dimanche 21 septembre 2008

Les imaginaires médiatiques - Eric MACE


Eric Macé s’essaye à une sociologie postcritique des médias, en commençant par substituer le terme de « médiacultures » à celui de « culture de masse », trop déprécié et réducteur. Les médiacultures renvoient d’une part aux industries culturelles et aux médiations médiatiques, et d’autre part aux rapports anthropologiques au monde à travers des objets à l’esthétique relationnelle spécifique. Il les conçoit, non pas comme l’instrument de la mystification des masses mais comme le poste d’observation du passage à une seconde modernité, postindustrielle.

Il inscrit ce nouveau regard dans une tradition sociologique postcritique permise à la fois par les gender studies et les cultural studies postcoloniales. Les médiacultures sont alors typifiées et reconnues comme instables, réversibles, ambivalentes et ambiguës et non pas unidimensionnelles.

3 parcours théoriques sont ensuite retracés : l’École de Francfort et le tournant gramscien (de l’idéologie à l’hégémonie) en premier lieu, menant tout droit aux cultural studies anglo-saxonnes ; le parcours « inverse » opéré par Pierre Bourdieu en France qui par d’Hoggart pour retomber sur la mystification des masses, quitte à se contredire ; Edgar Morin (L’esprit du temps) enfin, qui voit dans la culture de masse hollywoodienne des années 1930-60 le passage à ce que Alain Touraine appellera la société postindustrielle. Morin précède en quelque sorte les cultural studies, avec un double déplacement, ceux des concepts de mythe et d’industrie culturelle, qui, d’instruments de domination (tradition critique) deviennent problématiques des dialectiques des tensions culturelles.

Macé tente alors de critiquer la critique de l’audimat, en montrant comment les industries culturelles sont prises dans un système de tensions et contraintes (qu’est-ce qui va intéresser les gens?) qui leur impose : instabilité, incertitude, diversité. Alors, les médiacultures, culture connue de tous mais pas culture de tous, deviennent le lieu du conformisme : conservatisme et progressisme y sont en tension. C’est pourquoi la vitalité de l’arène publique tient à ce qu’y émerge de subcultures, des contre-cultures et qu’elle est en ce sens vitrine de la vitalité démocratique. La globalisation homogénéise la façon d’exprimer ses différences, mais n’abolit pas les différences (Nick Couldry).


Alors que retenir ? La culture de masse était détestée (Debord, Baudrillard, Barthes, Bourdieu…) comme mystification. Il ne s’agit pas de nier les rapports de pouvoir et les effets de domination qui la traverse ; mais bien davantage de pouvoir penser les médiacultures comme plurielles, contradictoires, conflictuelles, faites de mouvements et contre-mouvements culturels. C’est ainsi que s’élaborent les imaginaires collectifs dans notre seconde modernité. C’est dans ce cadre qu’il convient donc les analyser, déconstruire, critiquer. Cet essai reste toutefois très programmatique : c’est un appel à mener des études dans cette direction, et à ce titre n’amène pas à des conclusions factuelles et utilisables. Espérons que l’approche sera prolifique…

vendredi 19 septembre 2008

Spinoza avait raison - Antonio R. DAMASIO

C’est par hasard que Antonio R. Damasio a redécouvert Spinoza, alors qu’il voulait vérifier une citation, cette redécouverte lui fit entrevoir que Spinoza avait eu l’intuition de ce que ses découvertes en neurobiologie laissent supposer. Ce livre, outre l’exposition des derniers résultats de Damasio, raconte donc la recherche quasi mystique de Spinoza à travers la Hollande : se mêlent donc autobiographie, histoire, philosophie, biologie. L’intuition géniale de Spinoza, non démentie par Darwin, Freud et la neurobiologie la plus récente, est que le corps et l’esprit ne forment qu’une seule et même substance, à l’inverse du dualisme cartésien. L’idée centrale –le conatus – selon laquelle l’individu tente, s’efforce de se préserver, ce qui implique de nombreux processus de la vie qui se signalent au cerveau, s’encartent et donnent naissance aux sentiments relie la philosophie de Spinoza et la biologie de Damasio.



