vendredi 11 juin 2010

Lautréamont est mort

J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C'est le châtiment que je lui inflige.

jeudi 29 avril 2010

Ahmad Jamal au Théâtre de Vénissieux

Soyons clair dès le départ : tout individu de la région absent ce soir est un ahuri. On n'a pas idée de zapper ce qui ne fait pas le buzz. Et en effet, ce fut plutôt une soirée de ramdam, à tous les sens du mot. Ahmad Jamal, dont j'apprends il y a quelques jours en lisant Kamikaze, de Marc-Edouard Nabe, qu'il a annulé un jour un concert sous l'excellent prétexte qu'on l'avait annoncé sous son "vrai" nom, invraisemblable manque de respect pour sa conversion islamique payée d'un juste retour de bâton, donnait ce soir un concert intitulé comme le dernier album A quiet time.

Tout fut magnifique. Je ne relis pas ce que j'avais écrit il y un an de cela pour mon premier concert de "l'architecte", je m'en souviens encore et si je ne le réécris pas, c'est uniquement parce que je n'ai pas plus de talent aujourd'hui qu'hier pour exprimer l'inexprimable. Tout fut magnifique. Nabe encore lui écrivait dans Chacun mes goûts que le jazz est le seul communisme qui a réussi. Je ne suis pas certain de comprendre, mais je le ressens. Et Ahmad Jamal qui dix peut-être quinze fois dans le concert nomme ses musiciens le prouve : des noms, d'accord, des individualités, mais quelque chose d'autre, une émergence, le tout vaut plus que la somme des parties. 

Parlons-en, de ses musiciens. James Cammack à la contrebasse, Manolo Badrena aux percus, et le petit nouveau pour moi : Herlin Riley à la batterie. Ces trois-là font parfois figure de cancres au fond de la salle occupés à profiter du dos tourné du Maître. Et ça rigole, et ça bavarde, ah ! la la... Seulement, si les cancres étaient connus pour obtenir de tels résultats, ça se saurait. Mais la comparaison ne s'arrête pas là, car, au détour d'un titre déconstruit, Ahmad Jamal donne des exercices à faire à ses élèves, chacun leur tour, et cela donne autant de solos magnifiques. Le Maître est facétieux, c'est peut-être même le plus enfantin de tous, et il cherche à les piéger, pour offrir au public un rire inattendu en plein concert ; et, même, un dialogue musical hilarant avec Badrena, débordé volontaire dans son exercice de percussions. Fou-rire de la salle. Tout fut magnifique. La métaphore professorale prendra même pour cible le public, lors du deuxième rappel. Il faut dire que nous avions déjà profité d'un concert exceptionnel d'un artiste exceptionnel, et, après le rappel, la salle fut rallumée. A moitié. Alors tout espoir n'était pas perdu de les voir revenir. Ahmad Jamal en tête, nous pointant du doigt comme un petit vieux qui dénonce un petit garnement.

Et... quel rappel ! Rendez-vous compte... Si, vous pourrez, je vais glisser une vidéo d'une vieille interprétation du tube jamalesque par excellence. Il a joué Poinciana. Il a joué Poinciana ! Ah ! quelle joie d'entendre la première note. Jamais je n'y aurais cru. Tout fut magnifique. 

Voilà, c'est déjà fini. Mais de tels moments n'ont jamais de fin. Comment pourrait-on oublier ? Ce son de Badrena (en live, c'est réellement quelque chose, vivent les percus !)... cette batterie si sèche... cette basse qui marche à pas de loup... En deux notes, ils passent d'une violence qui ridiculiserait n'importe quel hard-rockeur à une légèreté à faire pâlir toute mésange bleue. Et puis cet album, ce thème récurrent... Tout fut magnifique. 

Avant le concert, des voisins ("vieux") constatent : "le jazz n'attire que des vieux". Eh oui, bougres de jeunes...


