"Les sages, en vérité, commencent par se lamenter ; les imbéciles se frappent la tête à la fin." - Djalâl-od-Dîn Rûmî
jeudi 30 juillet 2009
Pas d'Equerre II
mercredi 29 juillet 2009
Exode blogal
lundi 11 mai 2009
Pour un génie kamikaze - Richard Gasquet
Evidemment, il est facile de « voir » le génie à l’œuvre. Ce n’est en comprendre que la moitié, donc rien. Ce que tu as fait là est parfaitement absurde. C’est même d’une stupidité ahurissante. Quitte à remettre la balle en jeu, la probabilité que l’adversaire rate une volée ou un smash facile est sans commune mesure avec celle de réussir un tel coup inédit et impossible. Ce que tu as tenté, c’était le pire choix possible. Là est le génie. Il ne suffit pas d’avoir un talent fou, il faut encore l’utiliser de manière complètement absurde. Voire kamikaze. Tous les génies sont kamikazes, ils sont kamikazes parce qu’ils sont géniaux, ils ne peuvent y échapper. L’autodestruction est le pendant de la création. Le sacrifice rend l’œuvre acceptable. L’échec est indispensable au génie, ce qui est appelé réussite étant toujours l’efficace, le rationnel, le raisonnable, le normal, le comptable, tout ce que le génie ne peut pas supporter.
C’est pour ce geste – je le sentais en toi depuis le premier match sur le circuit à Monte Carlo – que je t’admire toi, le génie kamikaze qui n’a rien des gladiateurs qui peuplent ce milieu du sport de haut-niveau, fer de lance de nos sociétés modernes industrialisées pitoyables. Aujourd’hui, ta Chute t’offre le 20h. Extraordinaire !
On a vendu Coluche comme une lessive, on t’a vendu comme un messie. Ils n’ont pas compris que la bonne nouvelle que tu apportais était celle de leur mort. Alors, évidemment, tu les as déçus, les bougres et ils ont fait de toi leur tête-de-turc. Tout est allé de travers. Ah ! bien sûr, tu étais le « jeune prodige », le « petit Mozart », et l’inconscience t’a permis de produire, si j’ose dire, le tennis-champagne pour battre Federer. Mais les blessures… mais les défaites… mais la réalité du sport de haut-niveau. Bon, OK, tu peux battre deux ou trois frenchies et sortir un bon match contre Roddick à Wimbledon (un bon match ? ahurissant, oui !), mais rien n’y fera, tu seras toujours décevant. Le plus ahurissant, c’est que ce sont tes fans que tu déçois le plus. Moi-même, j’ai été souvent déçu par toi. Quelle leçon tu me donnes ! Merci !
Je plaide coupable, mais sans doute me reconnaitras-tu des circonstances atténuantes. Ah ! Le plus beau revers qui soit, c’est bien le tiens. M’enfin ! C’est toi qui « joues comme un super héros » ! Et dire que pour chanter ainsi ta gloire, il a fallu qu’il te batte le Nando… Et ce match héroïque contre Hewitt ? Quelle belle défaite, encore ! Et contre Murray, quelle démonstration pendant trois sets (moins un jeu) ! Personne ne sait perdre comme toi. C’est un compliment venant de moi, je dois le préciser. Je ne parle que de défaites parce qu’il serait un peu facile d’avancer les victoires pour te prouver que tu m’as fait rêver. Non ! Même (surtout ?) tes défaites sont glorieuses.
Certes, des défaites piteuses il y en eut, mais tu arrivais toujours à te retourner. La mousse sur le terrain, les ramasseurs de balle, les deux gugusses qui tapent contre la vitre d’un court couvert anglais et néanmoins improbable, pourquoi pas le nombre de hérissons morts croisés sur la route ou la politique étrangère de la Moldavie… tout était bon pour servir de faux-fuyant. Comme tu as raison de fuir ! Il faut être humain, trop humain pour se vautrer dans ce monde compétitif jusqu’à plus-soif. Tu es surhumain, toi. Ta place n’est pas dans l’arène, mais dans la Montagne.
