l'Islam et ainsi comme signe de l'islamisation de la France.


C'est grandiose. 


P.S. : taper sur le catholicisme ou sur le Christ aujourd'hui, c'est assez pathétique : on ne tue pas un cadavre. Et puis, n'est pas Nietzsche ou, dans un autre registre, Léon Bloy qui veut. Tout cela fait monter l'impatience suscitée par le nouveau spectacle de Dieudonné, Rendez-nous Jésus (où sont les défenseurs de la liberté d'expression ?)