-Ahmad Jamal Trio Poinciana-
envoyé par larafika. - Clip, interview et concert.

vendredi 16 avril 2010

Werckmeister = SS

Il y a quelques années de cela je découvris le cinéma de Béla Tarr avec L'homme de Londres, adapté du roman de Georges Simenon. Un film magistral. Ce n'est qu'aujourd'hui que je poursuis mon exploration de l'œuvre de ce Hongrois de génie. Damnation, et Les harmonies Werckmeister, donc, qui sont les deuxièmes et troisièmes parties d'un triptyque que le cinéaste a fondé sur l'œuvre de son compatriote Laszlo Krasnahorkai. La première, c'est Satantango, mais le film dure plus de 7 heures, il faut une certaine préparation psychologique et du temps pour s'y attaquer. Lenteur, dévastation, absence, métaphysique sont les mots magiques qui désignent ces films - je ne peux m'empêcher de penser à Bernanos et ses chemins boueux autant qu'aux autres grands maîtres du cinéma est- et nord-Européen (Bergman, Tarkovski, Sokourov, etc.). Je m'attaquerai peut-être un jour à ce sujet dans sa cohérence. Pour l'instant, je veux me concentrer sur Les harmonies.

Janos Valuska, un personnage tout droit sorti d'un roman dostoïevskien (il a donc tout pour me plaire), habite une ville dont les habitants sont dévastés et désœuvrés. Dès le premier plan-séquence, absolument magnifique comme c'est la règle chez Béla Tarr, on le voit seul habité par une exaltation mystique, un émerveillement face à la Création qu'il tente plus naïvement que désespérément de transmettre à ses concitoyens alcooliques transformés en pathétiques derviches tourneurs. C'est peine perdue, et la ville va sombrer dans le fascisme apporté par une sinistre troupe de cirque avec sa baleine et son Prince. 


Vous vous doutez bien qu'il n'y a pas de happy end, j'évacue donc toute culpabilité à dévoiler ce qui se passe. Il suffit d'être dyslexique pour ouvrir une première porte : Jonas Janos affronte la baleine. La deuxième porte vient du titre et de la tirade de second personnage essentiel, un vieux pianiste nommé Eszter. Son obsession, c'est Andreas Werckmeister, un musicien du XVIIe siècle et théoricien de la musique baroque qui a participé à la transformation de la gamme pythagoricienne en gamme tempérée, si j'ai bien compris. Mes connaissances dans ce domaine sont en effet à peu près nulles et j'ignorais même que tout cela existait avant de m'interroger sur ce film. C'est passionnant. Résumons : Pythagore avait identifié 7 sons principaux et 5 altérés. Mais la 12e quinte (ne me demandez pas pourquoi) ne tombe pas juste à l'octave, il subsiste ce qu'on a appelé un comma pythagoricien. Soit. A la Renaissance, on a voulu régler son compte à la virgule. Et pour tomber juste, des zozos matheux tels Werckmeister ont imaginé différents systèmes de gammes tempérées. D'après Eszter, on a remplacé les 7 tons de la gamme comme qualités différentes ("7 étoiles sœurs dans le firmament") par des septièmes d'octave. Tout ça pour ça me direz-vous ?...

Oui, mais non. C'est un symbole. Et pas seulement, parce que tout est lié dans le Monde. Mais un symbole, d'un monde qui recherche l'efficace, le mécanique, le quantifiable, l'identique, le Même, d'un monde qui se débarrasse de l'Autre, de "l'erreur", de la création, de l'individu. Le XVIIe, c'est aussi le siècle de Hobbes (baleine... Léviathan... mais la voilà notre deuxième porte). Tout est lié. Les individus sont rendus identiques et fondus dans un corps monstrueux pour éviter la guerre de tous contre tous. Prétendument. Béla Tarr montre une réalité inverse puisque c'est la neutralisation de l'altérité qui amène la violence fasciste. C'est l'idée selon laquelle seul le Même amène à l'harmonie qui apporte le désastre. C'est l'altérité qui seule permet l'harmonie. 

