Affichage des articles dont le libellé est Les mots ont un sens. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les mots ont un sens. Afficher tous les articles

vendredi 27 septembre 2013

Lexique de combat #1 - pérégriner

Vous vous souvenez du mot mot. Je ne puis croire l'inverse!... Vous vous en souvenez. Vous... je! me dis qu'à ce rythme, mon dictionnaire désordonné va mettre du temps à voir le jour, et sans mots, pas de combat, et alors, horresco referens! la victoire de l'adversaire sans coup férir. Abandon pur et simple, déclaré forfait... Pourquoi diable ne suis-je pas plus efficace, rapide, pragmatique, coubertinien, moderne!

On ne combat pas l'aliénation par des moyens aliénés. Ah! oui, ce langage, tout droit sorti de films situationnistes des années 70, qui l'entend? Aujourd'hui la lutte, c'est le pouvoir d'achat, le ras-le-bol fiscal, du concret quoi. Je m'excuse donc. Et je me défends : puisque je n'aime pas l'efficace, je ne vais pas me reprocher de ne pas l'être. Alors, soit... 1 mot au dictionnaire tous les 2 ans, c'est déjà ça - Hoppipolla.

Le mot du jour, comme le titre ne l'indique pas, est randonner. Vous aurez remarqué que je me sers de ma tête pour marcher et de mes pieds pour penser, je le raconte. Autrement dit, et officiellement dit, je randonne. Je vais même plus loin, étant licencié de la Fédération Française (achtung!) de Randonnée Pédestre. J'extremise le geste en suivant leur programme de formation à l'animation de randonnée. 

Une fois rentré de formation, je m'interroge : d'où vient donc ce mot de randonnée? Pourquoi lui et pas un autre? Je cherche. 

Et je trouve, dans le Trésor Informatisé de la Langue Française (achtung!), pour le mot randonnée :
A. CHASSE. Circuit plus ou moins long que fait un animal qui, après avoir été lancé, se fait chasser dans son enceinte avant de l'abandonner.

Quelle surprise! Pour en savoir plus, je vais au verbe, puisque nous savons qu'au commencement était le verbe, c'est écrit. Et, randonner, au XIIe siècle, qui est le siècle de référence, au même titre que tous ceux qui précèdent la naissance de Voltaire, signifiait "courir impétueusement". D'une surprise l'autre. La vitesse, la violence sont dedans. Pourquoi? rand, de la famille germaine du rennen, "courir".

Il y a finalement quelque'chose qui me plait là-dedans. J'en viens au mot pérégriner, faire un long voyage, un pèlerinage, être à l'étranger. Aller par monts et par vaux, battre la campagne... ne manquent plus que Rossinante, Sancho Panza, et le heaume de Mambrin. L'activité du Chevalier à la Triste Figure, en mille... penser avec les pieds. Être un étranger, en fin de compte. Traqué! chassé! n'ayant plus comme solution que de courir impétueusement. Voyez comme je retombe sur mes pieds...

Excusez-moi, je ressers Céline :
à quoi servaient les croisades?... ils se transposaient!... depuis ils se font éjecter, de Passy, de leur seizième étage, par super-jet conditionné, direct Golgotha... sept minutes... photographiés aux "Oliviers"... Monsieur en Joseph... Madame en Marie... les enfants, anges évidemment... retour avant l'apéritif!... depuis que chaque homme moteur au cul, va où il veut, comme il veut, sans jambes, sans tête, il n'est plus qu'une baudruche, un vent... il ne disparaîtra même pas, c'est fait...
Pérégrin révolutionnaire.

mardi 14 juin 2011

Lexique de combat - #0 Mot


A l'attaque !

La première bataille, la destruction de toutes les idoles (article manquant sur Nietzsche). Puisque Dieu est mort, à nous de nous élever. Nous faisons notre monde, nous instituons notre société (article manquant sur Castoriadis).

Vient ensuite, la bataille des mots. Ce sont eux qui nous permettent de penser, il faut donc refuser les mots du nouvel ordre mondial, et reconquérir ceux qui nous ont été volés. Écrivons un dictionnaire le plus exhaustif possible.

vendredi 13 mai 2011

Dictionnaire désordonné de résistance au nouvel ordre mondial

Dans quel ordre les choses ? Je crois devoir mon illumination à Ainsi parlait Zarathoustra, mon premier contact avec le Verbe, la puissance des mots. Je passe sur les très nombreuses étapes de mon difficile et passionnant parcours sur ce "chemin boueux vers le cœur" comme dit Nabe en pensant très fort à Bernanos. Nabe, justement en fut une, ouvrant la porte sur la violence verbale de Bernanos, Bloy, Céline, Huysmans, Artaud, j'en passe tant... Il faudrait écrire des phrases comme on dresse des guillotines, qu'il dit le nabot. Une autre étape : La question humaine, bien entendu. Au final, et avec Franck Lepage, la conviction que la guerre qui se mène est une guerre des mots.

