mardi 12 juillet 2011

Sonny Rollins à Jazz à Vienne : contre les molosses enchaînant les tubes, préférons un Colosse titubant déchaîné

Belles photos du concert : ici


Cahin-caha. C'est comme ça qu'il entre sur scène, le Saxophone Colossus. En éléphant chargeant le caméraman. C'est ainsi qu'il répond à l'ovation debout. Oui, un éléphant en déambulatoire. Que la démarche est pénible, chez Sonny Rollins. Il est à moitié couché sur son saxophone : mais comment va-t-il faire ? La question est presque aussi ridicule que celui qui se la pose : il fait, et c'est extravagant. 

Maintenant que Michael Jackson et Amy Winehouse sont morts, on peut penser que Sonny Rollins est le plus grand musicien vivant, d'autant que les étoiles montantes Coldplay et Justin Bieber n'ont pas encore eu le loisir d'exprimer tout leur potentiel. C'est une marotte, mais Sonny convoqua ce soir - il jouait à Vienne, en effet - les grands dieux du be-bop, mais... hé ! gamin ! tu en es. Le respect des Grands Anciens, la volonté de les épater : tout est là. C'est toujours la même histoire. Sonny, tu n'es peut-être pas Monk, l'Oiseau vole peut-être bien haut, mais tu es le Colosse. Quelle hauteur !

Je ne saurais dire, de Yusef Lateef, d'Ahmad Jamal, et désormais de Sonny Rollins, lequel des trois je préfère, et ça n'a de toute façon pas de sens. Je ne sais pas si le premier Poinciana entendu de l'un est au-dessus du Don't stop the carnival de ce soir, par exemple. Je ne sais pas, je m'en fous, c'est de l'Infini. Inutile d'en parler, je ne chercherai qu'à le ré-entendre. Les premières notes en résonnent, pour clore somptueusement ce magnifique concert en deux parties (cette "page d'histoire"). Le rythme n'est plus celui rencontré quelques années, quelques décennies auparavant, octogénaire oblige ; mais, alors, quelle facétie ! Quelle chance d'avoir pu entendre ça !... Et tout le public qui continue de siffler en descendant les rues de Vienne...

mardi 5 juillet 2011

Hiromi The Trio Project - Jazz à Vienne

Ce soir c'est mon troisième concert d'Ahmad Jamal. Mais la vedette a été volée par l'hôtesse qui lui a apporté des fleurs en fin de concert : Hiromi Uehara. C'est une jeune pianiste que je ne connaissais pas, mais qui a fait sensation à Vienne, ce soir. Disciple de Jamal, elle annonce rapidement être très fière, et l'émotion se lit sur son visage, de lui ouvrir la soirée. Elle s'en montre tout à fait digne, durant toute sa prestation, et lors de la clôture, donc, alors qu'elle traverse la scène pour offrir à son Maître des fleurs comme une petite fille irait demander un autographe. Noble attitude que la sienne : elle reconnaît et respecte les Grands Anciens, ceux qui ont disparu, du moins s'en plaignait Marc-Edouard Nabe dans L'homme qui arrêta d'écrire. Il y a des Grands Anciens à épater, et c'est ce qu'elle entreprend, et c'est ce qu'elle réussit. Elle a un Père, Ahmad Jamal, et un Grand-Père, Beethoven. Sacrée famille, me direz-vous. Mais elle s'en montre à la hauteur.

Sa prestation restera gravée dans beaucoup de mémoires. Quelle sautille-trépigne devant son piano, qu'elle frappe les notes à coups de poing, de coude, de marteau-piqueur (elle n'avait pas de marteau-piqueur ? comment a-t-elle fait ?), qu'elle triture son clavier rouge dégénéré (même couleur que ses diaboliques chaussures) avec un sens de l'humour parfaitement étranger à la dérision régnante à notre époque, elle s'en tire toujours bien. Attention, la voici qui joue Tom et Jerry... le caméraman se laisse entraîner dans un trou de souris pour la filmer et percute le micro. Achtung ! elle joue une mélodie menaçante, et elle se retourne pour voir le loup qu'elle joue s'avançant - c'est peine perdue, elle l'a déjà apprivoisé. Quand elle change de registre, c'est dans la continuité. Quand elle effleure le piano, c'est violemment. Jamais on n'anticipe la direction, elle est toujours dans la bonne. Une boussole aléatoire, mais tous ses chemins mènent au Nord. 

Alors, quand la pathétique, que dis-je ?! quand La Pathétique retentit, celle de Ludwig van bien entendu, je n'en crois pas mes oreilles. Mais à quoi s'attaque-t-elle ? Elle la jazzifie et c'est un enchantement. Bah ! c'est incroyable. 

Elle envoie alors un morceau, seule au piano, époustouflant, et c'est la première ovation debout. Pas la dernière, puisque l'auditoire antique la fera revenir une fois, hélas ! pas deux...

samedi 25 juin 2011

Je postule à Auchan, cet été

Madame, Monsieur, 

Votre entreprise, spécialisée dans la grande distribution, s'évertue chaque jour à défendre le pouvoir d'achat de ses clients et à leur apporter, par le biais de ses employés, un service de qualité qui leur donne envie de revenir.

Elle n'y réussit que trop bien, usant de toutes les méthodes modernes d'une propagande de la pire espèce. Chaque jour, ce sont des masses de consommateurs assommés de marketing qui se bousculent au portillon babylonien de votre enseigne. Vous vendez tout, et surtout n'importe quoi - jusqu'au bruit du ruisseau s'il le faut, faisant flèche de tout bois pour vous donner le plus grand rôle dans cet immense Spectacle de la décadence humaine. Que des projets si diaboliques que les vôtres puissent rencontrer le succès constitue la plus sûre insulte à la logique.