Ces questions sont tenaces aujourd'hui, dans notre monde publicitaire où on nous fait croire qu'on exprime notre individualisme en consommant par millions les mêmes produits. C'est un individualisme de rhinocéros de Ionesco. Le conformisme par excellence et tous ses dangers fascisants d'ultra-surveillance et de normalisation aberrante. Béla Tarr remonte donc aux sources de la pensée politique et mathématique moderne. Je ne vous cache pas que sa vision est très noire, le sort réservé à nos deux héros étant terrifiant : une terrible impasse et désillusion pour notre Janos à l'impossible fraternité, une démission et une compromission piteuses pour notre pianiste idéaliste. Ce n'est pas la première fois qu'un procès sans concession de la modernité est mené sur ce blog...

jeudi 15 avril 2010

Décroi100

Ceci est le 100e message du blog et, quitte à prêter attention aux chiffres, autant parler décroissance. La légende médiatique veut qu'un décroissant est une sorte d'ermite appelant au retour à l'âge de pierre. Il se trouve que je n'ai rien contre l'érémitisme, mais ce n'est pas la question (si, c'est un peu la question, mais tant pis). Jamais on n'entend un décroissant dans les médias. Et pour cause. Tiens, cette semaine, l'ami Oncle Bernard de Charlie Hebdo fustige Libé le journal post-68 d'extrême gauche qui a tant changé qu'il s'ouvre sur une double page de publicités. Il n'y a strictement rien à en attendre. Et en tout cas pas des analyses des idées d'Illich, d'André Gorz, de Castoriadis dont s'inspirent les décroissants aujourd'hui. Seulement, c'est toujours sur le même qu'on peut compter : Frédéric Taddeï a invité Paul Ariès il y a quelques jours. Et ça fait boum. Tiens, il faudrait que je parle de Boum Burger, aussi. Je reviens pour le moment à mon mouton hallal. Le discours qu'Ariès oppose à Madelin notamment, mais aussi à Piketty finalement, est très percutant. Je vous fais juges :



paul ariès ce soir ou jamais
envoyé par rebellin01. - Regardez les dernières vidéos d'actu.


Ce que je ne comprend pas, c'est comment un discours parfaitement stupide peut être asséné à longueur d'ondes et de journée et être accepté si facilement - je parle bien entendu du discours progressiste. "Mais enfin, le Progrès apportera la solution aux problèmes d'aujourd'hui, augmentons la taille du gâteau et tout le monde aura sa part". Totalement idiot. Ca me fait penser au sketch de Coluche : "il paraît que Sylvie Vartan a encore fait des progrès... j'attends la fin des progrès pour aller voir". On peut remonter au XVIe siècle pour les origines d'une mondialisation capitaliste (si on suit Braudel), plus loin encore (si on suit Le Goff), disons au XIXe pour être gentil avec nos amis progressistes. Depuis l'industrialisation, les progrès techniques n'ont-ils pas été fabuleux ? Si. A-t-on vu, pour autant, le moindre début de commencement de réduction des inégalités sociales ? Non. C'est le contraire, tout à fait logiquement, qui se produit. C'est bien gentil, déjà, de parler toujours au futur. Mais pour être crédible une seconde, le progressiste de base pourrait au moins fournir le début d'une argumentation pour nous expliquer pourquoi une cause a produit un effet jusqu'à aujourd'hui et va produire l'effet contraire à partir de demain. Mais il n'y a rien. Rien du tout. Si ce n'est de l'ironie facile sur le décroissant et sa poésie, ses feuilles de salade, que sais-je ? 


Ce n'est pas demain la veille que nous écrirons l'épitaphe de la motivation économique...

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Quelques mots sur Boum Burger, donc... Cette affiche est une œuvre d'art assez magistrale. Il s'agit de jouer sur les amalgames et préjugés racistes qui traversent nos sociétés, qui associent islam et terrorisme. Et donc de revendiquer une forme d'attentat alimentaire. La femme voilée radieuse doit finir d'achever les bons Rrrrépublicains (comme dirait Baubérot) féministes (en fait plus tartufes qu'on ne saurait l'imaginer). Ces zozos revendiquent donc quelque chose qu'ils ne sont pas, et par ricochet, ils désignent leurs célèbres concurrents pour ce qu'ils sont (sans qu'ils ne le disent, eux). Le vrai terroriste alimentaire, c'est évidemment Macdo. La culture et le mode de vie comme principale arme idéologique, c'est bien connu. Tout cela est de l'ordre du non-dit, et même du non-pensé, mais n'en est pas moins réel.

mardi 9 mars 2010

Et le Prix Nobel de l'hypocrisie est décerné à...