Et pourtant, tu as tant essayé d’y entrer dans l’arène ! Tu as par exemple deblickerisé ton jeu. Chez tes fans, c’est la division entre ceux qui saluent cette recherche de stabilité et ceux qui regrettent le jeu moins stéréotypé d’antan. Mon avis : tu as ce qu’il fallait faire pour réussir dans ce milieu, mais tu es trop fort pour réussir. Aller contre-nature, ça se paye. Je crains que tu ne l’aies payé physiquement et moralement. Tu n’as plus exprimé que ton besoin de prendre des distances après le Masters 2007. Que c’était triste ! Tu manquais d’air, au contraire des commentateurs qui ne manquaient pas non plus d’occasions pour t’enfoncer. Quelques SMS et ton compte fut bon. Tu n’allais pas te laisser abattre pour si peu. Après la crise, une nouvelle bonne décision : changer d’entraîneur et choisir Guillaume Peyre (quel hasard ‽). La fin de saison ne fut peut-être pas à la hauteur des attentes, mais tu étais reparti du bon pied. Nous attendions tous 2009 avec impatience. En 2009, le niveau de jeu était là, mais le corps a parlé. Le corps est souvent obligé de hurler ce que l’esprit veut censurer. La maladie est à prendre comme une bénédiction.
Et voilà l’invraisemblable dépêche ce samedi 9 mai. Gasquet positif à la cocaïne. Non ! Stupéfiant. Cette fois-ci, tu as tout le monde contre toi. On a même trouvé un sacré Monsieur Propre en la personne d’Henri Leconte. Les chantres des « valeurs du sport » (sic), les moralisateurs du dimanche – en fait ce sont les mêmes et je peux arrêter l’énumération, ils constituent l’écrasante majorité de la population. Le lynchage médiatique que tu as connu jusque-là fera désormais figure de mauvaise blague, tu changes de catégorie. Et moi, je persiste dans mon admiration, plus que jamais.
Car, il faut le dire, les circonstances de cette Chute sont gasquetiennes à fond. Tu es blessé, tu déclares forfait, tu sors en compagnie de je ne sais quel frenchanteur à la mode, et le lendemain tu es contrôlé… positif. Evidemment, à l’ATP, on va considérer ce contrôle comme « en compétition » puisque le tournoi avait débuté. Ce n’était que toi qui étais hors jeu, et pour un mois. La cocaïne n’avait aucune chance d’améliorer quelque performance que ce soit. Reste la question : la prise est-elle volontaire ou non ? Involontaire, outre que cela réduirait ta suspension si tu pouvais apporter des éléments l’indiquant, l’affaire serait encore plus extraordinaire. On ne serait même plus dans la classique autodestruction. Ce serait un cas de non-assistance à autodestruction en danger. Encore de l’inédit. Quel autre signe faudrait-il pour montrer que non, tu ne seras jamais le winner tant rêvé ? Il y aura toujours des obstacles. Le public ne te comprendra jamais. Ah ! je t’imagine abattu comme jamais. Et pourtant quelle preuve de ta grandeur ! S’il faut de tels obstacles pour t’abattre, c’est bien que tu n’es pas le premier venu. Le bâton est monstrueux parce que la roue est géante.
Je ne sais pas comment tu vas relever le défi auquel tu dois te mesurer désormais. Je sais que tu le relèveras. Prends cette lettre ouverte comme un immense MERCI pour l’ensemble de ton œuvre tennistique et humaine, et un non moins immense BON COURAGE pour la suite, évidemment. Sinon, à quoi servirait qu’un ahuri ait bâti une philosophie sur l’idée suivante : tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ?
mardi 7 avril 2009
La journée de la jupe

Ceci n'est pas une pute
Quelques mots sur ce film qui fait presque plus débat pour sa programmation sur Arte avant sa sortie en salles que pour son sujet. A la rigueur, on parlera du retour d'Isabelle Adjani, en s'offusquant bien entendu de la trouver bouffie ou je ne sais quoi. Tout sera bon pour ne pas évoquer le fond. C'est un film très dur, non pas pour ce qu'il raconte - une prise d'otages qui tourne évidemment mal - mais pour son message. On navigue dans les eaux d'Entre les murs, film plébiscité par les uns, les autres, et les troisièmes pour des raisons qui m'apparaissent clairement obscures (oui, je m'autorise cette revanche sur Corneille, je me comprends). A mes yeux, Entre les murs montrait le summum de la compromission, de la démission et devait à ce titre percuter. Au lieu de cela, et jusqu'au réalisateur lui-même, il a été salué parce qu'on eut aimé que nos enfants fussent dans cette classe (Y a-t-il un professeur de français sur ce blog ?). Résumons-nous : salué au nom de la démission et de la compromission, car même si elle n'est souvent pas vue en tant que telle, c'est bien à cela que nous assistons. Au mieux elle est revendiquée, au pire elle n'est même pas perçue. Nous allons droit dans le mur.