Vous comprendrez donc qu'il est hors de question pour un homme comme moi de proposer ma candidature à l'exploitation jetable pour cet été - j'envisage d'ailleurs de ne pas augmenter mon pouvoir d'achat afin de ne le pas dépenser chez vous, et je vous serais très reconnaissant de ne pas commettre la redoutable erreur de me convier à un entretien.

Je vous prie d'agréer, etc.

mercredi 22 juin 2011

Survie suspecte après un repas dans un McDonald's

MARSEILLE (Retors) - Un homme de 22 ans a survécu à un repas pris ce dimanche dans un restaurant McDonald's des quartiers sud de la ville, a indiqué mardi le procureur de Marseille Jacques Dallest.

Le jeune homme a certes été pris de maux d'estomac et de vomissements après avoir consommé, le 12 juin, un repas dans l'un des restaurants de la chaîne américaine, mais en est sorti indemne. Aucune explication logique n'a pu être avancée au sujet de son rétablissement.

Le parquet a ouvert une enquête préliminaire pour déterminer une "intercession divine", mais les examens pratiqués lundi sur le rescapé n'ont pas permis de connaître avec précision les causes de son salut.

"Nous étions d'ores et déjà prêts à autopsier et imaginions une nouvelle fois expliquer le décès par syndrome asphyxique en relation avec un oedème pulmonaire aigu hémorragique", a affirmé dans un communiqué Jacques Dallest.

"Des examens complémentaires toxicologiques, anatomo-pathologiques et bactériologiques sont en cours. Les conclusions interviendront dans un délai indéterminé", a précisé le procureur.

L'enquête judiciaire sur les "recherches des causes de la guérison" a été confiée mardi à la section de recherches de la gendarmerie de Marseille et à l'Office central de la gendarmerie spécialisé également dans les affaires sanitaires et de santé.

La famille de miraculé n'a pour l'instant déposé aucune plainte.

La direction de McDonald's a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir "déclenché une enquête interne" à titre de précaution. "Il n'y a pas de lien avéré à ce stade entre la bonne santé de ce jeune homme et le fait qu'il aurait pu consommer un repas (...) dans l'un de nos restaurants marseillais", conclut-elle.

Un adolescent de 14 ans, n'ayant pas connu pareille Grâce, est décédé au mois de janvier d'une toxi-infection alimentaire après avoir mangé deux hamburgers au Quick d'Avignon Cap-Sud.

Le parquet d'Avignon a ouvert le 18 février une information judiciaire contre X pour homicide involontaire en invoquant d'importants manquements aux règles d'hygiène.

mardi 14 juin 2011

Lexique de combat - #0 Mot


A l'attaque !

La première bataille, la destruction de toutes les idoles (article manquant sur Nietzsche). Puisque Dieu est mort, à nous de nous élever. Nous faisons notre monde, nous instituons notre société (article manquant sur Castoriadis).

Vient ensuite, la bataille des mots. Ce sont eux qui nous permettent de penser, il faut donc refuser les mots du nouvel ordre mondial, et reconquérir ceux qui nous ont été volés. Écrivons un dictionnaire le plus exhaustif possible.

Une diablerie à surveiller - Constitutionnalisation de l'équilibre des finances publiques

Ça va passer, au Congrès, c'est entendu. Il s'agira alors de repérer les voix de "gauche" s'étant mêlées à d'aussi funestes projets.

vendredi 13 mai 2011

Dictionnaire désordonné de résistance au nouvel ordre mondial

Dans quel ordre les choses ? Je crois devoir mon illumination à Ainsi parlait Zarathoustra, mon premier contact avec le Verbe, la puissance des mots. Je passe sur les très nombreuses étapes de mon difficile et passionnant parcours sur ce "chemin boueux vers le cœur" comme dit Nabe en pensant très fort à Bernanos. Nabe, justement en fut une, ouvrant la porte sur la violence verbale de Bernanos, Bloy, Céline, Huysmans, Artaud, j'en passe tant... Il faudrait écrire des phrases comme on dresse des guillotines, qu'il dit le nabot. Une autre étape : La question humaine, bien entendu. Au final, et avec Franck Lepage, la conviction que la guerre qui se mène est une guerre des mots.

On pense avec des mots, il s'agit donc de ne pas se les faire voler. Penser la question humaine n'induit pas les mêmes mentalités ni les mêmes comportements que penser les problèmes sociaux. D'un côté la compréhension, insaisissable, des champs ouverts, que chacun peut et doit parcourir ; de l'autre, une série de points techniques demandant chacun des explications et des solutions que seuls les experts peuvent déterminer et apporter. C'est le problème la question centrale, le nœud gordien Edgar Morin. Le "nœud gordien" est une expression parmi les favorites du philosophe comme métaphore de problèmes (justement) sans solution, de cul-de-sac idéologique, et de saut qualitatif (violent) à opérer pour ouvrir de nouveaux champs des possibles. Aujourd'hui, le nœud, c'est la complexité, elle s'impose à nous. La question est de savoir si elle s'impose à nous comme éthique de la compréhension, ou comme apologie du despotisme éclairé (reconverti en dictature de l'expertise).

Pour favoriser à la première proposition de l'alternative, il faut s'armer des mots de cette langue. Voici comment : 
- réécrire les articles dégénérés modernistes en substituant de vrais mots à l'insignifiance machiniste,
- suivre le grondant Léon pour faire l'exégèse des lieux communs de chaque époque,
- lire et sans cesse compléter les dictionnaires réactionnaires-révolutionnaires, tels celui de la langue de bois, ou celui de la bêtise ambiante
- et cætera !...

Le bruit et la fureur. Le tumulte et le fracas (Merci la mélenche). Le Verbe fera tout un ramdam !