... l'ARPP (sur elle la paix) ! L'Autorité (on ne rigole pas) de Régularisation Professionnelle de la Publicité. Tartufe est un petit joueur, un champion préhistorique, un brachiosaure de l'hypocrisie. Effacé des tablettes. Maintenant, c'est du lourd. Ces bons messieurs (dames?) ont pensé ceci : « la publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à une fonction d'objet ». Relisez la phrase une bonne dizaine de fois, elle le mérite. Pourquoi une telle prise de position ? Parce que le chanteur Saez a adopté la photo ci-contre de Mondino pour illustrer son album et la tournée qui le suit.


Résumons :

1/ Saez ne vend pas une femme nue dans un charriot, mais il vend de la rébellion contre les femmes nues dans des charriots. Ceux qui ne le connaissent pas (ont raison, mais ce n'est pas la question) devraient se gratter la puce de l'oreille avec le "J'accuse" qui accompagne la photo. L'ARPP qui fait mine de n'avoir pas compris est grotesque.

2/ Les chiennes de garde ne font pas mieux en voyant derrière le 2nd degré du 1er degré. 

3/ Je défie quiconque de trouver une publicité, une seule, qui respecte la dignité humaine, et celle des femmes en particulier. Et c'est quand on dénonce cette infemmie (sic) que la censure tombe. Ahurissant.

4/ Cet épisode fait de Saez un rebelle vraiment rebelle, alors que ses textes sont vraiment navrants.

5/ Allez, pour le plaisir, on se la remet : « la publicité ne peut réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à une fonction d'objet ».

Et c'est ainsi qu'Allah est grand. ©

vendredi 5 mars 2010

L'heure du croissant vert

Un croissant, du vert... je suis plongé dans une sorte de syncrétisme byzantino-ottoman tout ce qu'il y a de plus réjouissant. Hélas ! c'est de la nouvelle métamorphose du capitalisme qu'il s'agit, et des armes idéologiques qui servent à sa propagande.

Ce mois-ci, La décroissance égratigne quelque peu Edgar Morin et la "complexitude" comme il est écrit, en hommage à qui vous savez. Pourquoi Paul Ariès "démonte"-t-il ainsi le penseur de la complexité ?

1/ Il s'est rapproché de Nicolas Hulot, et donc du "capitalisme vert" ce qui est assez pathétique en effet.
2/ Ce rapprochement était en germe dans sa pensée. Là, il me semble qu'il y a un simplisme. D'accord, on a parfois l'impression qu'Edgar dégrade lui-même sa fameuse "pensée complexe" (et il annonçait d'ailleurs cette dégradation à venir, la dénonçant dans tous les autres courants de pensée féconds à leur naissance). Mais il y a des choses à dissocier quand elles sont plus emmêlées que reliées. Ce que j'ai appris de ma lecture de Morin, entre autres, c'est en effet de prendre garde au discours de propagande des puissants qui segmentent, séparent, rendent illisibles les enjeux, incompréhensibles les débats hyperspécialisés, et empêchent l'accès du commun des mortels aux prises de décision. Puisque tout est trop complexe, seuls les experts peuvent en parler. C'est l'exact contraire de ce que prônait Morin. On voit bien l'entourloupe, et Ariès la dénonce bien : un avis un peu tranché sera immédiatement condamné comme étant simpliste, et corrigé par un expert autorisé par le système médiatique. C'est la Grande Modération. Pas de censure, non, mais la transformation du plus banal trafiquant de lieux communs en génie de la subversion. Laurent Gerra nouveau prophète libertaire. Je ne suis pas certain que Morin soit responsable de cette druckerisation du monde.