La confirmation nous vient de La journée de la jupe. Cette fois-ci, l'enseignant, qui est une enseignante, est l'anti-Bégaudeau. Elle passe pour raciste, psychorigide, et peut-être égorgeuse d'enfants lors de son temps de loisir, mais il n'y a pas de preuve. Elle n'est prête à aucune compromission, et est la dernière à résister. Cela n'en rend pas son cours plus bénéfique : elle ne peut de toute façon pas travailler, pas plus que notre ami Bégaudeau. Au moins ne passe-t-elle pas par pertes et profits certains détails intra muros (l'identité de ceux qui arrêtent Anne Frank, l'inutilité de l'Autriche, ...). Mais elle peut bien s'époumonner, ce qui en sort ne tombe que dans l'oreille de sourds.
Arrive donc le moment où elle découvre une arme à feu dans le sac d'un élève, c'est la panique, elle s'en empare, et prend une partie de sa classe en otage. Elle va enfin pouvoir faire un cours de français, et régler leur compte aux mentalités racistes et misogynes qui sévissent dans sa classe. Et donner comme revendication l'instauration d'une journée de la jupe pour que les femmes portant des jupes ne soient plus considérées comme des putes.
Que penser de ce film ? Qu'il faut se saisir de la question au plus vite, car le bord du gouffre, nous y sommes. La France n'existe plus comme pays, l'Ecole, la République, la démocratie, tout part à vau-l'eau. Le constat ne date pas d'hier, mais seuls des fossiles y apportent leurs réponses, qu'ils soient soixante-huitards ou anti-soixante-huitards. La nuit risque d'être longue et froide. Mais enfin l'oiseau de Minerve, tout ça...
vendredi 3 avril 2009
Durch Leiden Freude
Ah ! ce ne sont pas vos grandes et rares catastrophes, ces inondations qui
emportent vos villages, ces tremblements de terre qui engloutissent vos villes,
qui me touchent : ce qui me mine le cœur, c’est cette force dévorante qui est
cachée dans toute la nature, qui ne produit rien qui ne détruise ce qui
l’environne et ne se détruise soi-même… c’est ainsi que j’erre plein de
tourments. Ciel, terre, forces actives qui m’environnent, je ne vois rien dans
tout cela qu’un monstre toujours dévorant et toujours ruminant.
Goethe - Les Souffrances du jeune Werther.
Mais il y a une profonde morbidité dans ce romantisme, elle-même insupportable. J'aime lire ces témoignages de lucidité ; je ne sais me résoudre à accepter l'amère constat. J'en reviens donc à Ludwig van. Lui qui écrivit : Muss es sein ? Es muss sein ! comme une force poussant à l'action. Une de ses devises : Durch Leiden Freude (la joie à travers la souffrance) qui n'est certes pas un slogan sado-maso, mais le programme de ralliement de tous ceux qui aspirent à autre chose que l'imbécilité heureuse. Nabe : "Tous ceux qui sont dans la vie comme un poisson dans l'eau noient le poisson".
La question est : Beethoven a-t-il réussi ? La Neuvième ? Vraiment ? Rah ! Je ne sais pas. Peut-être. Je doute, et pourtant ma vénération pour Beethoven est sans limite et j'aimerais pouvoir lui accorder cela. Je n'en suis pas certain. Et Nietzsche ? En voilà un autre, icone iconoclaste, dieu athéologue... au même rang que Ludwig van dans mon Panthéon personnel. Lui a réussi. Oui. Il a réussi à plonger ses racines suffisamment profondément et les étaler si loin autour du tronc que l'arbre qu'il est atteint les cimes vertiges. Son écriture est pleine de cette jubilation, de cette santé, lui le grand malade. Il a réussi. Et c'est d'un côté ce qui m'a si lontemps fasciné, et de l'autre laissé perplexe, incapable que j'étais de comprendre.
Nabe et le Jazz m'ont apporté l'éclairage nécessaire. Nabe est de la même trempe : un génie qui détruit tout sur son passage. Tout. Certes pas pour détruire, dans une espèce de nihilisme bien contemporain de la débâcle occidentale. Non, il détruit au nom de quelque chose. Au nom de la vie contre la mort ; au nom de l'Art, contre la culture ; au nom de la Poésie. C'est un mystique, un théologien, un prophète. En revoyant son passage chez Pivot en 1985, j'ai été amusé de voir qu'il épargnait deux catégories : les noirs, les femmes. J'ai toujours pensé ça également. En fait, j'aurais tendance à élargir à toutes les victimes, à tous les perdants. Mais parmi eux : même choix.