En effet, Damasio a travaillé sur les émotions et les sentiments (variantes de l’expérience de la douleur ou du plaisir telle qu’elle se manifeste à travers des émotions et des phénomènes connexes ; autrement dit la partie privée quand les émotions sont la partie publique) et a montré que les émotions précédaient les sentiments (principe d’emboîtement) dans des réponses essentiellement à des situations au sein même de l’organisme (homéodynamique et donc préservation de l’être) : les conséquences d’une « sagesse » naturelle sont encartées sans que l’individu n’en sache rien et donne naissance aux sentiments. Un sentiment est donc en grande partie une perception de l’état du corps, parfois également d’un état d’esprit l’accompagnant (perceptions interactives). Pour avoir des sentiments, il faut : un corps et des moyens de se représenter son corps en son sein (système nerveux) ; que ce système nerveux puisse encarter les structures du corps et ses états (en faire des images mentales) ; une conscience (connaître son propre contenu) ; que le cerveau soit capable de construire un état émotionnel du corps.


Il retrouve alors Spinoza qui estimait que la Joie est une transition de l’organisme vers une plus grande perfection (mais problème des cartes sous drogues) et inversement pour la Tristesse, ce qui a des implications sur les comportements sociaux et donc sur les mécanismes derniers de la régulation de la vie ; le gouvernement de la vie sociale (comportements éthiques, non automatisés à la différence de l’homéostasie). Rejoindre Spinoza pour qui le fondement de la vertu est « l’effort même pour conserver son être » donc l’harmonie émotion / raison pour atteindre la Joie : remplacer une émotion négative par une plus grande positive ? Pour nous maintenir, nous devons nécessairement préserver les autres soi, c’est-à-dire que le fondement du comportement éthique est biologique, et non pas révélé. De quoi trancher les débats entre la justice écossaise et la justice kantienne ?

Le hasard et la nécessité - Jacques MONOD

Pour le biologiste, la nature est objective, ce qui est le fondement indémontrable de la méthode scientifique ; il faut alors séparer l’éthique porteuse d’un projet de la connaissance centrée elle sur l’objet. Ainsi, une « ancienne alliance », « animiste », doit être rejetée au profit d’une nouvelle alliance qui mettrait fin à l’illusion du dualisme. Pour ce faire, la biologie doit résoudre une évidente contradiction épistémologique dont la base serait la téléonomie : l’œil en tant qu’organe naturel répond bien au projet de capter l’image. Donc l’objectivité oblige à reconnaître la téléonomie comme principe de fonctionnement du vivant. Mais pour Monod, la téléonomie découle de l’invariance (conservation de l’espèce et transmission du patrimoine génétique), alors que d’après lui, les animistes posent que c’est la téléonomie qui impose l’invariance.

Monod fait de l’animisme une étape de l’évolution au sens darwinien des idées de l’Homme : religion, philosophie jusqu’au marxisme inclus et l’évolutionnisme finaliste (Spencer). Monod explique que la téléonomie observable à un niveau macroscopique est causée par les invariances microscopiques (traduction de l’ADN) irréversibles. C’est ce qui permet de comprendre la diversité des êtres vivants alors mêmes que les machineries chimiques qui les composent sont peu ou prou les mêmes. « Il s’ensuit nécessairement que le hasard seul est la source de toute nouveauté dans la biosphère. » Et ce n’est qu’ensuite que la téléonomie assure la stabilité des formes dans la biosphère. Ce qui pose le problème de ce qu’il nomme les frontières : l’origine des premiers systèmes vivants et le fonctionnement du système le plus téléonomique qui soit (le SNC de l’Homme). Ce qui ouvre donc une conception nouvelle de la complexité de l’héritage génétique et culturel, de l’expérience personnelle, qui se regroupe pour définir l’individu que nous sommes.