C'est vrai qu'il y a, quelque part, un destin à la Guy Debord, révolutionnaire contre la société du Spectacle, et qui a fini par produire un film pour Canal+... avec une armée de sbires  "situationnistes" tous plus cyniques et médiatiques les uns que les autres. La complexité subit peu ou prou le même sort. Bref, on voit bien, en effet, le dogme démocratique libéral vanté par les éditorialistes à écharpe s'emparer de la complexité contre l'horrible meute fascisante (i.e. le peuple) qui ne comprend rien à rien. On est loin du Morin de l'anthropolitique, par exemple. Là, c'était radical. Et pour reprendre l'opposition croissance/décroissance, comment ne pas vouloir la dépasser ? Pas pour dire qu'il y a du bon dans le modèle de croissance. Mais pour sortir d'un mode de pensée quantitatif. Produire plus, produire moins ? Ce n'est pas la question, qui devrait être celle du mieux, du qualitatif, du bien-être. Comme le disait Castoriadis, détruire la motivation économique.


La chronique, dans le même numéro, de Jacques Testart est plus réjouissante. C'en serait même à hurler de rire. L'idéologie du Progrès est ridiculisée en quelques lignes, lisez-les. On y apprend comment on fait des progrès pour réparer les dégâts des anciens progrès. Jubilatoire. Ça me fait penser à une chronique de Vialatte, ô combien d'actualité, qui se félicitait de l'invention de nouveaux médicaments... pour lesquels il ne restait plus qu'à inventer les maladies. On n'arrête pas le progrès.

jeudi 25 février 2010

Le hasard contre le sport

Oh ! pas grand-chose... quelques mots. Jason Lamy-Chappuis vient de perdre toute chance de second titre olympique uniquement à cause des conditions météo, très défavorables. Il n'est pas la seule victime, des Gottwald, Moan, etc. sont tout autant à plaindre, mais il y a fort à parier que si aucun Français n'avait été touché, personne à France Télévisions n'aurait rien trouvé à redire. D'ailleurs, quand Vincent Jay a bénéficié d'un invraisemblable concours de circonstances (météo et course) pour remporter son titre, on n'a pas vu l'ombre du mot "scandaleux" scandé toujours plus vite, plus haut, plus fort aujourd'hui. M'enfin, je ne veux pas m'en prendre au pitoyable chauvinisme habituel, ce n'est pas intéressant.

Ce que je trouve plus fort, c'est ce dégoût du hasard, ce fantasme de la compétition égalitaire, cette haine de la vie... Le slogan, c'est "La médaille aux médaillables". La médaille, c'est un dû pour le médaillable, que les bougnoules de seconds couteaux ne méritent pas de recevoir. Un favori, ça doit gagner. Sinon, rendez-vous compte les conséquences... Oh ! non, pas sportives, qu'allez-vous imaginer petits coquins ? non ! pensez plutôt aux sponsors - combien vont-ils perdre ? aux médias - combien vont-ils perdre ? On entend : ce sont les JO, ça doit être la compétition la plus égalitaire, par Toutatis ! Je croyais, moi, que c'était la compétition où l'essentiel est de participer. Bah... J'ai du mal comprendre. Au temps pour moi. Au fait... médaillable n'existe pas au dictionnaire... je propose donc son abolition du sens commun.

Et le fait est que le sport en général subit cette Réaction anti-hasard. Il faut absolument réduire l'incertitude et que les meilleurs soient les meilleurs. Les compétitions par poule, par exemple, servent à cela. Un gros peut avoir un accident contre un petit, mais pas deux, pas trois. L'égalité c'est : le plus riche gagne. Parmi les innombrables causes d'agacement que Federer suscite en moi, la principale est l'atteinte qu'il porte au hasard. Son fameux record (hallucinant en effet) de 1/2-finales de grand chelem consécutives l'atteste. D'accord, on n'a jamais vu un tel champion, mais les instances ne sont pas étrangères à cela non plus, en réduisant sans cesse davantage les écarts entre les surfaces : du gazon et des surfaces rapides indoor il n'y en a plus, ou alors, on y joue comme à Roland Garros, à quelques nuances près.

Pourtant, c'est le hasard seul qui rend la compétition digne d'intérêt... mais pas d'intérêts... La tragédie du monde contemporain dans un pluriel. Ce qui est aléatoire, absurde, illogique, anormal, vivant quoi... est repoussé par exorcistes armés jusqu'aux dents de tous les accessoires qu'ils jugent adéquats : vade retro satanas. Qui a écrit que nous étions dans un monde de morts-vivants ?