Je ne voudrais pas m'égarer, et j'en arrive donc au jazz. Le jazz a réussi quand je doute que Beethoven y soit parvenu. Le jazz est si profond. Je rappelais que Nietzsche disait qu'on écoute avec ses muscles (il disait aussi qu'on pense avec ses pieds, et ces deux idées suffisent à indiquer la portée de son oeuvre) ; pour le jazz, on écoute d'abord avec les tripes. Cette musique ne vient pas de nulle part. Elle est chargée, chargée du poids de l'histoire, chargée de toutes les souffrances d'un peuple, de l'universalité de la souffrance. C'est en vain que l'on voudrait venir à bout de ses racines. La tristesse est à son comble. Mais le jazz a aussi cette légèreté qui vient non pas annuler, non pas contredire, mais dépasser, surmonter sa lourdeur. C'est juché sur une montagne de cadavres qu'Ahmad Jamal donne sa fête. Car il n'y a pas plus festif que le jazz : le finale de Devil's in my den, de Human Nature du grand Miles suffiront à prouver ce que j'avance. Ecoutez ce fantastique morceau de Sidney Bechet, à rendre fou : Blues My Naughty Sweetie Gives To Me. Et dites-moi si ce ne sont pas toutes les larmes du monde qui font la fête ces cinq minutes durant. Existe-t-il un équivalent ? Le jazz - meilleur antidote à la superficialité ambiante. La lueur d'espoir.
mardi 24 mars 2009
Obama ? No, I can NOT
Finalement, que puis-je reprocher à Obama ? Pas grand chose. Politiquement, ce n'est pas mon trip. Moi je suis anti-capitaliste, alors Obama, Clinton, McCain, Bush... quelle différence ? A la limite, vous pouvez tenter de les ranger en deux catégories, les marchands de sparadrap ® d'un côté et les marchands de mercurochrome ® de l'autre... mais ça fera une belle jambe de bois aux éclopés, de plus en plus nombreux, de ce système. En gros : aucun intérêt. De toute façon, le pouvoir échappe aux politiques, et c'est la raison de cet extrême-centrisme, c'est ce qui rend les gugusses interchangeables. Sarkozy peut bien faire son gouvernement photogénique, il sait très bien que les ministres ne feront rien. Dati n'a pas été choisie pour sa compétence, mais plutôt pour son incompétence, et le fait que... Ceux prétendument de gauche qui rejoignent Sarkozy n'ont rien à trahir. Il n'y a plus d'industrie nationale, alors que voulez-vous que les politiques fassent contre Big Moustache ? Les actionnaires décident et puis c'est tout. Ah, nos amis font le G20, et ils vont s'attaquer aux paradis fiscaux. On va voir ce qu'on va voir. Le premier paradis fiscal est Londres. Faut être sérieux deux minutes. L'eurogroupe est dirigé par le premier ministre luxembourgeois. Ahaha. Bref, économiquement, il n'y a rien à attendre de quelque politique que ce soit. Obama ou un autre, c'est pareil. Mais si vous voulez, ça explique que je n'ai aucune admiration pour Obama, et que je n'attends strictement rien de lui.
Au niveau de la politique extérieure maintenant. Je ne vois aucune inclinaison positive. Le départ d'Irak était déjà prévu et j'attends de voir. L'Afghanistan, allons-y gaiement. S'il venait à laisser l'Iran tranquille, ce serait parce que le zouave Brzezinski veut toujours placer ses pions autour de la Russie et donc qu'il vaut mieux avoir l'Iran comme allié. Donc le Pakistan en ferait les frais. Dans les faits, tout se poursuit tout à fait logiquement. Et c'est normal, c'est la realpolitik. Je ne vois pas pourquoi les USA ne défendraient pas leurs intérêts. Il ne faut pas compter sur moi pour cautionner ça, en revanche. Qu'Obama montre un visage moins agressif que Bush est une chose. Que sa politique soit vraiment différente en est une autre à laquelle je ne crois pas une seconde. Il m'est demandé si je préfère quand même Obama à Bush. C'est le genre de question qui ne se pose pas. Ne serait-ce que pour la prestance intellectuelle, enfin il y a un monde entre les deux. Mais quand bien même Obama serait super gentil et super intelligent et Bush très très méchant et stupide, ce n'est pas là l'essentiel. Nombreux sont ceux qui prétendent par exemple que DSK aurait été très bon président mais que Ségo est une catastrophe. Mais ces deux-là auraient conduit exactement la même politique : leur niveau de culture, leur intelligence supposée n'est pour rien dans l'histoire. Donc, si je résume : je n'ai rien contre Obama spécifiquement, il est comme n'importe quel homme politique (plus brillant que les autres, mais enfin) et n'a aucune chance de répondre à une attente qu'on serait en droit de lui opposer.