L’exigence d’explication est universelle, avec une fonction d’apaiser l’angoisse de trouver un sens à l’existence, c’est pourquoi la science objective qui a finit par s’imposer aux sociétés modernes mais en suscitant toujours l’hostilité car elle s’affirme comme seule source de connaissance et appelle à une refondation éthique.

jeudi 11 septembre 2008

"Le monde est déjà filmé, il faut le transformer" - Guy DEBORD

Voilà, Siné Hebdo est dans les kiosques. Ce journal saura-t-il tenir ses promesses ? "Pendant que la droite bulldozère, la gauche, pas le PS, la vraie (situationnistes, trotskystes, anarchistes, altermondialistes, et tous les marginaux de mon coeur) se déchire et s'injurie, offrant ainsi un boulevard aux salopards de prédateurs" écrit Siné dans son édito. Son journal espère remédier à cette situation. Mais sur la même page, martin est amère : "Tu veux encore lutter contre ça, Siné ? A quatre-vingts balais, éditer un nouveau journal ? Mais pour quoi faire ? En cinquante ans, on a eu toi, Bosc, Reiser, Hara-Kiri, Charlie Hebdo (le vrai, pas celui de l'éditorialiste de Saint-Germain-des-Prés), Desproges, les Guignols, Groland. Les mentalités ont-elles évolué ? Oui. En pire." Les prochains numéros donneront rapidement des éléments de réponse. Mais force est de constater que la gauche est en totale débâcle. La fin des idéologies et l'avènement de la "nouvelle philosophie" lui ont réglé son compte et n'occupent plus l'espace médiatique que des moralisateurs tout attachés à la défense de l'ordre établi : liquidation de mai 68, disqualification de la gauche assimilée à de l'islamo-gauchisme antisémite, défense systématique des intérêts des USA, etc. Résultat : nous sommes accablés de réalisme bienpensant (non-pensant).


Donc, si jamais on a besoin d'une petite bouffée d'oxygène, un petit flash-back s'impose. Après-guerre, les intellectuels se divisent notamment entre gaullistes (Aron, Malraux), compagnons de route du PCF (Sartre, Aragon) et ceux qui, de gauche, dénonçaient le totalitarisme soviétique tels Edgar Morin, Pierre Vidal-Naquet, Cornélius Castoriadis et le groupe de Socialisme ou Barbarie, notamment. De ceux-là, j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.


Aujourd'hui, c'est au tour de Guy Debord. 1967 : il publie La société du spectacle, après 10 ans de situationnisme. 1968 lui donne raison. Seulement, 68, la solidarité spontanée, l'anarchisme et le situationnisme sont vaincus par le régime. Et l'imposture de la pensée anti-68 (depuis le célèbre livre de Ferry et Renaut, La pensée 68) consiste à voir mai 68 comme la préparation de l'individualisme nihiliste contemporain. Castoriadis, Morin et Lefort (Mai 68, La brèche) montrent bien que c'est là un terrible contresens : est pris pour "pensée 68" le structuralisme pré-68 (mort de l'Homme, mort du sujet, mort de la politique), celui-là même rendu obsolète par 68, et dont les tenants, après 68, tentent de nuancer leurs positions et/ou de prendre leurs distances. Bref, mai 68 a échoué, et Debord adapte son livre au cinéma en 1973.


Ayant pu le voir, je vais en parler rapidement. La marchandise, présentée par la société comme triviale et se comprenant en soi-même, est au contraire, d'après Debord, très complexe, subtile, et impregnée de sens métaphysique. Tout cela est recouvert par l'avènement avec la révolution industrielle de l'économie politique, à la fois "science dominante et science de la domination". Le capitalisme a tout unifié, mais unifie les choses en tant qu'elles sont séparées. Il unifie tout, jusques et y compris sa contradiction officielle : l'insatisfaction elle-même devient une marchandise. Baudrillard dans La société de consommation en vient également à ce genre de conclusion que la société s'équilibre entre la consommation et sa contestation. Critiquer le système revient à en assurer la pérennité en quelque sorte. La tâche critique en est sérieusement compliquée.