On pense avec des mots, il s'agit donc de ne pas se les faire voler. Penser la question humaine n'induit pas les mêmes mentalités ni les mêmes comportements que penser les problèmes sociaux. D'un côté la compréhension, insaisissable, des champs ouverts, que chacun peut et doit parcourir ; de l'autre, une série de points techniques demandant chacun des explications et des solutions que seuls les experts peuvent déterminer et apporter. C'est le problème la question centrale, le nœud gordien Edgar Morin. Le "nœud gordien" est une expression parmi les favorites du philosophe comme métaphore de problèmes (justement) sans solution, de cul-de-sac idéologique, et de saut qualitatif (violent) à opérer pour ouvrir de nouveaux champs des possibles. Aujourd'hui, le nœud, c'est la complexité, elle s'impose à nous. La question est de savoir si elle s'impose à nous comme éthique de la compréhension, ou comme apologie du despotisme éclairé (reconverti en dictature de l'expertise).

Pour favoriser à la première proposition de l'alternative, il faut s'armer des mots de cette langue. Voici comment : 
- réécrire les articles dégénérés modernistes en substituant de vrais mots à l'insignifiance machiniste,
- suivre le grondant Léon pour faire l'exégèse des lieux communs de chaque époque,
- lire et sans cesse compléter les dictionnaires réactionnaires-révolutionnaires, tels celui de la langue de bois, ou celui de la bêtise ambiante, 
- et cætera !...

Le bruit et la fureur. Le tumulte et le fracas (Merci la mélenche). Le Verbe fera tout un ramdam !

samedi 23 avril 2011

Juste en passant...

Je regarde une vidéo, prétendue pédagogique, sur la création monétaire, pour en juger la qualité. Soit. Premier panneau : "Partout, les États volent au secours des banques et de tout le système." C'est fou comme une virgule peut tout changer. Voici ma proposition :



Partout, les États volent, au secours des banques et de tout le système.


C'est plus signifiant, non ?

Bon, maintenant, je la regarde, la vidéo (Edit : une fois regardée, elle vaut le coup, moins que la lecture des livres dont elle s'inspire, mais c'est plus rapide) :


Crise 2008 - 1) La création monétaire - par moneylefilm



Crise 2008 2) Financiarisation de l'économie par moneylefilm

mardi 22 février 2011

Le poids de la pensée apaisante

Ce titre est un double pléonasme au lieu d'un oxymore. C'est l'extraordinaire découverte que j'ai faite ce weekend, alors que je travaillais à un scénario d'ateliers scientifiques sur le thème des leviers & balances.

En effet, en effet ! littéraire sur les bords et de service, je m'attache toujours à chercher le sens des mots, parce que les mots ont un sens, comme un élément de compréhension. C'est le moyen de relier la recherche documentaire et la recherche expérimentale, aussi. Voici donc la notion de poids, et le mot poids, d'où vient-il ? Dare-dare mon dictionnaire étymologique, illico presto le tilf, pour une découverte qui fera tout un ramdam. 

Poids vient du latin pensum "chose que l'on pèse", en référence au poids de laine à filer distribué aux servantes, laine qui était suspendue d'où l'idée de pesée. Le mot sonne donc comme un hommage aux classes laborieuses, c'est déjà un premier point. 

Un deuxième point, sollicite le sens immédiatement figuré de l'expression : la "chose que l'on pèse" est aussi la "tâche à faire" - le pensum. Eh ! oui... vous l'aviez vu venir, le voilà. Penser vient donc de pensare "peser, apprécier, évaluer". Stupéfait. Au fait, ne me direz-vous pas, mais je vous réponds quand même : la forme poids vient d'un rapprochement avec le mot pondus. CQFD.

Troisième point, on n'y coupera pas : au XIVe siècle apparait le mot panser "adoucir, calmer" par dérivation d'expressions telles penser de "prendre soin de, se préoccuper de quelqu'un", puis simplement penser quelqu'un, dont la graphie a évolué, pour la distinction sémantique, vers panser.


Résumons-nous : 

La pensée est quelque chose qui pèse, la pensée est quelque chose qui apaise.

(je passe sur l'homophonie, qui ferait l'édification du plus incrédule des incrédules)


Tout cela n'a pas qu'un intérêt d'érudition (on s'en fout). Mais, n'ayant que trop ressenti  chacune des deux propositions de cette phrase, cette origine commune m'est bouleversante. Oui, les pensées pèsent, et oui, elles rendent libre aussi. Je continue ? Je continue. Libre vient de liber, quand libra donne litre, livre, équilibre et signifiait "balance". Qu'un latiniste, éminent ou non, m'explique le rapport entre ces deux mots latins.

Ça suffit pour aujourd'hui. Et c'est ainsi qu'Allah est (très)  grand.