Il ne susciterait donc que de l'indifférence chez moi, s'il n'était pas l'objet d'un invraisemblable engouement international. Et là je renvoie plus spécialement à Nabe. C'était une véritable communion générale ici en France parce qu'Obama était élu. Ce n'était certes pas pour son programme économique génial ou pour sa politique extérieure formidable. C'était bel et bien parce qu'on voyait un noir à la Maison Blanche. Le rêve de MLK était réalisé. Et c'était ça, le rêve américain. Et que ce n'était possible qu'aux USA (tu parles... et Morales pour ne prendre qu'un exemple ?). Or, si Obama est "noir", il n'est pas "nègre". Il n'est pas ce qu'on croit voir en lui. Ce n'est pas du tout la réalisation du rêve de MLK, c'est même le contraire. On est content parce qu'un noir est Président. C'est-à-dire qu'on juge le type à sa couleur de peau. C'est du racisme, tout simplement. Et ce racisme est déguisé sous l'antiracisme le plus sincère. C'est par la plus belle admiration de MLK qu'on saute de joie aujourd'hui. Et le fait est qu'il n'a pas mené une campagne de nègre, et pour cause. S'il l'avait fait, jamais il n'aurait été élu.
Il y a aussi que l'Europe voulait voir une Amérique sous un meilleur visage. Bush était vraiment très très méchant. Obama remplit donc la fonction de redorer un blason. Juste par sa couleur de peau. Car dans les faits, rien ne changera. Ce qui aurait donc suscité les hauts cris si Bush l'avait conduit, ça passera comme une lettre à la poste puisque c'est le gentil Obama qui le fera. Autant dire que c'est à mes yeux encore plus inquiétant. Moi, ce n'est pas Bush qui m'écoeurait, mais l'occupation de l'Afghanistan. Sous Obama elle reste la même. Du moins trouvait-on des opposants du temps de Bush. Maintenant, tout va bien, la pacification est certainement en cours. En tout cas, l'opium doit arriver au Kosovo, pas de problème. Bref.
Voilà, je vais en rester là. Je ne sais pas du tout si ce petit billet rend plus claire ma position. Elle résulte du décalage entre mon opposition politique et l'engouement ambiant lequel ne me dit vraiment rien qui vaille.
PS : j'ajoute au sujet de ma phrase jugée provocante dans ma revue du concert d'Ahmad Jamal [D'ailleurs, il n'a pas été invité par Obama, comme aucun des grands jazzmen vivants, lors de l'investiture de ce dernier, ce qui à la fois déshonore Obama et honore Jamal.] Ce n'est pas de la provocation. Je pense vraiment que c'est honteux pour un artiste de célébrer un pouvoir quelqu'il soit, ça c'est mon côté anar, et je suis donc heureux que Jamal n'ait pas eu à se compromettre de la sorte. En revanche, cette absence n'est pas une source d'honneur pour Obama.
dimanche 22 mars 2009
Et c'est ainsi qu'Ahmad Jamal est grand
pas de la délation, il organise son concert. Il donne ses ordres. Et on s'exécute. Voilà le moment où il lance un défi à son bassiste, qui prolonge les notes de son piano et se lance dans un solo sous le regard du maître. Interminable. Le maître en arrive à poser les bras sur son piano, puis regarde le batteur comme pour indiquer à un autre élève quelque chose qu'il fallait remarquer dans ce solo. [je pense un peu au sketch de Coluche : "Ah celui-là quand il commence, y en a pour des heures"] Et finalement le maître reprend la parole. Magistral, et pour cause. Ce n'est pas tout. Jamal se démarque du commun des mortels par sa capacité à faire rire. Il joue avec son batteur, s'en amuse comme un gamin de 79 ans, et tape furieusement les notes de son piano dans un grand éclat de rire. Communicatif, le rire. Où l'on vérifie qu'il n'y a nul besoin d'être humoriste pour faire rire. Au contraire, peut-être, de nos jours. Tout le concert fut grandiose. Alternent les percussions furieuses du percusionniste cubain sorte de Papageno psychopathe, les emballements d'ensemble, les notes de Jamal à peine effleurées. Non, il n'enlève pas la poussière de ses touches, il joue la note telle une plume tombant dessus. Une ligne de basse en particulier m'a époustouflé : elle évoquait. Quoi ? C'est bien la question ! Peut-être une armée pléthorique en ordre de marche, mais qui ne ferait pas hurler le métal et cracher le feu, mais sautillerait au contraire dans les herbes et les ruisseaux.