Pour revenir au capitalisme qui unifie ce qui est séparé... Les révolutions bourgeoises du XVIIe siècle ont institué un temps officiel irréversible (Kant expliquait déjà que la Révolution Française et la décapitation de Louis XVI marquait la sortie d'un temps cyclique et l'entrée dans un temps linéaire). Ce temps irréversible s'oppose donc à l'ancien temps agraire, cyclique. Mais, le temps irréversible a beau être le temps officiel, il n'en est pas devenu pour autant le temps vécu, le temps du quotidien, celui des masses. Le temps quotidien est resté cyclique, rythmé par les phases de travail, de repos, de vacances tant attendues. Les usagers de ce temps n'ont pas le pouvoir de décision. Donc, finalement, la société n'a pas l'usage du temps irréversible : s'il y a eu une histoire aux XVIIe et XVIIIe siècles, il n'y a plus d'histoire, puisque plus de décision. Le temps irréversible unifié n'est que celui de la comparaison des marchandises, pour le profit des classes dirigeantes, et l'aliénation des travailleurs. On se souvient que Sarkozy prétendait que "l'homme africain (sic) n'est pas assez entré dans l'histoire", le bougre ! Eh bien "l'homme occidental" croit y être entré lui, alors que c'est faux, et rien n'indique que ce ne soit plus glorieux.


Le stalinisme n'a fait que montrer la bureaucratie comme continuation de la domination de l'économie politique par quoi "toute la société devient démente". Alors, un projet révolutionnaire doit avoir à l'esprit qu'on ne saurait combattre l'aliénation sous une forme aliénée, et donc que la théorie révolutionnaire est l'ennemie de l'idéologie révolutionnaire. La théorie ne pourrait qu'amener à conforter le système et la Réaction. Puisque le monde est déjà filmé, il faut le transformer. Castoriadis : pour rester révolutionnaire, il faut abandonner le marxisme. Morin : la révolution doit être permanente. Conclusion de Debord : il faut être prêt à une dizaine de Mai-68, à nombre de défaites, de guerres civiles, pour venir à bout de la société de spectacle. Cher payé... Quelle énergie reste-t-il dans notre société devenue post-industrielle depuis ?

jeudi 4 septembre 2008

Non à Edvige

Tiens, je n'avais pas parlé de ce fichier, mais les médias reviennent dessus, alors allons-y. Avec les tests ADN, c'est peut-être bien la mesure la plus choquante prise par le gouvernement Sarkozy. Je n'ai pas entendu le PS avec la fermeté qui s'impose, mais Bayrou lui n'a pas raté l'occasion de se montrer comme l'opposant n°1. Je vous laisse découvrir :

C'est proprement ahurissant. De plus en plus orwellien.

samedi 23 août 2008

Castoriadis dans le Labyrinthe 1/2 - La psychanalyse et l'autonomie

J'ai fini le premier tome des Carrefours du Labyrinthe de Cornelius Castoriadis, voici un premier billet faisant la synthèse de deux chapitres qui concernent la psychanalyse et son élucidation par Castoriadis, avant, demain, de revenir sur un volet économique.



Epilégomènes à une théorie de l’âme que l’on a pu présenter comme science



Malgré une novation radicale, la psychanalyse n’a fait qu’amplifier les apories datant du Timée concernant l’âme. Elle n’est pas scientifique parce que son objet est signification vivante (logoi embioi), par définition et, quoiqu’en disent les structuralistes, indécomposable. Sa novation : l’analyse n’est pas théorie de son objet, mais pratico-poiétique : faire parler son sujet – on aurait aujourd’hui le sentiment que cela découle d’une théorie, en réalité ce n’est fondé que lorsque l’analyste entre lui-même dans le projet de l’anto-analyse : se comprendre pour se transformer. Projet de transformation, pas de savoir ! Il faut donc tenir qu’une transformation du sujet est possible (« Où ça était, Je dois devenir »). Mais elle se voudrait scientifique, et est née d’un « rendre compte et raison », mais selon un principe qui apparaît aussitôt vide : si tout énoncé était nécessairement vrai ou faux même à propos de l’avenir, il n’y aurait plus rien de contingent, ni de vérité puisque nous ne pourrions plus nous penser origine de ce qui sera (Aristote). L’individu est irréductible : la psychanalyse n’échappera pas à cette aporie : quid de la création (et même, si l’on peut déceler de la répétition, cela signifie que tout ne se répète pas) ? Si le passé n’était pas création, nul besoin d’y revenir : la cure est la prise de conscience de l’autocréation ! Et la question de la topique, laissée à l’abandon après Freud [cf. les neurosciences] Elle ne peut pourtant pas être une simple métaphore, mais ne peut trouver conceptualisation scientifique, et cela ni par accident ou provisoirement, mais par essence. « Mais ce qui ne se laisse pas calculer, se laisse encore penser. » Philosophique, mais pas philosophie (activité pratico-poïétique), la psychanalyse peut élucider un pan de la philosophie : celui de la liberté de l’Homme face aux déterminations : il doit tout vivre comme sens, sens qui subit des distorsions historiques (chez l’individu, chez la société). Sublimation et réalité sociale : ces questions ne doivent pas être esquivées, mais courageusement affrontées (autocréation par l’imaginaire social et individuel).



La psychanalyse, projet et élucidation



1960-75 : la psychanalyse parisienne se décompose et Un destin si funeste (1976) de Roustang en est une illustration. Roustang dépasse le lacanisme pour interroger la psychanalyse, Castoriadis y répond.
Pour Roustang, le lacanisme est un monstrueux circuit aliéné et aliénant, mais ne fait que répéter le péché originel de la psychanalyse dont la théorie est le « délire de plusieurs ». Mais Roustang lui-même oublie/nie l’inscription de la psychanalyse dans le social-historique et semble vouloir sauver la théorisation lacanienne en ne mentionnant pas sa pratique, pris qu’il est dans l’idéologie de la « maîtrise » : l’abjection de la pratique lacanienne correspond au refus de l’altérité, tout serait soumis à la répétition et l’inane combinatoire de la structure. Ainsi pour Lacan, ainsi pour Freud ? Mais Castoriadis montre que la pratique freudienne se faisait en dépit de sa théorie, alors que chez Lacan, les deux étaient en phase. Chez Freud en effet : possibilité de penser une autre situation individuelle ; le meurtre du père n’est possible qu’avec le pacte des frères (refus de la maîtrise). Privé d’assurance théorique, privé d’assurance pratique, l’analyste a besoin d’une prothèse : dogme codifié, ou pouvoir d’un seul (maître). Alors destin funeste ? On ne peut déjà pas comparer la situation de Freud avec toutes celles ultérieures puisque Freud, dans une position unique, a institué la psychanalyse et son histoire. L’occultation de l’histoire, de la socialité, de l’individu, de la création, est un point aveugle de la théorie psychanalytique. L’imagination radicale est dévoilée et en même temps recouverte par Freud.
Se pose la question de la volonté, du projet de l’analyste, plus que son « désir ». Est-ce l’élucidation, la pensée, l’autonomie du patient ? Les sociétés psychanalystes qui calquent le rapport maître – disciple sur le modèle de la famille ne peuvent s’y résoudre. Pourtant, le disciple n’est pas le fils, le modèle familial est lui-même daté et inscrit dans une société. Et puis, pour l’idéologie parisienne, la pensée n’existe pas, mais seule la théorie, délire de plusieurs quand le délire serait la théorie d’un seul. Exit la question de la vérité ! Cette conception les oblige à avoir la même théorie et donc à forcer les autres à l’adopter : violence, maîtrise, esclavage. Or l’étayage sur le social-historique, la création, c’est ce que Freud tentait de penser avec la sublimation, évidemment marginalisée par tous ses suiveurs.
Objet psychanalytique : la transformation du sujet. Quelle transformation ? Je à la place de Ca ? Quel Je ? Un Je-norme sociale ? C’est de fait ce qui va l’emporter, avec le risque pour la psychanalyse de devenir un lieu de conservation de l’ordre social. Mai 68 (l’histoire !) a emporté le structuralisme, la psychanalyse s’est alors diluée dans le n’importe quoi médiatique et biodégradable. La suite de son histoire ?

jeudi 21 août 2008

Le président géorgien formel : Siné est antisémite

BHL avec Gluksmann fils a vu des choses en Géorgie, et lance un appel avec Glucksmann père que même Alain Minc dénonce, non sans avoir tout de même qualifié les deux bougres comme étant "nos meilleurs esprits". En réalité, nos meilleurs esprits n'ont pas raté l'occasion de déverser une nouvelle fois leur galimatias moral et idéologique destiné à nous faire savoir ce qu'il faut penser. Et c'est très simple, preuve que nos meilleurs esprits sont de grands pédagogues capables de faire passer des choses très compliquées pour très simples.

En effet, la Russie, dont les soldats sont alcooliques, nous martèle BHL, est vraiment très méchante. Vous le saviez déjà, je l'espère. Mais elle est encore plus méchante que vous ne l'imaginiez. En fait, la Russie est tellement méchante qu'elle attaque la Géorgie pour faire un axe avec l'Iran dont le but serait évidemment de détruire Israel. Et au contraire, les USA sont vraiment très gentils puisqu'ils défendent la liberté et la démocratie. Hélas, ce qui complique bigrement les choses, ce sont les Européens. Ceux-ci sont divisés parce qu'ils ont peur et qu'ils sont faibles. Ce sont donc les européens qui vont emmener le monde entier vers le nouveau Munich (quel est donc le nouvel Hitler?). Les choses sont donc claires, non?

1/ l'Europe doit affronter la Russie, en acceptant la Géorgie et l'Ukraine dans l'OTAN
2/ Après avoir attaqué l'Afghanistan et l'Irak, il faut s'occuper de l'Iran
3/ Puisque les vilains en veulent à Israel, tous ceux qui ne veulent pas attaquer les vilains ou qui critiquent Israel seront taxés d'antisémites et de nazislamistes (si par bonheur ils sont musulmans) ou d'islamogauchistes (dans l'autre cas)

Le plus extraordinaire, c'est que la position de nos meilleurs esprits est rigoureusement celle des néo-conservateurs US, mais là où ces derniers ne se justifient que par la défense de leurs propres intérêts, nos meilleurs esprits sont si brillants, eux, qu'ils parviennent à y voir la défense des valeurs universelles et éternelles qui sont les leurs.

Nos meilleurs esprits ne peuvent pourtant pas ne pas connaitre les livres de Brzezinski (Le grand échiquier) ou de Kagan (La puissance et la faiblesse) qui expliquent sans détour la géopolitique américaine après la guerre froide. Nos meilleurs esprits peuvent-ils ignorer les enjeux énergétiques liés à cette région du Caucase ainsi que l'histoire de cette fourmillière de nationalités et son économie informelle (une interview de Jean Radvanyi dans Télérama cette semaine pourrait leur ouvrir l'esprit, ainsi que la lecture de la Géopolitique de la Russie de Pascal Marchand) ?

Je m'étonne que nos meilleurs esprits puissent toujours écrire leurs absurdités dans les journaux, alors même que leur supercherie intellectuelle a été largement démontrée dans le passé. Mais force est de constater que les intellectuels, les vrais, n'ont pas voix au chapitre dans ce monde médiatique. Je vous laisse lire Jean Baubérot qui s'époumonne à confondre la bêtise et l'hypocrisie de nos meilleurs esprits sur leurs chevaux blancs de la liberté d'expression. Une nouvelle affaire a en effet éclaté : en Turquie laïque, l'AKP (parti musulman au pouvoir) était menacé d'interdiction pour "activités antilaïques" qui n'étaient autres qu'un usage de la liberté d'expression (exemple d'activité antilaïque incriminé : un cadre de l'AKP a dit : "on empêche les gens qui veulent avoir une apparence pieuse de participer à la vie active"). Heureusement, l'interdiction n'est pas tombée, mais qui est monté au créneau pour soutenir "sans réserve" l'AKP ? Aucun de nos meilleurs esprits. Comme l'explique Baubérot, imaginons l'inverse : "un parti au pouvoir menacé d’interdiction et fortement limité dans sa liberté d’expression, parce que certains de ses cadres auraient tenus des propos considérés trop critiques envers l’islam". On aurait eu droit à des tirades héroïques contre l'islamofascisme !